‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 111 sur 175 · En · texte numérisé non relu

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2. En Hollande, la Compagnie du Nord (1014), la Compagnie du Levant, la ('ompngnie de Surinam (1634) ; en Angleterre, la Compagnie de Mosr.ovie (1556), la Cximpagnie de Hambourg, la Compagnie de la pêche britannique, une seconde Compa;^nie du Levant (1581), les Compagnies d'Afrique depuis (1536), plusieurs Compagnies de l'Amérique du Nord (depuis 1579).

LES GRANDES COMPAGNIES DE COMMERCE

Il semblait cependant alors que le commerce lointain ne pûl prospérer que par la concentration des moyens d'action d'une grande grande compagnie. Le voyage d'Europe aux Indes durait sept à neuf mois, quelquefois douze à cause des calmes de l'équateur, des moussons et des typhons des mers de l'Orient, des tempêtes du cap de Bonne-Espérance. L'aller, le retour et le trafic dans l'Inde et dans les fies exigeaient d'ordinaire trois années. Il n'y avait aucune sécurité sur mer. Anglais, Hollandais, Portugais, Arabes étaient également à redouter; aussi tout navire de commerce devait être équipé en guerre avec canons, et le plus souvent il devait naviguer en convoi '.

Golbert voulut faire pour le commerce colonial ce qu'il faisait alors pour la manufacture : le relever par des privilèges et par des grandes entreprises, à l'exemple surtout de la Hollande; Richelieu avait déjà eu la même pensée. Golbert commença par racheter les Antilles et l'établissement de Madagascar et supprimer les anciennes compagnies. Il en créa de nouvelles qu'il fit plus fortes. « Sa Majesté, disait- il au roi, en rachetant les îles sait qu'une Compagnie composée d'un nombre d'intéressés puissants, travaillant au bien commun et à l'établissement général desdites îles, peut, plus avantageusement, faire le commerce que des particuliers, lesquels ne s'appliquent qu'à faire valoir ce qui lui appartient. »

Il était jaloux surtout de la Hollande, petit pays qui accaparait le commerce des mers, tandis que la marine française végétait. Supplanter les Hollandais, les « ruiner » (il répéta souvent ce mot) était un de ses vœux les plus ardents. A la fin de sa vie, après l'insuccès des compagnies qu'il avait créées, il écrivait encore dans un mémoire adressé au roi (1681) : « Si Sa Majesté vouloit faire quelques dépenses pour le rétablissement et augmentation des différents commerces, elle augmenterait considérablement l'argent au dedans de son royaume et diminueroit notablement la puissance en argent des deux Etats d'Angleterre et de Hollande qui sont les deux seuls qui peuvent balancer, en quelque sorte, celle de Sa Majesté. »

Les deux plus importantes compagnies, celle des Indes orientales et celle des Indes Occidentales datent des mois de mai et d'août 1664.

La Compagnie des Indes Orientales eut un capital qui fut fixé par le roi à 15 millions de livres en actions de 1.000 livres payables en trois

1. Savary cite comme exemple de la sauvagerie avec laquelle les Hollandais pourchassaient les marines concurrentes le fait suivant (p. 210). « Jean Paneras de Flessingue, après s'être emparé de la Madeleine, navire du capitaine Le Lièvre, qui était chargé d'or, de perles, de pierres et autres riches marchandises d'Orient, fit au capitaine et à son lieutenant serrer et étreindre la tôte avec des cordes, en telle sorte qu'il leur fit sortir les yeux de la tête et ensuite les fit poignarder ; il fit pendre seize matelots aux haubans du navire et fit brûler la plante des pieds aux autres, jusqu'à ce qu'ils eussent rendu l'esprit. Cruauté qui est sans exemple. »

ans, le monopole exclusif du commerce depuis le cap de Bonne-Espérance pour cinquante ans à dater du jour où le premier vaisseau quitterait la France, la propriété de toutes les îles des pays où elle s'établirait depuis le cap de Bonne-Espérance à l'ouest jusqu'au détroit de Magellan à l'est ; une prime de 50 livres par tonneau de marchandises exportées, de 75 livres par tonneau de marchandises importées. Madagascar devait être le sièg'e principal de la Compagnie, laquelle s'engageait à mettre promptement en mer douze à quatorze navires de 800 à 1.400 tonneaux ^

