‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 114 sur 175 · LIVRE VI. — CMAHÏTUE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CMAHÏTUE VU

à la baie des Puans (1679) ; mais, ayant renvoyé le navire pour porler des pelleteries au Niagara, il ne le revit jamais. Après avoir reconnu la rivière des Illinois jusqu'à son confluent et construit quelques baraques qu'il désigna sous le nom de fort Crèvecœur, il eut l'énergie, ne recevant ni nouvelles de son bâtiment ni secours, de revenir à pied avec deux compagnons jusqu'à Frontenac (1680), pendant que ses envoyés Hennepin et Dacan remontaient le Mississipi jusqu'au saut Saint-Antoine. C'est à Fronlenac qu'il fit ses préparatifs pour une exploralion complète du Mississipi.

En janvier, 1682 il partit de la rivière Chicago avec cinquante-quatre personnes, en traîneau, puis en pirogue, atteignit le fleuve par la rivière des Illinois, reconnut le confluent du Missouri, celui de l'Ohio et descendit jusqu'au delta dont il explora les trois bras avec ses compagnons Tonti et d'Auray. Par reconnaissance pour son protecteur, il donna au fleuve ainsi qu'à la contrée le nom de Colbert qui ne lui est pas resté ; la contrée a pris ensuite le nom de Louisiane.

Mais Cavelier de la Salle avait des envieux et des ennemis. Frontenac, qui avait combattu l'influence des Jésuites, était disgracié en 1682. Cavelier dut revenir en France pour se faire rendre justice. En efl'et, le roi, conseillé par Seignelay, conféra à l'explorateur le titre de viceroi du Sud de l'Amérique septentrionale, malgré les ennemis qui le dénigraient à la cour. Cavelier partit en 1684 de La Rochelle avec une flottille de quatre bâtiments ; mais il fut trahi parle commandant de la flottille, débarqué et abandonné loin de l'embouchure du Mississipi (1686). Après une longue et pénible odyssée à travers une région inconnue, il fut assassiné dans une révolte des quelques survivants de l'expédition (1687).

L'habitation de la baie de Saint-Louis où Cavelier de la Salle avait laissé une partie de ses hommes fut détruite par les sauvages. Onze ans après (1699),d'Iberville, accompagne de son frère Bienville, conduisit, avec l'agrément du roi, deux vaisseaux dans ces parages ; il découvrit la baie de Mobile et les bouches du Mississipi et il y construisit un petit fort. Quelques colons vinrent du Canada ; de France on envoya des fllies à marier. C'était toutefois un bien petit établissement. En 1714 le gouverneur Lamolhe Cadillac écrivait au contrôleur général : « La colonie ne peut pas être plus pauvre qu'elle ne l'est actuellement. Les Canadiens qui y sont, ne pouvant vivre, s'en retournent au Canada. »

La Louisiane n'avait, à la fin du règne de Louis XIV, que quelques fortins sur la rivière des Illinois, aux bouches du Mississipi, à la baie de Mobile et à l'Ile Dauphine. En 1712, un riche marchand, Crozat, obtint pour seize ans le privilège du commerce dans la Louisiane, à condition d'emmener six colons sur chaque navire. Mais, sous ce régime, la colonie ne se forma pas et Crozat ne (it pas de bénéfices.

LES COLONIES

La guerre avec la colonie anglaise. — La Hollande avait cédé à l'Angleterre, par le traité de Breda (1667), la Nouvelle-Belgique qui devint New-York; et, comme depuis la mort de Colbert, la France eut à soutenir deux grandes guerres contre l'Angleterre, deux fois ces guerres troublèrent le Canada. En 1689 les Iroquois, dont le gouverneur Denonville avait capturé par surprise plusieurs chefs (1687), assaillirent Montréal et y massacrèrent plus de 200 personnes. Le comte de Frontenac, auquel le roi rendit son titre de gouverneur général, ramena la confiance des Canadiens, dirigea plusieurs attaques heureuses sur le territoire anglais et sur celui des tribus ennemies de la France; il repoussa même une double expédition des Anglais dirigée par terre et par mer contre Québec (1690). D'Iberville détruisit les établissements anglais de la baie d'Hudson. Le traité de Rysvvick(1697) laissa à la France la baie d'Hudson et fixa les limites du Canada et du Massachusetts à la rivière Saint-Georges. En 1701, après la mort de Frontenac, une paix, plus durable que les précédentes, fut de nouveau conclue avec les Iroquois,

