INVASION DES BARBARES. — DUCS D'AQUITAINE
Anéantissement du commerce de Bordeaux. — Il se ranime un moment souà Charlemagne, mais ce n'est qu'un éclair rapide. — Dévastation par les Normands. — Ruine générale de TAquitaine. — De ce cataclysme qui dure deux siècles sort une société toute nouvelle. — Domi— nation et privilège de la race guerrière. — Constitution hiérarchique des nobles, partage des terres, esclavage des peuples, mépris des arts et du commerce. — La loi est morte. — Le droit n'a pour hase que la force du seigneur. — Taxes arbitraires. — Spoliations. — Brigandages. — Droit de naufrage. — Tout esprit de justice et de liberté commerciale a disparu dans l'incendie de la vieille Europe.
Il faut essayer d'écrire une partie quelconque de l'histoire, pour comprendre la nuit profonde qui se répandit sur TEurope, au moment où cessa de luire pour elle le flambeau de Tempire romain; les arts, l'éducation, les sources de la richesse sociale, tout disparut sous le torrent des Barbares, et lorsqu'on cherche à peindre les phases successives du commerce, on ne peut, en arrivant à cette époque, que constater sa disparition complète et présenter le triste récit de cette calamité qui dura plusieurs siècles.
Tous les, rapports commerciaux, frappés et paralysés, s'arrêtèrent simultanément parce que l'invasion et la^ruine furent générales : les Alains, les Vandales, les Visigoths, les Suèves ravagèrent la Gaule et l'Espagne; la Grande-Bretagne devint la proie des Saxons,. l'Italie et la Grèce furent parcourues par les
Hiins, et la partie de rAllemagne coninierçani avec lesjGaules se soumit aux armes des Bourguignons.
Les contrées se dépeuplèrent, TagricuUure cessa de produire pour le commerce, les trois quarts des vignobles disparurent, notamment dans l'Aquitaine, parce que cette culture demande des soins qui ne pouvaient convenir au caractère et aux habitudes guerrières des peuples du Nord.
Les vainqueurs s'emparèrent presque entièrement du sol. a Lorsque les Barbares faisaient leurs invasions, dit Grégoire de Tours, ils prenaient l'or, l'argent, 1^ meubles, les vêtements, les hommes, les femmes, les enfants; le tout se rapportait en commun et l'armée partageait (1). » Les Yisigoths, qui furent cependant les plus modérés, prirent les deux tiers des terres : « Licet eo tempore quo populus noster mancipiorum tertiam et duos ierrarum partes accepit. » (2)
Comment le commerce de Bordeaux aurait-il résisté dans ce naufrage complet de la propriété et de la liberté?... Ce qui restait d'hommes libres dut s'éloigner d'une profession qui ne pouvait plus trouver ni considération ni sûreté, et quant aux habitants soumis à la servitude, ils n'avaient aucun droit réel de propriété et ne pouvaient rien transmettre (3). — Le commerce fut enlièrement avili , les Barbares ne le regardèrent d'abord que comme un objet de leur
(i) Grégoire de Tours, liv. Il, ch. XXVII.
(2) Lois des Bourguignons, tit. 5i, § i.
(3) Joachira Potgicnserus, De statu serrorum.
22 UISTOIBE DV COMMERCE
brigandage, et quaod ils furent établis, ils ne l'honorèrent pas plus que ragriculture et les autres professions des peuples vaincus (1).
L'intolérance et les persécutions religieuses vinrent encore augmenter les malheurs de la Gaule méridionale ; cdesYisigoths, qui professaient Tarianisaie, s'imaginèrent que les peuples qui leur étaient soumis devaient suivre leur religion ainsi que leurs lois; la résistance qu'ils éprouvèrent de la part des catholiques, les détermina à sévir contre eux avec la plus grande rigueur ; on commença à leur interdire l'entrée des églises. Sidoine Apollinaire, évêcyie de Clermont, rapporte dans sa lettre à Basile d'Aix, qu'on voyait presque partout les ariens découvrir les toits des églises, enlever leurs portes et faire paître les bestiaux jusque sur les autels. Ils poussèrent l'inhumanité jusqu'à massacrer ceux qu'ils ne purent séduire. On vit des flots de sang inonder l'Aquitaine; plusieurs évoques perdirent la vie dans cette persécution ; celui de Bordeaux fut de ce nombre. » (2)
D'un autre côté, l'aristocratie militaire, maîtresse partout, ne cherchait qu'à augmenter ses revenus, sans se soucier de conserver les moyens de communication les plus indispensables au commerce; on affermait ou on cédait à prix d'argent jusqu'aux chemins et aux lits des rivières; une loi des Visigoths permettait aux particuliers, moyennant certaines redevances, d'occuper la moitié du lit des grands
(1) Montesquieu, Esprit des Lois, liv. XXI, ch. XIII.