La Compagnie des Indes occidentales fut dotée du Canada, de l'Acadie, de Terre-Neuve, des côtes de l'Afrique depuis le cap Vert jusqu'au cap de Bonne-Espérance, réunissant ainsi le domaine de la Compagnie des Cent associés et de celle des Iles d'Amérique. Elle reçut le privilège exclusif du commerce et de la navigation pour quarante ans, avec clause de confiscation des vaisseaux et des marchandises qui attenteraient à ce privilège ; la facilité d'accorder, moyennant finance, à des armateurs l'autorisation de partager le privilège du commerce ; le droit de donner des terres en fief et de nommer des gouverneurs ; celui de déclarer la guerre et de faire la paix ; plusieurs immunités de douane ; une prime de 30 livres par tonneau à l'importation et de 40 livres à l'exportation, prime moins forte que celle de la Compagnie des Indes orientales parce que la navigation était moins longue et moins périlleuse. Il était formellement interdit aux colonies françaises de commercer avec les nations étrangères.

Colbert, pour rendre les compagnies fortes, ne leur ménageait donc pas les privilèges. Le roi promit à la première 3 millions et il luien donna 4 ; il fournit le dixième du capital de la seconde. Il promit de prendre à son compte personnel les pertes des premières années. Il engagea, il contraignit même les seigneurs, les magistrats, les municipalités, les bourgeois, à fournir des fonds en souscrivant des actions. La famille royale souscrivit*. Colbert pressa les gens en place de prendre des actions. « C'était, disait-il, bien mériter de Dieu, puisqu'un des

1. L'expression de tonneau venait de la mesure qu'on avait prise d'abord comme unité; quatre barriques de Bordeaux placées debout. On distinguait le tonneau de jauge qui était de 42 pieds cubes (soit 1 me. 44) et le tonneau poids qui était de 2.000 livres. On distinguait aussi alors comme aujourd'hui, relativement à la capacité des navires, le tonnage brut qui était la capacité totale elle tonnage net qui ne portait que sur la partie utilisable pour des marchandises ou des voyageurs, laquelle était en général d'un dixième moindre que le tonnage brut.

Le tonneau de jauge aujourd'hui est de 1 me. 83. Un navire de ."SÛO tonneaux nets du xvii* siècle jaugerait aujourd'hui 391 tonneaux ; mais les navires, alors tout en bois, paraissaient, tonnage égal, plus gros que ceux d'aujourd'hui.

2. La reine mère Anne d'Autriche, la reine Marie-Thérèse, le Dauphin souscrivirent chacun pour 60.000 livres ; Colbert souscrivit pour 30.000 livres ; le chancelier Séguier pour 50.000 livres.

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objets de la Compagnie était de répandre les lumières de la religion ». Les intendants furent chargés d'agir sur les fonctionnaires, les officiers royaux, les maires, les gens riches '. Le roi écrivit lui-même à plusieurs municipalités pour les engagera recruter des actionnaires. Plus de trente-cinq villes souscrivirent, plus ou moins volontairement ; en tête Lyon pour 1 million de livres, Paris pour 660.000 livres, Rouen pour 500.000 livres, Bordeaux pour 400.000, Nantes pour 200.000.

Le roi fit savoir par une déclaration d'août 1669 que les nobles ne dérogeraient pas en faisant le commerce maritime, ajoutant « qu'il importait à sa propre satisfaction d'effacer entièrement les restes d'une opinion qui voulait, bien à tort, que le commerce fût incompatible avec la noblesse ». Chaque compagnie eut ses armoiries, rehaussées de fleurs de lis. Celles des Indes Orientales portaient comme devise: Florebo quocurnque ferar.

Des terres et même des primes en argent furent données à ceux qui voulurent se faire colons. Les émigrants français, engagés pour dixhuit mois ou trois ans, jouissaient du passage gratuit. Les artisans, après huit ans de séjour aux colonies, étaient déclarés maîtres sans avoir besoin de chefs-d'œuvre ni de compagnonnage et pouvaient s'établir dans toutes les villes de ce royaume, sans exception.

