‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 45 sur 84 · CHAPITRE YINGT-CTNOUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE YINGT-CTNOUIÈME

1L,J^ ÏÎTJITIEIS/^E .^IsTHSTEE 1867-68.

I^TeAVAU^C des vacances — OR(L4NÏSATIO]Si du PEESOiS^NEL.

Les vacances de 1867 comme leurs devancières passèrent rapides et joyeuses pour la gent écolière, laborieuses et lentes pour les directeurs, auxquels l'organisation du personnel causait toujours beaucoup d'ennui et d'embarras, et cjui, cette année, avaient de plus à faire préparer la maison de Madame Ye Barthe, pour l' visage de trois ou quatre classes.

Cependant, en ville et partout ailleurs dans le pays, nos populations ordinairement si paisibles, étaient en proie aux plus violents accès de la fièvre électorale. En effet, c'était l'inauguration de la confédération et il s'agissait pour les électeurs de chaque comté d'avoir à choisir un représentant pour chacune des deux chambres. Les vocations à la charge importante de législateur furent partout nombreuses ! et comme il n'existait pas encore de législation contre le doublemandat, plusieurs candidats briguèrent les suffrages des électeurs pour l'un et l'autre parlement. De ce nombre fut aux Trois-Rivières M. Chs B. de Niverville qui eut pour adversaires, pour la chambre fédérale, M. Sévère Dumoulin, et pour la chambre locale, M. 0. B. G-euest. Bien que M. de Niverville se présentât sous les couleurs conservatrices, il faut croire qu'il manquait quelque chose à sa candidature, car celle-ci ne rencontrait pas l'approbation générale du clerg-é des Trois-Rivières, au moins pour ce qui regardait le mandat

pour la chambre locale. Cepeudant le prestige qu'il avait comme aucieu député et surtout les services qu'il venait de rendre au Collège durant la dernière session, lui rallièrent la majorité des suffrages et il sortit de la lutte vainqueur de ses deux adversaires.

Les prêtres du Collège également redevables à M. de Niverville et à M. Dumoulin pour services rendus à l'institution, et parce que l'un et l'autre faisaient partie de la corporation, se virent dans la nécessité de se tenir dans la plus stricte neutralité. Cependant M Héroux qui était d'avance décidé de quitter la maison et qui connaissait mieux que personne tout ce que M. de Niverville avait fait pendant la dernière session, ne dissimula peut-être pas assez ses sympathies pour ce dernier ni sa satisfaction à la suite du résultat de l'élection. Cette attitude devint pour lui l'occasion de nouveaux désagréments qui achevèrent de briser les liens qui le retenaient encore au Collège et à la ville.

Cependant l'on constate par le registre officiel de la corporation que M. Héroux ne donna sa démission comme secrétaire-trésorier que dans l'assemblée du 10 septembre où il rendit en même temps ses comptes. Il fut remplacé comme procureur et trésorier par M. Panneton, et comme secrétaire par M. Sévère Dumoulin.

Les élèves entrèrent le mercredi, 4 septembre.

Le personnel, installé de la veille se composait des éléments suivants : Monsieur l'abbé J. E. Panneton, Ptre supérieur, procureur et préfet des études.

Monsieur l'abbé Ls Kichard, Ptre directeur et prof de Théologie.

" " Nap. Caron, acolyte, professeur de Physique.

" "P. E. Dupont, Eccl. professeur de Philosophie

Intellectuelle.

" " Elp. Godin, Eccl. prof, de Mathématiques.

'• " Em. Guilbert, Eccl. prof de Rhétorique.

John Cooke, Eccl. prof de Belles-Lettres.

Monsieur ra})bé Hermylc Uaril, Eccl. prof, de Versification. Uld. Tessier, Eccl. prof, de Méthode.

Ferd. Vcrville, Eccl. prof, de Syntaxe.

Géd. Brunel, Eccl. prof. d'Eléments.

P. iS. Dagneault, Eccl. prof, d'anglais. Aug. Duval. Eccl. prof, de français et économe.

Outre M. Héro'dx, trois membres de l'ancien personnel, MM. Pierre Champagne et Philémon Brassard, ecclésiasticjues et M. Grodwin, laïque, avaient été remplacés par trois élèves de la maison, en sorte que l'homogénéité du p-rsonnel se trouva presque complète et ne contribua pas peu à donner de nouvelles forces à l'institution.

