‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 55 sur 84 · CHAPITRE TRENTE-DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-DEUXIEME

Xj^ OltTZilEiMIB J^I^I^TjEIl! 1870-71.

I — Pendant les vacances.

Le premier évéuemeiit important qui s'offre à rattentioii de riiistorieu de ces notes, dès les premiers jours des vacances, fut la mort de Monsieur l'abbé Charles Dion curé de St-Prosper, arrivée le 8 juillet. M. Dion était un prêtre selon le cœur de Dieu et qui n'avait jamais eu d'autre ambition que celle de remplir scrupuleusement ses devoirs, partout où la Providence l'avait placé ; soit au Séminaire de Québec comme élève et ecclésiastique, soit comme prêtre, vicaire à Notre-Dame de Québec et à Bécancourt, soit comme curé dans cette dernière paroisse et à St-Prosper, soit enfin comme directeur, supérieur et procureur du Séminaire de Nicolet. Aussi il ne comptait que des amis parmi tous les membres du clergé et ce fut un deuil .général quand on apprit la nouvelle de sa mort. Mais celui qui écrit ces notes avait eu aA'-ec le défunt des rapports d'intimité qui ajoutaient au chagrin qu'il éprouvait de cette mort depuis quelque temps prévue, mais qui arri^ Tait encore à l'improviste. Il s'empressa donc de se rendre à St-Prosper pour aider aux préparatifs des funérailles et rendre à son bienfaiteur et à sou ami les derniers et suprêmi\s devoirs. '

Quelle ne fut pas sa surprise et sa consolation d'apprendre que le défunt avait fait ses dis positions testamentaires en faveur du Collège des Trois-Rivières, " voulant parla, " avait-

il dit, " honorer la mémoire de &ou regretté supérieur Mgr Cooke et correspondre en même temps aux vues de Mgr Laflèche.

Les funérailles eurent lieu, au milieu d'un grand concours de prêtres et de tous les paroissiens de St-Prosper cjui pleuraient en la personne de leur digne curé, un père et un ami. Les messieurs du Collège s'y rendirent en nombre^ pour témoigner leur reconnaissance à leur bienfaiteur et lui donner l'échang-e de leurs sufFrag-es contre les biens qu'il venait de leur léguer.

Il est vrai que ce bon curé avait eu le cœur trop large et trop généreux pour pouvoir jamais thésauriser et laisser une riche succession à ses héritiers. Ainsi, il ne quittait guère eu mourant que ses livres et son petit mobilier lequel n'était remarquable que par son humble simplicité. Tout de même ici, c'est du mérite de l'intention dont il faut tenir compte et de IVffet moral qa'un acte sjmblable devait produire !

On était justement à cette époque où les ennemis du Collège des Trois-Rivières faisaient de leur mieux pour contrecarrer les efforts et les démarches d»? Mgr Lallèche qui travaillait à amener la fusion des deux Collèges en un seul. Or. n'était-il pas admirable et vraiment édifiant de voir un saint prêtre, ancien supérieur du Séminaire de Nicolet, sacrifier généreusenieiît les sympathies bien naturelles qu'il gardait pour une institution au service de laquelle il avait consacré dix années de sa vie, à la conviction qu'il avait acquise de la nécessité du Collège des Trois-Rivières et de l'encouragement qu'il fallait lui donner. Aussi son noble exemple a-t-il servi notre institution infiniment mieux encore que les quelques cents dollars qu'il lui a légués ! Qu'il en soit éternellement béni et remercié !

Par un singulier contraste, c'est encore un joyeux événement qui vient faire suite à cette cérémonie funèbre. Un mois plus tard, 9 août, c'est le retour de Rome de Mgr Lallèche qui provoque l'accueil le plus ehaleureux que la ville

cU^s Trois-Rivières ait jamais fait à sou premier pasteur. La voix du cauou, le carillou des cloches, la musique de fanfare, les arcs de triomphe, les drapeaux ilottauts sur les édiii(;es, les décorations spleudides, la foule immense et enthousiaste, les acclamations triomphales, les adresses magnifiques, les réponses de l'évêque plus magnifiques encore, rien ne manquait à cette brillante et solennelle démonstration.

Le steamer ScaïuUriavian devait faire escale aux Trois- Rivières, pour permettre à l'illustre voyageur d'y descendre. Bien cju'il ne fût que six heures du matin quand il arriva en vue de la ville, déjà toute la population était sur pied avide de revoir et d'entendre son premier pasteur et de recevoir sa bénédiction. Toute la journée, la ville fut en liesse et le soir elle disparaissait en quelque sorte sous les feux d'une brillante et splendide illumination.

