‹ Histoire du College StanislasChapitre 29 sur 31 · ACTION PERSONNELLE DE M. LALANNK · texte numérisé non relu

ACTION PERSONNELLE DE M. LALANNK

C'était donc un retour au passé; M. Lalanne venait reprendre et continuer l'œuvre de M. Liautard, sur les mêmes bases et dans le même esprit. Mais qu'est-ce à dire ? Regardant tout un demi-siècle comme non avenu, n'ayant aucun égard au présent, plein d'admiration pour le passé, M. Lalanne avait-il le dessein et la pensée de ne reproduire autour de lui que ce qu'il avait vu et aimé dans sa première jeunesse ? Le collège pouvait-il et devait-il être ce qu'était en son temps la maison d'éducation de M. Liautard? Certes, il suffisait de porter les regards sur cette enceinte nouvelle, et sur le sol où elle était bâtie. Ce ne sont plus les mêmes toits qui ont abrité la

jeunesse de M. Lalanne, ce ne sont plus les mêmes murs, non plus que les mêmes hommes, qui répondent à sa voix. Ainsi tout l'avertissait que les temps avaient changé, et qu'avec un nouveau siècle, avec un nouveau régime de vie, l'éducation, qui peut être la même pour le fond, qui doit être la même pour les principes invariables de la religion et de la morale, était dans des conditions différentes, quant à ses accessoires les plus considérables.

Les principes d'éducation restaient les mêmes qu'autrefois, dans les prmniers temps de M. Liautard. Même importance était donnée à l'étude de la religion, à la piété qui illumine les âmes et les fronts, mêmes habitudes de douceur, de vie de famille entre les maîtres et les élèves. M. Lalanne appelait cela la discipline intérieure, le maintien de l'ordre, du travail et de l'innocence par la foi et la crainte de Dieu, et l'on ne saurait dire à quel point il tenait à cette discipline. « Yoici, dit-il avec un grand bonheur d'expression, un rayon de lumière qui descend du ciel sur un enfant au berceau. Il v a là un protecteur invisible, cet ange gardien qui voit sans cesse, dit l'Evangile, la face de Dieu ; mais il y a aussi là un autre gardien, un ange visible. C'est la jeune mère, toute rayonnante, tout embaumée encore de sa piété de jeune fille. Elle a bien prié Dieu dans sa vie, mais jamais aussi ardemment, aussi vrai que là, les yeux fixés sur son enfant ; et des lèvres et du cœur de cette mère, le nom, la pensée de Dieu s'en vont, on ne sait comment, s'imprimer dans les plus intimes profondeurs de cette jeune âme. Voilà un enfant qui croit en Dieu, c'est l'œuvre de la prière et de la grâce. L'enfant a grandi dans l'innocence. Gardez qu'un souffle impur ne le touche. C'est le cristal d'une fontaine, qui reflète le ciel, tant que l'onde est pure et tranquille ; pour en troubler la transparence et déformer l'image, c'est assez d'une feuille flétrie, qui se détache et qui tombe Appelez donc l'œil et la main de

296 Lï: COLLEGE STANISLAS

riioinme, non pas pour comprimer, mais pour préserver ; non pas pour enchaîner, mais pour aider et soutenir. Eh ! qu'est-il besoin de comprimer et d'enchaîner?

«K Jusqu'où peuvent aller l'œil et la main? Qu'aurait-on gagné, quand même on serait parvenu à faire régner autour de soi un silence morne, quand la pétulance aurait été changée en immobilité, que l'enfance aurait oublié son naïf sourire, et que sur ses lèvres imberbes se serait imprimé le masque sérieux de l'âge des soucis? Ce ne serait jamais qu'un masque, dissimulation, crainte' servile, passion concentrée. »

M. Lalanne pensait donc que l'éducation morale n'a jamais pu consister à enchaîner la liberté. D'après lui, l'œuvre du maître chrétien n'était aclievée que lorsque, ayant conduit l'enfance en laisse et l'adolescence par la main jusqu'au seuil de la jeunesse, il peut dire avec sécurité à son élève : maintenant faites ce que a'ous voudrez, et avoir la certitude qu'en faisant ce qu'il voudra, le jeune homme ne fera jamais que ce qu'il devra.

Préserver du mal, conserver au bien, telle était l'ambition de M.' Lalanne. « L'enfant, disait-il, en empruntant sa comparaison à une science qui lui était familière, est comme une plante qui se développe sous' une double influence, celle du type naturel de son genre et de son espèce, et celle de l'action combinée de la température, de l'exposition et de la nature du soL.. Il se laisse aller volontiers aux habitudes de ceux qui l'entourent, et si ces habitudes ont toutes les formes de la politesse, de la bonté, de la modération, de l'attachement au devoir, il s'abandonne insolemment à leurs influences, comme si son berceau s'en allait flottant sur une eau limpide qui l'entraînerait doucement dans son paisible cours. »

Il est difficile de dire une chose plus vraie, d'une manière plus gracieuse. Cette cho>e-là, il la vouLait, et

DIRECTION DK M. L\LANNE 297

d'un vouloir efficace. Aussi le choix attentif des élèves à admettre, leur prudente répartition «mi différents groupes, la vigilance de tous les instants, l'éloigniMaent impitoyable des élèves reconnus dangereux, l'influence religieuse exercée par les moyens les plus propres à soutenir la force morale, l'action individuelle ou collective du directeur se produisant sous les formes les plus variées et parfois les plus imprévues, constituaient autant de moyens de préservation, dont M. Lalanne usait avec une grande habileté et une infatigable persévérance.