(2) Dom Devienne, Hist, de Bordeaux, p. 15.
fleuves^ pourvu que l'autre restât libre pour les filets (1). On peut se figurer ce que devint le port de Bordeaux sous une législation de cette nature. Tout se bornait à une faible navigation fluviale. Si quelques marins entreprenants et résolus se hasardaient à prendre la mer, ils avaient encore plus à redouter le pillage que la tempête. Ce fut, en effet, à cette époque que s'établit le droit barbare d'aubaine et de naufrage, qui a duré plus longtemps que les meilleures lois. Lorsqu'un navire était jeté sur la côte par la force du vent, et plus souvent encore par un pilote perfide, il devenait la propriété du seigneur de la contrée. Quelquefois même le chef féodal faisait ouvertement la piraterie; les Rôles gascons nous apprennent qu'Edouard IH, roi d'Angleterre, fut obligé d'user de tout son pouvoir pour empêcher un seigneur d'Albret de confisquer à son profit les barques de Bayonne et du golfe de Gascogne (2). Sur les côtes de Bretagne, le droit d'aubaine ne conservait rien au propriétaire du vaisseau. Dans l'Aquitaine, cet usage était plus modéré : le seigneur du pays prenait un tiers, les sauveurs de la côte ou plutôt les complices du pillage, avaient le deuxième tiers, et le reste était conservé au propriétaire et à l'équipage (3).
Les Visigoths ne régnèrent que 80 ans environ sur l'Aquitaine, mais les premiers siècles qui succédèrent à leur possession ne furent pas de nature à ranimer
(1) Lois des Visigoths, liv. VIH, lit. IV.
(2) Rôles gascons, p. 1341 .
(3) Clairnc, Coutumes de la mer. «
le commerce. Les luttes des enfants de Clovis ne » firent qu ajouter aux anciens malheurs ; la ville de Bordeaux, frappée de découragement et de stupeur, languissait dans un état de misère et d'abandon. L'esprit de commerce paraissait entièrement éteint; cette agonie dura pendant les troifi siècles de la première race. A peu près confinés dans leurs ports et leurs fleuves envasés, les peuples du midi de la Gaule bornaient presque entièrement leur commerce à la pêche côtière et à la vente du sel marin, ainsi que cela avait également lieu dans tous les ports de la Méditerranée (1).
Tout à coup, à la voix de Charlemagne, les ténèbres qui couvraient l'Europe commencèrent à se dissiper; l'industrie et le commerce se ranimèrent. Ce pdnce, qui ne savait même pas écrire, comprit, par la seule force de son génie, tous les secrets qui font les grandes nations ; ses célèbres Capitulaires accordèrent une protection toute spéciale au commerce; il invita la noblesse à l'honorer et même à le pratiquer; on ne dérogeait pas en l'exerçant. Les opinions du monarque se propagèrent, et ce qui le prouve, c'est que lorsque plus tard, et à l'époque des croisades, le besoin d'argent fit naître des traités entre les vassaux et les seigneurs, ceux-ci se réservèrent non-seulement les denrées produites par leur propriétés, mais encore celles qu'ils avaient achetées pour les revendre (2).
(0 Hoffmann, Hist. du Comm,, trad. par Duesberg, p. 133. (2) Mably, Obscuriféx sur F Hist. de France, t. IIF, p. 430.