La guerre de la succession d'Espagne se termina plus malheureusement. Les Anglais, qui avaient éprouvé d'abord quelques revers,s'emparèrent de Port-Royal (1710), nommé depuis Annapolis. Quoique dans les autres engagements les Canadiens n'eussent pas eu le désavantage, Louis XIV, voulant à tout prix détacher l'Angleterre de la coalition, se résigna à faire, par le traité d'Utrecht (avril 1713), le pénible sacrifice de la baie d'Hudson, de l'île de Terre-iMeuve et de l'Acadie.

La baie d'Hudson, — Anglais et Français s'étaient disputé la baie d'Hudson. Les Anglais, guidés par deux huguenots canadiens, y avaient bûli des forts (1663), Les mêmes huguenots rentrés en grAce à Québec avaient ensuite bûti à l'embouchure de la rivière Thérèse le fort Bourbon (devenu fort Nelson), puis l'avaient livré aux Anglais. Les Canadiens se vengèrent en organisant par terre une expédition qui pilla les forts anglais (1686). Par mer, une autre expédition, conduite par d'Iberville, parvint, malgré les glaces,jusqu'au fort Nelson dont elle s'empara. Le traité de Ryswick rétablit la paix avec les Anglais (1697). Mais la guerre de la succession d'Espagne mit de nouveau aux prises les colonies françaises et anglaises, ainsi que les tribus américaines qu'elles entraînèrent dans leur alliance. Port-Royal, après avoir deux fois repoussé l'ennemi (1704), succomba (1710) et l'Acadie fut conquise par les Anglais ; le Canada fut deux fois envahi (1709-1711), mais sans succès. Nous venons de dire que par le traité d'Utrecht la France céda à l'Angleterre la baie d'Hudson.

Les Antilles. — Aux Antilles la discorde avait troublé les colonies françaises au commencement du règne de Louis XIV. Patrocle de Thoisy ayant été nommé gouverneur (1644) à la place de Poincy, celui-ci n'avait pas accepté sa déchéance. Allié aux Anglais, il l'avait

emporlé sur son rival et il avait envoyé le chevalier de Fontenay reprendre possession de Tile de la Tortue dont le chef, Levasseur, venait d'être assassiné. Mais peu après les Espagnols, auxquels les flibustiers causaient de grandes pertes, avaient envoyé une escadre et avaient forcé Fontenay à capituler età quitter Tîle avec les habitants. En 1659 du Rossey,ayant obtenu une commission de gouverneur de la Tortue, avait expulsé à son tour les Espagnols, Rentré en France en 1(563, il fut rais à la Bastille et ne recouvra la liberté qu'après avoir cédé pour 15.000 livres son privilège à la Compagnie des Indes occidentales.

La Compagnie des îles, comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent, avait fait de mauvaises affaires. Elle avait lini par vendre ses possessions : la Guadeloupe avec la Désirade au marquis de Boisseret pour 73.000 livres ; la Martinique, Sainte-Lucie, la Grenade et les Grenadilles pour 60.000 à du Parquet, neveu d'Esnambuc qui les revendit 90.000 livres au comte de Cérillac ; Saint-Christophe, Saint- Barthélémy, Sainte-Croix et la Tortue pour 147.000 livres à de Poincy qui les légua (1659) à l'Ordre de Malte. Le roi racheta à son tour ces îles (excepté celles qui appartenaient à l'Ordre de Malte et qui furent rachetées ensuite par la Compagnie) en les payant à leurs propriétaires le double de ce qu'elles leur avaient coûté et les rétrocéda à la Compagnie des Indes occidentales (1664). Telle était la situation quand Colbert arriva aux affaires.

M. de Tracy fut nommé vice-roi de l'Amérique. Il se fixa d'abord à la Martinique, rétablit l'ordre et obligea les anciens seigneurs à partir pour la France. Il installa dans les îles, autres que la Martinique, des gouverneurs choisis par la Compagnie. Les Anglais durent se retirer de Sainte-Lucie dont ils s'étaient emparés. Les Français,alliés alors aux Hollandais qui étaient en guerre avec l'Angleterre, forcèrent, après plusieurs combats,les Anglais à capituler dans l'île Saint-Christophe(1666); ils s'emparèrent d'Antigoa, de Tabago, de Mont-serrat, de Saint- Eustache, et repoussèrent victorieusement deux attaques contre la Martinique. Le traité de Breda (1667) restitua à l'Angleterre Antigoa, Montserrat, la portion de Saint-Christophe qu'elle possédait avant la guerre. La Compagnie des Indes autorisa alors (1668) tout navire à commercer aux Antilles, à condition de lui payer un droit.

