V. — Amusements de nos soldats
Cependant l'ardeur guerrière de nos miliciens, continuellement tenue en éveil par le récit des prouesses des zouaves du pape et par le départ successif des divers détachements, cherchait à se satisfaire dans de fréquents exercices de compagnie et même de bataillon, sous la direction intelligente du capitaine Auguste Larue ; ce qui leur permit de figurer avec beaucoup d'honneur dans les magnifiques processions de la Fête-Dieu, 14 juin, et de la yt-Jean-Baptiste, 24 juin.
Dans l'intervalle, eut lieu la fête de M. le directeur, laquelle, pour avoir été très intime n'en fut pas moins belle. Il y avait dans le programme, musique de fanfare, adresse et deux morceaux de chant, une cantate de circonstance et "Le Cor " de A.. Eollaud. Mr Panneton était présent et il lui prit fantaisie d'ajouter encore aux éloges de l'adresse ! Mr Richard était accablé.
Le 24 juin, après-midi, nos soldats donnèrent, au coteau St-Louis, le spectacle d'un combat simulé. Cet amusement d'un genre tout nouveau eut pour effet d'attirer sur le théâtre de la bataille une foule nombreuse, cjui suivit toutes les péripéties du drame avec une attention soutenue Naturellement chaque armée avait son groupe d'admirateurs et d'amis. Les succès comme les revers de chacune d'elles provoquaient à la fois ou des bravos enthousiastes ou de mornes terreurs. " Les '■ nations mises en scène étaient les Prussiens et les Français. " Le choix par lui-même piquait vivement la curiosité, et le " plan du combat avait été habilement combiné pour faire " ressortir la nature de la position respective qu'occupent " actu.ellement ces deux puissances redoutables et redoutées " sur le continent européen. Une guerre entre la France et la
" Prusse est vne éventualité que Von redoute depuis longtemps, et les " élèves du Collège n ont peut-être fait que devancer tes é^'énements" (q)
L'armée française était commandée par le général Cloutier, et l'armée prussienne était sous les ordres du général Baril. Bientôt les clairons retentissent, ils donnent le signal du combat qui commence par une attaque de l'infanterie légère dans laquelle les Français ont l'avantage. Mais bientôt les Prussiens prennent leur revanche en bataille rangée, en forçant les Français deux fois à la retraite et en leur enlevant leur drapeau. L'officier prussien qui accomplit cet acte de bravoure fut le capitaine Nault qui y reçut une blessure mortelle, et qui dut être emporté au camp recouvert du drapeau si glorieusement enlevé à l'ennemi. Un troisième et dernier engagement décide définitivement de la victoire. Les Français, après un feu bien nourri, chargent les Prussiens à la baïonnette qu'ils forcent à retraiter et, après avoir divisé l'aile gauche de ces derniers d^ leur aile droite, ils montent deux fois à l'assaut d'une redoute construite sur les hauteurs du coteau et défendue par un canon et parviennent enfin à s'en emparer. Les Prussiens tentent aussitôt de reprt-ndre leur fort; mais inutilement. L'honneur de la journée reste définitivement aux Français.
Ce combat où nul incident n'avait manqué, donna lieu à des mouvements difficiles et compliqués que les élèves surent exécuter avec beaucoup de précision et de promptitude, de manière à commander l'admiration et l'intérêt du public qui témoigna, plus d'une fois, son approbation par des applaudissements frénétiques.
Cette belle fête de 8t-Jean-Baptiste fut couronnée par une promenade aux flambeaux, et par un feu dartifite lancé des hauteurs du Platon.
(a) ■' Le Journal des Troi.s-llivières ' fut inopliète quand il écrivit ees lignes, le 27 juin 1868. Sa inojihétie devait se réaliser deux ans jilus tard !
VI— Le baccalauuéaï et la distribution des prix.