DE BOaPBAUX. 25
Sous ce grand prince, les anciennes opérations du commerce de Bordeaux reprirent leur importance et leur activité. Â mesure que les limites de son empire s'étendirent jusqu'à la Baltique, l'Elbe, le Danube, les Alpes et TÈbre, Charles fit des traités avec les souverains étrangers pour garantir la sécurité des commerçants français, et développer leurs avantages; il établit en faveur de la navigation des phares sur les points dangereux; il créa sur les côtes de son empire un système de défense contre les incursions des pirates du Nord et des Sarrasins (1).
Le beau port de Bordeaux profita de cette impulsion nouvelle et de ces heureuses créations; sa prospérité refleurit sous Tinfluence de Tordre et du pouvoir, comme elle mourra toujours sans eux. Des travaux importants améliorèrent le fleuve, les vaisseaux étrangers reparurent en grand nombre, et nos navigateurs se répandirent de nouveau sur l'Océan, dans la Grande-Bretagne, dans la Flandre et jusqu'au fond de la Baltique, pour y porter nos vins, nos fruits, et en rapporter en retour des toiles, du fer, des laines, des bois de construction, des pelleteries et toutes les marchandises du Nord. Bordeaux envoyait également en Angleterre et dans les ports du nord de la France les huiles à brûler provenant^ de la pêche qui se faisait déjà dans le golfe de Gascogne. M. de Fréville rapporte, dans son Histoire du Commerce maritime de Rouen, une légende curieuse, relative à ce commerce : Un jour que saint Philibert
(1) Pardessus, Lois, maritimes, intro4., p. 78.
se promenait dans le cloître, saint Saëns, cclléricr du monastère, Taborde et loi déclare que l'huile manque pour Tentretien de la lampe et de l'autel. — Mais, reprit saint Philibert, ny a-t-il plus une seule goutte d'huile ? — // en reste une demi-livre, vénérable abbé, et j'ai cru la devoir réserver pour le service des hôtes et pour vous, — Eh bien ! mettez ce reste dans les lampes, et sachez que nous aurons bientôt, grâce à Dieu, de l'huile pour toute l'année. — En effet, ajoute la légende, vers le soir, on reçut la nouvelle qu'un navire, frété à Bordeaux, était entré dans le port avec une cargaison d'huile à brûler. — C'était un envoi des amis de saint Philibert (1).
Comme dans les premiers siècles, le commerce d'Orient reprit avec l'Aquitaine, par la voie de la Provence et du Languedoc, des rapports actifs et étendus; un grand nombre de Syriens arrivaient en France et y apportaient les étoffes de soie de Da* mas, les vins-liqueurs, le papyrus, les parfums^ les perles, les pierreries (2). Enfin, la plus grande partie dé l'Allemagne comprise dans l'Empire commerçait avec la France jusqu'aux Pyrénées, et Bordeaux était le point central de beaucoup de ces rapports commerciaux (3).
(1) Cum dies declinaveret ad vesperam, nuntius de portu maris advenit qui ei adesse navim cam oleo, nuntiavit, qus à Bardigalensâ urbe veniens directa servo Domini ab amicis quadraginta uodios ipsius deferebat liquoris. {Acta SS, ord. S, Bénédictin §. â, p. 824. — Hisi, du Comm, de Rouen, 1. 1, p. 165.)
(2) Pardessus, Loiê maritimes, p. 54.
(3) GhappuSy Hist. des Bévolut. du comm.j p. 442.
Chose bien rare ! au milieu même de ces lemps barbares et malgré la force absolue de son pouvoir, Charlemagne comprenait les conséquences fécondes de la tolérance ; il reconnut combien le génie commercial de la nation juive pouvait être utile à la richesse de son vaste empire ; sous son règne les israclites furent tranquilles; ils jouirent même de quelque influence à la cour; c'est un israélite que Charlemagne envoya en ambassade auprès du calife Haroun-al-Raschid. Il honorait également de sa confiance un autre individu de la même nation qui faisait fréqaemment les voyages de la Syrie et en rapportait les précieuses denrées du Levant. Sous ce grand empereur, en un mot, le commerce et la libertédecé peuple intelligent furent protégés comme ceux des autres sujets (1).
