‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 103 sur 175 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LES PROVINCES, LES VILLES ET LES PORTS

Sommaire, — Revue commerciale (333). — La Bretagne (333). — La Touraine, le Maine, l'Anjou et l'Orléanais (335).— Paris et sa généralité (335).— La Normandie (336).— La Picardie, MArtois et la Flandre (338). — La Champagne (341). —La Lorraine et l'Alsace (341). — La Bourgogne et la Franche-Comté (342). — Lyon, le Lyonnais et le Dauphiné (342). — Beaucaire, Marseille et la Provence (343). — Le Languedoc et Bordeaux (346). — L'Ouest et le Centre de la France (348).

Revue commerciale *. — Il est intéressant de passer en revue les provinces, avec leurs grandes villes et leurs ports vers la fin du xvii^ siècle et du règne de Louis XIV et de prendre connais.sance des articles principaux de leur commerce à cette époque. La nomenclature de ces articles paraîtra au lecteur longue et aride ; mais il en reconnaîtra l'utilité, parce qu'elle donne une notion suffisamment précise de la nature des échanges et de la localisation du trafic à cette époque.

Nous prendrons pour guide principal Savary de Bruslons, lequel était bien informé. Nous suivrons un ordre géographique en commençant par la Bretagne et en continuant par les provinces ou généralités du nord, du nord-est, de l'est, du sud, de l'ouest et du centre.

Le commerce se faisait en gros par des négociants qui habitaient les villes. Le commerce local de détail se faisait, comme de tout temps, par les gens de métier et par les marchands dans leurs ateliers et dans leurs boutiques ; il se faisait aussi par les vendeurs ambulants dans les rues, par les colporteurs dans les villages, par les cultivateurs et les petits débitants dans les marchés. Le commerce inlerprovincial et interna tional se faisait soit par les relations personnelles et journalières des négociants, soit à certaines époques dans les foires.

La Bretagne. — Les principaux articles du commerce d'exportation de la Bretagne classés par ordre d'importance d'après les registres de la douane étaient les toiles (12.000.000 livres), les fils (1 million), lesche-

1 . Cette revue commerciale a été révisée à l'aide des mémoires des intendants (1698lIOQ) et du Dictionnaire universel de commerce de Savary de Bruslons (1738) ; mais elle a été composée principalement de matériaux qui appartiennent à la dernière partie du règne de Louis XIV.

vaux (1 million), le miel et la cire (600.000 livres), les grains, les bœufs, le bois, le papier, articles auxquels il faut ajouter le chanvre, le poisson, le beurre. Les toiles provenaient de Quintin, toiles fines et renommées, de Pontivy, de Morlaix (surtout du pays de Léon), de Guingamp, de Nantes. L'exportation de Morlaix pour l'Angleterre se faisait en général sous pavillon anglais ; elle diminua beaucoup durant les guerres du règne de Louis XIV.

Les deux principaux ports delà province étaient Nantes etSaint-Malo.

Nantes, situé à 56 kilomètres de la mer, avait pour avant-port Paimbeuf et pour annexes Pornic, le Croisic, le Pouliguen. De Paimbeuf des barques de 50 à 60 tonneaux amenaient les marchandises jusqu'à Nantes. Les Nantais armaient principalement pour les colonies d'Amérique où ils envoyaient du bœuf salé d'Irlande, de la farine, du lard, du vin, de la toile, de l'huile, du beurre, des chandelles, des vêlements, des matériaux de construction, des ustensiles de ménage, etc. Ils en rapportaient du sucre, du cacao, du gingembre, du coton, de l'indigo, du rocou, de la casse, des cuirs. Le sucre arrivait en général à l'état de moscovade et était raffiné dans la ville ou expédié aux raffineries échelonnées sur la Loire à Saumur, à Angers, à Orléans. Une trentaine de navires étaient employés au commerce des îles et de Cayenne. D'autre part, plus de trente navires, de 70 à 300 tonneaux, faisaient la pêche de la morue. Le commerce avec l'Espagne, le Portugal et la côte d'Afrique, l'Angleterre, l'Allemagne et les pays du Nord représentait un tonnage d'environ 100.000 tonnes ; il consistait en exportation de papier, tissus, dentelles, sucre, mercerie, quincaillerie, sel et en importation de métaux précieux, laines, peaux, oranges et citrons, tabac, bois de Brésil. Le commerce avec l'Angleterre et les pays du Nord était actif ; il consistait à importation en charbon de terre, harengs, cuirs, suifs, étain, plomb, cuivre, acier, fer, merrain, planches, mâts, cordages.

