Une ambassade de Perse vint à Paris en
En 1691 l'ancienne Compagnie du Bastion fut reconstituée. La France ayant eu souvent de mauvaises récoltes dans les années suivantes, l'exportation des blés prit un ample développement ; le roi en acheta beaucoup pour approvisionner ses armées pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg. La Compagnie du cap Nègre (Tunisie) faisait le même commerce. Les deux compagnies paraissent avoir été réunies, momentanément au moins, en 1693 '. En tout cas, une nouvelle convention fut conclue en 1694 avec le dey d'Alger. La guerre de la succession d'Espagne interrompit ce trafic et la compagnie tomba en déconfiture (1705).
A Alger, la situation avait toujours été précaire. Les marchands avaient à subir des avanies ; plusieurs fois les consuls furent jetés en prison, roués de coups de bâton. Le commerce se réduisait à peu de chose et était presqu'entièrementaux mains des Juifs. Les Hollandais et les Anglais, qui n'hésitaient pas à importer des armes et des munitions, étaient mieux accueillis. Cependant la prééminence du consul français sur les autres , reconnue par un traité de 1666 , fut maintenue.
En Tunisie, la paix confirmée par le traité de 1665 qui stipulait que le consul français serait considéré comme le représentant de toutes les nations, à l'exception des Anglais et des Hollandais, fut à peu près confirmée de nouveau par le traité de 1685 et assez bien observée. Les cuirs verts, la laine, la cire, les dattes et les plumes d'autruche apportées par les caravanes étaient l'objet d'une certaine exportation. L'importation consistait en laine plus fine que celle du pays, en draps et toiles fines, en fruits, et, malgré les défenses royales, en armes et en munitions. Le commerce, quoique supérieur à celui d'Alger, était de peu d'importance.
Pour la première fois en 1681 un consul français fut envoyé à Tripoli et un traité avantageux fut signé par d'Estrées le 29 juin 1685.
Au Maroc, Salé formait une sorte de république indépendante ; ses corsaires étaient redoutés. Les Marseillais y entretenaient un consul. Quant au Maroc, il fut longtemps le théâtre de discordes intestines.
En 1670 la Compagnie du Levant fut investie du privilège de l'exploitation du commerce d'Alhucenas. Muley ed Rachil, vainqueur de ses compétiteurs, accueillit des propositions de traité (1671) que des imprudences firent échouer. Son successeur, Muley Ismael, devenu maî tre incontesté du Maroc, se montra favorable aux Français, en haine
1 . Les 20.000 charges de blé que les deux compagnies pouvaient tirer d'Afrique formaient un commerce annuel de 3 millions de livres à l'aide duquel elles étaient sûres de dominer le marché, d'exclure les autres négociants, en sacrifiant au moins 15 à 20.000 livres pour produire une baisse et ensuite accaparer sous main tous les blés ou de n'en faire venir qu'une quantité suffisante pour maintenir les hauts prix. Mémoire d'un munitionnaire général à Pontcharlrain .
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des Espagnols et des Anglais qui occupaient des ports de son empire, il signa le 13 décembre 1682 un traité avec l'envoyé de la France, tandis que les Anglais et les Hollandais échouaient dans les négociations qu'ils avaient entamées. C'était une paix boiteuse ; on ne s'entendait pas au sujet des esclaves, Colbert ne voulant pas renoncera la chiourme, non plus que les Marocains aux chrétiens qu'ils détenaient. La flotte française alla croiser sur les côtes du Maroc et les corsaires de Salé continuèrent leurs courses. Après le traité de Ryswick se poursuivirent sans résultat des négociations au cours desquelles Muley Israael demanda même la main d'une des filles naturelles de Louis XIV. En 1698, Jourdan avait traité avec la Compagnie des Indes orientales et fondé la Compagnie de la Chine dont la première expédition, celle de l'Amphitrite, fut lucrative. Il avait établi un comptoir sur plusieurs points, obtenu à force de présents des privilèges au Maroc; mais la Compagnie fut réduite à liquider en 1703. Le commerce des Français continua malgré la guerre de la succession d'Espagne. Ce commerce, que faisaient des Chrétiens et des Juifs plusqueles Arabes, des Français plus que les autres européens, était supérieur à celui de l'Algérie; grains, cuirs verts, cuivre rouge, étain, gomme, drogues en étaient les articles principaux. Salé sur la côte, Fez à l'intérieur en étaient les principaux marchés.
Commerce avec Vltalie. — Avec l'Italie, pays méditerranéen, l'exportation de France consistait en blé, vins, toiles, draperies du Languedoc, mercerie, étoffes de soie et d'or, rubans, dentelles, guipures ; l'importation en France consistait en soies grèges et soies apprêtées, or fdé, satins, velours, damas, étoffes de soie et d'or, dentelles ', crêpes, ratines, brocatelles, lapis, cristaux, olives, huiles, confitures, vermicelle. L'importation l'emportait sur l'exportation, quoique l'éla-' blissement des manufactures et les droits de douane en France l'eussent beaucoup diminuée et que les seigneurs italiens, désireux de suivre la mode, fissent alors venir de France leurs plus belles soieries.
Commerce avec V Angleterre ; projet de traité, guerre de tarifs. — Sur l'Océan, les principaux clients de la France étaient, d'une part,rEspagne, d'autre part,rAngleterre et la Hollande, quoique les relations avec ces trois derniers Etats eussent été à plusieurs reprises interrompues par la guerre.
Avec l'Angleterre le commerce était et resta toujours très gêné par les vexations et les impôts que l'Angleterre faisait subir aux négociants français. Savary s'en plaint amèrement dans le Parfait négociant.
« Il n'y a point de nations dans l'Europe où les Français trouvent plus de difficultés à faire leur commerce et où ils soient plus maltrai-
1. L'importatioa ea France d'étoffes d'or el de soie et de dentelles avait beaucoup diminué depuis qu'on fabriquait ces articles en France.
lés qu'en Angleterre et il n'y en a point aussi qui reçoivent et traitent plus favorablement les Anglais que les Français. Gela semblerait un paradoxe ;car pourquoi en France les Anglais sont-ils aussi libres dans leurs négociations et traités pour les droits d'entrée et sortie des marchandises qu'ils y amènent et qu'ils en sortent pour l'Angleterre comme les Français mêmes et que les négociants français sont si maltraités en Angleterre, tant pour le peu de liberté qu'ils ont d'y faire le commerce que pour les droits d'entrée et de sortie de leurs marchandises et de sortie de celles qu'ils ramènent de cet Etat en France qu'ils paient au double des naturels Anglais ; l'on ne peut rendre aucune raison de ces différents traitements, sinon que la France est un pays libre où les étrangers qui viennent y faire le commerce sont traités honnêtement avec charité et amitié ^. »
Il est nécessaire de rappeler sur quels articles principaux portait le commerce avec la Grande-Bretagne et l'Irlande. Il consistait à l'exportation de France en blé, vins, eaux-de vie et liqueurs que des navires anglais chargeaient à Bordeaux, à La Rochelle et à Nantes, en vins de