‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 128 sur 175 · CHAPITRE TII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TII

LES PORTS

Sommaire. — Les ports (452). — Dunkerque (452). — Calais et Boulogne (452). — Ports normands (452). — Ports de Bretagne (453). — .La Rochelle, Bordeaux etBayonne (455).— Ports de la Méditerranée (458).

Les ports. — Le plus souvent c'est la nature qui fait les ports ; rhomme les aménage. Dans les siècles pas-sés le rôle de Taraénagement était bien moins considérable que de nos jours parce que le tonnage des navires était beaucoup moindre. Ce qui variait le plus d'une époque à une autre, c'était l'importance du trafic.

Dans ce dernier livre, nous croyons utile de donner une énumération des ports les plus fréquentés en 1789.

1° Sur l'Océan :

Dunkerque. — Dunkerque, port franc, envoyait annuellement une soixantaine de bâtiments à la pêche de la morue en Islande et autant à la pêche du hareng. C'était le port de la mer du Nord. Il était en relation suivie avec l'Angleterre à laquelle il fournissait vins, eau-de-vie, sel, vinaigre, comestibles, toiles de Flandre, et d'où il recevait du charbon de terre, des métaux, des cuirs, du tabac, de la quicaillerie, du beurre, des viandes salées de l'Irlande. Il était aussi en relation avec l'Espagne et le Portugal, avec la Hollande et les pays du Nord.

Calais et Boulogne. — Un paquebot faisait deux fois par semaine le service de Calais à Douvres et nombre de navires faisaient Tintercourse pour le commerce direct de France et d'Angleterre et pour le transit en Suisse. Les vins, dont l'exportation était gênée par les règlements anglais, ne pouvaient être expédiés que sous pavillon anglais.

Boulogne était un port en relation fréquente aussi avec Douvres, par une traversée de 3 h. 1/2. Dès le commencement du xviii" siècle son port devint un des passages les plus fréquentés entre la France et l'Angleterre. Son commerce se développait. En 1782, on commença la construction de quais en charpente, on rétablit les jetées et on cher cha à lutter contre l'envahissement des sables.

Ports normands. — Dieppe, quoique n'ayant plus l'importance corn* merciale des siècles précédents, armait beaucoup pour la pêche du

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hareng et du maquereau dans la Manche et un peu pour la pêche de la naorue sur le banc de Terre-Neuve.

Fécamp, Saint- Valéry-sur-Sorame et Saint- Valéry-en-Caux étaient aussi des ports de pêche.

Des travaux commencés et 1720, repris plus activement en 1763, dotèrent Honfleur d'un bassin à flot et d'un avant-port abrité par une jetée en bois.

Le Havre-de-Grâce avait un port très animé et un commerce très actif. Ses relations avec l'étranger étaient à peu près les mêmes que celles de Dunkerque. Il avait, en outre, des relations nombreuses avec la côte occidentale d'Afrique et très suivies avec les Antilles*. Sa situation en faisait le débouché principal du bassin de la Seine. Sous le règne de Louis XV, son port redevint actif et son commerce prit de nouveau un ample développement. Pendant la guerre de Sept Ans les Anglais bombardèrent (1739) pour la seconde/ois la ville, sans pouvoir s'en rendre maîtres. Sous Louis XVI, le commerce s'accrut encore rapidement ; les relations avec l'Inde et les îles d'Amérique se multiplièrent. Le bassin du roi étant devenu très insuffisant, le creusement des bassins bien plus grands de la Barre et du Commerce fut commencé ; la jetée fut allongée afin d'arrêter l'invasion du galet ; les fortifications durent être reportées plus loin afin de contenir la population qui augmentait.

Rouen faisait à peu près le même commerce que le Havre avec lequel ses négociants entretenaient des relations journalières ; son industrie active et très variée approvisionnait abondamment son exportation et son commerce à l'intérieur du royaume. La navigation prit un grand essor ; Cadix était alors la place avec laquelle les Rouennais entretenaient les relations les plus actives. Les quais furent prolongés et bien entretenus. La chambre de commerce installa un magasin de sauvetage à Quillebœuf.

Ports de Bretagne. — Saint-Malo était un port qui faisait un commerce important de toiles de Bretagne avec Cadix et un commerce important aussi sur la côte d'Afrique et aux Antilles. Les vaisseaux hollandais, suédois, danois, prussiens y apportaient les produits du Nord, chanvre, cordages, goudron, planches, fromages, graine de lin, et remportaient du sucre, du café, des toiles, etc. ; des Iles anglonormandes lui venaient le charbon de terre, le plomb, l'étain, la faïence, la quincaillerie. Les rochers qui abritent la rade rendaient facile la défense du port. Les Malouins armaient pour la pêche sur le banc de Terre-Neuve. En temps de guerre, ils armaient aussi pour la course et faisaient des prises qui contribuèrent beaucoup à la fortune de leur ville.

1. Il partait annuellement environ 130 biïtimenis pour les Antilles.

Morlaix avait en rivière un port précédé d'une rade sûre et d'un bon mouillage. Le commerce y était important ; ses négociants avaient des relations étendues avec les principaux ports de France, Marseille, Bordeaux, La Rochelle, Nantes, Saint-Malo, Le Havre et Rouen, et avec l'Espagne et le Portugal, On y apportait vins, fruits, bois de teinture, etc., et on en remportait des toiles de Bretagne, du papier, etc. La Hollande et les Iles Britanniques fournissaient des fromages, des bois, des laines, du charbon de terre, etc.

