CHAPITRE VI
LES GRANDES COMPAGNIES DE COMMERCE
Sommaire. — La Compagnie des Indes anglaises et la Compagnie hollandaise (364). — Création des deux Compagnies françaises des Indes (366;. — Les autres Compagnies (370). — Organisation administrative de la Compagnie des Indes orientales (373). — Finances de la Compagnie (376). — Premières opérations de la Compagnie (377). — Caron et les premiers comptoirs (378).— L'Ile Bourbon (379).— La guerre dans l'Inde (379). — Insuccès de la Compagnie (380).— Jugement sur les Compagnies fondées par Golbert (682).
La Compagnie des Indes anglaises et la Compagnie hollandaise. — Au milieu du xvii* siècle deux grandes Compagnies accaparaient presque entièrement le commerce des mers d'Orient.
La première en date était la Compagnie anglaise des Indes orientales, fondée en 1599 sous le nom de « Corporation des marchands de Londres trafiquant aux Indes orientales >. Elisabeth ne lui avait pas ménagé les privilèges : monopole du commerce au delà du cap de Bonne-Espérance et du détroit de Magellan pendant quinze an.^, droit de souveraineté sur les terres conquises, exemption ou diminution de droits de douane pour ses premières expéditions, permission d'exporter des métaux précieux*. La Compagnie était administrée par une Cour des directeurs nommée par la Gourdes propriétaires, c'est-à-dire par lensemble des actionnaires jouissant du droit électoral. Le siège de la Compagnie était à Londres ; ses membres étaient des marchands de la cité.
La première flotte de la Compagnie, partie en mai 1601, était revenue en septembre 1608 avec une riche cargaison; elle avait été suivie en quelques années d'une vingtaine d'autres expéditions*, la plupart fructueu.ses. Des comptoirs avaient été fondés à Bantam (1601), à Surate (1601-1612;, puis à Madras (1639) et à Calcutta (1652-1659).
En 1613 un de ses navires avait abordé au Japon et elle se flattait d'avoir mis en mer le plus gros navire que l'Angleterre eût possédé jusque-là, le « Trade's Increase », de 1.100 tonneaux.
En 1609 Jacques 1"" rendit perpétuel le privilège de la Compagnie
t. 30.000 livres sterling par an en espèces monnayées. ' 2. Celle de 1608 avait rapporte, parait-il, plus de 200 p. 100.
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qui se constitua alors un capital fixe de 400.000 livres sterling. Mais le même Jacques I" eut le tort de créer une seconde Compagnie des Indes qui devint une concurrente jusqu'au jour (1630) où les deux compagnies fusionnèrent. Les marchands de Londres ayant réclamé contre le monopole, Cromwell à son tour créa une nouvelle compagnie qui fusionna aussi avec la première.
Avec la Compagnie hollandaise il y avait eu d'abord une lutte dans laquelle la Compagnie anglaise n'avait pas été la plus forte. Un accord intervint afin de régler la part que chaque partie pourraitprendre dans l'achat des épices ; mais celte entente fut bientôt rompue.
En 1661 Charles II confirma et même étendit les privilèges accordés à la Compagnie par Elisabeth. En 1664 le mariage du roi avec une princesse portugaise valut à l'Angleterre l'île de Salsetle oîi s'éleva la ville de Bombay.
La Compagnie anglaise était dans une des périodes les plus prospères de son histoire quand Colbert arriva aux affaires.
La seconde est la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Durant les trois quarts du xvi^ siècle les Hollandais, peuple de marins, naviguant à bon marché, avaient été à Séville, à Cadix, à Lisbonne, charger les marchandises venues des Indes occidentales et orientales pour les distribuer dans les ports et sur les marchés de l'Europe. Quand les Hollandais se furent révoltés contre l'Espagne et que le Portugal fut tombé sous la domination de l'Espagne, Philippe II interdit à la marine hollandaise (1594) l'accès des ports de la Péninsule.
Les marins hollandais poussèrent alors leur navigation plus loin ; ils allèrent, d'un côté, faire la contrebande sur les côtes d'Amérique et, de l'autre, disputer aux Portugais le trafic de l'Inde et des îles de la Sonde. Ils l'essayèrent d'abord par l'Océan glacial du Nord, mais sans succès (1594-1596). Ils réussirent plusieurs fois par la route du Cap (1595-1597) sous la conduite de Cornelis Hootmann* qui avait déjà fait ce voyage sur des navires portugais et ils rapportèrent , non sans grande perte d'hommes, une riche cargaison d'épices. D'autres expéditions non moins fructueuses suivirent. « Les Portugais sont en danger de ne pas jouir longtemps des richesses de l'Orient », écrivait à Henri IV en l'an 1600 son ambassadeur en Hollande.
Afin d'éviter la concurrence qui faisait hausser en Orient et baisser en Hollande les prix, la Compagnie générale néerlandaise des Indes orientales fut formée en mars 1602* par une association des Compagnies préexistantes. Le capital fut de 6.600.000 florins. La Compagnie
1. La première Compagnie, Compagnie des pays lointains, fut fondée en 1595 par neuf négociants à l'instigation de Cornelis Hootmann. Cet Hootman, ayant été prisonnier à Lisbonne, avait appris, ainsi que par ses voyages, les procédés du commerce portugais.