Nous savons qu'il prenait volontiers part aux récréations des élèves et même à leurs jeux. Un ancien raconte de lui un charmant oubli. Une division avait été punie ; et, à l'heure de la récréation, M. Lalanne, habitué au bruit de ses joyeux enfants, s'aperçoit avec inquiétude que la cour restait silencieuse. Qu'est-ce donc? Il se présente à l'étude et demande pourquoi les élèves ne descendent pas : « Ils sont privés de récréation, pour cause de bruit, » répondit le surveillant. — Et l'abbé Lalanne de dire : « Il serait vraiment trop triste pour moi de ne pas assister à vos jeux habituels, je ferai la retenue avec vous. » Et, s'installant à un pupitre, il se mit à travailler pendant le temps qu'aurait duré la récréation. il réclamait de tous les maîtres une vigilance constante et la contrôlait parfois a\-ec une piquante originalité. Ainsi, au milieu d'une récréation à laquelle prenait part une nombreuse jeunesse, il abordait brusquement un surveillant : « Où est Monsieur un tel '! » demandait-il. Et il fallait que l'œil du maître fût assez vigilant pour avoir suivi l'élève au milieu de ses condisciples et être en mesure de le désigner sans hésitation et sans retard.

Lui-même, il veillait constamment autour de son bercail. Le devoir le plus pénible qui s'impose à un

298 LE COLLEGE STAXISLAS

directeur, c'est sans contredit celui qui le met dans l'obligation de détacher violemment de sa grande famille un membre devenu dangereux pour les autres. Si un pareil devoir est douloureux pour tous, il l'était particulièrement pour cet homme plein de cœur, qui aimait réellement ses enfants. Aussi, quand l'une de ces cruelles opérations s'imposait à lui, on ne pouvait le voir sans émotion. Sa main restait ferme, mais son cœur était profondément troublé. Nous pourrions rappeler ici des scènes vraiment déchirantes où les larmes du directeur se confondaient avec celles de l'élève, et où le mot qui devait consommer la séparation ne pouvait s'échapper des lèvres de ce vieillard toujours père, même pour celui qui avait le moins répondu à ses soins.

C'était principalement dans ses entretiens intimes qu'il révélait un fonds inépuisable de compassion et de charité. Il avait, comme tous les vrais éducateurs, le respect et l'amour des jeunes âmes. Oh ! quand il parlait à des enfants, comme on sentait déborder son cœur! Il y avait en lui des harmonies secrètes avec le jeune âge, et chaque fois qu'il en parlait, sa prose s'illuminait d'un rayon suave et pur de poésie : « Une distribution de prix n'a pas besoin de grands ornements, disait-il, ni d'aucune pompe pour être intéressante. On n'}' saurait ajouter, quoi qu'on fasse, rien qui intéresse à plus de titres que les enfants eux-mêmes. Quelles fleurs ont tant de fraîcheur et de brillant coloris qu'on les préfère à leur sourire, à la candeur de leur front et aux roses de leurs joues? Quelle musique va mieux au cœur que leur voix craintive et pure ? Une parole naïve de leur bouche nous pénètre plus aisément qu'un éloquent discours, et nous aUons volontiers reposer au fond de leur cœur innocent et bien-aimé nos regards fatigués de l'agitation du monde. »

Il avait vécu longtemps, il avait connu beaucoup d'enfants, il en avait vu de mauvais, il en avait vu de bons. Il estimait, malgré les doctrines pessimistes, que l'enfant était naturellement bon : « Il y a dans le cœur de l'enfant pur et pieux, de l'enfant qui a foi et crainte, une indicible propension à aimer le bien. L'ordre lui plaît, et il est à son âme ce que l'harmoîiie est à son oreille, un charme, un attrait, un des plus séduisants aspects du beau. Le travail est bien pour lui une peine, c'est, la loi commune de Tliumanité à tout âge ; mais un regard, un sourire, que dis-je, l'espoir d'un sourire l'attire, l'entraîne, et il est incroyable comme le courage, l'émulation, l'ardeur du bien, dans une âme naïve, change le travail en plaisir. L'obéissance est une joie; il ne marche pas, il court à la voix de celui qui le guide. Il ne le fuit pas, il le cherche, il se suspend à son bras, et il s'attache à sa main, comme le tendre oiseau s'abrite sous l'aile de sa mère. »