En effet, il fallait faire appel à l'esprit de sacrifice et de dévouement de ce nouveau personnel, pour arriver à rétablir l'équilibre dans les finances. Les prêtres, bien que surchargés d'une double ou d'une triple besogne, avaient réduit le chiffre de leurs honoraires de vingt piastres chacun, et les ecclésiastiques étaient appelés de leur côté à en sacrifier chacun dix. C'est ce que tous firent de bon cœur et avec empressement. On ne s'en tint pas là. Pour économiser les honoraires et la pension d'un maître de salle, M. Panneton crut devoir essayer un système de combinaisons povir la surveillance aux salles, de manière à la faire faire, chacjue semaine, par deux professeurs' adturnum. C'est ce qui explique l'absence d'un titulaire pour la salle dans cette liste du personnel que nous venons de donner. Ces deux seuls items de la réduction dans les honoraires et de la diminution dans le personnel laissaient dans la caisse du procureur pas moins de $300.00. Après ces traits d'un aussi sublime dévouement, il n'y a pas lieu de s'étonner que le Collège ait pu traverser les crises les plus graves, et survivre aux plus longues comme aux plus cruelles épreuves.

Je voudrais ici pouvoir redonner à chaque professeur la chambre qui lui fut assignée pour sa classe. Mais comme les classes étaient sujettes à des migrations annuelles ou même

plus fréquentes, il m'est impossible de les suivre dans ceë déménagements si nombreux.

Constatons seulement que, cette année, comme quelques classes devaient aller en ville, M. le préfet crut d'abord devoir placer dans la maison, pour une surveillance plus attentive, les plus hautes et les plus basses classes. Les classes moyennes dont le programme est mieux défini, avaient moins besoin de cette direction suivie et elles pouvaient, aA^ec moins d'inconvénients, subir le dérangement des allées et venues.

II — Le premier semestre

Les ordinations des quatre-temps furent faites par Mgr d'Anthédon, le samedi, 21 septembre, dans la chapelle du Séminaire de Nicolet, Sa Grraudeur conféra la tonsure à M. Nap. St-Cyr. les ordres mineurs à MM. Honoré Pépin, Ad. Buisson, Isidore Béland, Chs Bellemare, et Alphonse Gauvreau, le sous-diaconat à MM. Greorges Vaillaucourt et Philémon Brassard. Le lendemain, dans l'église de Ste-Mouique M . Adélard Buisson,était fait sous-diacre, MM. Gr. Vaillantcourt et Ph. Brassard, diacres, Pierre Champagne et Henry Alexandre prêtres, ce dernier étant un enfant de la paroisse même. . Le dimanche, 6 octobre, nouvelle ordination au Séminaire de Nicolet pour un de nos anciens professeurs, M. Ph. Brassard qui viendra à l'exemple de ses anciens confrères, donner sa seconde messe à la communauté qui a bénéficié de son enseignement et de ses services pendant trois années consécutives.

La retraite annuelle fut donnée aux élèves par Sa Grraudeur, Mgr Lafièche lui-même, qui obtint un succès extraordinaire auprès de son jeune auditoire. Commencée le lundi 23 septembre, elle se termina le vendredi suivant, le 27. A la messe de clôture. Monseigneur conféra la tonsure à MM. Augustin Duval et Ilermyle Baril.

Le 18 octobre, jour anniversaire du sacre de Mgr Cooke, étant congé de règle pour le Collège, il était tout naturel que les jeunes élèves saluassent le retour de cette fête avec grande démonstration d'enthousiasme et de joie. Leur premier

devoir était do donner le plus d'éclat possible à la messe d'actions de grâces qui se chantait ce jour-là. Cette année, quinzième anniversaire de la consécration épiscopale de »Sa Urandeur, il y eut un concours plus considérable que tous ceux des années précédentes. Plus de cjuarante prêtres, formant autour de leur chef vénéré une magnifique couronne d'honneur, étaient là présents, pour témoigner de leur respei-t et de leur filial amour. La messe fut chantée par Monsieur le grand vicaire Thomas Caron, supérieur du Séminaire de Nicolet, assisté de deux anciens secrétaires de Monseigneur, MM- Lottinyille et Delphos ; et, grâce au concours des élèves, la musique et le chant furent splendides.