L'île de la Tortue faisait partie de la concession de la Compagnie. Le roi nomma un gouverneur de Saint-Domingue, Bertrand d'Ogeron, (|ui était déjà connu des colons et qui sut gagner leur confiance.

Les flibustiers et boucaniers de la Tortue ajoutèrent quelques établissements à ceux qui existaient déjà sur la côte septentrionale et occidentale de Saint-Domingue (Haïti), Port-Margot qui devint le chef-lieu de la colonie, le Cap Français (1670), Nippes, le Fonds des nègres. La culture du tabac et celle de la canne à sucre prirent de l'extension, Sur la demande du gouverneur, une centaine de jeunes filles, amenées de

LES COLONIES

la métropole, puis d'autres femmes furent mariées et le nombre des habitants augmenta. Les flibustiers continuaient à faire la course ; un de leurs plus fameux chefs, l'Olonais (natif des Sables-d'Olonne), saccagea de fond en comble Maracaïbo.

Le monopole de la Compagnie occasionna en 1655 à la Martinique et en 1670 à Saint-Domingue des révoltes qu'il fallut réprimer par la force.

Les colons de Saint-Domingue ne consentirent à déposer les armes que lorsqu'on leur eut promis que tout vaisseau français aurait la faculté de commercer avec eux en payant à la Compagnie un droit d'entrée et de sortie de 5 p. 100. A partir de l'année 1675 le monopole fut supprimé' et, le commerce étant devenu plus libre, les colonies devinrent plus prospères. Les Juifs même furent tolérés.

Pendant la guerre contre la Hollande il y eut dans ces parages une importante bataille navale ; l'amiral Ruyter opéra une descente à la Martinique, mais il fut repoussé. D'Ogeron, aidé des tlibustiers, tenta une grande expédition contre Curaçao ; mais la tempête le jeta sur la côte de Puerto-Rico où la plupart de ses compagnons furent pris, réduits presque en esclavage et ensuite massacrés. D'Ogeron les vengea en saccageant Puerto-Rico. Il mourut à Paris où il était venu proposer au roi la conquête de l'île entière de Saint-Domingue.

Tabago, qui appartenait alors aux Hollandais, fut conquise (1677) et resta à la France en vertu du traité de Nimègue (1678).

Les flibustiers continuèrent leurs courses malgré la paix.

C'est une époque brillante de la puissance française aux Antilles. La Martinique, dont la population dépassait 20.000 Ames, était le centre du gouvernement. La France possédait Saint-Martin, Sainte-Croix qu'elle partageait avec la Hollande, Saint-Christophe qu'elle partageait avec l'Angleterre, Saint-Rarthélemy, la Guadeloupe et la Désirade, Marie- Galante et les Saintes, la Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, la Grenade et les Grenadilles, Tabago, la Tortue qui était alors presque abandonnée, la partie occidentale de Saint-Domingue qui, au contraire, avait environ 5.000 habitants en 1676 et 7.000 en 1681, non compris un millier de flibustiers '.

Le premier recensement général qui ait été fait des îles françaises porte 47.321 habitants, dont 17.888 blancs libres.

V introduction des nègres. — L'introduction des nègres datait de 1626. Un arrêt du Conseil de 1670 accorda des exemptions de droit à cette triste importation. « Comme il n'est rien, dit l'arrêt, qui contri-

1. Il ne le fut pas complètement, les fermiers du domaine d'Occident ayant établi le monopole des tabacs, ce qui irrita beaucoup les colons.

2. Dans Saint-Domingue les Français avaient des établissements au Cap français, à Port de la Paix, au Grand et au Petit Leogane, à la Grande Anse, à l'Ile aux vaches. Ces possessions ne furent pas comprises dans le traité de Nimègue parce que l'Espagne ne voulut pas reconnaître qu'une partie de lîle ne lui appartenait plus,

bue davantage à l'augmentation des colonies et à la culture que le laborieux travail des nègres, Sa Majesté désire faciliter autant qu'il se pourra la traite qui se (ait des côtes de Guinée aux dites îles. » Aussi le roi concéda-t-il successivement à diverses compagnies le monopole de cet approvisionnement, en déterminant le nombre annuel de nègres à importer'.