L'éducation reparut ^ussi avec le commerce; Charlemagne fit venir des professeurs étrangers et les combla de richesses. Bordeaux vit renaître ses jours de lumière et de grandeur.
Malheureusement, ce réveil du commerce et de la civilisation ne fut qu'un éclair rapide; le génie et la force de Charlemagne ne passèrent pas à ses successeurs. Lorsque ce bras puissant fut tombé, le torrent des peuples barbares reprit son cours; les Sarrasins recommencèrent à infester les côtes méridionales de l'Europe et interrompirent la navigation de l'Occident avec le Levant. Du côté de l'Âllantique , les Nor-
(4) Depping, Hist. du Comm., p. 432.
mands, arrivant an dernier degré de l'audace, débarquèrent sur tout le littoral de la France. Vers le milieu du IX® siècle, une flotte normande pénétra dans la Gironde , s'empara de Bordeaux , et les vainqueurs mirent tout à feu et à sang dans la ville et ses environs; ils recommencèrent plusieurs fois leurs ravages pendant plus de soixante ans. a Comme rieo ne pouvait arrêter leur férocité , les Bordelais abandonnèrent leur malheureuse patrie; il ne resta de Bordeaux que quelques maisons éparses que les Normands n'épargnèrent que parce qu'ils en avaient besoin pour leur servir de retraite. Frolhaire, archevêque de Bordeaux, demanda au pape Jean VIII d'être transféré à Bourges, car Bordeaux, disait-il , n'avait plus besoin de pasteur, puisque les Barbares en avaient détruit ou dispersé tout le troupeau. >; (1)
Qu'était devenue cette cité magnifique déjà si renommée dans le monde?... A travers les larges brèches du mur d'enceinte, on n'apercevait qu'un tableau de ruine et de désolation. Dans le lit de ce fleuve, si beau de nos jours, le courant grondait au milieu de barrages à n)oitié détruits , de pieux couverts delimon, et de nombreuses carcasses de navires incendiés gisaient sur les vases amoncelées (2).
Au milieu de tous ces désastres, l'herbe croissait
(i) Dom Devienne, Bist. de Bordeaux, p. 20.
(2) On lit, en eifet, dans les vieilles annales de Tépoque, que la navigation des rivières était interceptée par les machines de toute espèce qu*on y avait placées à fleur d^eau pour tâcher d*arrèter Tinvasion des Normands. (îiecueii des Hiitoires de France^ t. VII, p. 647.)
partout dans les villes abandonnées ; les Barbares en avaient dispersé les habitants, et sils leuravaient laissé la vie, ce n'était qae sous la condition d'une forte rançon. Parmi les cultivateurs des campagnes, les uns étaient allés s'établir dans l'est, d'autres s'étaient résignés à subir tontes les horreurs de l'invasion; d'autres encore , rompant les liens les plus sacrés , s'étaient précipités au devant des Barbares, et, pour assouvir leurs passions, les surpassaient en cruautés, trempant leurs mains dans le sang de parents ou d'amis (1).
En Aquitaine , como^p dans toutes les contrées voisines de ia mer, les vignes et les vergers étaient dévastés; de vastes espaces offraient à peine aux regards un seul être humain; on ne rencontrait plus^ de marchands sur les routes, un morne silence régnait dans les campagnes et les ronces couvraient les terres labourables (2).
Dans cet abandon presque entier de l'agriculture , on comprend combien la misère devait être profonde et le dépeuplement rapide : des familles affamées se donnaient en servitude aux riches seulement, pour ne pas mourir de faim. Charles le Chauve fut obligé de rappeler en faveur de ces infortunés la loi de Moïse, d'après laquelle l'homme qui se vend à un autre , ne sera esclave que six ans et recouvrera sa liberté la septième année (3).
(1) Depping, Hist. des Normande , p. 15T.
(2) Hi8t, générale du Languedoc.
(3) De illis Francis hominibus qui tempore famis, neçessitate cogente , se ipsos servitudini vendidére, Hc. (Édit de Tan 864^ art. 34.)