Vers cette époque, sur les suggestions de l'artiste Livernois, photographe de Québec, les directeurs du Collège tentèrent la réalisation d'un projet qui, s'il eut été annuellement mis à exécution, nous donnerait aujourd'hui une collection très précieuse de photographies qui seraient en cjuelque sorte l'histoire illustrée de la maison.

L'idée était celle-ci : il s'agissait de faire photographier, chaque année, chacune des classes de l'institution avec sou professeur, la communauté en un seul groupe, le corps des professeurs, celui des musiciens ou des autres sociétés existant au sein de la communauté, et puis de réunir toutes ces photographies en un album cjue l'artiste s'obligeait à fournir à la maison, moyennant certaines conditions assez libérales, mais qui devant se répartir sur tous les élèves devenaient en conséquence fort difficiles dans leur exécution. Il ne put donc être donné suite à cette idée et nous n'avons que l'album de l'année 186Y-68, dans lequel on peut reconnaître tous les différents personnages c[ui composaient alors la communauté.

Le départ de M. Héroux du Collège s'était opéré dans des circonstances si peu agréables pour lui-même et si pénibles pour toute la communauté, surtout pour ses collègues, que l'on dut s'abstenir absolument de toutes les démonstrations qu'un tel départ devait nécessairement occasionner. En effet, M. Héroux ayant consacré six des plus belles années de sa vie

au service du Collège, il était tout naturel que ceux qui représentaient encore l'institution ou qui en restaient les membres, eussent au moins une dernière fois l'occasion de lui dire leur reconnaissance pour les services rendus, et d'exprimer leurs regrets pour son départ imprévu et précipité ; mais les élèves avaient à peine appris que M. Héroux partait, que déjà il était installé curé de Ste-Yictoire. Lors donc de sa première visite qui eut lieu le 22 novembre, à l'occasion de la Ste-Cécile, la communauté lui fit une réception si cordiale et si sympathique que M. Héroux en parut vivement touché, et les élèves ne trouvèrent jamais congé plus heureusement donné que celui qui suivit cette fête.

De la Ste-Cécile à la St-Thomas, il restait tout juste un mois pour préparer, au milieu des occupations ordinaires, les détails de la fête de Monseigneur Cooke. Elle fut célébrée avec assez d'entrain et de succès pour donner au " Journal des Trois-Rivières, " l'occasion d'en faire un rapport dans sou numéro du 20 décembre.

" Mercredi dernier au soir, {18 décembre), Sa Grandeur Mgr Ths Cooke accompagnée de Sa Grrandeur Mgr d'Anthédon. des prêtres de l'évêché et d'un grand nombre de membres du clergé de ce diocèse, se rendait au Collège des Trois-Rivières pour permettre aux élèves de cette institution de lui exprimer leurs sentiments d'amour, de respect et de vénération, à l'occasion de sa fête patronale. Trois discours élég'amment bien laits furent prononcés ; l'un en français par M. Pager, l'autre en latin par M. Nobert et le troisième en anglais par M. Murphy. Sa Grrandeur y répondit dans un langage très affectueux. Mgr d'Anthédon adressa aussi quelques mots aux élèves. "

" Un chant de circonstance exécuté avec beaucoup de perfection, couronna cette petite démonstration. "

III — L'an de geacjE 1868 et les Zouaves Pontificaux.

Au retour du nouvel an, une vacance de trois jours avec faculté d'aller faire une promenade au foyer paternel fut de nouveau octroyée aux jeunes étudiants du Collège des Trois-

îlivières. Il faut croire quo ceux-ci avaient bien mérité de Jeurs supérieurs, pour obtenir presque sans difficultés, cette faveur extraordinaire sur laquelle ils n'osaient plus compter, après les abus qui s'étaient introduits, les années précédentes. Quelques indiscrets répandirent le bruit que si la vacance lut accordée, ce ne fut pas tant pour récompenser les élèves de leur bonne conduite, que pour donner quelques jours de repos aux professeurs.