Sur les 7.000 habitants de la partie française de Saint-Domingue il y avait, en 1681, 2.300 nègres et 200 militaires. Il y eut en 1679 un soulèvement d'esclaves qui portèrent pendant quelque temps la dévastation dans les plantations. Le gouverneur de Pouancey dut réunir une petite armée de boucaniers pour les forcer dans leur retranchement. Pouancey, redoutant les conséquences de la multiplication des esclaves, interdit aux colons d'en posséder plus de quatre. Lorsqu'il mourut (1682), la colonisation, malgré ses efforts, n'était pas encore solidement assise. Les flibustiers, au nombre de plus de 2.000, écumant les mers avec leurs dix-sept navires et leurs nombreuses barques, étaient indisciplinés à l'intérieur et exposaient sans cesse le pays aux représailles des Espagnols et des Anglais.

La guerre maritime aux Antilles. — De Cussy, successeur de Pouancey, reçut pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg la mission de conquérir la partie espagnole de l'île ; il partit en expédition et s'empara de la ville de Saint-Domingue (1689) ; mais les Espagnols, en janvier de l'année suivante, ripostèrent par une invasion de la colonie française dans laquelle de Cussy fut tué, le Cap incendié et un grand nombre de colons massacrés. Peu de temps après, des Français, chassés par les Anglais de Saint-Christophe, vinrent se réfugier à Saint-Domingue et les Anglais, qui s'étaient emparés aussi de Saint-Eustache et de Marie-Galante attaquèrent, mais sans succès, Leogane. Le nouveau gouverneur, Ducasse, connu aux Antilles par son énergie et sa bravoure, fit en 1691 une descente à la Jamaïque où il captura 3.000 nègres et dont il rapporta un grand butin. Les Anglais, unis aux Espagnols, répondirent par l'envoi d'une flotte de vingt-deux navires (1695) ; le Cap fut incendié ; les habitations furent saccagées ; la ville de Port-de- Paix, quoique défendue par une forteresse, dut être évacuée par les Français. Mais les envahisseurs, décimés par les maladies, furent bientôt dans la nécessité de se rembarquer. En 1697, une flotte, commandée par Pointis,un des corsaires français les plus redoutés, et partie de Brest pour aller s'emparer de Garthagène, mouilla au Petit-Goave ; un millier de flibustiers se joignirent à l'expédition et, le 3 mai 1697, Garthagène capitula. La ville fut mise à sac ; le butin, dit-on, dépassa 30 millions de livres. Une partie des flibustiers, qui étaient restés en

^i Le nombre a varié suivant les contrats de 800 à 2.000 et 4.000.

LES COLOMES

arrière pour continuer le pillage, furent pris en mer par les Espagnols. Plusieurs fois encore la colonie de Saint-Domingue subit dés attaques des Anglais ou des Espagnols. Elles cessèrent après la paix de Ryswick (1697) qui rendit aux Français leurs établissements de Saint- Christophe et par laquelle l'Espagne reconnut la possession par la F'rance de la partie occidentale de Saint-Domingue.

Le roi, pensant restaurer la colonie dont la population avait diminué de près de moitié, autorisa la création d'une Compagnie de Saint- Domingue qui fut dotée du monopole du commerce et du droit d'inféoder les terres qu'elle possédait dans l'île, à condition d'importer dans l'espace de cinq ans 1.500 blancs et 3.000 nègres. Ducasse s'occupa activement du peuplement et de la culture ; des sucreries furent bâties ; le cacaoyer avait été introduit.

Pendant la guerre de la succession d'Espagne, la France n'eut plus l'Espagne pour adversaire. Elle eut à compter avec les Anglais qui expulsèrent encore une fois les Français de Saint-Christophe, mais qui échouèrent dans des attaques contre Leogane et contre la Guadeloupe. De leur côté, les Français ravagèrent Saint-Christophe et s'emparèrent de plusieurs îles anglaises qu'ils restituèrent par la paix d'Utrecht.

Avec cette paix finit à peu près dans ces mers la flibusterie.