Aussi avait-il, plus que beaucoup d'autres, foi dans les ressources cachées au fond de ces jeunes cœurs, et patience pour attendre l'heure du retour et du salut. Souvent il rendait d'un mot, à un pauvre enfant découragé, une confiance et des forces dont celui-ci se croyait à jamais dépourvu. Son œil expérimenté, et plus encore son amour, savait découvrir au fond du cœur le plus léger et le plus insouciant, dans l'âme la plus violemment tourmentée, un sentiment qui était pour lui une garantie, et qui lui permettait, si l'intérêt général n'était point en cause, de poursuivre une éducation dont bien d'autres se sentaient prêts à désespérer.

II est difficile de décrire l'action quotidienne et multiple que M. Lalanne exerçait par la parole, soit en public, soit en particulier. Cette parole prenait tous les tons, variait avec les situations et les caractères. Un jour, c'était avec

une habileté toute diplomatique qu'il insinuait une réforme H introduire, ou qu'il adressait une observation d'une nature plus délicate. Une autre fois, il pourchassait un abus au moyen du ridicule ou de l'ironie, maniés toujours avec une parfaite convenance. Ici, il prenait le ton d'un père qui gronde doucement ou encourage avec prudence. Ailleurs, si quelque faute plus sérieuse était à reprendre, sa voix éclatait en reproches incisifs ou en menaces redoutables; parfois même, elle annonçait une détermination qui consternait tout le monde. Car il avait ses colères, ce bon vieillard, colères toutes de commande, qui grondaient ou s'apaisaient à son gré. Les habiles prétendaient même connaître à je ne sais quelle irrégularité dans la coiffure, ou à quelque autre signe analogue, l'approche d'une de ces tempêtes redotitées. Mais leur habileté était parfois en défaut, et ils se trouvaient surpris comme les autres parla soudaineté de l'orage. En tout cas, chacun savait que la paternelle indulgence du directeur serait la première à dissiper les nuages et à ramener la sérénité. On savait surtout combien un aveu plein de franchise, l'expression non équivoque d'un sincère regret allaient droit au cœur de ce juge paternel, l'inclinaient vers l'espoir d'un amendement et le disposaient au pardon.

A cette tendresse paternelle pour ses élèves, qui résume tous les secrets de sa science d'éducateur, M. Lalanne joignait une amitié pleine d'abandon pour ses collaborateurs et ses égaux. Ces collaborateurs étaient de deux sortes : il y avait d'un côté ceux qui étaient chargés de l'éducation, et qui faisaient partie de la Société de Marie; de l'autre, les professeurs qui enseignaient et qui étaient de l'Université. Il savait encourager les uns et les autres. Il était sévère dans le choix des maîtres, mais leur laissait une grande liberté dans l'application des programmes, et une autorité sans limite dans la classe. « Il en résultait

DIRKCTIOX DE M. I.AL.VNMC 301

(lit un professeur de ces temps-là, une certaine originalité d'allure, une véritable affection paternelle pour les enfants, une activité confiante, mais jamais satisfaite, qui faisaient des professeurs de Stanislas, en dehors de leur valeur jxm*sonnelle, des éducateurs accomplis. » M. Lalanne était avec ses professeurs d'une familiarité charmante ; il savait donner des avis ou des conseils d'une manière discrète ei délicate. « Je le vois encore, à l'issue des classes, dit l'un d'entre eux, me venir prendre par le bras, au petit Collège, comme l'eût fait un de mes amis, et m'entraîner dans une bonne et longue causerie, où le directeur inspectait le maître, à son insu, et réformait son inexpérience en lui racontant ce qu'il faisait lui-même autrefois dans sa classe, ou en critiquant les défauts d'anciens professeurs qui, probablement, n'avaient passé à Stanislas que dans son imagination et pour les besoins de l'exemple à éviter. »

Il savait apprécier, mieux que personne, l'enseignement donné par des professeurs distingués, qui, à l'exemple d'un de leurs aînés, dont Lacordaire a gardé si bon souvenir, « retiennent leurs élèves sur les sommets élevés de la littérature et de l'honneur, où ils ont eux-mêmes assis leur vie. » Il attribuait, à juste titre, le succès de Stanislas à l'heureuse combinaison de l'instruction universitaire avec l'éducation chrétienne.