Dans tous les cas, cette fois, ce furent les éléments cj^ui vinrent parler contre l'octroi de ce congé et rendre la bonne volonté d'un grand nombre ^ibsolument stérile. Les vents déchainés et une affreuse tempête de neige rendirent le retour pour l'heure marquée physiquement impossible.

Ce fut au point que M. le directeur se crut obligé de faire ses plus chaleureuses félicitations aux élèves un peu éloignés c[ui rentrèrent à temps ; car pour ceux dont les parents demeuraient en dehors des limites de la paroisse des Trois-Rivières, il fallait un courage vraiment héroïque pour tenter de revenir au jour fixé et le petit nombre de ceux qui eurent ce courage, durent prendre plusieurs heures pour parcourir les neuf ou dix milles qui les séparaient de la ville. Ce ne fut que cinq ou six jours plus tard que les élèves les plus éloignés purent enfin revenir, non sans de graves difficultés à cause du mauvais état des chemins. En attendant, les classes subissaient des dérangements considérables, et l'ordre de la communauté était gravement troublé, au grand chagrin des directeurs qui, bien qu'ils fussent favorables aux vacances d.u jour de l'an, durent cependant prendre la ferme résolution de ne plus l'accorder, après la nouvelle expérience qu'ils venaient de faire des inconvénients et des désordres qui s'y glissent nécessairement.

Depuis quelques semaines l'opirion publique au Canada €t ailleurs, dans tout le monde catholique, était entièrement préoccupée du mouvement des zouaves et de la défense du trône pontifical.

Déjà, dans les journées de Mentana et de Monte-Rotundo,

3 et 4 novembre I 867, la petite armée pontificale s'était mesurée avec les forces cinq fois plus nombreuses de Graribaldi, et avait repoussé victorieusement les envahisseurs La Canada catholique, représenté dans ces héroïques combats par deux de ses enfants, s'émut lui aussi en apprenant les attentats commis contre le domaine de St-Pierre ; et le sang canadien qui avait coulé sous les murs de Mentana appelait des vengeurs, qui se levèrent aussitôt, nombreux et déterminés. Quelques-uns mêmes s'élancèrent immédiatement sur la route de Rome et voulurent devancer l'organisation du premier corps régulier qu'un Comité spécial formé à Montréal, sous l'inspiration du grand évêque Bourget, travaillait à mettre sur pied. Cette avant-garde de nos braves était composée de MM. Alf Prendergast, jGrédéon Desilets et Gaspard Haineault.

Bientôt le noble cri des antiques croisés : Dieu le veut î Dieu le veut î retentit par tout le Canada. Les rives du grand fleuve le redirent aux échos des montagnes, et une jeunesse pleine d'enthousiasme et de courage se leva de toutes parts pour répondre à ce religieux et patriotique appel. Pas une ville, pas un village, pas une institution, pas une famille qui n'eut voulu avoir un représentant parmi ces nouveaux croisés.

Le Collège des Trois-Rivières finit par y compter une douzaine de ses élèves, tant anciens que nouveaux ; Epiphane Dusseault, Edouard Brunel, Napoléon Beaulieu, Adélard Loranger, Louis Garceau, Ernest Noël de Tilly, Elie Lemire, Nap. Desaulniers, Eugène Grervais, Télesphore Grervais, Narcisse Grrenier, Joseph Panneton, etc. etc.

Cependant ce n'était pas tout de trouver des soldats ; le plus difficile était de défrayer leurs dépenses de voyage et de trouver les ressources nécessaires pour les faire arriver jusqu'à Kome, à dix-huit cents lieues du pays. Les fortunes des familles, en effet, s'accommodaient mal aux élans de courage et de dévouement de leurs enfants ; et, si ce n'eut été la foi vive du peuple et la charité des bonnes âmes dévouées au St-Siège. une dizaine de nos zouaves à peine eussent pu ajouter au sa-

vi'îllcc de leur sang- et de leur vie celui d'une partie de leur fortune pour solder leurs dépanses de voyai^'e. Mais d'un autre côté, si l'argent eut été plus abondant et n'eut pas l'ait vsi souvent défaut, le Canada eut pu doubler, tripler et quadrupler le nombre de soldats qu'il a envoyés à la défense de N. T. S. r. le pape.

