millions à 85 millions de livres
A l'importation figuraient le sucre, le café, le coton, le tabac, l'indigo, le rocou, le cacao des Iles d'Amérique, le charbon de terre, les métaux, les tissus, la faïence, les cuirs, la farine, les viandes et poissons salés, le beurre des Iles britanniques, les bois, le goudron, le fer, le chanvre, les fromages et la morue importés par les Hollandais, les bois de construction, les harengs, le cuivre, le fer des Villes hanséatiques. Bordeaux armait pour la pêche de la morue et faisait, comme Nantes et La Rochelle, le trafic des noirs sur la côte d'Afrique *. Outre la navigation avec les colonies et les pays étrangers, Bordeaux entretenait un cabotage actif avec la Saintonge, la Bretagne et la Normandie.
Les grands vins du Médoc étaient expédiés en partie pour l'Angleterre ; les vins des Palus pour Tlnde ; les vins de qualité inférieure pour la Hollande et l'Allemagne. Au commencement du xvui*' siècle les Bordelais se plaignaient que l'extension des vignobles eût avili les prix.
Le commerce de Bordeaux a eu plusieurs fois au xvni'^ siècle des crises et des défaillances. Le traité de Methuen (1703), en favorisant les vins du Portugal, avait porté un coup très sensible à l'exportation des vins de Bordeaux. La paix d'Utrecht (1713) avait aggravé la situation, en livrant Terre Neuve à l'Angleterre.
Mais, d'autre part, la liberté de la traite des noirs, accordée en 1716, et le règlement de 1717 sur le commerce des colonies olîrirent aux armateurs de nouvelles exploitations ; Aussi le mouvement du port se trouva-t-il, en 1724, double de ce qu'il était en 1700, et la valeur des marchandises importées s'éleva-t-elle à 10 millions 1/2 de livres tournois. « La vente des vins, disait en 1725 le Parlement de Bordeaux dans une adresse au roi, donne le mouvement à tout le commerce qui se fait dans la province de Guyenne V » En 1740, on compta 1 .268 navires ou bateaux qui étaient venus charger ou décharger en rade. Libourne, Blaye, Bourg étaient les satellites de Bordeaux.
Mais, lorsque l'Angleterre se fut engagée dans la guerre de la succession d'Autriche (1744), l'intendant Tourny écrivit au contrôleur général : « Depuis un mois, les commissaires des pays étrangers ont cessé tout achat et les négociants bordelais ne savent pas faire faire
1. F>e quart des noirs, dit un contemporain, mourait en route. La Compagnie laissait les particuliers faire le commerce, à condition de lui payer 10 livres par léle de noir.
2. Le commerce des vins était réglementé. Chaque bourgeois devait déclarer la quantité de vin qu'il avait récoltée. L'introduction en ville ne pouvait se faire que sur déclaration et ne pas outrepasser la quantité récoltée par les bourgeois. Elle ne pouvait avoir lieu qu'à certaines heures sous peine de confiscation. Toute barrique devait porter la marque à feu du cru. Il était interdit de mélanger du vin nouveau avec du viu vieux, d'ajouter de l'eau ou toute autre substance. Les vins du haut pays ue pouvaient rester en entrepôt que jusqu'au 8 septembre; s'ils n'étaient pas vendus à cette époque, ils devaient retourner à leurs pays d'origine. C'est ce qu'on appelait le « privilège des vins ».
LES PORTS
avec sûreté par leurs bâtiments le voyage d'Amérique. De là, plus de débit de vin... » Pendant la guerre de Sept Ans, les Bordelais subirent encore de grandes pertes. L6 gouvernement eut la sagesse d'autoriser provisoirement les neutres à faire le commerce dans les colonies afin de préserver les colons d'une disette générale. Mais les Bordelais se plaignirent qu'on portât atteinte au privilège des Français et d'ailleurs les Anglais saisirent les marchandises, quoique couvertes par un pavillon neutre.
Après la guerre, le commerce se releva promptement. Il était à peu près à son apogée à l'époque de la guerre de l'indépendance des Etats-Unis; il attirait alors presque tout le trafic de Saint-Domingue, lequel représentait à lui seul environ les deux tiers du commerce des Antilles françaises. L'importation seule du sucre avait triplé de 1740 à 1753 (24 millions de livres en 1733). L'ouverture des ports des Etats- Unis fut, durant les premières années, très favorable aux négociants de Bordeaux ; le traité de 1786 avec l'Angleterre le fut aussi : l'exportation des vins monta à 2.127 tonneaux en 1787, au lieu de 480 en 1786. Le mouvement de la navigation comprenait alors 280 à 300 navires attachés au port, 600 à 650 bâtiments étrangers, 1.500 à 2.000 caboteurs de 40 tonneaux environ et 100 à 150 jaugeant seulement 25 tonneaux.
Cependant des plaintes parvenaient au contrôle général. On signalait (1732, 1769) la diminution de la vente des draps d'Elbeuf, causée disait-on, par le défaut de visite des étoffes, « presque toutes défectueuses », par l'affluence des Juifs avignonnais qui débitaient de mauvaises marchandises.
On voyait cependant, à l'époque des grandes foires, 500 à 600 navires de 200 à 600 tonneaux ' dans le port.