-NOUVEL ASPECT DE l'eX.SEIG.XEMENT

L'instruction universitaire elle-même avait bien changé depuis M. Liautard ; toute une révolution s'y était accomplie. « Les sciences partagent l'apanage intellectuel que nos pères avaient dévolu exclusivement aux lettres. Qu'il y ait là un progrés ou une décadence, c'est une question

à part ; le fait n'en est pas moins accompli ; il n'est plus possible de ne pas y avoir égard et de ne pas s'y conformer, surtout depuis qu'une loi est sagement intervenue pour modérer et régulariser, puisqu'on ne pouvait sans doute l'arrêter, le mouvement torrentiel de l'époque. »

En parlant ainsi, M, Lalanne faisait allusion à la circulaire de M. Fortoul, de 1855. On se rappelle les diatribes de M. Arago contre les langues anciennes savantes ; on se souvient aussi avec quelle grâce et quelle autorité Saint- Marc Girardin défendait les études classiques. On avait pu craindre un moment c{ue l'enceinte, du temple ne fût envahie et comme emportée d'assaut. Ceux qui, dans tous les partis, vont à l'extrême, ne se demandaient pas si l'enseignement devait faire une place aux éléments des sciences ; mais les uns revendiquaient complètement les traditions de R,ollin, les autres voulaient rompre avec le passé et laisser dormir l'antiquité. Vous souvient-il de l'apologue de Franklin : « Il y a dans l'humanité un inexplicable préjugé en faveur des anciennes coutumes et habitudes, qui dispose à les continuer, même après que les circonstances qui les avaient rendues utiles, ont cessé d'exister. J'en pourrais citer mille exemples, mais un seul suffira. Il y eut un temps où l'on pensa que les chapeaux étaient une partie utile du costume ; ils tenaient chaud à la tête et la protégeaient contre les rayons du soleil, contre la pluie, la neige, la grêle, etc. Dans le siècle dernier, ils étaient généralement en usage par toute l'Europe. Peu à peu cependant, à mesure que la mode des perruques et celle des coiffures élégantes prévalut, les gens comme il faut perdirent l'habitude de mettre leur chapeau pour ne pas déranger l'édifice artificiel ou la poudre de leur chevelure : les parapluies commencèrent à faire l'office du chapeau ; cependant on a continué de considérer celui-ci comme une part si essen-

DIRECTIOX DE M. I.ALANNE 303

tielle de la toilette, qu'un homme du monde n'est pas censé habillé sans en avoir un ou quelque cliose d'approchant, qu'il porte sous le bras ; si bien qu'il y a quantité do gens polis dans toutes les cours et capitales d'Europe qui n'ont jamais, eux ni leurs pères, porté un chapeau autrement que sous le bras, quoique l'utilité d'une telle mode ne soit aucunement évidente, et que ce soit même très gênant.

« Or, la coutume qui prévaut d'avoir des écoles où, de nos jours, l'on enseigne indistinctement à tous nos enfants les langues grecque et latine, je ne la considère point sous un autre point de vue que comme le chapeau sous le bras de la moderne littérature, »

Il y a beaucoup d'esprit dans cette manière de dire, mais c'est y aller d'une façon fort radicale. Or, bien des savants, qui n'avaient pas, comme Franklin, l'excuse de s'être formés sans les langues anciennes, poussaient leurs revendications avec une ardeur semblable. On sait comment se termina alors la querelle ; le Ministre essaya de réunir les lumières anciennes aux lumières modernes, « tout en respectant le plus possible la partie délicate à côté de l'utile, et en laissant aussi debout que jamais ces antiques images du beau, impérissables et toujours vivantes pour qui sait les adorer (1) . »

M, Lalanne avait pris lui aussi sa part à cette querelle. Esprit éminemment classique, il aimait à entretenir le feu sacré sur les hauteurs religieuses de l'Antiquité, Il craignait que ces théories nouvelles, en affaiblissant les études littéraires, n'amenassent l'abaissement du niveau intellectuel, et même une diminution du sens moral et religieux. « S'il est vrai, disait-il, qu'il y a chez les hommes une aptitude au sentiment moral et religieux, laquelle par l'éducation se développe plus ou moins ; s'il est vrai que les études scieu-

(1) Sainte-Beuve. — Causeries du lundi.

tiiiques ne développent pas cette aptitude au même degré que les études littéraires ; si l'on peut appréhender que la prépondérance trop hâtive et trop généralisée de l'enseignement scientifique n'affaiblisse, dans la majeure partie de la jeunesse française, le sens moral et religieux, ne serait-il pas à craindre aussi que, dans un avenir plus ou m(jins prochain, il arrivât, cette cause y contribuant avec tant d'autres, tout le contraire de ce que l'on veut avec une sincérité qui rassure les gens de bien et les enhardit à dire des vérités utiles? Tandis que d'une main on affermit, on consolide avec tant de sagesse et de fermeté la société de l'État, de l'autre on laisserait sous les fondements un vide qui deviendrait un abîme, où tout irait s'engloutir et se perdre sans retour. »

Vous pensez que la conclusion de ceci sera fort exagérée, et qu'à Stanislas on donnait tout le tort à Franklin, tout le droit à Rollin. Le cœur de M. Lalanne était sans doute avec ceux qui défendaient les vieilles traditions, mais son bon sens reconnaissait qu'il y avait beaucoup de belles connaissances nouvelles dont il fallait tenir compte, au risque de n'être plus de son temps : « J'admets et j'invoque le concours des mathématiques dans l'enseignement de la jeunesse ; je les veux ; mais je les veux à propos, je les veux dans leur intérêt même, en temps utile ; mais si elles tendent à devenir exclusives, si elles envahissent la part de l'enseignement littéraire, je les repousse de toutes les forces de la raison. »