De Lyon il venait à Nantes des tissus de laine et de soie, des fromages de gruyère ; du Forez il venait des armes et de la quincaillerie ; du Nivernais des canons, des ancres, du charbon de terre ; de l'Auvergne du chanvre, des fromages, du papier. Orléans entretenait un commerce très suivi avec Nantes.

Saint-Malo, port bien protégé par un rempart de rochers, commerçait principalement avec l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, les Etats du Nord en Europe ; avec le Canada et les Antilles. Ses marins exerçaient la contrebande sur les côtes de l'Afrique et de l'Amérique espagnole ; ils allaient en Asie depuis que la Compagnie des Indes orientales leur avait cédé le privilège du trafic dans cette région. De 1701 à 1713, l'Espagne étant alliée de la France, les Malouins malgré la guerre firent un commerce actif au Chili et au Pérou. L'armement en course pendant la guerre procurait de gros bénéfices à cer-

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tains armateurs. C'est ainsi qu'en 1709 les Malouins purent fournir au roi 60 millions pour frapper de la monnaie. Quoique bombardés deux fois (1693 et 1695), les Malouins ont beaucoup plus gagné que perdu à la guerre*. L'Angleterre, le meilleur client de Saint-Malo, fournissait du plomb, de la couperose, de la noix de galle, du charbon de terre, des draperies grossières en échange de vins, eau-de-vie, huile, miel, volaille, toiles de Bretagne et de Normandie. Pour l'Angleterre et la Hollande le commerce se faisait surtout par pavillon étranger ; pour l'Espagne, il se faisait sous pavillon français. Entre Saint-Malo et Nantes la navigation était importante *.

La Touraine, r Anjou, le Maine et iOrléanais. — La Touraine, le Maine et l'Anjou fournissaient des vins, du lin, du chanvre, des pruneaux, des abricots et autres fruits, du charbon de terre, des ardoises, du fer, du verre, des toiles, des étamines, serges, droguets et camelots, des cuirs tannés, des soieries que Tours vendait en France, en Espagne et au Portugal. La manufacture de soieries, de draps, de cuirs tannés de Tours avait beaucoup diminué à la fin du xvii® siècle, depuis que l'Angleterre et la Hollande fabriquaient elles-mêmes des étofîes de soie.

L'Orléanais était par la Loire en communication directe avec Nantes et par la route de terre et les canaux d'Orléans et de Briare avec Paris. Le vin, l'eau-de-vie, le blé et autres grains de la Beauce et du Pays Chartrian.le safran, la bonneterie, les peaux de moutons préparées, les lainages de Chartres et de Romorantin étaient les principaux articles du commerce. A Orléans, le grand entrepôt de la Loire, arrivaient en quantité le vin, l'eau-de-vie, le blé, les épiceries, les liqueurs, le chanvre, l'huile, le fer,racier, les poissons, les fromages, les confitures, le bois, le charbon, la poterie, les ardoises, les pierres de taille, les cuirs. Le sucre y était raffiné. Les charrois sur la route d'Orléans à Paris étaient considérables.

Paris et sa généralité. — La généralité de Paris était riche par ses produits agricoles, céréales, fruits, bois, fourrages, fromages, bétail, et par ses industries, draperie, bonneterie, dentelle, tannerie, etc.