Toutefois la ville des Trois-liivières et son collège, malgré leur pauvreté, voulurent fournir leur contingent pour le premier détachement. MM. James Barnard, Epipliane Dusseault et Edouard Brunel avaient été des premiers à offrir leurs bras et à solliciter la faveur d'aller si3 battre pour le pape. Le départ de ces trois trilluviens eut lieu le vendredi, 14 février, et donna lieu à une magnilique démonstration dont les principales étapes furent les adieux aux confrères du Collège, la bénédiction solennelle des soldats par l'évêque, à l'église paroissiale, puis la procession triomphale avec fanfare, bannières etc., qui les accompagna jusqu'à la station Doucet.

Il me semble que mes lecteurs me sauront gré de donner ici quelques extraits de la jolie adresse qui fut présentée aux deux zouaves du Collège, par leur confrère M. Ep. Nobert.

" Mes bons amis. " " Dans un instant vous allez nous

" quitter laissez-nous donc vous présenter nos souhaits,

" laissez-nous vous adresser nos adieux" !

'' Singulier privilège de cette séparation, elle nous com- " ble à la fois et de tristesse et de joie. Vous brisez, en efîèt, " les liens qui nous unissaient à vous ; mais aussi, par le plus " généreux de tous les sacrifices, vous vous dévouez au salut " d'une cause cjui nous est jAus chère que la vie. "

" Nous vous bénissons de tant de générosité et les dé- " monstrations dont vous êtes en ce moment l'objet, prouvent " que nous ne sommes pas les seuls à vous bénir. "

" Des plages lointaines de l'Italie, une voix puissante

" s'est fait entendre et l'univers s'est ému Les nations

" catholiques ont tressailli et le dix-neuvième siècle a vu se " renouveler le siècle des croisades. Vous aussi, mes amis,

" TOUS l'avez entendu cette grande voix qui domine le monde ■"et vous avez dit: nous irons à Rome, à Eome l'Eternelle " et nous offrirons à Dieu, au Christ, à son Eglise, nos cœurs " et nos bras. "

" Dieu le veut ! Dieu le veut ! disaient les croisés et ils " allaient à Jérusalem défendre le tombeau du Sauveur. Dieu " le veut ! répétez-vous après eux, et vous volez à Rome pour '■ sauvegarder et maintenir le règne du Christ. "

" Qui donc ose porter sur le trône de Pierre une main '' sacrilège ? Les empereurs romains ont immolé des millions

" de m-artyrs ! les musulmans ont envahi et souillé les

" Lieux-Saints !.... ; mais ce n'est pas contre l'islamisme, ni " contre les empereurs romains c|ue vous devrez diriger la " force de vos armes, c'est contre des enfants que l'église a " nourris, élevés, environnés de mille rayons de lumières. " Ces enfants ingrats se sont tournés contre leur mère ; ils " veulent lui ravir son diadème, la dépouiller de son man- " teau royal, s'en partager les lambeaux et livrer le monde au " joug de fer de la raison.

" Non, une telle flétrissure ne sera pas imposée à l'huraa- " nité ! Partez, fils du Canada ; fils des croisés, partez ! tout ■' vous y sollicite, votre foi, votre amour, votre nom, votre " origine. Allez humilier l'orgueil de l'impie ; qu'il appren- " ne à trembler devant vous, comme autrefois le musulman " trembla devant les " fils de la Croix. " Et si votre sang " coule pour cette cause, si Dieu agrée ce sacrifice, que votre " sang soit comme une semence de nouveaux défenseurs

" Mais déjà le temps presse, il faut nous dire un dernier '■ adieu. La tristesse saisit notre cœur, le vide s'opère dans " notre âme. Il vous faut partir, partir pour aller braver " mille dangers, envisager de près la mort pour la gloire du " Christ et le salut du monde. Que Dieu vous récompense de " ce sublime dévouement, qu'il vous comble de ses faveurs " et de ses bénédictions, et qu'il vous accorde toujours le cou- " rage qui vous est nécessaire.

" Du courage !.. oh oui ! il vous eu faut du courage !

" Qiiitti^r un pèro, quitter une mère, quitter des amis, quitter "' la patrie. Ah ! comme tout cela tient au cœur par des liens " secrets et puissants ! Aujourd'hui, nous pouvons le dire, '' vous avez vaiiu u la nature, c'est votre foi qui triomphe.

