V. — Fête du Collège et de M. Panneton
De la consécration de Mgr Laflèche à la fête de M. Panneton, les exercices ordinaires de la vie collégiale ne rencontrèrent cjue deux incidents dignes d'être notés, savoir : la neuvaine de St- François-Xavier, prêchée parle Rev. P. Royer, et à laquelle les élèves furent heureux d'assister, afin d'entendre de nouveau la parole éloquente de leur directeur de retraite ; et la fête de S. Thomas d'Aquin que l'académie célébra par une brillante séance littéraire. M. H. Baril, président de la société ht un remarquable panégyrique de ce grand saint. Mgr Laflèche qui assistait à cette séance escorté de plusieurs prêtres étrangers, adressa aussi la parole aux académiciens.
Le 18 mars au soir, la communauté ht ses souhaits de bonne fête à M. Panneton. On constate par le texte de l'adresse faite en cette circonstance cjue la santé de ce monsieur s'était passablement améliorée. L'expression des remerciements à la Divine Providence pour le rétablisseinent de la santé de M. Panneton, eut un élan plus sérieux encore le len-
demain matin à la messe basse de communauté, puisque les élèves y chantèrent le " Te Deum " avec un solennel entrain.
A l'occasion de cette petite fête de famille, le " Journal des Trois-Eivières " publia un compte-rendu dont je fais ici quelques extraits : " Les élèves du Collège étaient hier dans la joie la plus vive, car ils célébraient la fête de leur bien-aimé supérieur dont le dévouement, le zèle et la tendresse toute paternelle lui ont conquis l'affection de tous les élèves qu'il a dirigés ou qu'il dirige encore dans les sentiers de la science et de la vertu"
M. le supérieur répondit à l'adresse avec beauco*up d'émotion. Il adressa, dans le cours de ses remarques, des éloges flatteurs aux élèves pour leur amour de l'étude et pour les sentiments religieux dont ils étaient animés. La music[ue instrumentale et le chant rehaussèrent l'éclat de cette l)elle fête ; surtout on parut goûter, avec une faveur singulière, une cantate composée pour la circonstance et qui fut fort bien exécutée par le chœur des élèves.
La séance dramatique que les élèves donnaient ordinairement à l'occasion de la fête du supérieur fut remise à une époque ultérieure. Voilà pourquoi, pour arriver plus tôt à la fête du 13 mai qui devait être le complément de cette séance du 18 mars, nous ne parlerons pas des premières messes pontificales de Mgr Laflèche, ni des cérémonies de la Semaine Sainte, ni de la brillante fête de Pâques où nos chantres et nos musiciens remïx)rtèrent de nouveaux succès, ni de la maladie de M. Héroux qui, pendant six ou sept semaines, souffrit d'une manière atroce d'un rhumatisme inflammatoire général, ni de la mort de Edouard Frigon, élève en Eléments et jeune fils de notre estimé concitoyen M. D. E. Frigon, arrivée le 1er avril, ni de la crue extraordinaire du St-Laurent, causée par la fonte des neiges, laquelle fut presque aussi considérable que celle de 1865, ni du congé extraordinaire donné le 29 avril en faveur de nos miliciens, ni du départ de M. J. B. Lamothe pour Vancouver le 3 mai, ni des prophéties de l'un des confrères de ce dernier, à l'occasion de ce départ ! Que de
tlioS( s ci'pciidant lions aurions eu à dire sur les mille iiicidoiils de la vie de communauté sur les scènes du " Chateaubleu, " sur la /nh/til/rre du directeur, etc., etc. ! !
Nous voici rendus à la fête du " Patronage de 8. Joseph." C'est Je second jour auc^uel a été appliquée l'indulgence plénière accordée à la communauté par N. îS. P. P. Pie IX, dans l'audience donnée à M. Héroux le 8 janvier 1865. Pour correspondre avec plus de fidélité aux grâces extraordinaires accordées par le Saint Père, le^s élèves s'étaient préparés à faire, ce jour-là, une communion générale. Ces devoirs religieux une fois remplis, ils songèrent à compléter le programme de la fête du 18 mars. Voici comment le " Journal des Trois-Eivières " rend, compte de la soirée dramatique et musicale donnée le lundi soir, 13 mai.