Des Acadiens, fuyant devant la persécution anglaise, vinrent grossir le nombre des colons de Saint-Domingue. Déjà la culture avait enrichi un certain nombre d'habitants et le luxe, qui devait être un des caractères de cette colonie au xviu" siècle, se développait. Le Cap et Leogane devenaient des marchés importants.

La colonie de Cayenne, qui avait fait partie du domaine de la Compagnie des Indes occidentales, fut pillée par les Anglais en 1667, prise par les Hollandais en 1672, reprise par les Français en 1676. En 1688 les colons s'engagèrent comme corsaires dans une expédition contre Surinam qui fut désastreuse ; la colonie ne se releva pas de ce désastre. Seignelay tenta sans succès d'établir une colonie militaire à Cayenne,

Madagascar et lîle Bourbon. — En Afrique la Société de l'Orient ou de Madagascar, fondée 5 la fin du règne de Louis XIII (1642), avait pris possession de l'île <v au nom de Sa Majesté très chrétienne ». Deux agents de la Compagnie, Pronis et Foucquembourg, s'étaient établis avec une douzaine de Français dans la petite île Sainte-Marie. A l'extrémité méridionale de Madagascar, Pronis avait bâti le Fort-Dauphin (1643) et s'y était établi avec quatre-vingt-dix émigrants amenés do France . Mais ses mauvais traitements envers les indigènes et l'abandon où le laissa sa compagnie avaient causé la ruine de l'entreprise, malgré les efforts de Flacourt, successeur de Pronis. En 1664,Madagascar, devenu l'Ile Dauphine, fut cédé à la Compagnie des Indes orientales et reçut le nom de France orientale. La Compagnie équipa une flotte de

qualre navires portant 491 hommes et 82 canons (1665) ; puis en 1667 une autre flotte de dix bâtiments (16661667) * ; mais la colonie, malgré l'appui d'un français, La Case, devenu chef d'une Iribu Malgache, ne prospéra pas et la Compagnie, dont les profits étaient nuls, rétrocéda son privilège au roi en 1668. En 1672, les derniers Français demeurés à Fort-Dauphin furent massacrés par les indigènes, pendant que les survivants faisaient route vers l'île Bourbon où ils trouvèrent un asile. L'agent de la Compagnie de Madagascar avait pris en 1642 possession de cette île, alors déserte, et y avait transporté une douzaine de mutins qui n'ont pas laissé de trace. En 1664, l'île, qui venait d'être baptisée du nom de Bourbon, reçut quelques colons envoyés de Lorient par la nouvelle Compagnie des Indes orientales et, en 1665, son premier gouverneur ; la cérémonie de la prise de possession n'eut lieu qu'en 1679. L'île avait alors une cinquantaine d'habitants ; elle s'accrut des fugitifs de Fort-Dauphin. Après des débuts difficiles, les cultures commencèrent à s'étendre sous l'administration paternelle du père Bernardin (1680-1686). A partir de 1689,1e gouverneur fut nommé par le roi. La colonie comptait alors 400 habitants, dont 200 blancs.

Aux Indes. — En Asie, c'est Caron, nommé directeur de la Compagnie des Indes orientales qui, venu de Madagascar avec deux bâtiments, créa à Surate la première factorerie française de l'Inde (1668). L'année suivante Marcara, agent de la Compagnie, créa celle de Masulipalam.

En 1672, une escadre française, partie de Madagascar, échoua dans une attaque contre les Hollandais à Ceylan, mais enleva d'assaut sur la côte de Coromandel San-Thomé que les Hollandais, s'étant alliés au roi de Golconde, reprirent deux ans après. En 1673, un agent de la Compagnie, Martin, se fit céder sur celte côte par le roi de Visapour un petit territoire qui devint bientôt Pondichéry. La môme année fut acquis le territoire de Chandernagor dont la possession fut définitivement contirmée par Aureng-zeb (1688).

La guerre s'étant rallumée en Europe, Martin, laissé sans ressources et assiégé dans Pondichéry par une escadre hollandaise et une armée de débarquement, dut capituler (1693). La ville fut rendue après la paix en 1699, et Martin s'occupa à l'embellir ; en 1701, le conseil souverain de l'Inde, qui avait eu jusque-là son siège à Surate, y fut transféré. Un comptoir fut créé à Calicut.

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