Aussitôt que Mgr Lafièche fut un peu remis des fatigues de son voyage et des émotions de son arrivé3, M. Richard se hâta de l'aller trouver pour l'informer du départ définitif de M. Panneton et s'entendre avec lui sur la composition du personnel du Collège. Le plus difficile alors n'était pas précisément d'avoir des prêtres de la maison dont les fruits <'ommençaient à mûrir ; mais comme il ne fallait pas encore songer à garder un grand nombre de prêtres, il s'agissait de faire un choix prudent et sûr, capable d'assurer l'avenir de l'établissement, en y retenant des sujets pieux, cax)ables, zélés, désintéressés, fidèles et dévoués, d'un caractère sympathique, susceptible de la vie de communauté. Sans doute, toutes ces qualités qui donnent l'idéal de l'homme de Collège, se rencontrent bien rarement dans un même sujet. C'est là ce qui explique les difficultés sérieuses qui se rencontrent généralement dans la formation du personnel des maisons d'éducation.

Après mûre délibération et en vue de pourvoir aux besoins les plus urgents, Mr Richard demanda à Monseigneur l'autorisation de garder au Collège MM. Nap. Caron, Em Guilbert, P. E. Dupont et Elp. Grodin. Messieurs Uld. Tessier et J. Cooke restaient disponibles pour le ministère.

Cependant Mr Carou avait été sérieusement malade une bonne partie des vacances. Vers la mi-août, il écrivait au directeur- pour l'informer qu'il se sentait encore bien trop faible pour se risquer à l'enseignement de la classe de Belles- Lettres que Mr Eichard désirait lui donner. Force fut à celuici d'assigner à son jeune collègue une besogne moins fatiguante, et dans l'exercice de laquelle il put refaire sa santé. Il fut donc nommé sous-directeur avec le titre de préfet de religion. Mr G-uilbert fut chargé de la préfecture des études. Mr Dupont restait professeur de Philosophie et Mr G-odin professeur de Chimie, de Mathématiques, etc.

La nomination de Mr Gruilbert à la direction des études et le départ de MM. Tessier et Cooke créaient des. vides importants qu'il s'agissait de remplir. D'un autre côté, la santé plus que précaire de quelques-uns des professeurs engageait Mr Richard à se pourvoir, cette année, de deux maîtres de salle, afin de parer à toutes les éventualités. Voyons donc jusqu'à quel point, dans une telle urgence de sujets, la Providence vint ici en aide à ce pauvre directeur pour la composition de son personnel. Un ex-zouave, Mr Edouard Brunel et un élève finissant, Mr Edmond G-renier étant décidés d'embrasser l'état ecclésiastique, avaient spontanément offert leurs services qui furent aussitôt agréés. Trois autres sujets du diocèse des Trois-Rivières, MM. Damase Fortin, Chs Ad. Barolet et Narcisse Grastonguay ayant étudié respectivement dans les Collèges de Montréal, de l'Assomption et de Ste-Anne Lapocatière avaient eux aussi demandé leur admission dans l'état clérical et étaient entrés en relation avec Mr Richard qui, de l'agrément de Monseigneur Laflèche, les appela tous au Collège des Trois-Rivières.

Ainsi, après les A'acances quand les élèves vinrent reprendre leurs travaux, ils se trouvèrent en présence de professeurs nouveaux dans presque toutes les classes. Voici :

Monsieur l'abbé Ls Richard Ptre, directeur, procureur et professeur de Théologie.

'' " Em. Guilbert Ptre, préfet des études.

Moiisioiir l'abhé Niip. Caroii Plix', préfet de religùoii et prof, de Physique.

" " 1'. E. Dupont Ptre, professeur de Philosophie

intellectuelle.

Elp. Godiu, Dcre, prof, dt; Mathématiques et

de Chimie.

F. X. Cloutier Acol, prof, de Rhétorique (plus tard, prof, de B.-L.) " '■ G-eorges Pager Acol. prof, de BjUes-Lettres

(plus tard 2e régent.) " " Herm. Baril Dcre, prof, de Versification (ma-

lade et absent une partie de l'année.) " Ed. G-reuier Eccl, prof, de Méthode.

Chs. Ad. Barolet Eccl. prof, de Syntaxe.

Narcisse Grastonguay Eccl. prof. d'Eléments.

" " F. X. Ep. Dusseault, Eccl. assistant-proûurear.

" " Damase Fortin Eccl., premier régent.

" '■ Edouard Brunel Eccl. second régent (prof de

Versification après M. Baril.) " " Ls. Alp. Nolin Eccl., professeur d'anglais au

Cours cora.

" " F. X. Trudel Eccl, professeur de français au

Cours com.

" " Ep. Nobert, Acol., (malade et absant) plus

tard professeur de français au Cours commercial.