« La ville de Paris, dit Savary, la plus grande et la plus peuplée de l'Europe, la capitale du royaume de France, est le principal objet et comme le centre du commerce qui se fait dans tout le reste de ce royaume. En effet, si d'un côté il semble que les provinces du dedans du royaume n'ont des grains, des bois, des vins, des bestiaux, des laines, des soies, du fer, des sels, des étoffes, des toiles et tant d'autres

1. De 1688 à 1693, les corsaires malouins capturèrent 262 vaisseaux de guerre et 3.380 bâtiments de commerce.

2. Au contraire, de Marseille il venait à peine deux navires par an.

marchandises que pour en fournir cette capitale ; de l'autre côté, on peut dire que les provinces maritimes n'entretiennent des matelots et n'arment des navires sur l'une et l'autre mer que pour lui aller chercher dans les pays les plus éloignés tout ce que les quatre parties du monde ont de plus rare et de plus précieux et en remplir ses boutiques et ses magasins .

« Mais, si Paris est redevable de tant de choses propres à faire fleurir son commerce, il est certain que par une espèce de circulation qui s'y fait continuellement, non seulement il leur en restitue une partie embellie et enrichie par la main de ses plus habiles ouvriers, mais encore qu'il lui envoyé celles qui leur manquaient, cette grande ville étant pour ainsi dire le magasin universel du royaume et comme un dépôt public où se fait l'échange des marchandises des provinces les unes contre les autres. »

Paris, outre le commerce de détail qui approvisionnait sa population par ses boutiques, ses marchés et halles', centralisait en effet déjà une notable partie du commerce en gros. Il avait éclipsé Lyon comme foyer des opérations de crédit. L'exercice du grand commerce y était libre; il n'y avait pas de corporation de négociants, comme il y en avait de gens de métier; cependant parmi les six corps de marchands il y en avait, comme les drapiers, les merciers, les épiciers, dont les principaux membres exerçaient le commerce en gros. Les forains pouvaient apporter toutes marchandises aux deux foires franches de Saint-Germain et de Saint-Laurent : ces foires attiraient particulièrement les gens d'Amiens, de Beaumont, de Reims, de Nogent, d'Orléans.

Dans la banlieue de Paris la localité la plus importante était Saint- Denis où se tenaient la foire de Saint-Denis en octobre et la foire, plus importante, du Lendit qui commençait le lundi après la Saint- Barnabe. Montlhéry était devenu le principal entrepôt des blés de la Beauce depuis qu'avait cessé la navigation sur la petite rivière d'Etampes. Les foires étaient, comme nous l'avons dit dans un autre chapitre, en grand nombre dans la généralité de Paris.

La Normandie. — La Normandie était riche aussi par son agriculture et par son industrie. Elle exportait, surtout pour Paris, ses bœufs et ses chevaux ; elle exportait son beurre, son cidre,son chanvre et son lin, son pastel et sa gaude, le blé du pays de Caux et de la campagne de Gaen, les morues et harengs de ses pêcheurs. Elle faisait un commerce important de laines d'Espagne, de cuivre, de cha-

1. Savary donne la comparaison de la consommation de Paris en céréales, viande, poisson, sel et charbon en 1634 et en 1722. Cette consommation avait augmenté d'un quart environ.

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peaux foulés (Caudebec, Neufchâlel, etc.), de cuirs tannés, de peignes, de papier, de cartes à jouer, de verrerie, de mercerie. Mais c'était surtout pour ses toiles et ses tissus de laine qu'elle était renommée, fleurets, toiles fines, toiles à carreaux, toiles de Bernay, du pays de Caux et de Rouen, d'Alençon, de la Ferté-Macé, de Fiers, de Lisieux, de Pont-Audemer, de Louviers, d'Evreux dont une grande partie était exportée pour l'Espagne et les Antilles, draps de Rouen et Darnetal, de Bolbec, de Louviers, de Vire, serges d'Aumale, dentelles d'Alençon et de Bayeux ; articles de verrerie, fer du Bocage Normand, épingles et aiguilles de Laigle et de Rugles, articles de chaudronnerie et de quincaillerie. Falaise et sa banlieue, dont les serges étaient d'un grand débit dans les foires du voisinage (foire de Caen, foire de Guibray, etc.), centre important de commerce de lainages, de bonneterie, de toiles, de cuirs et de produits agricoles, Elbeuf (foire de St-Gilles) qui, bien que fortement atteint par la révocation de l'édit de Nantes, s'était relevé, étaient au nombre des principaux marchés.