M. Lalanne avait sur ce point les idées de l'un de ses prédécesseurs, M. Gratry, qui, on s'en souvient, avait réclamé, même pour les études de mathématiques spéciales, l'influence des lettres. Il voulait faire la part aux deux branches : « Nous entrerons dans les vues de la circulaire, nous seconderons de notre mieux les efforts du législateur. Nous sommes convaincus qu'on ne saurait marcher dans

une autre voie aujourdltui, sans compromcltro ot los intérêts des familles, et le sort des jeunes gens. Car, telle est la conséquence inévitable de l'état social, qu'il importe moins à chacun d'être instruit, que d'avoir été enseigné et do savoir comme tous les autres. »

Voilà donc le côté nouveau de l'enseignement donné à Stanislas. Les mathématiques, mémo dans les classes de lettres, viennent occuper une plus large place. L'esprit cependant de cet enseignement était resté le même qu'aux jours de M. Liautard, et l'on nous permettra de ne pas insister sur ce point. La paix était faite entre les lettres et les sciences ; parfois cependant, M. Lalanne faisait une brillante, mais inoffensive incursion sur le terrain des sciences, plutôt pour stimuler ses élèves que pour faire la guerre. Il y avait alors des batailles classiques, au sein d'une réunion des meilleurs élèves, et l'on en sortait chacun victorieux à sa façon, et animé d'une plus belle ardeur. Le directeur ne donnait pas seulement ses préférences aux lettres, mais, parmi les lettres elles-mêmes, il savait faire un choix. Il n'admirait pas au hasard toutes les fleurs cueillies dans la prairie des muses. Sans aller jusqu'à dire, avec M. deFontanes, qu'après Racine tous les vers étaient faits, il réservait volontiers son admiration pour le grand siècle. On dit que M. de Sacy, le plus classique de nos modernes, refusait l'entrée de sa bibliothèque à tout livre qui dépassait une certaine date. M. Lalanne aurait été un peu de cette école. Exempt toutefois de restriction mesquine, il pensait que si tout a été dit, la manière de dire est toujours jeune, et que surtout, « les vers comme les fleurs ont chaque année un nouveau printemps (1). » Mais après avoir fait ces concessions, il s'associait aux vœux de M. de Sacy : « Que la littérature clas-

(1) Sainte-Beuve.

sique reste comme l'exemplaire éternel du beau dans l'art ! Qu'elle soit la ressource et qu'elle fasse les délices de ces esprits qui ne goûtent que le parfait ! Tout y est durable et à l'épreuve du temps. Déjà la postérité l'a scellée de ses suffrages : encore bien peu d'années, et ce sera une antiquité nouvelle pour les générations qui vont suivre (1). »

ACADÉMIE d'Émulation

M. Lalanne, dés son arrivée à Stanislas, avait institué ce qu'il appelait « l'Académie d'émulation. » Elle avait été créée, — voyez la conversion du classique ! — pour l'encouragement simultané des lettres et des sciences. C'était, chez M. Lalanne, une vieille habitude que ces séances d'académie. A Layrac il les avait commencées, avec un rayon de jeunesse et de poésie qui n'est pas oublié. Le jour de l'entrée à l'Académie était un jour de fête, et l'on plantait quelque bel arbre pour en perpétuer le souvenir. Aujourd'hui ces arbres forment une véritable forêt. Il fallait remonter à ce gracieux souvenir pour avoir la première idée de ces séances. Quel en était le but, quels résultats M. Lalanne s'en promettait-il? Il nous le dit lui-même, le jour où il reprit à Stanislas, mais sur une plus vaste échelle, l'idée de Layrac :

« Vous me permettez de dire un mot sur cette académie, dont vous venez d'entendre lire le règlement. Je n'en dirai pas l'origine, je n'en ferai point l'histoire, cela peut être renvoyé à un autre temps. Mais je crois vous devoir quelque explication, sur la manière dont je conçois cette

(1) Discours'préliminaire du Rapport sur les progrès des lettres.

IiIRECTION DE M. LALANNE 307

petite chose à laquelle nous donnons un si noble nom. Ce n'est nullement une concession faite à la puérile ambition du jeune âge : nos élèves n'entendent pas jouer à l'académicien, comme, plus jeunes, ils ont joué au soldat. Nous avons des vues plus sérieuses. Elles sont assez indiquées par le mot émulation., que nous ajoutons comme nom d'espèce, tout à fait à notre convenance, au nom du genre, qui est bien au-dessus de nous. C'est en effet que notre Académie a pour but, non comme l'Académie française, de mettre en lumière des talents éprouvés et formés ; mais de faire éclore et se développer, dans les meilleures conditions, les germes des talents encore enveloppés.

