‹ Histoire du College StanislasChapitre 28 sur 31 · PLAN G · texte numérisé non relu

PLAN G

TANISLAS ES 1880

DIRECTION DE M. I.ALANNE 291

enclos abrité, dans un parc où avaient déjà grandi et prospéré des ai'bres nombreux et de différentes espèces.

« Maintenant, mes entants, ((uo j'ai dit toute ma i)aral)ole, ai-je besoin de. vous en exjiliquer le sens '( Il mo semble que c'est à peu près inutile, tant j'ai Ijonne opinion de votre intelligence si vive et si pénétrante !

« Tous vous avez vu dans l'oranger votre Institution Sainte-Marie; ses fleurs et ses fruits sont vos études et vos prières; la caisse est la vieille maison, aujourd'hui déserte et toute bouleversée de la rue Bonaparte, et enfin le grand parc, c'est le collège Stanislas, avec ses grands arbres, c'est-à-dire avec ses classes supérieures.

« En effet, mes enfants, l'Institution Sainte-Marie n'est plus chez elle ; elle est dans le collège Stanislas ; mais de la même manière que l'oranger de notre parabole, transplanté dans un parc, était toujours le même oranger ; de la même manière qu'au lieu d'avoir souffert de l'opération toujours dangereuse de la transplantation, il n'avait fait que devenir plus florissant, qu'il avait acquis plus de prix et attiré plus d'abeilles ; car les abeilles, mes petits amis, et les papillons, et toutes ces charmantes petites bestioles, dont j'ai parlé, qui voltigent et bourdonnent sans cesse, excepté quand elles dorment dans le feuillage de l'oranger, il ne tient qu'à vous de vous y reconnaitre, ne vous déplaise, et vous ne vous méprendrez pas dans cette dernière interprétation.

« Ainsi l'Institution est toujours la même maison d'éducation, toujours exclusivement destinée aux plus jeunes enfants; ils n'y vivent que plus à l'aise, plus jo3'eux, plus nombreux, et même aussi sages et aussi studieux, si plus ne passe, n'est-ce pas vrai ?

« Le collège Stanislas, au milieu duquel vous êtes implantés, qui vous reconnaît pour siens, qui vous protège de son nom et qui étend sur vous ses privilèges, a toujours

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été le point de départ et le but de la direction de vos études. Il a exercé sur toute Aotre instruction et sur votre éducation une influence habituelle, dont vous avez bien pu vous apercevoir, par nos fréquentes visites.

« Et toutefois, le collège vous laissera bien désormais, et toujours, vivre ici, sans nul obstacle, de votre propre vie, et, loin de vous rien prendre, il s'est dépouillé, d'une certaine manière, en votre faveur, en vous donnant tous ses élèves de huitième et de septième, et bientôt il vous donnera provisoirement ses élèves de sixième. »

Le petit collège eut une organisation spéciale ; dans ses règlements, on trouve plus d'un souvenir du petit collège de Gentilly, que ^I. Liautard avait fondé, et auquel il attachait une si grande importance. Il a sa ph3'sionomie particulière et son cachet spécial, et il ressemble au reste du collège comme un frère cadet à son frère aîné.

M. Lalanne doit beaucoup aux idées du fondateur ; il se plaisait à lire et à relire les vieux règlements, se pénétrant de la sagesse qui les avait inspirés, et ne manquait pas de les remettre en honneur, quand il jugeait le moment opportun .

Il voulut, dès le principe, retourner aux habitudes religieuses de l'ancien Stanislas ; mais il sut le faire avec une souverain^ discrétion, et sans rien brusquer. Sa doctrine, sur ce point, se rapproche beaucoup de celle de M. Liautard. Il donnait à la religion la prééminence, ce qui ne l'empêchait pas de faire la part du reste : « Le monde à venir, disait-il, est plus ou moins éloigné de nous ; le monde présent nous touche. Nous allons vers l'un, nous sommes dans l'autre. L'intention doit diriger toutes nos actions vers le premier ; l'occupation nous retient dans celui d'ici-bas. Que les enfants s'occupent donc, tant qu'il leur sera nécessaire, des choses de ce monde, qu'on les exerce aux arts honnêtes et libéraux,

qu'ils étudient les sciences, (|u'on les rende capables do se faire utiles, et de se distinguer dans les carrières les plus honorables. — Toutes ces occupations du temps présent ne donnent aucune raison pour ne pas diriger constamment leur intention vers le temps à venir (1). »

Pénétré de cette sage modération, il conseillait beaucoup le recours fréquent aux sacrements ; mais il ne l'imposait jamais, s'appliquant avec un soin jaloux à écarter tout ce qui aurait pu ressembler à une pression. Il donnait la préférence aux actes de piété dont un jeune homme doit prendre l'habitude pour toute sa vie ; mais il évitait un surcroît de pratiques et une contention prolongée, qui, pensait-il, « sont toujours suivis, à cet âge, de l'ennui et du dégoût. » Il aurait dit volontiers de la dévotion, mais dans un sens différent, ce que d'autres disent de la vie : « Courte, mais bonne, »

Il faisait prêcher chaque année, peu après la rentrée, une retraite de trois jours. C'était une vieille et bonne tradition, venant de M. Liautard. Sentant alors les âmes mieux disposées à s'ouvrir aux enseignements religieux, M. Lalanne révélait davantage la foi très vive dont il était animé. Pendant ces trois jours, il avait coutume de réunir les élèves une dernière fois à la chapelle, après le souper, pour leur résumer, disait-il, les instructions de la journée. Mais le résumé aboutissait bien vite aux questions les plus fondamentales, et alors la parole du prêtre s'animait graduellement, de manière à faire comprendre combien le salut de ces enfants lui tenait au cœur.

Plus d'un jeune homme a trouvé dans ces paroles émues et vraiment paternelles de M. Lalanne, le mot décisif qui changeait son cœur et affermissait sa volonté dans le bien.

En 1857, Mgr de Ségur prêcha, pour la première fois,

(1) Lalanne, de l'Education, page 259.

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la retraite aux élèves de Stanislas. Cette retraite fit une profonde impression et produisit des efi"ets merveilleux. Elle établit entre Mgr de Ségur et les élèves des liens étroits de confiance et d'amitié, et son action contribua, pour une bonne part, à faire briller la piété et la foi, comme aux beaux jours de M. Liautard, et à faire revivre les conférences religieuses qu'avait instituées le fondateur. Les années s'écoulèrent, des générations nouvelles arrivèrent, mais le doux prélat continua à répandre sur les élèves de Stanislas, les fruits de son zèle et de son dévouement. Aujourd'hui encore, quoique aâ'aibli par l'âge et par les travaux, il aime à revenir, par un chemin qui lui est familier et cher, vers ce collège, auquel le rattachent de si touchants souvenirs. Il j retrouve les frères ou les amis, parfois même les enfants de ceux dont il a béni la première jeunesse.

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