Ces diverses fabrications et le commerce auquel elles donnaient lieu avaient été plus florissants au temps de Colbert qu'ils n'étaient à la fin du règne de Louis XIV. Les deux dernières guerres du règne portèrent un préjudice considérable à la Normandie, comme à d'autres provinces du royaume. « Les diverses charges, dit Boulainvilliers dans l'Etat de ta France ', ont réduit le peuple à un état de misère qui fait compassion, puisque de 700.000 âmes dont la généralité était composée, s'il en reste ce nombre, on peut assurer qu'il n'y en a pas 50.000 qui mangent du pain à leur aise et qui couchent autrement que sur la paille. »

Les principaux ports de la province étaient Rouen avec le Havre de Grâce pour avant-port Dieppe, et même Ca^n.

Caen, qui avait été un port commerçant sous les ducs normands et dont la conquête de Philippe-Auguste avait diminué l'importance, s'était relevé au cours du xni^ siècle. La guerre de Cent Ans lui avait été funeste. Au xvi'^ siècle la ville avait retrouvé sa prospérité et avait étendu sa navigation jusque sur la côte d'Afrique et en Amérique. Vauban redressa le cours de l'Orne ; la mort de Colbert interrompit les travaux et la révocation de l'édit de Nantes réduisit notablement l'importance industrielle et commerciale de Caen.

Rouen était toujours une grande ville de fabrique et de commerce. Ses draps (dits draps du sceau autrefois, remplacés par le drap d'Elbeuf),ses droguets, ses ratines, sesbaracans fil et laine, ses toiles, ses chapeaux de laine ou de poil, ses cuirs tannés, son papier fabriqué dans les vallées voisines étaient des articles de grande exportation pour Paris et pour

1. Ouvrage publié en 1738, mais composa avec les mémoires des intendanls de 1G98-

l'étranger, principalement pour l'Espagne. Sous le règne d'Henri IV, de grands travaux avaient été entrepris pour l'élargissement des quais et la construction d'un pont de bois. En 1623, la peste avait fait périr, dit-on, les deux tiers delà population. Rouen recouvra sa prospérité au temps de Colbert ; ses armateurs approvisionnaient alors Cadix de marchandises destinées à l'Amérique.

Richelieu, qui s'était attribué en 1628 le gouvernement du Havre, s'était occupé activement des travaux hydrauliques; il avait fait creuser et entourer de quais le bassin, construire la citadelle, surtout en vue des besoins militaires. Il s'en était occupé beaucoup moins depuis qu'il eût choisi Brest pour arsenal.

Au commencement du règne personnel de Louis XIV, le port du Havre, négligé depuis une trentaine d'années, élait en forl mauvais état, envahi par le galet, les écluses ne fonctionnant plus. 11 n'y avait dans le port que 15 navires pour la pêche de la morue et 120 barques. Tout le commerce extérieur se faisait par les 'marines étrangères. Pour remédier à cette situation, Vauban fit creuser, en 1667, le bassin du roi, le premier bassin à flot du Havre, et le canal allant d'Harfleur au Havre. Pendant un temps la Compagnie des Indes eut dans cette ville un de ses principaux établissements. Le commerce se développa amplement. Mais le bombardement de 1694 causa de grands dommages et à la prospérité succéda, comme dans le reste de la France, une profonde misère durant la dernière partie du règne.