On peut estimer d'après les chiffres suivants l'importance croissante du mouvement maritime et du trafic de Bordeaux. En 1754, les chantiers ont lancé 14 navires d'une jauge totale de 3.640 tonneaux ; ce nombre, qui s'est trouvée réduit de moitié après la guerre de Sept Ans, remonta à 33 navires jaugeant en tout 16.130 tonneaux en 1784 '. Le mouvement d'aflaires était évalué à environ 13 millions de livres en 1717, de 20 à 41 raillions de 1723 à 1740, et à 215 millions en 1777 (119 à l'importation et 96 à l'exportation).
La population de Bordeaux paraît avoir doublé au cours du xvni" siècle (43.000 en 1700 et 110.000 en 1790). Il y avait un grand nombre d'anciennes et riches familles de négociants, catholiques, protestants, juifs français ou étrangers ; on citait, entre autres, au xvni^ siècle,
1. Pour le commerce français des iles d'Amérique, le tonnage moyen des navires n'était guère que de 100 à 150 tonneaux.
2. Beaucoup n'étaient que des barques, puisque le tonnage moyen est de 26 tonneaux en 1754 et de 47 en 1784. On construisait des navires de 200 à 600 tonneaux ; il y ea avait un, le Neptune, « le géant », de 1.200 tonneaux.
les Bonnaffe dont la fortune, disait-on, montait à une quinzaine de millions, les Baour, les Balguerre. Les intendants. Boucher, Dupré de Saint-Maur, Tourny embellirent la ville de monuments et de promenades. La population croissait. « Les renies des logements, dit Arthur Young, augmentent tous les jours ; depuis dix ans le prix des provisions de bouche a augmenté de 30 p. 100. » « Malgré tout ce que j*ai entendu dire, ajoute-t-il, sur le commerce, la richesse et la magnificence de cette ville, elle surpasse de beaucoup mon attente. »
Bayonne, port franc depuis 1784, armait encore, quoique moins que par le passé, pour la pêche de la morue. Le commerce, peu considérable d'ailleurs, que cette ville faisait avec la Navarre, TAragon et la Biscaye consistait surtout en exportation de toiles, dentelles, soieries, étoffes communes de laine, mercerie, quincaillerie et en importation de laine, huile d'olive, vins, fer, métaux précieux. Bayonne avait des chantiers de construction.
Paris de la Méditerranée. — '2° Sur la Méditerranée :
Port- Vendres, dont le port, depuis longtemps comblé et abandonné, avait été récemment creusé et rétabli par le gouvernement, était un point de relâche sûr.
Cette était devenu le principal port du Languedoc et l'entrepôt maritime des vins, eau-de-vie, savons, vert-de-gris, draps et autres productions de la province que des navires de Hollande et des pays du Nord venaient y chercher.
Le port de Marseille, port franc', était réputé alors « l'un des plus vastes et des plus sûrs de la Méditerranée, d'un accès facile pour les vaisseaux marchands, pouvant contenir 800 bâtiments ». Dans aucune ville de France, Paris excepté, le nombre des négociants n'était aussi considérable. Le commerce était très actif et très étendu. Il consistait dans l'exportation des produits de la province, vins, huile, fruits, savons, des draps du Languedoc, des soieries et des broderies de Lyon, des bonnets de laine rouge, des chapeaux, des toiles, de la quincaillerie, du café, du sucre, du papier, des piastres espagnoles. A l'importation il consistait en laine, soie, coton, raisin, huile, cire, fils de chèvre, cuirs, blé, etc. Il avait pour débouchés, en première ligne, les Echelles du Levant et surtout Gonstantinople et Smyrne oîi l'on envoyait les plus beaux draps ; en seconde ligne, la Morée, les Etats barbaresques, l'Espagne et le Portugal (dont le commerce avait beaucoup diminué), l'Italie. Marseille faisait aussi du commerce avec les îles d'Amérique et avec les pays du Nord de l'Europe. Les pêcheurs de
1. Le port de Marseille était exempt du droit de fret de 50 sous par tonneau. La franchise avait élé confirmée plusieurs fois, ■notamment en 1700. Mais les fermiers des aides cherchaient i\ entamer cette franchise.
LES FORTS
morue y apportaient leurs produits (nous compléterons l'énuraération des objets de ce commerce dans un autre chapitre).
La population fut cruellement décimée par la peste qu'avait apportée en 1720 un navire venu de Syrie, le « Grand Saint-Antoine », Sur 90.000 habitants il en mourut, dit-on, 40.000 et, en outre, 10.000 dans la campagne environnante. Il fallut intercepter toute communication. Le port fut fermé ; les navires qui s'y trouvaient furent brûlés. La foire de Beaucaire n'eut pas lieu en 1721 et ne fut rétabhe qu'en 1723. Le port ne fut rouvert à l'exportation qu'en mars 1723. Marseille se releva et, durant la seconde moitié du xvni® siècle, le mouvement maritime s'accrut rapidement, surtout avec les Antilles. On constata en 1760 qu'il était entré 1.506 navires, dont 1.034 étaient français. En 1781 il en entra 1.555 et, au commencement de la Révolution, en 1792, 2.442 venant presque tous de ports méditerranéens. En 1789, la marine marchande de Marseille se composait de 945 bâtiments jaugeant 144.750 tonneaux.
La valeur des marchandises qui formaient le commerce de Marseille avec les pays étrangers et les colonies françaises s'élevait en 1728 à 19.902.000 livres (11.5 à l'exportation, 8.4 à l'importation); en 1746 à 75.439 000 livres (41.6 à l'exportation, .33.8 à l'importation) ; en 1776 à 172.443.000 livres (68.3 à l'exportation, 104.1 à l'importation).