Sur l'invitation de Colbert, un académicien. Charpentier, fit un éloge

1. Le premier président du parlement de Bourgogne écrivait à Colbert: « Je fais valoir autant que je peux l'ordre qui m'est donné par Sa Majesté de lui envoyer avec la liste de ceux qui y prendront part les noms de ceux qui ne voudront pas s'y intéresser ; ce qui obligera plusieurs qui n'y auraient rien mis à s'y engager ». Olivier d'Ormesson raconte qu'un conseiller d'Etat ayant souscrit pour 1.000 livres seulement, « Colbert s'en moqua et dit que cela ne se faisoit pas pour la considération de l'argent. De sorte qu'il mit 3.000 livres ; et aussi chacun des autres ».

Voici, comme spécimen, une des lettres écrites par Colbert à ce sujet :

« Aux Présidents et Trésoriers généraux de France au Bureau des finances à Bourges (Paris. 20 novembre 1664). « Le Roy, les Reynes, Mgr le Dauphin, les princes du sang et toutes les personnes de qualité du royaume, et à leur exemple les Compagnies souveraines, avec une infinité de gens de toutes sortes de professions, ayant pris intérest dans la Compagnie des Indes orientales, sur la connaissance infaillible qu'un chacun a prise des grands avantages qui s'y trouveront, Sa Majesté n'a pas douté que vous ne profitassiez d'une si belle occasion qui vous est olTerte de bien mériter envers Dieu (le principal dessein d'un si grand establissement estant de porter les lumières de l'Evangile en ces pays éloignés), envers elle qui y contribue si fortement en faisant une avance d'un million d'or et se chargeant de toute la perte, en cas qu'il s'en trouvast dans les commencements, et envers le public qui y rencontrera ses commodités, en sorte que vous prendrez part à la gloire et à l'utilité en vous intéressant dans cette Compagnie suivant vos facultés. En mon particulier, estant si bien persuadé de tous ses avantages, je ne sçaurais m'empescher de vous en conjurer instamment. »

L'intendant de Montauban écrivit aux bourgeois pour les prévenir « des disgrâces qui leur arriveront de refuser une occasion aussi favorable de témoigner leur bonne volonté au bien de l'Etat ».

pompeux de Madagascar où la Compagnie des Indes orientales se proposait de former son principal établissement. 11 vantait en termes ampoulés la beauté du climat de l'île, la richesse de son sol S la supériorité de sa position ; il expliquait au public pourquoi les anciennes compagnies n'avaient pas réussi faute de capitaux suffisants et il prédisait aux nouvelles une fortune qui éclipserait celle de la Compagnie hollandaise 2.

L'événement trompa les espérances de Colbert. , Tout d'abord la souscription ne fut pas couverte entièrement. Malgré la pression administrative et peut-être même à cause de cette pression, beaucoup de gens se figurèrent que c'était une manière détournée de lever un impôt. Le montant des actions de la Compagnie des Indes orientales devait être versé intégralement au commencement de l'année 1667 ; or, en septembre 1668,1a Compagnie n'avait encore reçu que 5 millions sur un capital de 15 millions. La Compagnie des Indes occidentales ne put jamais compléter son capital.

Aux Antilles l'interdiction du commerce avec les étrangers fut une grande gêne pour les colons. L'introduction des ordonnances et coutumes qui régissaient la France, l'obligation du culte catholique, la défense d'exporter de l'argent et môme, pendant un temps, de s'en servir pour les échanges, la confiscation des marchandises furent aussi des obstacles au succès de la colonisation.

La Compagnie des Indes occidentales ne put jamais remplir tous ses engagements. Les colons du Canada et ceux des Antilles, très opposés au monopole de toute compagnie, se plaignirent. Aussi, à partir de 1669 le roi se réserva t-il d'accorder dans certains cas à des particuliers le droit de commercer.

En 1671 la Compagnie ne parvint qu'à grand'peine à donner un premier dividende de 5 p. 100 et, dès 1672, elle demanda au roi d'être relevée de l'obligation de faire du commerce. Elle commença par emprunter à gros intérêts et par aliéner ses droits sur la côte d'Afrique (1673), puis, en 1674, elle renonça à toutes les concessions de terres qui lui avaient été faites et le roi déclara le commerce libre ; la Compagnie cessait d'exister. Dans l'espace de dix ans elle avait perdu 3.58.3.000 livres, dette que le roi se chargea de payer en reprenant possession des territoires.