•' Une bienveillante invitation nous permettait d'assister hier soir à une séance dramatique et musicale donnée par les élèves du Collège de cette ville "
" On remarquait parmi les personnes présentes Sa G-randeur Mgr Laflèche, M. le grand vicaire C. 0. Caron, Messieurs le« prêtres de l'évéché, M. L. Désilets curé du Cap de la Magdelaine, M. J. Prince curé de St-Maurice et son vicaire M. J. B. Leclerc. Plusieurs citoyens de cette ville y assistaient aussi, entr' autres, MM. V. Gruillet, Ed. Barnard. A. Dubord, T. E. Normand, F. Lottinville H. a. Mailhiot, E. Panneton, L. Gr. Bourdages, P. Griroux, P. G-ravel et C. Valentine.
" La séance fut ouverte par un discours prononcé par M. Alp. Camirand, qui expliqua le but de la séance. On y a joué le drame tragi-comique Cjui a pour titre " Vildac. " Le manque d'espace nous empêche de mentionner le mérite cjui revient à chaque acteur. Nous devons cependant dire que tous les rèles ont été bien exécutés, quoique tous ceux qui en étaient chargés, parussent pour la première fois sur la scène. Les principaux rôles ont été remplis par MM. R. Dupont. N. Martel, R. Cooke, C. Milot, X. Baril, P. Guillet et P. McLeod."
" Le chant et la musique instrumentale n'ont pas cédé le
pas au drame. Quelques chants montagnards ont été exécutés
pendant les entr'actes avec beaucoup de perfection, " notamment le morceau si difficile de A. Rolland intitulé " Le départ pour la Palestine. "
" La séance a duré environ deux heures. Tous les assistants se sont retirés contents et satisfaits de tout ce qu'ils avaient vu et entendu. "
VI — Les derniers mois.
Le 24 mai, nos élèves en leur qualité de loyaux sujets de Sa Majesté, voulurent avoir un petit bout de congé, pour fêter un peu Notre Très Gracieuse Souveraine. Cette faveur leur fut accordée à partir de l'heure solennelle où la compagnie avait à rendre les honneurs du salut royal, c'est-à-dire, depais midi jusqu'à 6 heures P. M.
Les élèves avaient fait, tous les soirs du mois de mai, les exercices du mois de Marie ; le 31, les plus dévots d'entre eux organisèrent une clôture solennelle de ces saints exercices, et leurs eiforts furent couronnés d'un plein succès.
Le mercredi, 5 juin, fut un de ces congés extraordinaires dont les élèves notent avec soin tous les incidents et qui laisse toujours les plus doux souvenirs. Il avait été décidé, dans le conseil des directeurs que, ce jour-là, la communauté irait faire une promenade à St-Grrégoire. Tout ayant été préparé d'avance, et le vapeur " St-Paul " surnommé " La Punaise" ayant été nolisé pour la circonstance, le départ eut lieu à 6J heures, au bruit de la fanfare qui avait à sa disposition spéciale un bateau remorqué par le St-Paul.
Sous la brise matinale, les élèves respirant à pleins poumons l'air embaumé des parfums des fleurs printanières, ne pouvaient trouver longue la traversée que, du reste, ils surent égayer par de joyeux propos auxquels se mêlaient les vieux refrains du pays et les airs de musique. Quand on fut rendu au pont de fer sur la rivière " Grodefroy, " la communauté laissant tous ses bagages aux soins du capitaine Leblanc, se rendit processionnellement à l'église de St-G-régoire où elle
arriva vers huit hourcs. M. le directeur Vy avait dovaucéo et était prêt à commencer la mess(î quaud les élèves entrèrent dans l'église. Inutile de parler du soin qu'ils apportèrent à l'exécution de leurs morceaux d.e chant et de leur musique. Après la messe, il y eut d'abord une petite sérénade sur la place publique. Puis les élèves vinrent saluer par un morceau de musique M. le curé de St-G-régoire, le vénérable Monsieur .T. Harper. Ils firent la même chose à M. le maire de la Rochelle, à M. Béliveau, beau-frère de M. le curé, et à M. Laplante, ancien professeur de M. Richard.
Après avoir ainsi rendu leurs hommages aux autorités religieuses et civiles du village, la communauté reprit ses ïangs pour revenir, musique en tête, à son vaisseau qui l'attendait au haut du lac. Comme ou avait grande hâte d'arriver au lieu choisi pour le pique-nique, Ton prit à peine une demi-heure pour revenir à notre bateau, et l'on eut de nouveau les agréments d'une belle navigation sur le beau et très paisible lac St'Paul. Quand le vapeur arriva vis-à-vis de la résidence de M. Philéas Houle, M. le directeur montrant aux élèves le coteau voisin couronné d'un bouquet d'érables, annonça que c'était là qu'on allait passer le reste de la journée
L'on retrouvait dans cette charmante solitude toutes les beautés champêtres chantées par les poètes ; la verdure des prairies avec leurs brillants émaux de fleur, les jeunes agneaux se jouant au milieu des prés, le laboureur conduisant ses bœufs à travers les sillons, l'ombre des grands arbres, le chant des oiseaux répondant aux harmonies de notre fanfare, et jusqu'au petit ruisseau descendant de cascade eu cascade et mêlant sou murmure au concert général de la nature.
