‹ Histoire du College StanislasChapitre 8 sur 31 · OUVERTURE DE LA MAISON D EDUCATION DE LA RUE NOTRE-DAME DES CHAMPS · texte numérisé non relu

OUVERTURE DE LA MAISON D EDUCATION DE LA RUE NOTRE-DAME DES CHAMPS

Les coopérateurs sont prêts, quelques élèves sont déjà assurés, et M. Liautard n'est pas homme à hésiter longtemps. Une occasion favorable se présenta d'acquérir un local, et il en sut profiter. Le séminaire de Saint-Sulpice, nous l'avons vu plus haut, était venu s'établir, en 1803, au petit hôtel Traversaire, rue Notre-Dame des Champs, N° 1486. Le premier consul offrit aux Sulpiciens les bâtiments de l'Instruction chrétienne, sanctifiés naguère par les travaux du vénérable de la Salle, et tout proches du séminaire actuel de Saint-Sulpice. L'hôtel Traversaire devenait libre. M. Liautard le prit à son compte, fit sa déclaration légale, thermidor an XII (juillet 1804), et un mois après, avant même qu'il fût prêtre, il vint en prendre possession avec MM. Froment, Auge, Gally, Douillac.

Il s'établit au pavillon de l'Horloge, c'était le nom que l'on donnait à cette partie de l'hôtel Traversaire, dont la façade regardait la rue Notre-Dame des Champs et qui existe encore aujourd'hui. Il y a quelques années à peine, on y voyait encore l'horloge qui frappa si longtemps les heures du travail, de la récréation, du repos, pour une nombreuse jeunesse. A cette date de 1804, la rue Notre-Dame des Champs portait un nom qui était encore bien justifié. Les champs n'étaient pas loin et les jardins ne manquaient pas. Le Luxembourg était à côté, avec ses grands arbres,

et les Chartreux avec leur enclos de verdure. A droite, vers la ville, s'alignaient les longues allées du parc des Hohan- Guéménée; à gauche, l'hôtel Fleury cachait sa belle architecture au milieu de ses arbres et de ses massifs verts. La maison de M. Liautard se trouvait ainsi dans une situation aussi agréable qu'heureuse, un pied à la ville, l'autre à la campagne.

Le 15 août de l'année 1804, fête de l'Assomption, non loin de l'endroit jadis solitaire où la Vierge Marie était honorée depuis plusieurs siècles sous le titre modeste de Notre-Dame des Champs, M. Liautard faisait l'ouverture de sa maison et la mettait sous la protection de celle que les chrétiens aiment à appeler leur Mère. Il s'agit ici d'une œuvre de foi, M. Liautard ne l'entendait pas autrement. N'est-il pas permis de croire que, pour récompenser cette confiance des pieux fondateurs qui mettaient ainsi leur maison sous les auspices de la Reine du ciel, Dieu attacha dés lors à leur œuvre une bénédiction secrète qui la gardera aux moments difficiles et aux jours pénibles où elle semblera être au penchant de sa ruine ?

Le 20 août suivant, la messe du Saint-Esprit fut dite par M. Froment, ordonné prêtre, peu de temps auparavant. La chapelle était établie au rez-de-chaussée du pavillon de l'Horloge; c'était là même qu'aux jours de la Terreur, La Harpe avait été emprisonné, et qu'il retrouva la lumière de la foi dans la lecture de l'Imitation de Jésus-Christ.

L'œuvre existe, du moins matériellement. M. Liautard en paraît tout surpris lui-même. Il écrit le lendemain de l'inauguration :

« J'avais l'air de devoir faire par la suite un bon curé, et me voilà maître de pension ! Mais c'est tout un, si je le fais pour la gloire de Dieu. Cette fois je ne travaillerai pas seul, quatre ecclésiastiques se sont réunis à moi, et nous sommes en assez grand nombre pour faire beaucoup d'ouvrage.

C'est d'hier que nous avons commencé. Mais nous aurons par la suite occasion de causer de tout cela (1). »

Cette lettre était accompagnée d'un prospectus, qui témoignait qu'une œuvre nouvelle existait. Le développement de la maison fut rapide, puisqu'au bout de deux ans, il fallut créer à Gentilly une succursale. Mais pour ne pas briser et renouer à diverses reprises le fil de l'histoire, nous avons voulu dès l'abord, et avant de raconter les succès de M. Liautard, donner une idée exacte de ce qu'était sa maison dans son organisation et dans sa vie intime. Nous serons obligé pour cela d'exposer les principes d'éducation que suivait le fondateur et la manière dont il les sut appliquer. Sans doute, il en fut de l'œuvre de M. Liautard comme de toutes les œuvres humaines : une partie disparaît, une autre partie vient s'ajouter ; telle chose s'améliore, telle autre au contraire tombe et va à la décadence. Mais, quelles qu'aient été les modifications successives qu'y ont apportées le temps et l'expérience, on peut dire cependant que l'idée générale est restée la même, l'esprit n'a pas changé, et cette continuité de traditions est une des causes, et non la moindre, de la vitalité de Stanislas et de sa force de résistance contre tous les chocs qui sont venus l'ébranler. Or, c'est sur cette partie qui se retrouve plus ou moins à toutes les périodes, que nous insisterons de préférence dans les pages suivantes. Ce sera, pour dire ainsi, comme l'âme du Collège saisie au vif et prise sur le fait.

(1) Lettre à d'Hautpoul, août 1804.

Page 1