Le concours du baccalauréat eut lieu le 30e jour de juiu, le premier et le 2e jour de juillet. Le Collège des Trois-Kivières y fut représenté par cinq rhétoriciens, parmi lesquels se trouvaient MM. Edm. G-renier et Pierre McLeod. Nicolet eut également cinq candidats. Québec en comptait trentequatre, Ste-Anne onze, Ste-Thérèse huit ; en tout 63.
La correction des devoirs se fit à Québiu; dans les premiers jours des vacances. Il y eut en tout quinze bacheliers, dont treize du Séminaire de Québec, un de Nicolet et l'autre de Ste-Anne.
La moyenne générale du succès fut de 74.7 sur 138 points. Les moyennes particulières plaçaient Québec au premier rang avec le chiffre 83.4, Ste-Anne au second rang avec 78.0, Nicolet au troisième avec 77.7, Trois-Eivières au quatrième avec 69.5, Ste-Thérèse au cinquième avec 65.3.
Le Collège des Trois-Rivières n'avait guère à s'enorgueillir d'un tel résultat ; cependant M. E. G-renier avait atteint un chiffre qui, d'après les nouveaux règlements de l'Université, lui donnait droit de reprendre la matière la jdIus faible de son examen. En effet, cet élève reprenait plus tard sa géographie, et il arrivait heureusement au nombre de points voului pour le baccalauréat. D'un autre côté, Pierre McLeod avait obtenu des succès partiels qui le distinguaient entre tous ses concurrents. Ainsi sur un total de 54 points accordés pour les trois devoirs, il obtenait 49.5, c'est-à-dire qu'il remportait son inscription par ses trois devoirs seulement. Bien plus, sur l'ensemble de ces trois matières il était le plus fort de tout le concours. Mais une grave maladie d'yeux dont il avait eu beaucoup à souffrir tout le cours de l'année, l'avait empêché de s'appliquer à l'étude, et il était resté consécjuemment très faible sur les matières de mémoire : de là son insuccès en histoire et en littérature. Enfin, si la moyenne du Collège des Trois-Rivières se trouvait si basse, cela était dîr particulièrement à l'extrême faiblesse d'un seul élève qui avait été loin d'atteindre le chiffre de son inscription.
Les examens des autres classes se firent à peu près eu même temps que ceux de la Rhétorique, et ils donnèrent un résultat très satisfaisant. En conséquence, le travail de l'année scolaire se trouva complété le samedi, 4 juillet. Comme d'habitude, on passa la journée du lendemain, dimanche, dans le recueillement de la retraite et le lundi, on mit la dernière main aux préparatifs de la séance de la distribution des prix.
Le mardi donc, 7 juillet, dans la salle du Collège, au milieu du concours des amis de l'institution, avait lieu la séance publique qui, chaque année,, termine les travaux scolaires. Sa Grrandeur Mgr Cooke présidait, ayant à sa droite Sou Honneur le juge Polctte, et à sa gauche Mr le grand vicaire C. O. Caron. Les messieurs de l'évèché, plusieurs prêtres venus des différentes paroisses de ce diocèse et de l'étranger, quelques-uns des principaux citoyens de cette ville occupaient les premières places. Le reste de la salle était encombrée par les parents des élèves et par les amis de l'éducation.
Un joyeux air de musique exécuté avec entrain par les élèves, disposa agréablement tous les esprits.
Mr Olivier Nault vint ensuite, au nom de ses confrères manifester la joie bien légitime qu'ils ressentaient tous de voir arriver l'époque de la distribution des prix, et il remercia l'auditoire des marques de sympathie qu'il leur donnait par sa présence. Le discours de Mr Nault parut très bien goûté.
Cinq élèves de Rhétorique, MM. Edm. Grrenier, Ulric Barthe, Elle Lemire, Léon Boucher et Nap. Desaulniers, se sont ensuite disputé, dans une joute toute pacifique mais brillante, le prix d'élocution que le suffrage des auditeurs décerna à Mr L. Boucher.