« Sans doute les études classiques ont le même but et leurs exercices tendent aux mêmes résultats : mais l'expérience fait découvrir chaque jour aux yeux observateurs qu'autre chose est le produit d'un travail imposé, et autre chose le fruit d'un travail spontané. Il est des esprits qui ont besoin, pour se développer, d'une certaine liberté dans le choix et dans l'allure du sujet. Je ne dis pas que ces esprits soient les plus puissants et de meilleure qualité. Mais il n'est pas de si forte intelligence qui n'ait d'abord été faible ; il en est beaucoup qui sont d'abord trop faibles pour prendre un essor en rompant elles-mêmes les lisières et les langes ; et c'est bien dans cet état de faiblesse que l'éducation doit supposer les esprits, pour les relever, les lancer et les soutenir.

« Le premier avantage que se propose l'Académie, c'est la spontanéité du travail. Nous avons voulu frapper le caillou pour faire jaillir l'étincelle, et, pour parler sans figure, inspirer à des écoliers cet ardent désir du succès, cet effort d'attention, cette patience d'application qui fécondent le génie et en tiennent lieu quelquefois.

« Le travail imposé aura aussi dans l'Académie un stimulant, sans quoi notre action serait trop bornée. Alors

même qu'on n'invente pas, on met d'autant plus d'intérêt à son œuvre, qu'on peut espéi-er qu'elle restera ou durera davantage. Sans oser jamais dire, comme Horace:

Exogi nmnumontuni ',ove peionniii-,

ou apporte néanmoins plus de soin à perfectionner une figure qu'on sculpte sur le marbre, que des caractères que l'on trace sur le sable. Or, que devient la copie d'un écolier après que le professeur y a jeté un coup d'œil rapide y Qui pourrait, sans rire, en faire toute l'histoire i' Hélas! la feuille d'automne que le vent transporte dans la région aérienne, a souvent un sort plus heureux. Si donc l'espoir ou le rêve de l'immortalité est quelquefois nécessaire pour aiguillonner le travail jusqu'à le faire arriver à un haut degré de perfection, faut-il s'étonner que les écoliers laissent si souvent, dans une si disgracieuse imperfection leurs si éphémères opuscules? Eh bien! l'Académie vient offrir un remède à ce mal. En attendant que les faits et mémoires de quelque illustre Institut ouvrent une colonne aux travaux du littérateur et du savant, l'Académie ici ouvre à l'écolier les cartons de ses archives ; et qui sait '! (tout ce qui est arrivé, est possible) (1) on retrouvera peut-être quelque jour, dans ces arcanes de collège, un nom que l'Académie française décorera de son auréole. »

C'était prendre la gloire un peu gaiement. Mais ces travaux académiques offraient aux titulaires un avan tage très sérieux, c'était de parler en public. Certains académiciens, qui, pour porter ce beau nom, n'en avaient pas moins quelques germes de paresse, n'y trouvaient pas toujours leur compte. L'un d'eux, obligé de prononcer son discours de réception, s'en plaignait un peu: « H semble,

(1) Ce jour-là, l'Académie était présidée par ua anciea élève, M. le duo do Noailles, de l'Académie française.

DIRECTION DK M. LALANNIC 300

messieurs, que rAcadéinie ait voulu lauliiplier les obstacles qui interdisent son entrée aux. profanes, en imposant à ses nouveaux titulaires le périlleux lionneur de prendre la parole dans une de ses séances. Il y a d'ailleurs un grand plaisir à voir, du port, des malheureux luttant contre la tempête; et je ne puis m'empêcher d'applaudii- à la loi nouvelle. J'aurais seulement souhaité ([u'elle n'eût été portée qu'après ma réception. »

]\I. Lalanne avait sans doute d'autres motifs que celui de fournir aux auditeurs une occasion de se souvenir du Suave mari magiio de Lucrèce. En lisant et en critiquant les productions de leurs condisciples, les titulaires de l'académie prenaient une certaine habitude de discernement dans les ouvrages de l'esprit, habitude qui faisait naître le goût. Aucun ouvrage, présenté par un élève, n'était admis par l'Académie, qu'après une lecture et une discussion, sous la direction d'un des professeurs. Ces discussions et les enseignements auxquels elles donnaient lieu, étaient éminemment propres à éclairer et à épurer le goût des jeunes gens. Ceux qui composaient l'Académie, la plupart des élèves de philosophie ou de rhétorique, étaient à même d'en tirer le meilleur parti.

Est-il besoin d'ajouter que les élèves trouvaient une utile formation dans cet exercice de la parole, provoqué soit par les discussions littéraires, dans les séances privées de l'Académie, soit par les lectures, discours et déclamations qui faisaient les frais des séances solennelles, devant une assemblée nombreuse et importante ? La discipline et les exigences du travail des classes ne permettent presque jamais d'exercer les élèves à la parole : les séances académiques réparaient cette nécessaire mais regrettable lacune.