Dans la région de Dieppe on fabriquait des draps, des dentelles, de la quincaillerie, des objets d'ivoire (tabletterie, peignes, etc.). Dieppe était en relation suivie avec tous les pays riverains de l'Atlantique ; il armait, pour la pêche, surtout celle de la morue et du hareng.Le bombardement de 1694 par une flotte anglaise détruisit presque entièrement la ville. Elle se releva de ses ruines, mais sans retrouver son ancienne splendeur et, au xvni'= siècle, elle ne fut plus guère qu'un port de pêche.

La Picardie^ V Artois et la Flandre. — La Picardie était une province industrielle ; on y fabri(juait beaucoup de serges, de tiretaines, de camelots, de draps, de rubans. Amiens, centre principal de la fabrication de la sayetterie (serges, camelots, baracans, étamines) et de la tapisserie de haute lisse, était aussi le centre le plus actif du commerce.

Les débouchés maritimes étaient Saint-Valéry-sur-Somme, Boulogne-sur-Mer, Calais. Saint-Valéry avait, comme Calais, le droit d'importer des draperies d'Angleterre. Situé à l'embouchure ensablée de la Somme, son port élait d'un accès difficile ; cependant il faisait un trafic important, surtout avec les Hollandais, La batellerie remontait jusqu'à Amiens. Quand l'exportation du blé élait permise, Saint-Valéry en expédiait pour l'Angleterre. Il exportait des fils, des toiles à voile,

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des étoffes de sayelterie, des vins de Champagne et de Bourgogne, du safran du Gatinais, des soieries de Lyon, des harengs et maquereaux salés, pour l'Espagne, l'Angleterre, la Hollande, Des autres ports de France, Saint- Valéry recevait le sucre des raffineries de Nantes, les vins et eaux-de-vie, le sel, les pelleteries, la morue de La Rochelle, les savons de Marseille.

D'autres marines lui apportaient les cendres et la potasse de Danemark, de Hollande, l'huile de baleine, la laine d'Espagne, le bois de campêche et de Brésil, les fromages de Hollande, les fers de Hambourg et de Suède, les aciers de Hongrie, le suif, le beurre, le charbon de terre, le plomb, l'étain d'Angleterre.

Boulogne-sur-Mer, petit port en mauvais état d'entretien, dont l'entrée était difficile et le mouillage mauvais, recevait du sel, du vin, de l'eau-de-vie de Nantes, de La Rochelle et de Bordeaux, des cuirs salés d'Irlande. Le commerce y était très restreint, mais la pêche était importante.

Calais, un des deux ports par lesquels les draperies étrangères pouvaient entrer (arrêts du Conseil des 8 novembre 1687 et 3 juillet 1692), avait un inspecteur des manufactures qui visitait les importations ; c'étaient des camelots, surtout de Hollande, des draps, des ratines, des serges, des couvertures, des draps d'Espagne et d'Angleterre, des flanelles, des molletons. Calais était un des sept ports où l'entrée des drogueries et chicorées était permise.

Les bâtiments français introduisaient en contrebande en Angleterre beaucoup de lainages, galons d'or et autres articles de Lyon et tiraient d'Angleterre des laines et autres articles prohibés.

Les bâtiments français exportaient du sel, du vin, de l'eau-de-vie. Les bâtiments anglais importaient du beurre, des cuirs.

Le port, mal aménagé, était d'un accès parfois dangereux. Mais, d'autre part, des canaux facilitaient le transport dans l'intérieur du pays. L'Artois était une petite province médiocrement fertile. La Flandre n'était réunie au royaume que depuis le traité de 1678. Elle avait beaucoup souffert des guerres. Elle produisait des grains, de la navette, du foin, des fruits, du lin, de la laine, du bétail, du beurre, de l'huile de colza. De ses manufactures sortaient des draps, des articles de sayelterie, diverses autres étotfes de laine ou de laine mélangée de fil ou de soie, des toiles, des velours, des batistes, des cuirs, des dentelles, des tapisseries, de la bonneterie, des chapeaux, de la vannerie fine, du savon, etc. Roubaix, Tourcoing, Armentières filaient et tissaient.

Le Hainaut fabriquait des dentelles, des toiles de ménage. Il exploitait déjà une partie de ses houillères et possédait des hauts fourneaux, des forges, des verreries.