"Adieu! adieu! généreux confrères, accomplissez jus- " qu'à la fin votre sublime sacrifice. "

" Allez à Rome, bien-aimés confrères, nous vous accompa- " gnons de nos souhaits et de nos vœux. Allez représenter la " nationalité canadienne française dans ce grand conflit que " l'enfer livre aux enfants de Dieu. Sous les regards de " l'Eglise et sous l'étendard de la France, vous devrez sentir " votre courage s'affermir, vous devrez combattre avec ardeur, " combattre et mourir en héros. "

Je voudrais pouvoir donner aussi la réponse pleine de foi et de courage cjue M. E. Dusseault fit à cette touchante adresse. On y verrait comment un soldat chrétien sait allier, dans son cœur les sentiments de la piété filiale envers ses parents et ses directeurs, l'affection la plus sincère envers ses amis, avec le dévouement dû à l'église et à son chef. Qu'il me suffise de dire que toute cette scène avait quelque chose de profondément impressionnant, et, n'eut été un chant de circonstance qui couronna ct^tte démonstration, les larmes seraient restées la dernière formule des adieux des directeurs, des professeurs et des élèves.

Les générations futures qui liront l'histoire des zouaves canadiens auront bien de la peine à croire à tout ce qu'il a fallu d'abnégation, de dévouement et de sacrifices à nos jeunes compatriotes pour aller s'enrôler sous la bannière de Notre Très Saint Père le Pape ; et surtout elles ne comprendront rien aux démonstrations extraordinaires, aux acclamations triomphales qui ont signalé leur départ et leur passage à travers les Etats-Unis et la France ; et par lesquelles les catholiques de ces pays voulaient protester de leur sincère attachement à leur mère, la Sainte Eglise, de leur amour et de leur piété filiale envers le chef de cette église, le Saint Vieillard du Vatican.

Non contents d'envoyer quelques-uns de leur confrères à Ivome, les élèves du Collège voulurent pourvoir en partie aux frais de leur voyage. A cet effet, ils organisèrent deux grandes soirées dramatiques et musicales Cju'ils donnèrent dans la salle du Collège, le 18 et le 19 mars, à l'occasion de la fête de M. le supérieur. Voici comment le " Journal des Trois- Rivières " rend compte de ces soirées :

" Les deux séances dramatiques et musicales données par les élèves du Collège des Trois-Rivières, au bénéfice des zouaves pontificaux, ont pleinement réussi. La salle était remplie à chaque soirée d'un auditoire d'élite qui a pris le plus vif intérêt aux drames que l'on a exécutés. On y remarquait Sa Crrandeur Mgr d'Anthédou, Mr le grand vicaire C. 0. Caron, Mr N. Héroux curé de Ste-Victoire, les prêtres de l'évêché- Son Honneur le maire Sév Dumoulin et plusieurs des principaux citoyens de la ville. "

" Après l'exécution d'un magnifique morceau par la ôa/w/^ du Collège, on a chanté une ode en l'honneur de M. J. E. Panneton, supérieur de la maison dont on célébrait la fête. ""

" M. C. Milot est venu ensuite raconter Vhhfoire de Bonaparte. Il a remporté un plein succès. L'auditoire a bien ri et l'a fréquemment applaudi Le drame " Les jeunes Captifs " a été joué avec beaucoup de perfection. M. R. Cooke qui remplissait le rôle de Eodoifo, chef des brigands, s'en est habilement acciuitté. Il y avait de la terreur dans sa voix, dans sa figure, dans son maintien, dans tous ses mouvements. Pietro son lieutenant, représenté par M. F. X. Cloutier a été bien rendu. Energic[ue quand il le fallait, doux et humain quand sa pensée se reportait sur le malheureux sort des jeunes captifs, M. Cloutier subissait ces impressions contraires sans aucune difficulté, avec beaucoup de naturel. "

" MM. A. Olivier et G-. Pager se sont, eux aussi, acquittés de leur rôle avec beaucoup d'habilité. Les jeunes captifs Frédéric et Alfred joués par MM. L. St-Arnaud et C. Valentine, ont fait verser des larmes. Il était .difficile de représenter avec plus de candeur et d'une manière plus touchante ces

deux jennos (Mifanis, eiiformés duns une sombre caverne et suppliant à g-enoux l'ietro de leur rendre la liberté. "