Quelquefois pourtant, le peuple, ue prenant conseil que de son désespoir, se soulevait pour s*affranchir du fléau qui pesait sur lui ; mais ces insurrections tumultueuses étaient ordinairement dispersées par rénergie féroce des Barbares ou réprimées par les Seigneurs francs eux-mêmes, qui ne voulaient pas que le peuple fit des attroupements, eassent-ils pour objet de repousser les ennemis. C'est ainsi qu'en 859 on extermina les malheureux qui s'étaient insurgés entre la Loire et la Seine, pour défendre le pays contre les pirates du Nord {\\.
Cette affreuse situation dura jusqu'au commencement du X"* siècle, époque où Charles le Simple, ayant cédé aux Normands une partie de la Neuslrie, ces Barbares cessèrent de ravager la France.
Les Bordelais rebâtirent alors leur ville, mais non dans sa première magnificence ; l'ancienne avait été construite dans un temps de prospérité , sous la di> rection des maîtres les plus habiles; l'autre se ressentit de la décadence et de la misère- (2).
L'Aquitaine passa sous le pouvoir de clucs souverains indépendants des rois de France, et qui régnèrent pendant deux siècles. Les documents historiques de cette époque, peu nombreux et très-incomplets, ne fournissent aucun renseignement sur le
(1) Vulgus pri)iniscuuffl inter Sequanam et Ligerim adversùs Danos fortitcr resistit; sed qnia incautè SHScepta est eorura conjaratio, à potontioribus nostris facitè interficitur. {Anmales Berlin, ad ann. 859. — Dcpping, HisL des Normands, p. 267.)
(2) Dom Devienne, iàid^ p. 20.
DE BORDEAUX. li\
commerce et l'industrie; il faut franchir plusieurs génératioos sans rien trouver d'exact sur ce qui constituait les rapports et les progrès du pays bordelais; mais, nous le répétons, quelles pouvaient être dans ce pays, essentiellement agricole, la liberté du commerce , la sûreté des engagements , la prospérité des échanges, à une époque où chaque province avait un maître différent, et chaque maître un pouvoip absolu sur la vie et les biens de ses sujets. Toute émulation avait disparu ; ce qui restait des arts , des manufactures et des métiers , s'exerçait dans les cloîtres; le corps du peuple, esclave ou serf, n'était employé qu'au travail de la terre (1).
Remarquons aussi que, dès lavénement du régime féodal , les anciennes douanes établies par les souverains ne furent plus, ainsi que les autres impôts, qae des droits perçus au profit de chaque seigneur , à l'entrée comme à la sortie de leurs domaines; les marchands n'étaient regardés que comme des serfs dont on méprisait la personne et dont on convoitait la fortune. Quand les besoins du seigneur l'exigeaient, la spoliation armée remplaçait la perception trop lente des droits de passage; les marchands étrangers étaient encore traités plus durement que les régnicoles. Cette distinction , qui commença ainsi par la barbarie , s'est développée ensuite par esprit mal entendu de protection nationale. Telle est encore une des tristes origines du système protecteur (2).
(i) Arnonld, Balance du Comm.y introd. , p. iO. (2) DalloZy Réperf. général, V» Douanes, n» 10.
32 UlSTOIRE DU COMMERCE
Toutefois, il parait certain que vers la fin du XI« siècle, sous les derniers ducs d*Aquitaine, le commerce de Bordeaux avait repris une certaine importance; ce qui le prouve, c'est qu'avant son mariage avec Louis le Jeune, Éléonore de Guyenne publia sous le titre de Roôle des Jugements iCOleron un code maritime, où Ton retrouve toutes les règles principales que nous suivons à peu près encore suites obligations des armateurs, des capitaines et de réquipage , sur les pilotes, le fret, les avaries et le règlement des intérêts dans le cas de jet à la mer.
Néanmoins cette Éléonore fut, sous plusieurs rapports, une princesse fatale à la France, car, après son divorce avec Louis le Jeune , elle épousa en 1154 Henri d'Anjou , héritier du trône d'Angleterre , et par là fit passer sous le sceptre anglais la riche province d'Aquitaine, événement historique qui est devenu le point de départ de nos guerres les plus malheureuses.
— *Ofr—