La Comédie de Molière •' Mr de Pourceaugmic.'' fut alors jouée et elle obtint beaucoup de succès, si l'on en peut juger par les applaudissements qui ont, maintes fois, salué les acteurs, et par l'hilarité qui n'a cessé de régner dans l'auditoire.
Enfin 1g moment solennel de la distribution des récompenses est arrivé. Le Pabnare proclame successivement tous les noms des heureux lauréats, entre lesquels se distinguent plus particulièrement en Philosophie senior, MM. 01. Nault et Ep. Nobert, en Philosophie junior, MM. G-. Pager et F. X. Cloutier, en lihétorique, MM. Edm. Grrenier et P. MeLeod, en Belles-Lettres, MM. Rich. Cooke et Eus. Beaudry, en Versification MM. Ismaël Noël de Tilly et Joseph Picher, en Méthode, MM. Joseph Trottier et Ls Desaulniers, eu Syntaxe, MM. D. Houde et Oct. Pleau, eu Elément MM. Joseph G-enest, Joseph Jacques et Lucien Lassalle, au Cours Commercial, première division, MM. Nicolas Murphy et Louis Marcoux, seconde division, MM. John Murphy et Ed. Blondin.
Outre les prix ordinaires pour les matières de classe, les supérieurs distribuèrent des prix extraordinaires pour l'instruction religieuse, l'instiuction militaire, le plain-chant, la musicjue vocale et instrumentale.
Après la distribution des récompenses, les élèves finissant leur cours parurent sur le théâtre, et Tun d'eux, M. E. Nobert fit un touchant discours d'adieux aux directeurs, professeurs et élèves de la maison. Le bonheur de la vie d'écolier, la douleur de la séparation, l'incertitude et les dangers de l'avenir, tout cela était exprimé dans un langage très sympathique. Aussi l'émotion gagna-t-elle tous les cœurs !
Monsieur le grand vicaire Carou voulut bien adresser quelques mots à l'assemblée vers la fin de la séance. Il exprima son contentement de tout ce dont il venait d'être témoin, et dit aux parents qu'ils ne devaient ]pas regretter les sacrifices qu'ils faisaient pour l'instruction de leurs enfants ; car ils en étaient récompensés par l'éducation solide et franchement catholique que ces enfants recevaient en échange. Il remercia au nom de Mgr Cooke, au nom de la Patrie et de la Keligion, les hommes dévoués de cette maison qui savaient former de semblables élèves.
M. le supérieur, J. E. Panneton remercia M. le grand vicaire de ses bonnes paroles. Il annonça que l'année sui-
ranfe, la corporation du Collège voulait donner un plus grand développement au cours commercial, et que, dans ce but, elle avait envoyé aux Etats-Unis, pour y étudier l'anglais, un professeur qui avait en outre pour mission de ramener avec lui, pour la rentrée des classes, deux autres professeurs d'ori- R'ine anglaise. C'est là, ajouta-t-il, un fait que le public verra avec beaucoup de satisfaction et qui, nous l'espérons, ne pourra qu'accroître les sympathie;? nombreuses que possède déjà notre Collège.
Pour compléter le compte-rendu de cette jolie séance, il ne nous reste plus qu'à dire un mot de la part que nos musiciens y ont prise pour la rendre plus solennelle. Dans une lettre qu'écrivait, vers le commencement des vacances, un des chantres à un de ses amis, je trouve justement des détails fort intéressants sur cette partie du programme : "Aidés de " Thomas et de Jos, (a) nos musiciens ont rempli très conve-
" nablement leur partie Nous avons chanté " La Li/unnaise "
" (Du travail et du pain), le fameux '' Départ pour la Palestine" " et un morceau de circonstance sur un air de Rolland " Le Cor.''
Ce fut justement le chant de ce dernier morceau qui termina la séance et avec elle la huitième année scolaire.
(a) C'étaient deux anciens élèves de la ville qui avaient fait {«utie du corps de tnusique du Collège depuis ses commencements.