‹ Histoire du College StanislasChapitre 27 sur 31 · RETOUR AUX IDÉES DE M. LIAUTARD · texte numérisé non relu

RETOUR AUX IDÉES DE M. LIAUTARD

Le collège Stanislas se transformait, mais lentement, mais doucement : c'était un malade en convalescence, comme disait M. Lalanne. Au banquet de l'année 1856, le directeur fait partager ses espérances à ses anciens amis : « Il semljle. Messieurs, qu'il manquerait pour vous quelque chose à ce banquet, quelque chose de ce qui doit vous y intéresser, si l'on ne disait pas un mot de ce cher collège, dont le nom a été ici notre signe de ralliement.

« Il est naturel que, sachant si bien tous quand et comment il a vécu, vous aimiez à savoir s'il vit encore et s'il promet de vivre.

< L'année dernière, à pareille époque, vous avez pu com.prendre à mes accents de détresse, qu'il avait le pouls bien bas et bien agité; eh bien ! chers condisciples, je puis vous dire aujourd'hui, pour compléter la fête, que notre

(1) Discours prononcé par M. Lalanne à la distribution dos pris, 1855.

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cher malade va beaucoup mieux. 11 est bien, il est en pleine convalescence ; et pour qu'il se porte aussi bien <[u'aux jours de sa plus haute prospérité, il ne lui manque que de l'embonpoint. Rassurez-vous donc, et que l'avenir de Stanislas ne vous apparaisse plus comme autrefois, assombri par l'ombre des cyprès, mais comme rajeuni dans un berceau de roses blanches, aux feuilles vertes. Tout y renaît, depuis que l'image vénérée du fondateur a reparu et repris sa })lace au banquet paternel et fraternel de chaque jour, au réfectoire, pour parler sans périphrase. L'esprit ancien, accueilli d'abord avec étonnement, et comme si ce n'était pas chez lui qu'il rentrait, a pénétré de plus on plus dans ces jeunes esprits. Les nuages sont dispersés, la lumière renait, la sérénité s'est faite. Les cœurs se sont ouverts à la confiance et à l'amitié. On s'est repris à croire que le maître peut ne pas être l'ennemi. Le collège épuré se transforme de jour en jour en une seule famille chrétienne: vous aurez des successeurs! »

Ainsi renaissait ce collège qui avait été si près de la mort. Sans doute, le premier auteur de ce succès, ce fut Dieu qui ne voulait pas laisser périr l'œuvre des trois pieux fondateurs. Mais Dieu n'intervient pas toujours diractement dans les choses humaines, il choisit des hommes qui lui servent d'instruments. A ce compte, M. Lalanne et ses collaborateurs ont été des instruments dociles entre les mains de Dieu.

M. Lalanne s'était préoccupé avant tout de faii'e revivre à Stanislas les anciennes traditions et l'esprit d'autrefois. En y entrant, accompagné de quelques religieux qui étaient chargés plus spécialement de l'éducation morale, il reprenait une vieille idée de M. Liautard, qui était de discipliner le zèle et de perpétuer le dévouement par des engagements religieux. « Ce que les perplexités des temps, les accidents, la brièveté de la vie, ne permirent pas à nos

maîtres et à leurs dignes successeurs d'exécuter, nous venons à quarante années d'intervalle, pleines de vicissitudes pour tous, l'entreprendre, nous qui avons reçu dans notre cœur, lorsque jeune, ardent, docile, il s'ouvrait, il palpitait sous l'inspiration de leur parole, un germe qui devait croître à leur insu et au nôtre (1). »

Puis il ajoutait, en parlant de ses collaborateurs, et en disant leurs intentions et leur but : « Ces hommes, dévoués à l'éducation comme les fondateurs, ces hommes qu'unit un lien fraternel, les voici : ce qu'ils sont, ils le disent ; ils le disent parce qu'ils n'ont aucune raison plausible de le taire. Sr, en entrant dans cette carrière de vie, ils avaient cru commettre une action honteuse ou mauvaise, ils ne l'auraient pas fait ; s'ils l'ont fait, c'est qu'ils ont eu la conscience de vouloir le bien ; ils n'en doivent avoir ni regret, ni honte, dussent-ils déplaire à je ne sais quels adversaires de Dieu et de la vertu à qui toujours on déplaît, qu'on se montre ou qu'on se cache (1). »

Les religieux dont M. Lalanne parle ici, étaient membres de la Société de Marie; il en faisait partie lui-même, comme nous l'avons dit plus haut. Le concours de cette Société religieuse fut une des premières causes du relèvement de Stanislas. M. Lalanne, abandonné à lui seul, n'aurait jamais réussi à cette grande œuvre.