" La chasse aux Isards'' chantée par un grand chœur a été bien goûtée. MM. E. Marchand et 01. Savoie ont été applaudis dans l'exécution de leur duo. "

" M. L. St- Arnaud a été admiré dans ''' Les adieux du, jeune uiartijf.''' Li.» comédien '' Le marquis de Carabas'^ a eu un succès non moins grand que la tragédie " Des Jeunes captifs.'" M. C. Milot qui remplissait le principal rôle de ce drame, a eu occasion d'y faire briller tout son talent. MM. Xav. Baril, J. Jacques, A. Olivier, R. Cooke, F. X. Cloutier, Ed Grrenier et Gr. Pager ont représenté leurs personnages avec beaucoup de naturel. Ce drame a très bien amusé l'auditoire. "

" M. Ph. Désilets a été applaudi à différentes reprises dans la chanson comique qu'il a donnée avec beaucoup d'aisance. "

"Le chant "La reira'te des montagnards'''' a été exécuté avec beaucoup d'ensemble, beaucoup d'harmonie et a dignement couronné cette agréable séance qui a pleinement satisfait l'auditoire.

" La fanfare du Collège a joué pendant la soirée plusieurs airs avec un succès qvii a étonné bien des connaisseurs. "

" Les recettes se sont élevées à -f 100, nous dit-on. "

Huit jours après le départ des zouaves, quelques amis du Collège et plusieurs anciens élèves donnèrent un grand concert au palais de justice, au profit de l'institution. Le succès artistique de nos amis fut complet et la recette, qui avait atteint le chiffre de $225 piastres, parut si magnifique aux directeurs du Collège qu'ils crurent de leur devoir d'en remercier publiquement les citoyens des Trois-Rivières.

Le premier avril, dans la grande salle de l'école des Frères, au profit de l'œuvre des zouaves pontificaux, il y eut une autre soirée dramatique et musicale qui fut tout à la fois l'écho du concert donné au palais de justice et des séances données au Collège.

Le trois mai, les élèves du Collège avaient à enregistrer la mort cVuu ancien confrère, Victor G-irard, qui était enlevé au printemps de la vie par une maladie de quelques jours seulement.

IT — Achat de la ferme " Barxard. "

Le cinq mai 1867, la corporation du Collège des Trois- Rivières accomplit un de ces actes importants qui comptent dans la vie d'une institution et qui exercent presque toujours une influence décisive sur les destinées de cette institution. Elle signait, ce jour-là, par son président M. Gr. S. Badeaux le c;ontrat d'achat de la ferme de M. Barnard, connu sous le nom de Longchamp pour le prix et somme de huit cent cinquante-quatre louis, trois chelins et quatre deniers courant, avec charge de faire ratifier la susdite transaction par un jugement de la cour dans un délai qui ne devait pas s'étendre au deln de douze mois. Ce jugement de ratification fut rendu le 12 avril 1860, et les frais s'en étant élevés à environ $200.00, portèrent le coût total de l'immeuble à la somme de $3.600.00.

La corporation fit cet achat sans arrière-pensée comme sans calcul de ses moyens. Elle n'avait pas le sou pour payer cette somme. Comme toujours, elle comptait uniquement sur la Providence pour le règlement de cette ali'aire. Cependant elle avait acheté avec la conviction qu'elle servait en cela les intérêts du Collège. Nous verrons plus loin comment la Divine Providenc(; montra encore son action, d'une manière sensible et extraordinaire, et de quelle source sortirent les six ou sept mille écus qu'il fallut réunir pour solder le prix d'achat du fameux Limgrhamp.

Rien de bien saillant ne se produisit dans le cercle des exercices collégiaux, à partir de la fête du supérieur, 19 mars, jusqu'à la St-Jean-Baptiste, 24 juin, si ce n'est peut-être les charmantes réceptions et les agréables veillées auxquelles donnèrent lieu les départs successifs des zouaves du 2e 3e et -le détachement. Car le Collège était le point de ralliement

de tous les zouaves du diocèse, et il ouvrait toujours ses portes bien larges pour recevoir les soldats du pape et leur faire oublier, si possible, dans une joyeuse hospitalité, les tristesses du départ.

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