‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 117 sur 175 · Et le Dictionnaire du commerce de Savary des Brusions · texte numérisé non relu

Et le Dictionnaire du commerce de Savary des Brusions

2. L'Anplcterre envoyait alors tous les deux ans cinq à six navires marchands escortés de deux vaisseaux de guerre ; elle portait surtout des draps. La Hollande envoyait quatre ù cinq vaisseaux deux Tois l'an ; elle exportait surtout des draps londrines. Livourne envoyait environ quatre vaisseaux et deux polacres ; Venise deux ou trois navires et peu de marchandises.

Un peu plus lard (1697),Benoist de Maillet, consul général en Egypte , envoya à Ponlchartrain un mémoire dans lequel il disait qu'il n'était pas impossible de « séparer l'Egypte de l'Asie par un canal qui joindrait la mer Rouge à la Méditerranée ».

Commerce avec le Levant. — Le commerce avec le Levant se faisait principalement à Smyrne, à Constantinople, à Alep dont Alexandretle était le port.

Pendant près d'un demi-siècle à la suite des capitulations de 1536, la France avait été à la tête de ce commerce. Mais à la fin du xvii» siècle, sa part était à peine de trois millions de livres sur une exportation du Levant s'élevant à une vingtaine de millions. Une des causes du discrédit de la marchandise française avait été, outre la mauvaise qualité de certains articles, la mauvaise administration des agents français. Le commerce de la France dans le Levant se faisait par Marseille ; c'était à peu près la seule ville avec laquelle les Barbaresques fussent en relations. Aussi, lorsqu'en 1665 Golbert songea à créer une Compagnie du Levant, investie d'un monopole, la chambre de Marseille protesta-t-elle énergiquement, disant qu'il n'y avait rien qui dût être plus libre que le négoce, et, lorsqu'en 1670 une compagnie fut fondée, C4olbert évita de l'investir du monopole. Louis XIV avait indisposé les Turcs en envoyant à Léopold des troupes qui prirent part à la bataille du Saint- Gothard et aux Vénitiens un secours à Candie. Aussi l'ambassadeur français envoyé auprès du grand seigneur en 1671 fut-il d'abord mal reçu. Il était chargé de négocier de nouvelles capitulations et d'obtenir, s'il était possible, la suppression des capitulations accordées depuis François P"" à d'autres nations ou tout au moins la réduction du droit de douane de 5 à3 p. 100, faveur dont jouissaient les autres nations. Colbert envoya deux vaisseaux pour appuyer la négociation. L'ambassadeur obtint le renouvellement, mais non le monopole dont la France avait joui lors des premières capitulations.

La France soutenait sur quelques places la concurrence de l'Italie, de la Hollande et de l'Angleterre. A Smyrne et à Alep (dont Alexandretle était le porl) elle portait des piastres, des draps dits londrines rai-londrines et londres, des bonnets de laine, du papier, du verdet (vert de gris), de l'indigo, des soieries. Elle rapportait des soies, des laines, du coton en laine ou filé, de la gomme, de l'agaric, du maroquin, des noix de galle, de la cire, de l'opium, des cuirs, des tapis, du savon. A Constantinople elle plaçait les draps, les cadis, les satins de Florence et les velours de Gènes fabriqués à Lyon, les quincailleries, les bonnets, le sucre ; les retours consistaient en laine, en peaux, en cire. La différence se soldait par des lettres de change tirées des Echelles du Levant sur Constantinople. C'était du port de Marseille que partaient presque tous les navires français se rendant dans le Le-

vant; pour la seule ville de Smyrne, il sortait, année moyenne, avonsnous dit, dix vaisseaux et quarante barques '.

Commerce avec les Etals harbaresqnes. — Sur la côte de Barbarie, au Bastion de France, à La Galle (port du Bastion de France), au cap Rose, à Bône, les armateurs fran*^ais vendaient de l'argent, des draps, des soieries, de la mercerie, de la quincaillerie et achetaient du corail, du blé, de l'orge, des fèves, du millet, de la cire, des cuirs, des chevaux barbes. Le corail n'était presque plus en usage. Le commerce avec les Etats barbaresques et particulièrement avec le Maroc diminua beaucoup au commencement du xviii" siècle.

La dernière année du règne de Louis XIV un traité de commerce fut conclu avec l'ambassadeur de Perse ^ d'après lequel les marchands français devaient être exempts du droit de sortie de 10 p. 100 que les marchands des autres nations payaient à Bender-Abassi, et la conquête de Mascate devait être faite par les forces réunies des deux Etats.

Savary fait observer que le commerce du Levant peut être lucratif, mais qu'il faut le faire en association, un des associés, jeune, non marié si possible, résidant au Levant, et non par des commissionnaires qui ruinent parfois leurs commettants. Il donne en exemple les Anglais qui « font un commerce considérable dans le Levant et qui ont des maisons établies dans toutes les Echelles et se servent très peu de commissionnaires ».

Relations delà France avec les Etats barbaresques. — Pendant l'administration de Mazarin et les premières années du ministère de Colbert, le Bastion de France, sur lequel la famille de Guise avait des droits et qui portait toujours ombrage aux Marseillais, passa aux mains de diverses compagnies. En 1659, un des gouverneurs, Thomas Picquot, s'enfuit en laissant une grosse dette et en enlevant une soixantaine d'indigènes de la Galle qu'il vendit pour la chiourme de Livourne : ce qui n'améliora pas la situation des Français en Algérie. Cependant, de 1670 à 1680, le calme régna avec Alger et Tunis. Mais des désaccords se produisirent entre les membres de la compagnie. En 1678, Denis Dursault, chef d'une nouvelle compagnie, transféra à la Galle le siège des opérations du Bastion, qui était fort délabré ; le commerce ne prospéra pas, La guerre qui éclata en 1681 et qui amena le triple bombardement d'Alger (1682-1688) n'était pas propre à le rétablir. Le Bastion, un moment abandonné, ne put être réoccupé qu'à la suite d'un traité du 25 septembre 1689.

1. Le monopole de Marseille fut confirmé par arrêt du Conseil du 10 juillet 1703. Les importations du Levant étaient autorisés parfois dans quelques ports de l'Océan, mais en payant un droit de 20 p. 100.

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