Douai avait une certaine importance. Mais le gra^d centre du com-

merce flamand était Lille qui entretenait des relations journalières avec la France, c'est-à-dire avec les provinces des Cinq grosses fermes, avec les Pays-Bas espagnols, la Hollande et quelques villes d'Allemagne, et des relations moins suivies avec l'Angleterre, l'Espagne, l'Italie et les Etats du Nord. De France Lille tirait du vin, de l'eaude-vie, des fruits secs, des confitures, de l'huile d'olive, des soieries et de la soie, de la quincaillerie, des livres, des tapis, des chapeaux, des faïences, des armes. De la Hollande Lille tirait des draps, des poissons salés, des épiceries, des chevaux, des fanons de baleine, des cendres et de la potasse, de l'alun, des fromages, des étoffes des Indes, de la porcelaine de Chine ; des Pays-Bas espagnols, de la laine, de la houille, du verre, des métaux, des dentelles ; d'Angleterre et d'Irlande, des draps et autres lainages, des viandes salées, du beurre, des liqueurs, du charbon de terre, du plomb, de l'étain, des bouteilles, des chapeaux de castor et des pelleteries, des bas de soie et de laine, des curiosités des Indes ; de l'Espagne et du Portugal, de l'or et de l'argent, de la laine, des oranges et citrons, des fruits secs : commerce qui montait chaque année à 4 ou 5 millions ; les métaux précieux dont l'Espagne étaient débitrice étaient en général expédiés de Lille à Londres où ils soldaient l'excédent des importations anglaises en Flandre. L'Italie et la Savoie fournissaient de la soie, de l'huile, etc.

La Flandre française et l'Artois étant des provinces réputées étrangères, leurs expéditions de marchandises payaient les droits du tarif de 1664 à leur entrée en Picardie, c'est-à-dire dans le rayon des Cinq grosses fermes ; leurs expéditions dans les pays réellement étrangers étaient soumises à un tarif particulier, celui de 1671. Les canaux concouraient au transport avec les routes de terre ; Calais et Dunkerque étaient les ports.

Dunkerque *, devenu ville française le 27 octobre 1662, avait obtenu le rétablissement de ses anciennes franchises et le privilège de port franc ; ce fut le port de la France sur la mer du Nord. La ville fut fortifiée par Vauban et des travaux considérables furent entrepris pour faciliter la navigation. « Il y a, dit Savary, à Dunkerque des marchands de toute espèce et de presque toutes les nations de l'Europe, d'Espagne, de Portugal, d'Angleterre, d'Irlande, d'Ecosse, de Hollande, et des pays du Nord. Le mouvement de la navigation est considérable sous pavillon français et plus encore sous pavillon étranger. Les vins, les raisins secs, l'huile, le tabac, le bois de campêche etles articles des Indes viennent de l'Espagne et du Portugal ; le charbon

1. Duakerque (Duyne Kerke, église des Dunes; devait son origine à l'église que saint Eloi fit bâtir sous le règne de Dagobert après avoir converti les pécheurs qui habitaient celte région marécageuse. En 1233 Godefroy de Fontaines avait Tait creuser le port de Dunkerque et plus tard, en 1406, le comte de Marseille avait entouré la ville de remparts.

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(le terre, le plomb, l'étain, le beurre, les cuirs, les viandes et poissons salés, le suif viennent des Iles Britanniques ; du Nord et de la Baltique viennent des bois, du goudron, du chanvre, du fer et de l'acier, de la potasse, des laines. Avec la Hollande le commerce est très varié et très important ». Dunkerque était aussi en relation régulière avec les ports français de l'Océan et môme avec Marseille.

Les guerres interrompirent souvent son commerce ; mais les armements des corsaires maintenaient alors l'activité du port. La pêche, importante dans les temps antérieurs, l'était très peu à la fin du règne de Louis XIV. Le traité d'Ulrecht obligea le roi à faire démolir le port et les fortifications de Dunkerque qui ne recouvra sa liberté que sous Louis XVI par le traité de Versailles (1783).

