‹ Histoire du commerce de Bordeaux depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 77 sur 86 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

INDUrmiE BOROCLAISB PENDANT LE DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.

Les guerres générales du eommencement de ce siècle amoindrireol une grande partie de l'industrie bordelaise : les raffineries, la tonnellerie, les verreries, sont des conséquences naturelles du commerce de notre ville; ces établissements souffrent ou se relèvent avec lui. La guerre produisit cependant quelques bons résultats pour certaines industries; il est certain que Ténorme consommation du fer,^ de l'acier, des projectiles, fut une des causes qui développèrent en France, et notamment dans les environs de Bordeaux, l'établissement des grandes forges.

Ces ateliers furent autorisés, et s'ouvrirent dans Tordre suivant :

1803 : Forge de Lugos, MM. Gignonx et Lescnre : haut-fourneau, ijeux d'affinerie, 40 ouvriers.

1804 : Forge de Beliel, à M. Juhel-Renoy T hautfourneau, 2 feux d'affinerie, 22 ouvriers.

La paix de 1815 accéléra la marche de cette industrie.

1820 : Forge de Casteinau , à M. de Bresson : haut-fourneau, moulage, 37 ouvriers.

1825 : Forge de La Trave, à M. Groc : haut-fourneau, affinerie, moulage, 43 ouvriers.

1834 : Forge de Cazenave, à M. Paris : haut-fourneau, affinerie, 14 ouvriers.

1838 : Forge de Biganos, à MM. Dumora el Gignoux : baut-fouroeau, moulage, 37 ouvriers.

1840 : Forge de Baulac, à M. Gardin : haut-four- .neau, aflSnerie, 13 ouvriers.

Plusieurs autres établissements du même genre s'élevèrent successivement dans le département de la Gironde.

Ces forges ont eu des succès divers; celles qui existent encore donnent lieu à un commerce immense dont Bordeaux est l'entrepôt principal. L'intérêt de cette industrie s'est trouvé en lutte un moment avec la liberté réclamée par le commerce maritime; mais il est aujourd'hui démontré que les forges françaises peuvent , pour la plus grande partie de leurs produits, combattre avec avantage la concurrence anglaise. L'équilibre que doit produire la réforme des tarifs ne sera que favorable à la solidité et aux progrès de la métallurgie nationale.

Après 1815, le retour des affaires fit naître sur notre place d'autres manufactures d'une grande importance.

Plusieurs sont arrivées à une prospérité décisive.

En 1820, .M. Chatenais donna un grand développement à la fabrique de couvertures qui existait à Bordeaux ; son établissement avait quinze métiers et consommait 20,000 kil. de laine par jour.

Dané leur ancienne filature de laines, fondée depuis 1780, MM. Laroque introduisirent en 1825

les métiers, les machines ei les moteurs dont Tcxpérienco avait sanctionné la supériorité. Depuis, ils ont ajouté à leurs produits une manufacture de tapis de pied, qui figure aujourd'hui parmi les industries françaises les plus distinguées. Cet établissement a obtenu des récompenses de premier ordre dans de nombreuses expositions industrielles.

Ce fut en 1827 qu*eut lieu dans notre ville la première exposition de l'industrie, sous le patronage de la Société phiiomathique. On peut dire que celle conception généreuse a dépassé Tespérance de ses auteurs ; lemulation a enfanté un progrès incontestable; l'esprit du paye s'est porté vers l'industrie avec une force inattendue. Bordeaux doit certainement à la Société phiiomathique un bienfait précieux et fécond.

Le jury de l'exposition de 1827 s'empressa d'accorder de hautes récompenses à deux manufactures nouvellement établies parmi nous :

1® Une médaille d'or à MM. Vernet frères, qui venaient d'importer à Bordeaux la fabrication des tapis de pied peints ;

2"" Une médaille d'argent à MM. Baumgartner, pour les calicots blancs et écrus provenant de leurs ateliers tie tissage situés aux Chartrons. (Établissement que les capitaux et le patriotisme du pays auraient dû soutenir avec une grande énergie.)

La fabrication des conserves alimentaires s'est également développée à Bordeaux comme conséquence du commerce maritime. Cette indul^trie a atteint dans notre port une perfection réelle.

- La dernière de nos expositions a accordé des médailles :

A MM. Rôdel, pour la supériorité de leurs conserves alimentaires;

A M. Teyssonneau, pour les mêmes qualités et son système de bouchage ;

A M, Faure, pour ses prunes conservées en boîtes et en flacons ;

A MM. Duffour, pour tous les fruits secs préparés.

De 1830 à 1835, s'élevèrent aussi dans la Gironde deux établissements industriels nouveaux , qui figurent maintenant au premier rang : nous voulons parler de la fabrique de porcelaine de Bacalan et de la papeterie de Montfourat :

La première, créée par M. Johnston, a fait depuis sa fondation des progrès immenses; elle occupe 700 ouvriers environ ; ses produits luttent victorieusement contre ceux des Anglais, qui étaient en possession exclusive de ce genre d'industrie. Dirigée depuis plusieurs années par M. Vieillard, cette manufacture a obtenu, soit à Bordeaux, soit à Paris, les plus honorables récompenses.

La seconde , établie près de Centras , dans les proportions les plus vastes, fabrique toutes sortes de papiers de bureau, d'imprimerie, et ceux destinés aux papiers peints. Ses produits s'expédient à l'iutérieur et fournissent aussi un aliment important à notre commerce maritime; elle occupe d^ 130 à 150 ouvriers.

En 1840, M. Beaufils, fabricant ébéniste à Bor-

(leaux, ilonna à ses ateliers un développement et une direction qui lui permirent de rivaliser avec rindustrie parisienne. Ce manufacturier, animé d'un goût et d'une activité remarquables, peut revendiquer à juste titre Thonneur d'avoir donné à la Fabrication des meubles, à Bordeaux, une impulsion dont elle ne paraissait pas susceptible. Ses produits, recherchés dans la France eùtière, sont également expédiés pour tous les ports de l'Amérique.

Nous désirerions que les limites de cet ouvrage nous permissent de mentionner avec détail un grand nombre d'ateliers industriels établis à Bordeaux depuis le commencement de ce siècle, et qui contribuent à la prospérité de notre ville, tels que la scierie à vapeur de MM. Dumoulin frères; les machines à vapeur de MM. Cousin fils; les chaudières à tubes calorifères de MM. Daney; le biscuit pour la marine de M. Trénis; les chocolats de MM. Louit frères; les pianos de M. Heering et de M. Thibout; les briques réfractaires de M. Duprat, etc., etc.

Page 1