Il y avait plus encore, et M. Lalanne se plait à le reconnaître, une institution de cette nature ne pourrait manquer d'exercer une influence heureuse sur l'esprit général et la

moralité du collège. Que peut-il y avoir de plus efficace pour donner une bonne direction aux esprits et aux tendances morales d'une maison, que de mettre devant les yeux des élèves, et par leur propre suffrage, le talent uni à la vertu? que d'amener graduellement un jeune homme excité, soutenu par les encouragements de ses maîtres, de ses condisciples, de ses amis, de ses parents, des hommes les plus honorables, à se rendre digne d'un titre qui le pose et le constitue protecteur ou partisan déclaré des bonnes études et des bonnes mœurs?

Les séances de l'Académie ne consistaient pas en une suite plus ou moins longue de dissertations ou de devoirs d'écoliers: la musique, la poésie, les déclamations, quelquefois même des représentations scéniques en rompaient la monotonie. Les lettres et les sciences y avaient droit d'entrée, et, pour montrer aux yeux leur pacifique union, on avait dessiné sur le diplôme d'académicien un compas entre les branches duquel s'enlaçaient deux plumes ; audessus une étoile, au-dessous la légende : « Auspice Deo coeunt. » — Les devoirs étaient très variés ; à côté d'une dissertation sur la puissance de la réflexion, par M. d'Hulst, qui fut l'un des premiers académiciens, et qui sauvait dans ces temps-là l'honneur du collège au concours général, je trouve le Souvenir d'une leçon de Claude Bernard par M.LavoUée. Au Souper d'Auteuil, où l'on entendait deviser La Fontaine, Boileau, Molière, Chapelle, font pendant une étude sur l'électricité animale et un cou2) cl' œil sur l'histoire delà chimie. La poésie n'en était pas absente, et on acclamait la muse naissante d'un jeune rhétoricien qui depuis a commencé à voir se réaliser les rêves de sa jeunesse, dans la voie plus austère de la politique. jJ'ai trouvé, dans les comptes-rendus, quelques vers cités de lui sur V Avenir :

Le jeune homme bouillant, plein d'ardeur et de sève, Pour qui la vie encor n'a qu'un seul mot : demain.

Dans ce champ de bonheur trace un sillon lointain;

Son cœur s'y fraie, en un beau rêve, Un chemin où la gloire est compagne dos Heurs ; Il y marche : sa main tient la palme immortoll". Et déjà le génie, abaissant sa grande ailo,

Lui tend le laurier des vainqueurs.

A part la gloire, compagne des fleicrs, qu'on ne comprend pas bien, et l'image un peu ambitieuse de la fin, il me semble que voilà une fort jolie strophe, qui a bien du mouvement et de l'éclat. Quelquefois on y disait de jolis contes, qui font encore penser à La Fontaine. Quoi de plus impertinent que ce commencement sur la pêche à la liorne ?

Les anciens Romains, ce dit-on, Aimaient follement le poisson.

Ce n'est pas leur moindre folie Ni leur plus sotte fantaisie.

Si par hasard l'amphitryon, Oubliait turbot ou saumon.

C'était pour tous un mauvais signe.

Aussi pêchait-on à la ligne Pour se procurer l'esturgeon, Le brochet, la carpe et le thon.

Les consuls eux-mêmes, les princes Et les gouverneurs des provinces, Las des soins du gouvernement, La ligne à la main, bonnement, Allaient à la rive voisine Pêcher le thon ou la sardine.

On nous raconte à ce sujet.

Qu'un, jour Marc-Antoine péchait.

Avec sa riche souveraine, Cléopâtre l'Egyptienne.

Or, Antoine ne prenait rien.

Ce que voyant, un beau matin.

Il fait venir des gens à gage, Qui, gagnant sa barque à la nage,

Attachent à sou hameçon Maint turbot ot maint esturgeon.

Mais, par malheur, leur gaucherie Laissa voir la supercherie.

Cléopùtre, qui n'en dit rien.

Se proposa le lendemain Le plaisir de quelque vengeance.

Des plongeurs payés à l'avance, Et nageant vraiment à ravir, A la ligne du triumvir Pendirent la peau vermoulue D'une antique et sèche barbue.

Comptant trente ans de salaison.

C'est ainsi qu'un maître du monde, Allait se divertir sur l'onde, Et qu'une reine, sans façon, Guerrovait contre le poisson.

Il faudrait tout citer, le reste est sur ce ton, plein de bonne gaieté.

La poésie latine venait tempérer les bruyants ébats de sa sœur française. Levers latin n'était pas alors un proscrit, il régnait encore, et souriait plein de grâce à travers ses belles épithétes. On trouve quelquefois une fable de La Fontaine en distiques latins, et ce n'est pas une des moins agréables surprises. Ecoutez comme on tradu<isait en ce temps « Petit poisson deviendra grand » :

Crescet pisciculus, crescet, modo suppetat fevum ; Pisciculus quondam, parcite, piscis erit.