La Champagne. — La Champagne (généralités de Soissons et de Châlons) fournissait au commerce son vin de Champagne et autres vins, son blé, son avoine, son lin et son chanvre, ses moutons (au nombre de plus de 1.600.000) et sa laine (3 à 4 millions de livres pesant par an), du bois et du charbon, du fer et du papier. Elle avait d'importants marchés. Sedan possédait la spécialité des draps fins, façon de Hollande et d'Angleterre. Reims était célèbre par la fabrication de ses tissus de laine (étamines, razes, droguets, serges), par ses dentelles, ses cuirs tannés et mégissés. Ses tissus laine et soie fcrêpes), ses bas, ses chapeaux étaient d'un grand débit à Paris à Lyon, à Rouen, en Flandre et même en Italie. Troyes l'était par ses tissus de laine, ses satins, ses toiles, ses cuirs qui s'exportaient surtout pour la Lorraine, la Flandre et l'Allemagne. Les foires de Champagne avaient perdu à la fin du XVII® siècle presque toute leur importance.

La Lorraine et l'Alsace. — Quoique la Lorraine ne fit pas alors partie du royaume de France, il faut dire quelques mots de son commerce puisqu'elle est restée longtemps sous l'administration française pendant le règne de Louis XIV.

Parmi les industries manufacturières, les dentelles communes étaient le principal objet d'exportation, surtout pour l'Espagne. La province exportait aussi le sel de ses mines, le fer de ses forges, le bois de ses forêts, le verre, les cuirs, les peaux d'ours, nombreux encore dans les Vosges à cette époque. Nancy était le centre principal des affaires.

Les Trois Evêchés, occupés par la France depuis Henri II et cédés par le traité de Westphalie, liraient en général de Lorraine leurs marchandises d'importation. Metz avait des forges, des tanneries, des verreries ; on y fabriquait des draps, des toiles, des dentelles. Le commerce y était fait principalement par des Juifs, « ceux de Metz, dit Savary, la seule ville de France où ils sont soufferts, ayant là-dessus une réputation qu'ils ne démentent pas ».

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L'industrie était alors peu développée en Alsace, quoique la province eût beaucoup de fabriques de toiles, toiles communes pour la plupart. Les Alsaciens ne passaient pas pour des commerçants actifs : « Ce sont les étrangers qui font la plus grande partie du commerce de l'Alsace », dit Savary, Parmi ces étrangers figuraient les Juifs, quoiqu'ils n'eussent pas le droit de séjourner la nuit à Strasbourg. C'était surtout en produits de la terre, bois, vins, eaux-de-vie, céréales, tabac, fruits, etc. que son commerce consistait. Le transport se faisait peu par eau, « le tirage des bateaux sur les bords du Rhin étant très difficile et la rapidité de ce fleuve en rendant la navigation très dangereuse ». Comme l'Alsace était, dans le régime douanier, une province d'étranger etîectif, son commerce se faisait librement (sauf acquittement des droits locaux) avec l'étranger ; mais il était soumis aux droits du tarif générai à l'entrée dans les provinces des Cinq grosses fermes.

La Bourgogne et la Franche-Comté. — L'article le plus important du commerce delà Bourgogne était les vins, remarquables, dit Savary, « moins encore parla grande quantité que par l'excellente qualité. Ces vins se transportent non seulement à Paris où il s'en fait une grande consommation, mais aussi dans les pays étrangers les plus éloignés». Les autres articles importants étaient les produits agricoles, le blé, le bois, la laine, le bétail et le fer. A Dijon, il se faisait un commerce important de draperies de la province et des provinces voisines.

La Franche-Comté était caractérisée surtout par ses hauts fourneaux et ses forges.

