ANTOINE LÉONIDAS HURTUBISE
Dans les siccles barbares où le droit n'était qu'un vain mot, où la force seule était en honneur, l'humble artisan qui s'évertuait à produire n'avait guère la liberté de jouir du produit de son travail, et il attirait encore bien moins l'attention des historiens qui ne l'estimaient pas au dessus des animaux domestiques qui servent et nourrissent le genre humain. La civilisation, en nous apprenant à respecter le travail utile a non seulement rétabli la justice ; elle a amenéce merveilleux progrès matériel, cette multiplication des richesses qui constituent le trait car: ‘ristique de notre époque, et qui ne sont que la conséquence de l'homage rendu aux travailleurs. En effet, dès qu'il y a eu profit et honneur à inventer de nouveaux instruments de production, à exploiter la terre et ses ressources naturelles, à faciliter le commerce, ies hommes de talents n'ont plus dédaigné de se livrer à l'industrie et la société a profité de leur intelligence. De ce progrès, il découle une autre conséquence ; c'est que pour réussir parmi tant d'hommes instruits, énergiques et intelligents qui se livrent au commerce et à l'industrie, il faut être soi-même doué de qualités très élevées. Les batailles qui se livrent dans les champs du commerce ne demandent pas moins de perspicacité, pas moins de fermeté, pas moins de persévérance, pas moins d'audace, que celles de la guerre ou de la politique ; ceux qui remportent des vic- toires commerciales sont généralement bien plus utiles à leurs concitoyens et à leur patrie que les grands gèné- raux et les grands orateurs. Voilà pourquoi l'histoire de nos jours doit s'occuper de
ceux qui dirigent le commerce qui combattent sur ce qu’on
M. ANTOINE - LÉONIDAS de Montréal est entre tous de ceux dont la carrière mépour découvrir le secret du faires 2t pour montrer à la plir le travail et l'économie Hurtubise est encore un jeune
et l'industrie comme de ceux oppelle ia scène publique.
HurTUBISE, échevin de la cité nos commerçants heureux un riterait le plus: d'être étudiée succès légitime dans les afjeunesse ce que peut accomen ce pays. Pourtant M.
homme, car il ne dépasse pas
sa trente-huitième année. Il Ilest né dans la paroisse de Saint-Bruno,comté de Cham- bly en 1833, de parents éminemment respectables mais pauvres. Il n'eut donc pas le bonheur de recevoir dans sa jeunesse une éducation plus qu'élémentaire. Aussi lorsqu'en 1870 il vint s'établir à Montréal il dut commencer sa carrière par les tâches les plus humbles et les plus dures, et, pour cela même, les plus ingrates. Mais le robuste enfant de Saint-Bruno n'était pas de ces esprits maladifs qui se répandent en vaines malédictions contre l'injustice du sort et qui laissent passer les occasions dorées ; il : epta résolument sa condition, sachant que le travail persévérant amène toujours sa récompense, et que l'économie et l'esprit d'ordre mettent rapidement sur la route de la fortune. En effet, après quelques années, il se trouvait en état ue se lancer dans le commerce du foin. Les débuts furent modestes comme le capital ; mais suppléant à l'éducation qui lui manquait par l'intuition naturelle des affaires, au capital par le travail, à la renommée par l'énergie, M. Hurtubise a rapidement conquis sa place au premier rang parmi ceux qui s'occupent du commerce du foin et des grains. Il a fait plus ; car tandis qu'il donnait à son commerce une extension si considérable, ses économies lui permettaient de faire des placements importants sur la propriété foncière dans la ville de Montréal et de se lancer dans le commerce de bois dans la vallée de l'Ottawa, de sorte qu'il se trouve dès aujourd'hui à la tête d'une jolie fortune. M. Hurtubise, avec une modestie qui lui fait honneur, n'aime guère à causer de ses succès ; mais si nous pouvions entrer dans les détails de sa carrière, on y verrait que la fortune, une fois de plus, n’est pas venu par hazard, mais qu'elle a été la récompense de l'honnêteté, de la hardiesse, du tacte et de la persévérance. Les électeurs d'Hochelaga avaient sans doute reconnu ces qualités chez M. Hurtubise lorsqu'en 1892, ils l'élurent pour le représenter au conseil de ville de Montréal de préférence à un très fort adversaire, et le printemps dernier il l'ont encore réélu cette fois par acclamation. Aujourd'hui M. Hurtubise a conquis sa place au Conseilde-Ville, où il est membre du comité des finances.
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