Les quelques heures passées en cet endroit plein de poésie et de charmes, parurent bien courtes. Cependant nos musiciens ne voulurent pas partir sans aller faire une visite à M. On. Richard qui demeurait dans le voisinage, ni sans faire une brillante séïénade à M. P. Houle pour le remercier
de la bieuveillance avec laquelle il nous avait donné l'usasTe de son bocage. Vers cinq heures et demie du soir, les élèves retournaient à leur bateau et la musique jouait son morceau d'adieu. Le retour s'effectua sans autre incident, et à huit heures les élèves rentraient au Collège, enchantés de leur voyage et des agréments de leur congé.
La fête de St-Louis de Gronzague, 21 juin suivant, fournit aux élèves l'occasion de présenter leurs hommages au directeur. C'est ce qu'ils firent dans deux jolies adresses, l'une en français, l'autre en latin, après quoi ils chantèrent une cantate de circonstance. Le congé fut remis à la semaine suivante.
Les processions de la Fête-Dieu et de la St-Jean-Baptiste, 23 et 24 juin, furent laites avec beaucoup de pompe et d'éclat, et toutes les sociétés de la ville rivalisèrent de zèle et d'entrain ; mais on voit toujours le corps de musique du Collège occuper le rang d'honneur dans toutes ces démonstrations. Il en sera de même le 1er juillet, jour de l'inauguration de la confédération canadienne ; la procession au flambeau et le feu d'artifice tireront encore une grande partie de leur intérêt de la présence et du concours de nos musiciens.
La séance académique du 24 juin, jour de la St-Jean- Baptiste fut occupée par M. le président P. S. Dagneault, le vice-président M. E. Gruilbert, tous deux officiers honoraires à cette séance, et par M. E. Nobert, élève en Philosophie. Encore une belle occasion pour notre fanfare de se faire valoir !
Le concours du baccalauréat, présidé par M. l'abbé Piché, professeur du Collège de Ste-Thérèse, eut lieu le 1er, 2e, et 3e jour de juillet ; mais les devoirs ne furent corrigés qu'après les séances de distribution de prix, au commencement des vacances. Le résultat ne i'ut connu que vers la mi-juillet. Il y eut en Rhétorique 47 concurrents, appartenant tous, moins un, aux cinq collèges affiliés ; mais, sur ce nombre, les élèves de Nicolet se trouvèrent hors de concours, parceque Monsieur le Eecteur avait omis, par erreur, d'envoyer à' ce collège la question de l'histoire du Canada. Il ne restait donc que 39
candidats, dont 20 de Québec, 8 du îSte-Anne, 6 de Ste-Thérès^» et 5 des Trois-llivières.
La moyenne générale des succès obtenus fut de 72.5 ; et, considérés sous ce rapport, les collèges se classaient comme suit : au 1er rang, Ste-Anne ; huit candidats, deux bacheliers, moyenne 77.3 ; au 2e rang, Les Trois- llivières ; 5 candidats, pas de bacheliers, moyenne 73.1 ; au 3e rang, Québec; 20 candidats, 6 bacheliers, moyenne 70.6 ; au 4e rang, *Ste-Thérèse ; 6 candidats, un bachelier, moyenne 69.1.
Ce fat encore une grande déception pour les supérieurs du Collège des Trois-Rivières ; les élèves Pager et Cloutier sur lesquels ils avaient compté pour le baccalauréat, n'étaient arrivés qu'à une honorable inscription avec les nombres respectifs de 83,4 points et 77,8. Cependant, considéré comme ensemble, cet examen témoignait une fois de plus que le cours d'études (sauf peut-être le grec, à cause des préjugés que les élèves avaient contre cette langue), n'était en rien inférieur à celui des autres collèges aiïiliés.
Les examens des autres classes donnèrent une moyenne caractérisée par l'épithète "bonne, " ce qui permettra à M. le supérieur d'adresser des félicitations publiques à ses élèves, lors de la distribution des prix.
Il ne restait plus aux élèves pour clore les travaux de l'année, que de faire leur retraite préparatoire aux vacances, c'est là ce qu'ils firent, selon l'habitude, le dernier dimanche de l'année.