Il s'était d'abord proposé de suivre une voie dans laquelle il avait été amené par son prédécesseur. Celui-ci avait tenté, pour suppléer aux ressources insuffisantes du collège, de former une société en commandite, dont il laissait à son successeur le soin de rassembler les éléments épars. M. Lalanne ne tarda pas à reconnaître que par cette voie il n'aboutirait qu'à de minces résultats. Il j avait eu par

(1) Discours prouoncé â la distribution des prix de 1855.

(2) Ibidem.

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là trop (le niécoiu})ies. Un sait coinhiou les capitaux sont timides, quand on ne peut leur alïirmer qu'ils ne s'aventurent pas.

Force l'ut donc de se tourner d'un autre côté. Ce que la spéculation refusait, ce que des scntiinoiils j^énéreux n'inspiraient pas assez vivement, il l'avait demandé à un dévoùiuenl relii^ioux : c'est une dei'iiiére ressoui'ce qui fait rarement défaut à qui la réclame [)0ui' fain; le bien.

La Société de Marie, Société autorisée par ordonnance royale, en 1825, avait, dès le début, assuré son concours moral à M. Lalanne, elle consentit alors à prendre la responsabilité tinanciére. Elle n'assumait pas les charges du passé ; mais elle avait des ressources suffisantes })our parer aux éventualités de l'avenir, et pour attendre qu'une sage direction et le retour de la confiance eussent ramené la prospérité.

M. Lalanne n'était donc pas seul à lutter. Grâce au concours de la Société de Marie, grâce à la prudente fermeté de son économe qui sut faire face aux mille difficultés matérielles, M. Lalanne, délivré de ce coté, })ouvait s'occuper plus librement de consolider l'œuvre à laquelle il s'était consacré.

Il avait appris de ses vieux maîtres qu'en éducation tout dépend, pour ainsi dire, du commencement. Stimulé par l'exemple de M. Liautard, il eut l'heureuse idée de renouveler le collège par les jeunes enfants. A mesure que les vieilles eaux s'écoulaient, une petite source limpide et transparente entrait dans le bassin de marbre. L'Institution Sainte-Marie de la rue Bonaparte, dont M. Lalanne avait dirigé autrefois les études, envoya un premier groupe de ses jeunes enfants à Stanislas.

« Vous les accueillerez comme des amis et des frères, disait M. Lalanne à ses élèves. C'est ainsi que l'olivier se perpétue. Quand un jeune rejeton s'élève de sa racine sécu-

laire, plein de sève et beau de fraîcheur, l'ancienne souche, qui se voit en lui renaître, l'abrite et le protège. » Que de soins cependant et quelle sollicitude il fallait pour préserver cejeune rejeton de la morsure dont dépérissait le vieil arbrel

Quelques années plus tard, en 1862, on fit l'acquisition de l'hôtel et du parc delà princesse Beligojoso. Les enfants de l'Institution Sainte-Marie vinrent s'établir à côté du collège pour en faire partie intégrante. M. Lalanne a conservé le souvenir de cette émigration dans le discours adressé à ces enfants qui venaient agrandir sa famille. Le début est plein d'une grâce naïve :

« Il y avait autrefois, dans une caisse, disait-il, — n'allez pas croire que j'aille vous faire un conte, quoique je commence comme on les commence tous, — vous allez voir si ce que je dis n'est pas une vérité. — Il y avait donc autrefois, pas loin d'ici, dans une caisse, un bel oranger, chaque année il se chargeait de fleurs et de fruits, — de fleurs à l'odeur suave, de fruits qui ne mûrissaient pas sur place, mais qui, une fois mûrs, devaient rendre abondamment un jus délicieux. Autour de l'arbuste on entendait du matin au soir bourdonner un essaim de plus d'une centaine d'abeilles, plus ou moins laborieuses, et même on y voyait voltiger quelques papillons, brillants mais inutiles insectes. Cet oranger n'avait pas toujours été aussi beau. Il était né dans cette caisse, d'un simple pépin, il y avait crû, il avait grandi, et, de progrès en progrès, grâce à une culture intelligente, on le trouva tel enfin que la caisse, son modeste berceau, ne fut plus assez grand pour le contenir. On avait eu beau émonder, donner de la lumière et de l'air, le pauvre oranger étouff'ait, la lieille caisse tombait en ruines, malgré tous les soins qu'on avait de la reclouer et de la repeindre ; tant qu'à la fin, pour ne pas perdre ce charmant et précieux arbuste, il fallut prendre le parti de l'en retirer et de le transplanter, oh ! cette fois^ en pleine terre, en un

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