‹ Histoire du commerce de Bordeaux depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 50 sur 86 · BLÉS ET FARINES · texte numérisé non relu

BLÉS ET FARINES

M Bordeaux expédiait tous les ans aux colonies françaises de 180,000 à 200,000 barils de farine, pesant chacun, net, 175 liv. ; ces farines étaient connues sous le nom de minots. Les minoteries les plus renommées à cette époque étaient celles de Nérac , Moissac, Tonneins et Montauban.

» L'exportation des farines nécessitait un remplacement de matière, car Bordeaux, ne récollant fiour ainsi dire pas de blé, ne pouvait s'en procurer que dans les départements voisins , c'est-à-dire que dans les ci-devant provinces de l'Agenais^ du Condoniois et du Quercy. Pour remplacer ce vide, le commerce de Bordeaux recevaitde Dantzick, de la Prusse, (le la Russie, de Lubeck, de Brème, de Hambourg et de la Hollande , des cargaisons de blé et de seigle qai remontaient la Garonne, et approvisionnaient ces mômes départements dont on avait tiré les plus beaux blés pour en faire du minot; on en expédiait même jusqu'à Marseille par le canal , quand il s'y manifestait des besoins pressants. Il résultait de ce commerce un très-grand travail, un grand emploi d'hommes et des salaires immenses. La navigation de la Garonne occupait une infinité de barques. La décharge des blés à Bordeaux , leur versement dans les barques, leur mesurage, la décharge à terre, le port dans les greniers , le remuage presque journalier de ces blés

pour les rafraîchir et clélruire les insectes qui leur font la guerre; tous ces travaux multipliaient les salaires et les moyens de subsistance pour le peuple.

» Les minoteries étaient sans cesse occupées. La façon de 200,000 barils qui coûtaient 3 liv. la pièce, employait un nombre considérable de tonneliers, et quand le commerce d'exportation de farines n*eût produit que ce seul avantage, il était incalculable.

» L'exportation de la farine minot n'appauvrissait pas la France de ce précieux comestible , puisque le minot était remplacé par les blés de l'étranger, qui donnaient encore du bénéfice au commerce, et l'étranger qui les envoyait souvent pour son compte , tirait en retour des cafés, des sucres, des indigos, des prunes, des vins et des eaux-de-vie.

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