DES DO€KS
Les docks sont de création anglaise; ce sont des bassins bordés de magasins et destinés à recevoir les navires et les marchandises.
Le système des docks, appliqué depuis longtemps en Angleterre et en Hollande, y a fortement contribué au développement de la prospérité commerciale.
Il est facile de comprendre l'économie des docks : Les docks jouissent du privilège d'entrepôt.
Possédés et administrés en général par des compagnies, ces établissements se chargent de faire, pour le compte des négociants, toutes les opérations do douane et toutes les mains-d'œuvre commerciales.
Les marchandises une fois dans les magasins des docks, inventoriées et classées par ordre de nature de produits, la compagnie remet au négociant un Du plusieurs récépissés, à Taide desquels il peut opérer la vente. Si le propriétaire des marchandises le désire, la compagnie lui délivre également des billets ou warrants transmissibles par endossement et représentant en général de 60 à 70 p. 100 <1e la valeur des marchandises reçues dans le dock.
Il faut reconnaître qu'une telle organisation a pour résultat incontestable de faciliter les opérations du commerce, de diminuer les frais, de centraliser le marché, de mobilfser constamment le capital de la place et de doter le port d'un immense développe-
ment de magasins et de quais parfaitement appropriés auK besoins du commerce et à la rapidité de son action.
Toutefois , l'établissement des docks a rencontré en France des obstacles sérieux. Depuis peu d'années seulement, ceux de Paris, de Marseille et du Havre commencent à produire des résultats assez remarquables; leur création dans le port de Bordeaux a éprouvé jusqu'ici la résistance la plus vive.
Plusieurs projets ont été cependant présentés depuis 1840, pour rétablissement des docks à Bordeaux. Le plan généralement adopté et indiqué par la chambre de commerce elle-même consistait à construire le bassin des docks dans le vaste emplacement compris entre la fabrique Johnston, le Magasin des vivres et le chemin de la Barde. Ce bassin, divise en plusieurs compartiments par des écluses, serait facilement entretenu et présenterait une profondeur plus que suffisante pour les navires du plus fort tonnage. Le système des récépissés et des warrants y serait établi de la manière la plus favorable et combiné avec les habitudes commerciales de la place.
Ce sont là certainement des propositions bien séduisantes pour le présent et surtout pour l'avenir.
Les adversaires des docks à Bordeaux ont publié dans plusieurs écrits les moirfs de leur opposition.
Selon eux , la rade de Bordeaux n'a pas besoin de docks , puisqu'elle possède un port capable de recevoir plus de navires que son commerce ne peut en employer; que ses quais sont vastes, commodes,
f>arrailement organisés pour le chargement et le déchargement des marchandises; qu'enfin, tous les quartiers commerçants contiennent un nombre immense de magasins en grande partie inoccupés.
Construire des docks à Bordeaux serait donc détruire la beauté naturelle du port et ruiner une partie des propriétés urbaines.
Le système des warrants , convenable à Torganisation commerciale des Anglais, n'aurait chez nous ni avantage ni succès; c'est ce qu'ont démontré les expériences déjà faites.
On peut d'ailleurs obtenir l'avantage des warrants en créant des magasins généraux , ayant le privilège d'entrepôt, et cela sans creuser un bassin inutile, sans faire des dépenses immenses en pure perte, sans abandonner te port magnifique que la nature nous a donné.
Les partisans des docks sont loin d'avoir laissé ces arguments sans réponse.
La chambre de commerce, d'abord hésitante, a consciencieusement étudié la question; en 1855, elle déclarait, dans une lettre adressée à M. le Préfet, qu'elle regardait les docks comme des établissements fort utiles aux grands ports commerciaux , et qu'il était certain que dans un délai plus ou moins long , ils deviendraient indispensables à Bordeaux.
Tout nouvellement, M. Basse, président de la chambre , répondant aux questions du congrès scienti6que, a fait connaître son opinion avec la plus grande netteté.