Les nombreuses parenthèses ouvertes dans ce tableau, font voir combien prudentes avaient été les mesures prises par M. le directeur pour se ménager du secours, au cas de besoin. Elles peuvent aussi donner une idée des graves soucis et des nombreuses épreuves qu'il eut à subir par suite de la maladie de plusieurs professeurs.

Le dépaH définitif de M. Panneton avait aussi amené des déménagements à l'intérieur du CollèR-e. M. "Richard s'était

installé dans les appartements du supérieur. M. Guilbert avait pris la place de M. Richard. M. Nap. Carou occupa ]a chambre voisine de celle de M Guilbert à l'angle ouest de la maison. M. Dupont eut la chambre de l'angle est, tandis que MM. Baril, Fortin et Nolin se partagèrent la chambre de l'anurle nord. M. Godin s'était ménagé une alcôve de qaelques pieds à côté de sa classe, à l'extrémité de l'aile neuve. Les autres ecclésiastiques furent logés dans les dortoirs.

II— La rentrée des élèves.

La rentrée des élèves eut lieu le 6 septem bre. Les directeurs du Collège constatèrent avec chagrin que les craintes causées par les difficultés du baccalauréat éloignaient les élèves de la maison, c'était surtout ce que l'on remarquait depuis deux ans. Cette anné?, sur neuf élèves qui avaient fait leurs Belles-Lettres, quatre seulement se présentèrent pour la Rhétoricjue et sur les quatre, il n'y en avait guère qu'un seul cjui pût se préparer au concours avec quelque avantage. C'était désespérant, et M. Richard qui n'avait jamais été bien chaud pour l'Université, devint plus froid que jamais, en présence des résultats plus que' problématiques obtenus jusque-là et surtout lorsqu'il vit le désert se faire autour de la chaire du professeur de Rhétorique. D'un autre côté, certaines idées qui avaient cours au Séminaire de Québec, touchant les classiques chrétiens et le libéralisme catholic^ue, n'étaient pas du tout celles que l'on cherchait à faire prévaloir au Collège des Trois-Rivières. Plus d'une fois M. Richard avait été fort mal édihé de la manière dont il avait vu traiter Mgr Gaume et Louis Veuillot, deux écrivains aussi remarquables par la sûreté de leur doctrine que par le nombre et la variété de leurs écrits, et qu'il avait toujours admirés ; dès lors, il se mit en garde tontre les exagérations de ces anti-gaumistes comme ils s'appelaient alors. Mais les rapports nécessaires entre le personnel des deux institutions, avaient déjà commencé à produire de funestes influences qu'il croyait eu conscience devoir combattre. Ces raisons, jointes aux froissements fréquents cj[u'amenait le mode de correction des devoirs, celui de

i-)Osor les questions aux examens, la nature de ces questions otc , lui tirent douter plus que jamais de l'utilité réelh; de railiîiation et chercher les moyens de la briser.

En même temps que les élèves désertaient les hautes classes, ils devenaient plus nombreux au Cours commercial. Il y avait donc là un autre besoin à rencontrer et qui demandait une réforme dans le cours d'études. On y songeait de. puis plusieurs années déjà ; mais enfin l'on crut qu'il devenait tout à fait urgent de se mettre à l'œuvre pour étudier les systèmes déjà employés fort avantageusement dans quelques maisons d'éducation supérieure, notamment au Collège de Ste- Anne Lapocatière et à celui de Terrebonne ; et voir s'il ne serait pas possible d'adopter un cours analogue à celui de ces deux institutions.

Les ordinations des quatre-temps eurent lieu comme à l'ordinaire au Séminaire de Nicolet, le 25 et le 26 septembre. Elles furent assez nombreuses; mais il n'y eut qu'un seul prêtre, ce pauvre M. .1. Cooke ! MM. Elp. Godin et Herm Baril y reçurent successivement le sous-diaconat et le diaconat.

La retraite annuelle fut prêchée aux élèves par le Révérend P. Beaudry de la Compagnie de Jésus. Ceux qui ont entendu parler ce bon religieux savent combien il était heureusement qualifié pour toucher et convaincre les jeunes gens, pour leur inspirer l'horreur du vice et l'amour de la vertu, en un mot, pour» faire faire une bonne retraite. Commencée le mardi, 28 septembre, elle se termina le samedi, 1er octobre. Monseigneur des Trois-Rivières avait quelc{ues ordinations à faire à l'issue de cette retraite, mais il fut appelé à Québec pour cette même fin et pour remplacer dans cette importante fonction de l'évêque, Mgr Baillargeon qui alors était dange- Teusement malade (a).

Aux ordinations générales faites à Québec, il y eut deux prêtres pour le diocèse des Trois-Rivières, MM. Victor G-audet

(a) Celui-ci mourut eu effet quelques jouns i)lu.stard et .ses funéi-ailles eurent liew le J8 octobre.

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