‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 104 sur 175 · Instituée en 1217 par le comte Raymond de Toulouse · texte numérisé non relu

Instituée en 1217 par le comte Raymond de Toulouse

et il n'y a pas de marchandises, quelque rares qu'elles soient, qu'on n'y puisse trouver. Aussi, malgré le peu de temps qu'elle dure, le commerce y est si grand qu'il s'y fait pour plus de 6 millions d'affaires par an ». Marchands français de presque toutes les provinces. Espagnols, Italiens, Allemands, etc., y venaient en grand nombre, môme des Arméniens, des Persans, « quelquefois des Orientaux encore plus reculés. » Les principales marchandises étaient l'épicerie, la mercerie, les étoffes de laine et de soie, les laines d'Espagne, de Barbarie et de Languedoc. Il s'y faisait un grand commerce d'argent et de lettres de change.

Le commerce de la Provence consistait surtout en vins, olives, safran, amandes, oranges, citrons, figues, grenades, prunes et autres fruits, en huile d'olive, en soies, en savons, en papier, en cuirs, en étoffes de laine (draps, pinchinats, cadis,elc.).

Marseille a de tout temps été un port très commerçant. Mais il a eu des fortunes diverses suivant les péripéties politiques de la Provence et de la France.

Il avait eu au moyen âge une longue période de prospérité ; cette prospérité s'était en grande partie éclipsée pendant les guerres dans lesquelles les comtes de Provence furent engagés pour soutenir la maison d'Anjou. Depuis sa réunion au domaine royal Marseille avait vu se ranimer son commerce. Il avait joui, comme dans les temps antérieurs d ailleurs, de grandes immunités qui facilitaient ses relations. II possédait depuis 1599 un embryon de chambre de commerce. Le port avait été exempté de tous droits ; toutefois de nouvelles taxes avaient été établies dans la suite. En 1642, les Marseillais écrivaient au ministre que le profit de leur commerce « était de 12 ou 13 p. 100 par toutes les Echelles, sans compter les droits du grand seigneur ».

En mars 1669, Colbert rétablit la franchise du port sur l'ancien pied* et y ajouta même de nouveaux avantages. Le port et le havre de Marseille furent déclarés francs et libres à tous marchands et négociants et pour toutes sortes de marchandises, afin que « toutes personnes de toutes nations et conditions pussent y aborder et entrer avec leurs vaisseaux, bâtiments et marchandises, charger et décharger, séjourner et emmagasiner, sortir par mer librement sans payer aucun droit d'entrée ou de sortie ». Les bureaux de douane furent reportés hors des limites de la ville. Les étrangers et leur famille furent exemptés du droit d'aubaine. D'autres privilèges, exemptions ou réductions de droit furent accordés aux marchandises débarquées et introduites dans le royaume par plusieurs arrêts du Conseil (1671, 1690,1691, 1693,

1. C. pondant Mar.-eille continua à percevoir certains droits, particulièrement celui deCo:iiino perçu à l'entrée sur tous les navires français ou ('•trangers qui Taisaient le commerce du Levant.

LES PROVINCES, LES VILLES ET LES PORTS

1707). D'autre part, il est vrai, la franchise subit dans la suite des réductions qui en diminuèrent beaucoup l'effet.

Les Marseillais, paraît-il, n'accueillirent pas tout d'abord favorablement l'édit de franchise. Colbert se fâcha ; il reprocha aux négociants de la ville d'être « fort déréglés », de manquer de bonne foi, de s'opposer à l'établissement des Juifs, enfin d'exporter beaucoup d'argent du royaume. Il s'occupa de l'amélioration du port et transféra à un intendant de la marine le soin des travaux d'entretien que négligeaient beaucoup, paraît-il, les échevins de la ville. Car l'évêque de Marseille écrivait à Colbert : « L'on ne connoist plus le port depuis que nos eschevins ne s'en meslent plus et que M. Arnoull (l'intendant) prend soin de l'entretenir. »

Le ministère de Colbert est une des périodes de grande prospérité de Marseille.

Après sa mort, il fut décidé en 1685 que les Français ne pourraient s'établir dans le Levant qu'avec l'autorisation de la Chambre de commerce.

Le commerce de Marseille était presque entièrement concentré dans la Méditerranée, surtout dans les Echelles du Levant » et sur les côtes barbaresques. La ville était aussi en relation avec les principaux ports de l'Italie % de l'Espagne et du Portugal ^ 4^

Le papier, les draps grossiers de Marseille et fins du Languedoc, les étoffes de soie, le corail taillé, les piastres, l'aquifoux tiré d'Angleterre,les amendes et fruits secs de Provence, le bois de Brésil et le bois de campêche, la verroterie, l'ambre faux, le verdet,la quincaillerie, les épiceries, les bonnets de laine étaient les principaux articles du commerce. Un négociant de Marseille, Cerfeuil, a dressé en 1688 une liste complète des articles du commerce de Marseille que Savary a publiée dans son Dictionnaire. Les plus importants sont, par ordre alphabétique, à l'importation par mer et par terre : l'alun de Smyrne, les joncs d'Espagne, la barille et autres cendres, le blé, le bois, le brai, le café, le chanvre, le charbon de pierre, la cire, la corne, le coton du Levant *, les cuirs du Levant et de Barbarie, les dentelles du Velay, le fer de Suède, de Bourgogne et du Languedoc, les fromages de France et d'Italie, le suif, les harengs de Hollande et d'Angleterre, la laine du Levant et d'Espagne, les légumes secs, la moscovade (sucre brut) d'Amérique, la morue, les raisins secs, le plomb d'Angleterre, la poix de Hollande, le poivre (venant autrefois par Alexandrie ; au xvii* siècle par la Hollande et l'Angleterre), le riz du Levant, le rusque (écorce à

1. Le Caire et Alexandrie, Seyde en Palestine, Alger et son port Alexandrette, Tripoli de Syrie, Sabalta, Smyrne, Constantinople, Chypre, les îles de l'Archipel, etc.

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