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Il est démontré pour lui que les docks produisent une écoDomie notable dans les frais, économie profitable à l'expéditeur comme au destinataire, et rejaillissant avantageusement sur le fabricant et le consommateur. Ces établissements, dit-il, opérant la réunion en un seul lieu des marchandises d*un noéme marché, les commerçants trouveront toujours avantageux d opérer sur les places où la. facilité du choix dans un méine local répondra largement aux goûts et aux besoins de toutes les classes d'acheteurs. D'un autre côté, le développement toujours croissant du commerce maritime de Bordeaux appelle nécessairement la création des docks avec les avantages qui leur sont inhérents.
Tel est l'état actuel de la question , et tout nous fait espérer qu*elle recevra avant peu dans notre port une solution conforme aux véritables intérêts du commerce.
Outre ces questions , notre chambre de commerce ne cessa d'étudier toutes celles qui intéressaient la place de Bordeaux , notamment le remorquage des navires, les bassins de carénage, les passes du fleuve, le transport dans nos colonies des coolies indiens , le bureau Veritas, etc.
Revenons maintenant aux réformes successives des tarifs douaniers.
La demande de convertir en législation définitive
les décrets xéformateiirs dii pouvoir exécutif ne fut
pas accueillie par le corps législatif avec une grande
* faveur; le rapporteur blâma le Gouvernement de ses
tendances libres-échangistes; néanmoins, le ministère tint bon, et le premier pas sérieux dans la réforme des tarifs fut consacré par une loi (1).
Sans s'arrêter à ce premier succès, le Gouvernement présenta , le 9 juin de la même année , un projet portant retrait de toutes les prohibitions.
Cette fois , l'opposition retrouva toute sa violence. Les manufacturiers firent entendre des cris de désespoir, et menacèrent de fermer les ateliers. En présence de ces manifestations, qui paraissaient impressionner une partie du peuple, le Gouvernement consentit à ajourner ce second projet; mais le Moniteur du 16 octobre 1856 annonça que les prohibitions seraient définitivement retirées d^ns Tannée 1861.
Quoi qu'il en fût, les premiers actes du pouvoir étaient déjà sufiSsanls pour produire de grands résultats; le commerce de Bordeaux n'a cessé de progresser de 1863 à 1860, malgré les deux guerres glorieuses que nous avons soutenues.
Aujourd'hui, il n'est pas de place au monde , si ce n'est Londres , qui ait des relations plus variées et mieux établies que le port de Bordeaux* Trois grandes lignes de chemins de fer, parfaitement organisées pour le commerce , soçt venues nous apporter de nouveaux éléments de prospérité : la ligne de Paris fait le trajet en douze et dix-huit heures; celle de Bayonne, en six heures; celle de Toulouse à Cette , en douze et quatorze heures. Au moyen du service
(l)Loidu I2juiliet*1856.
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Icl^raphique , les opérations qai exigeaient des semaines s'accomplissent dans une journée.
Nos armateurs font des expéditions pour tous les ports de TAmérique, depuis La Plata jusqu'au-dessus de la NouvelIe-Écosse, depuis le Chili jusqu'au nord de la Californie; il nest pas de comptoir d'Afrique, pas de rivage indien qui ne soient visités par les bâtiments de Bordeatix. Des clippers, de marche supérieure, partent régulièrement de notre port pour Bombay, Maurice et la Réunion, Calcutta, Batavia, Singapour, les mers de la Chine et TAustralie. Nos magnifiques paquebots transatlantiques faisant les voyages du Brésil transportent, tous les 25 jours, une masse énorme de passagers, et nous créent avec l'Amérique du Sud des rapports d'un avenir immense. Enfin, tous les ports de l'Europe sont reliés avec nous par plus de trois mille caboteur^, et des services réguliers à hélice parcourent sans interruption les lignes de Bayonne, La Rochelle, Nantes, Rouen, Dunkerqne, Anvers, Rotterdam, Southampton, Londres, Liverpool, Newcastle, etc.
Le mouvement de notre port, sous tous pavillons, entrées et sorties, de 1856 à 1860, a été de :