On chantait en vers latins le retour de l'armée française, on saluait surtout les nobles actions des anciens élèves morts au champ d'honneur.

L'un des élèves de 1856 mettait en latin les paroles émues que M. Buquet avait prononcées au banquet de cette année : « Un mot encore, Messieurs. Nous sommes réunis

DIUECTION DE M. LALANNK ."Jlli

en gi'and noiiil)ro ; il on nianiiuc pourtant (]iiel(iues-uns ;'i l'appel ; leurs noms ne méritent pas d'être oubliés.

« Dans cette grande guerre, où l'on a vu le drapeau français flotter victorieusement sur ces plages lointaines, à peine connues des anciens, qui les appelaient inhospitalières:

Inhospita littoru l'onti,

nos amis ont payé no))lement leur dette à la patrie, ai plusieurs ont trouvé une mort glorieuse au champ d'honneur.

« En première ligne, je citerai le l)raAe et brillant officier <le La Boussiniére, colonel d'artillerie à cheval, qui, emporté par son ardeur et pressé d'exécuter un ordre important, à la fatale journée du 18 juin, sortit hardiment de la tranchée sous le feu incessant de l'ennemi, et fut foudroyé à l'instant, emportant les regrets de ses chefs et de toute l'armée. L'idée de courage était tellement attachée à son nom, qu'il fut donné à une batterie, qu'on appela halterie de La Boussiniére.

« Je nommerai le chef de bataillon du génie Dumas, esprit calme, intrépide, d'un sang-froid que rien ne pouvait ébranler, frappé en pleine poitrine dans une tranchée de nuit et périssant de la mort des braves.

« Son frère est au milieu de nous. Puissent nos paroles de sympathie apporter quelque soulagement à sa douleur et adoucir l'amertume de ses regrets!

«Wirth, jeune capitaine de grenadiers de la garde, Henri de Boisrouvray, encore un adolescent, ont succombé dans ces terribles luttes ; j'ignore les détails de leur mort, mais un ofdcier français qui meurt en combattant ne peut tomber qu'avec honneur.

« Enfin, je nommerai encore le jeune officier de marine de La Bourdonnaye, frappé mortellement à c(")té de ses chefs, au moment où s'ouvrait devant lui une carrière déjà

314 LE COLLÈCrE STANISLAS

illustrée par un de ses ancêtres, et où des souvenirs de famille semblaient lui assurer un brillant avenir.»

L'Académie d'émulation, en donnant comme sujet de vers latins ces paroles d'un ancien directeur de Stanislas, avait eu ce jour-là une fort bonne inspiration. Elle voulait consacrer les souvenirs de la famille, et rattacher le passé au présent par un lien de piété et de poésie.

Mais ce qui faisait surtout le charme de ces séances, c'étaient les drames que M. Lalanne avait composés luimême, et qu'il faisait représenter par ses élèves. Ceux qui eurent le plus de succès, étaient .- Cyrille ou le triomphe du christianisme dans le royaume des Francs ; Les quatre fils d'Aymo7i et Charlemagne, ou temps primitif de la chevalerie française ; La trêve du Seigneur, ou influence du clergé sur la civilisation, Clodoald, etc. C'étaient, comme on le voit, autant de tableaux historiques où se trouvaient peints les grands faits de l'histoire de France. M. Lalanne en était l'auteur et le répétiteur ; il exerçait lui-même ses élèves à la déclamation et au jeu scénique, et il parvint à les faire jouer d'une manière ravissante. Aussi bien, il y mettait toute son âme ; on raconte qu'il était d'une humeur intraitable lorsqu'on venait le déranger au milieu d'une de ces répétitions. Il avait de ces colères d'artiste, excitées par le désir d'arriver au beau, et qui faisaient passer dans les âmes des autres ce qu'il sentait si bien.

Ces grandes fêtes littéraires, jointes aux séances plus modestes de l'Académie, quand elle siégeait in petto, devenaient ainsi de puissants moyens d'émulation et entretenaient parmi les élèves le zèle des belles récompenses. Ces compositions plus libres, plus larges, et d'une plus grande étendue que les devoirs ordinaires de la classe, les préparaient merveilleusement aux succès du concours. La victoire, après avoir quelques années déserté les drapeaux de Stanislas, revenait avec le rétablissement de l'ordre et

des bonnes études. En 1856, le collège n'avait ou que trois nominations; on 1870, la dernière que M. Lalanne fut directeur, il obtint vingt-huit nominations, dont quatre premiers prix et deux seconds prix; dans l'intervalle, de Grossouvre avait mérité le prix d'honneur en mathématiques, pendant que Durand se préparait à cueillir la palme de rhétorique.

YIII

Page 1