Brest, port militaire, n'avait quelque activité commerciale qu'en temps de guerre.

Lorient était une création de la Compagnie des Indes qui y avait établi ses comptoirs, y faisait ses armements, ses retours et ses ventes publiques. Quand la Compagnie eut cessé d'exercer son monopole, Lorient resta l'entrepôt des marchandises des Indes et de la Chine où les armateurs étaient tenus de faire leurs retours. Un arrêt du Conseil du 14 mai 1784 érigea Lorient en port franc. Vers le même temps, la marine militaire y établit un service de paquebots entre la France et l'Angleterre.

Le monopole fut rétabli en 1785 pour la nouvelle Compagnie des Indes. Nous ferons connaître dans un autre chapitre les principales marchandises d'exportation et d'importation.

Nantes était,à 7 lieues 1/2 de l'embouchure de la Loire, le débouché de la France centrale par le fleuve et ses affluents. Le peu de profondeur de la Basse-Loire ne permettait qu'aux bâtiments de moins de 100 tonneaux d'arriver jusqu'à son quai. C'est à Paimbœuf que les bâtiments plus forts devaient débarquer leur cargaison. Malgré cette difficulté, le commerce était très actif. Les armateurs de Nantes employaient environ 150 vaisseaux de 50 à 400 tonneaux au commerce de la côte de Guinée où ils faisaient le trafic des noirs, à celui des îles d'Amérique d'où ils rapportaient le sucre', le café, l'indigo, le coton, etc., et à la pêche de la morue. Ils portaient en Espagne et en Portugal des tissus, des dentelles, de la morue, du sucre, de la quincaillerie et ils en rapportaient des vins de liqueur, des métaux précieux, des diamants, de la laine, du coton, des bois de teinture, etc. De plusieurs ports de France, de Bayonne entre autres, les armateurs venaient débarquer leurs marchandises de retour à Nantes, parce que c'était un marché où le débit était assuré. Les Anglais et Irlandais, les Hollandais, les Villes hanséatiques étaient les principaux clients étrangers de ce marché.

En 1710 les commerçants nantais avaient signalé au gouvernement le mauvais état de la Loire maritime. Des études furent commencées ; en 1735 un devis pour la construction d'un bassin à flot fut soumis

1. Au temps de Louis XVt, Nantes importait jusqu'à 4.000 barriques de sucre brut ou terré.

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aux Etats de Bretagne ; de 1753 à 1765 furent établis sur divers points des digues et des épis qui coûtèrent 327.000 livres. La navigation, le commerce et l'industrie se développèrent et la population de Nantes passa de 42.000 âmes en 1700 à 70.000 en 1766. Avec la côte de Guinée et avec les Antilles se faisait le commerce consistant en exportation de bœuf conservé, de lard, d'eau-de-vie, de quincaillerie et en transport de noirs de Guinée aux Iles. On estimait qu'un navire parlant avec une cargaison de 100.000 livres tournois faisait en quinze mois la tournée par la côte de Guinée et par les Iles et revenait avec une valeur de 300.000 livres ; une trentaine de bâtiments étaient employés à ce négoce. Il augmenta après la guerre de Sept Ans par suite du développement de la production du sucre dans les Antilles ; sur les 165 millions de livres pesant de sucre que fournissait Saint- Domingue en 1788, Nantes en recevait 35.

Le long cours occupait alors 259 navires, le grand cabotage 271, le petit cabotage 725, le transport du sel 1.300 barques.

La Rochelle, Bordeaux et Bayonne. — La Rochelle était un des meilleurs ports de la France sur l'Océan et un des plus fréquentés. De 1720 à 1740, le chenal fut drainé et le havre fut creusé. La Rochelle était le débouché delà Saintonge, de l'Angoumois, du Poitou, même d'une partie du Languedoc et de la Bretagne et en général de la marche méridionale du territoire des Cinq grosses fermes. Ses principales exportations consistaient en vins, eau-de-vie, farine, toiles; ses importations en sucre \ indigo, café *, cacao, cuirs, etc. Ses armateurs approvisionnaient Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe, Gayeune et en rapportaient des denrées coloniales ; ils faisaient aussi le commerce des noirs. Les principaux pays avec lesquels ils entretenaient des relations étaient l'Espagne et le Portugal, les Iles britanniques, la Hollande et les Etats du Nord. La perte du Canada porta un coup très sensible à la fortune de La Rochelle ; néanmoins son commerce se releva et il était florissant à la veille de la Révolution.

Bordeaux, grande et belle ville, avait son port sur la Garonne, à un coude du fleuve. On se plaignait déjà de l'ensablement, produit en grande partie par le lest que jetaient les navires ; « la rivière est considérablement rétrécie », disait un contemporain. C'était, comme Nantes, un marché très important. Le canal du Languedoc le réunissait à la Méditerranée et par conséquent à Marseille. Les vins, l'eau-de-vie, le vinaigre, les pruneaux, le miel, les châtaignes, la résine et le goudron, la farine, le sel, la parfumerie, les fruits confits, les jambons et autres denrées alimentaires,lesdraps du Languedoc, les soieries de Tours et de Lyon,les toiles, le liège étaient les principaux articles de l'exportation.

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