‹ Histoire du commerce de Bordeaux depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 71 sur 86 · QUESTION DES CÉRÉALES · texte numérisé non relu

QUESTION DES CÉRÉALES

La liberté du commerce des céréales est une des conséquences les plus rigoureuses du libre-échange.

Nous avons vu que dans les temps anciens l'importation était libre; et que l'exportation seule pouvait être interdite ou limitée suivant les circonstances.

L'échelle mobile fut conçue dans l'esprit du système protecteur appliqué à la propriété; on espérait avoir trouvé le moyen de maintenir le prix du blé français à un taux toujours rémunérateur. Cette espérance fut déçue ; le seul résultat certain de cette mesure fut de détruire une grande partie du commerce des grains en France. On avait, pùur ainsi dire , garrotté les opérations des négociants en céréales à l'extérieur, lorsqu'il était démontré qu'en possession (^'une entière liberté, il leur était difficile de garantir le pays des effets désastreux d'une disette.

Le commerce de Bordeaux ne <;essa pendant quarante ans de réclamer contre cette mesure.

M. Wustemberg disait, en 1847 :

« L'insuffisaoce de la dernière récolte des blés a mis en évidoDce les vices d'une législation qui empêche de se préparer lorsqu'on voit approcher les moments difficiles, et qui demeure sans efficacité lorsque le mal est venu ; elle a donné la mesure des sacrifices auxquels une nation est condamnée lorsqu'elle ne sait pas établir et conserver, avec les principaux pays de production, un commerce r^ulier qui rende les approvisionnements faciles et peu coûteux dans les mauvaises années; elle a prouvé enfin qu'on redouterait à tort des importations excessives en revenant à un droit fixe et modéré , et en renonçant au r^ime de l'échelle mobile, régime défectueux qui ne sait ni empêcher le mal -ni le réparer. »

Ces observations , reproduites sur tous les points de la France, apportèrent enfin la lumière dans l'esprit du Gouvernement; en 1853, un décret impérial suspendit l'échelle mobile jusqu'au 31 décembre suivaut, et ce décret fut successivement prorogé jusqu'au 30 septembre 1858.

En 1856, notre chambre de commerce demanda que la situation provisoire fût rendue définitive par une loi réglant enfin la liberté du commerce des céréales :

« Il y a six mois environ , disait-elle , la hausse qui se déclarait sur les céréales était de nature à inspirer des craintes sérieuses ; la question des approvisionnements réclamait toute la sollicitude de l'ad-

minislration. La chambre donoa, sur les contrées qui pourraient en cette crise venir en aide à la France, tous les renseignements qu'elle tenait de rexpérience pratique de plusieurs de ses 'membres; elle crut devoir observer (et à cet égard elle était parfaitement d'accord avec les hommes d'État qui dirigent les grandes affaires du pays) que toute intervention directe de l'administration dans les approvisionnements est fâcheuse : Le commerce particulier, dont l'ensemble offre toujours des résultats supérieurs à ceux qui seraient obtenus n'importe par quelle autre voie , s'abstient en présence d'une concurrence qu'il redoute à juste titre , et la disette peut résulter de mesures mal combinées qui auraient été prises dans le but d'amener l'abonclance. La liberté des transactions est le seul moyen ef&cace auquel il convient de recourir, afin d'appeler les arrivages* et de remplir les magasins. Grâce au retour de circonstances plus heureuses , les craintes qu'on avait conçues se sont dissipées , et il y a tout lieu d'espérer que les prix des céréales vont redescendre à un taux normal, qui , sans gêner le consommateur, donnera au producteur l'équitable rémunération de son travail. Le meilleur moyen , du reste , de remédier à ces brusques variations de prix , c'est la destruction de réchelle mobile; car, avec ce système , il n'y a rien de stable, et nos négociants sont hors d'état d'établir dés relations suivies avec les pays où ils peuvent aller chercher le complément de leurs approvisionnements. Quand la disette arrive, ils sont pris au

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dépourvu; ils n'onl ni le matériel flottant nécessaire à ces opératioQS , ni les renseigoements indispensables pour savoir où et à qui s'adresser pour approvisionner nos marchés. Cette mesure de rabolition de l'échelle mobile est d'autant plus urgente aujourd'4iui , que l'Angleterre , ouvrant tous ses ports aux grains étrangers qu'elle ne frappe que d'un droit d un schelling le quarter (soit 43 c. Thectol.), absorbera toujours une partie considérable de notre production, ce qui nous obligera à nous remplacer ailleurs. »

C'est dans cette situation que la loi du 1 5 juin 1861 est venue donner satisfaction aux besoins réels du pays, en substituant à l'échelle mobile un droit fixe très-modéré et favorable au pavillon national.

Telles étaient les questions fondamentales qui occupaient notre place à l'époque dont nous esquissons le tableau commercial. Nous avons anticipé sur quelques dates dans l'intérêt de la précision et de la clarté.

En présence de ces associations et de ragitation qu'elles répandaient sur la France entière , le Gouvernement se décida à prendre quelques mesures sérieuses pour améliorer la position de ragricnllure et du commerce maritime.

Un projet de loi , présenté le 31 mars 1847, supprimait dix-sept prohibitions, et admettait en franchise cent treize articles, quels que fussent les modes d'importation et les lieux de provenance; il en affranchissait également cent soixante-deux , mais sous

pavillon natronal seulement; enfin, il did)inuait les droits sur les ouvrages en cuivre , les fils de laine , les tissus de soie; il accordait la franchise pour les objets destinés à la construction des navires.

Une telle proposition, qui ne portait sur aucune de nos grandes fabrications, était évidenament insuffisante et inoffensive; elle rencontra néanmoins la plus violente opposition , et la commission nommée par la chambre chargea du rapport un représentant entièrement protectionniste.

Ce projet , qui ne put arriver dans la même session, devait être discuté dans celle de 1848, lorsqu'au grand étonnement de TEurope , et de la France ellemême , le gouvernement de Juillet disparut tout à coup au milieu d'un mouvement populaire entièrement imprévu.

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