Le samedi, 6 juillet, la compagnie des volontaires du Collège fut passée en revue par un officier de milice. Les évolutions furent si bien exécutées, les mouvements si réguliers, que l'inspecteur dut leur en rendre témoignage en termes élogieux. Il déclara que parmi toutes les compagnies qu'il avait examinées, celle du Collège des Trois-Rivières pouvait être placée au premier rang pour sa bonne tenue et pour ses aptitudes militaires vraiment remarquables. La veille de la sortie, la compagnie alla parader de nouveau, sous les ordres
de sou capitaine, R. Dupont, en face de l'évôché ; Mgr Laflè' che qui assistait à cette dernière revue, daigna adresser quelques bonnes paroles à nos soldats.
Le mardi, 9 juillet, devait être le jour des récompenses et du triomphe des élèves studieux et appliqués. C'est ordinairement par les exercices variés d'une belle séance littéraire, dramatique et musicale que s'ouvrent les vacances ; voyons donc comment vonf être appréciés ceux de cette année.
" Mardi dernier avait lieu la distribution solennelle des prix aux élèves du Collège des Trois-Rivières. La salle trop petite pour donner place à une nombreuse assemblée, contenait cependant un auditoire d'élite parmi lequel on comptait près d'une trentaine de membres du clergé et de nombreux amis de l'éducation, tous venus pour témoigner de l'intérêt qu'ils portent à cette institution. La réunion était présidée par Sa G-randeur Mgr Cooke, accompagnée de S. Gr. Mgr Laiièche. M. le chanoine C. E. Fabre et le R.- Père Charpeney 0. M. I. de Montréal étaient aussi présents."
" Le discours d'ouverture fut prononcé par M. Greorges Pager, élève de Rhétorique. Le débit de ce monsieur est plein de grâce. Cinq élèves de la classe de Rhétorique parurent ensuite sur le théâtre pour se disputer le prix d'élocutiou. Ce fut une partie très-intéressante de la séance. Les morceaux de déclamation avaient été bien choisis, et les élèves rivalisèrent d'eiforts pour obtenir la palme de l'éloquence. Les vainqueurs^ furent M. Gr. Pager qui eut le premier prix, et M. Alp. Camirand à qui fut décerné le second."
" Le drame " Le Snvetier elle Financier " fut joué avec beaucoup de talent. Les acteurs firent preuve d'un gTand naturel.
M. C. Milot qui remplissait le principal rôle enleva plusieurs fois les applaudissements des auditeurs. MM. R. Cooke et Ph. Camirand se distinguèrent aussi dans ce drame. "
" La musique et le chant s'unirent à l'éloquence et au drame pour ajouter encore à l'intérêt de cette séance. Le»
chants montagnards (" Dc/Hirl innirla Palestine''' et " /e Cliœvr dea Croisés'') eurent un beau succès et les mélodies exécutées par la ba?ide ravirent l'admiration des connaisseurs. "
" La distribution des prix termina la séance. Les élèves qui avaient remporté le plus de succès, vinrent successivement chercher leurs récompenses aux applaudissements des auditeurs. Les principaux furent en Philosophie MM. H. Baril, Ph. Gruillet et 01. Nault ; en Rhétorique, F. X. Cloutier, G-. Pager et P]d. Brunel ; en Belles-Lettres, P. McLeod, Edm. Grrenier, Ulric Barthe et Nap. Grirard ; en Versification, R. Cooke, Nap. H. Beaulieu et L. 8 1- Arnaud ; en Méthode, G. Milot, Ismaël Noël de Tilly et J. Picher ; en Syntaxe, Fort. Mathieu, Joseph Trottier et Arth. Olivier ; en Eléments, Dés. Houde, Ls. Doucette Oct. Pleau et Aug. Beaudry ; au Cours Commercial, Gr. Massicotte, Al. Trottier, N . Murphy, W. Hamel et Alf. Paradis."
" Messire Baillargeon voulut bien offrir de magnifiques prix aux membres du chœur de la cathédrale et le major Barnard, aux élèves qui s'étaient distingués dans l'art militaire. "
" Après la distribution des prix, M. le supérieur adressa de sincères remerciements à l'auditoire et rendit un bel hommage à la bonne conduite et au travail des élèves de la maison "
" Tous ceux qui assistèrent à cette séance virent avec satisfaction que le Collège soutenait avec honneur la réputation qu'il a conquise dès sa naissance, grâce au zèle, au dévouement, aux talents de ceux qui sont chargés de sa direction. " (Journal du 12 juillet 1867.)