Lyon, le Lyonnais et le Dauphiné. — Le Lyonnais (avec le Forez et le Beaujolais) fournissait surtout en produits agricoles du chanvre, du vin, du charbon de terre ; en produits industriels des draps, des futaines, des étoffes de soie,

Lyon était dans une situation privilégiée avec les quatre cours d'eau, Rhône, Saône, Doubs, Loire, qui procuraient des débouchés économiques à son commerce, et avec les cols des Alpes qui conduisaient en Italie. Le gros négoce, qui avait été longtemps aux mains principalement des Italiens, puis des Hollandais et Allemands, appartenait maintenant surtout aux Français. Le commerce se faisait avec l'Espagne (presque entièrement par l'entremise des Génois), l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre, le Levant (par Gênes et Marseille), la Pologne. Lyon envoyait en Espagne des dorures, des draperies communes, des toiles, des futaines, du safran, du papier, et en tirait des laines, de la soie, des drogues tinctoriales, des piastres et métaux précieux (environ 5 millions de livres), dont moitié en paiement de l'exportation et moitié achetée pour le bénéfice de l'affinage.

Lyon envoyait en Italie les produits de ses fabriques, pour 6 à 7 mil-

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lions de livres, et il en tirait pour une dizaine de millions de soies, d'or et d'argent espagnol. Le commerce avec la Suisse, surtout avec Zurich et St-Gall, consistait en exportation de soieries grossières, de chapeaux, de safran, de vin, d'huile, de savon, de mercerie et en importation de fleurettes de Zurich, de toiles, de fromages, de chevaux, le tout ayant une valeur d'environ 1 million à l'exportation et 1 million 1/2 à l'importation.

En Allemagne. Lyon envoyait les mêmes marchandises; en outre, des soieries brochées d'or et d'argent, beaucoup de belles dorures (1 million 1/2 de Hvres) ; elle en tirait de l'élain, du cuivre, du fer-blanc, de la mercerie (400.000 livres). Les Français vendaient à crédit; les Allemands vendaient au comptant. En Hollande Lyon envoyait des taffetas noirs, des étoffes de soie or et argent. Ce commerce avait bien diminué depuis que les Hollandais fabriquaient eux-mêmes ces articles. La Hollande recevait deux fois plus de marchandises qu'on n'en envoyait. D'Angleterre (surtout de Londres, Excesler, Plymouth) Lyon tirait des draps, des serges, de l'élain, du plomb, des bas, de la mercerie, du poivre, des drogues ; il envoyait des talîelas, des étoffes et soie, brocards or et argent (3 millions de livres). Avec le Levant, Lyon commerçait par Marseille et par (Jênes. Lyon faisait grand commerce à linlérieur: c'était un point de centralisation. Là aftluaient non seulement les produits de ses manufactures, mais les soies de France et d'Italie, les huiles et les fruits secs de Provence, les draps, les vins, l'eau-de-vie du Languedoc, le safran de Guyenne, les petites étolîes de Champagne, les toiles de Picardie, de Normandie, du Maine et de Bretagne, le blé de Bourgogne, les chapeaux de toutes manufactures. L'affinage de l'or était une des industries importantes. Lyon avait quatre foires ; le mode de « paiements » dans ces foires était célèbre. Dans la fabrique de Lyon il entrait 11 millions environ de soie, d'or et d'argent ; la façon y ajoutait une valeur de 3 millions, la vente 3 autres millions, dit Savary, en tout 17 millions et plus dont les étrangers prenaient 1/3 en temps de paix. Le chiffre total des exportations de Lyon dépassait 12 millions ; celui de ses importations 21 millions.

Le Dauphiné exportait le bois de ses forêts, le chanvre de ses vallées, le fer et l'acier de ses usines, des objets en fer, cuivre, étain, des draps, des toiles. Les mauvaises façons, disait on, avaient tué le commerce des lainages qui s'exportaient auparavant pour le Levant.

Beaucaîre, Marseille et la Provence. — Beaucaire était célèbre par sa foire qui se tenait du 22 au 25 juillet dans une plaine voisine de la ville, foire franche dont la création remontait au commencement du xiii« siècle '. « On y vient, dit Savary, de toutes les parties du monde ;

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