Les autres compagnies. — Deux autres compagnies complétèrent

1. Il dit, par exemple, que l'or est si abondant que, lorsqu'il pleut, on peut voir les veines de métal à nu le long des montagnes. — On exploite aujourd'hui de l'or à Madagascar.

2. Discours d'un fidèle sujet du Roi touchant l' établissement d'une Compagnie française pour le commerce des Indes orientales. Le même auteur publia en 1(566 une Relation de Vétablissemenl de la Compagnie française pour le commerce des Indes occidentales.

LES GRANDES GÔMPÂGMES DE COMMERCE

le réseau de privilèges que Colbert se proposait d'étendre sur le commerce nr.ii'.inic de la France.

La C )!ir>cj,'nie du Nord ou de la mer Baltique, fondée en juin 1669, devait faiio le commerce en Zélande, en Hollande, dans TAUemagne du Nord, en Danemark, en Suède, en Norvège et en Moscovie et autres pays de terre terme et îles du Nord. Elle avait un privilège de vingt ans. Le roi donna le tiers du capital et contraignit les négociants à fournir le reste. Il prit à sa charge les pertes des six premières années. Les actions étaient de 2.000 livres au moins. Les étrangers pouvaient souscrire comme les Français ; les gentilshommes ne perdaient pas leur noblesse en s'y associant. Les entrepôts du royaume étaient ouverts à la Compagnie ; elle jouissait de la liberté du transit. Elle pouvait recruter la moitié de ses équipages en marins étrangers, lesquels étaient naturalisés après six ans de service. Le roi promit une prime de 3 livres par barrique d'eau-de-vie et de 4 livres par tonneau de toute autre marchandise importée ou exportée. C'était une tentative de concurrence directe contre la Hollande 'qui avait presque le monopole du commerce du Nord et qui se montra fort mécontente. Colbert se proposait, entre autres objets, de remplacer le sel portugais par le sel français.

Cette compagnie ne réussit pas mieux que les deux autres, malgré les efforts de Colbert. Les négociants de Bordeaux ne se prêtèrent pas volontiers au fonctionnement de son monopole -. La Compagnie commença ses opérations en 1669 ; en 1671, elle avait déjà usé son crédit. La guerre de 1672 lui porta un coup fatal \

La quatrième Compagnie, celle du Levant, fut créée en 1670* par

1. Le 12 août 1669, avant l'édit de création, Colbert écrivait: « La Compagnie du Nord est en bonnes mains, mais elle doit se méfier des Hollandais comme de ses ennemis mortels. »

2. La Compagnie constituée, le commerce de Bordeaux fit connaître à l'intendant les difficultés qu'elle rencontrait. Colbert répondit (12 septembre 1670) : « A l'égard des mémoires des marchands de Bordeaux concernant les difficultés ou l'impossibilité qu'ils trouvent d'envoyer leurs denrées dans le Nord, je vous diray que toutes les raisons qu'ils allèguent de cette prétendue impossibilité sont très faibles et même que toutes les suppositions en sont fausses. Mais, comme cette sorte de commerce ne se peut pas forcer, il suffit de les exciter toujours de temps en temps, de tenir soigneusement la main à ce qu'aucun ne soit admis dans la jurande qu'aux conditions de l'arrest de janvier 1669 et de favoriser toujours ceux qui feront bastir des vaisseaux ou qui en achèteront ou qui y prendront part. » Dans sa lettre il réfute l'argument que les Hollandais frelataient les vins pour leur faire supporter la mer. Les Bordelais, ditil, peuvent en faire autant et d'ailleurs le Nord se plaint du frelatement. Autre argument: les Hollandaisenlévent les vins en Hollande, les gardent l'hiver ; or les Bordelais ayant mer libre, peuvent partir en mars et arriver quinze jours avant eux.

3. Kn juin 1671 le roi institua une Compagnie privilégiée de négociants de Bordeaux. Les vaisseaux de cette Compagnie devaient porter les armes de la ville. On ne pouvait devenir consul, jurât ou bourgeois de la ville qu'ià condition d'avoir placé 1.000 à 2.000 livres dans cette compagnie.

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