En réalité le nombre des actions fut fixé à
2. Elle exploita celte ferme jusqu'en 1730. En 1730, elle la transmit par bail à la ferme générale.
3. Arrêt du 15 février 1724. Le 20 juin 1724, la Compagnie fut autorisée à procéder au tirage d'une première loterie de rentes viagères pour un total de 1.146.000 livres de rente. Un édit de juin 1725 lui retira le monopole des loteries: mais elle conserva le droit d'en créer.
LA COMPAGNIE DES INDES
contrôleur général et chargé de surveiller les opérations delà Compagnie.Sous le ministère du duc de Bourbon, qui avait été un des principaux patrons du Système et auquel le Système avait beaucoup rapporté, les privilèges de la Compagnie furent confirmés (juin 1725) : monopole du commerce dans les mers des Indes, sur les côtes de l'Océan africain, sur les côtes de Barbarie, dans la Louisiane et dans toutes « les colonies et comptoirs établis ou à établir », privilège de la vente des nègres, des tabacs et du café, droit de n'être jugé en matière commerciale que par les juges-consuls de Paris ; mais l'édit lui retirait le privilège exclusif des loteries et la ferme du domaine d'Occident. Il lui accordait, d'autre part, « une pleine et entière décharge de toutes les opérations passées », annulant tous les titres qui n'avaient pas été portés au visa. Le capital net de la Compagnie était alors de 137 millions.
Voilà en résumé l'histoire financière de la Compagnie créée par Law . Nous dirons plus loin ce que sont devenues ses finances depuis 1725.
Premières opérations de la Compagnie des Indes. — Quelles avaient été pendant ce temps les opérations commerciales de la Compagnie? A la fin de l'année 1719 elle possédait 30 navires * ; elle en achetait 12 autres en mars 1720. Une de ses flottes revint des mers du Sud avec une cargaison de 12 millions ; elle installait ses entrepôts à Belle- Isle et à Lorient qui commença à devenir une ville. En février 1720, elle envoyait en Louisiane 800 familles de colons étrangers, a.ssurant à chacune 280 arpents de terre, puis 6.000 Allemands engagés pour trois ans. La réclame dépassait celle qu'avait faite Charpentier au temps de Colbert. « On y voit des montagnes remplies d'or, d'argent, de cuivre, de plomb, de vif argent. » Un capitaine avait été, disait-on, prendre possession d'une montagne d'émeraude ; on avait réuni 12.000 Indiennes dans des ateliers pour travailler la soie.
Ce qui était vrai, c'est qu'on avait quitté le port ensablé de l'île Dauphine, premier établissement, délaissé Biloxi et la baie de Mobile pour établir le centre colonial à la Nouvelle-Orléans (1717) ; mais ce centre ne se composait que de huttes et de baraques qu'un ouragan enleva en 1721 ^. On avait fait des envois de femmes, mais la plupart étaient des prostituées. On avait expédié aussi des vagabonds que des agents spéciaux arrêtaient arbitrairement et des condamnés qu'on tirait des prisons, tristes recrues auxquelles d'ailleurs l'indignation populaire fit bientôt renoncer.
En France, Law exerça une action plus efficace. 11 était partisan de
1. A l'assemblée des actionnaires de février 1720 Law parla de 500 navires ; mais dans le nombre il comptait sans doute les barques.
2. « On voit, dit le père Charlevoix, qui parcourut le pays en 1721, vis-à-vis du village des Nappas les tristes débris de la concession de M. Law. »
la liberté commerciale. 11 essaya, mais sans succès, de remplacer le privilège de la vente du tabac par un simple droit de douane ; il le fit pour les peaux de castor ; il remboursa les offices multiples qui gênaient la vente sur les marchés ; il diminua certains droits de fabrication ou de circulation, particulièrement sur le vin, sur la houille ; il abolit les restrictions au transport du blé et des denrées d'une province à une autre. Mais offices et droits furent rétablis après la chute du Système. Il avança plusieurs millions à des manufacturiers et à des marchands; il compléta les canaux de Briare et d'Orléans par le canal du Loing ; il remit aux paysans 52 millions d'impôts arriérés. C'était une politique libérale, mais facile pour un ministre qui ne comptait pas avec l'argent.
Les élablissemenis dans l'Inde^ Dumas, Dupleix el La Bourdonnais. — La Louisiane, avons-nous dit, existait à peine et, comme elle ne rapportait rien, la Compagnie Crozat la rendit au roi (1731) en s'engageant, en outre, à payer une somme de 1.1 50. 000 livres en dix ans.
A Saint-Domingue les colons se révoltèrent contre le monopole et obligèrent la Compagnie à y renoncer en fait. Quant à l'Inde, elle était délaissée par les vaisseaux de la Compagnie, quoique Pondichéry, sous l'administration de Martin, puis de Lenoir,fût devenue une ville de 60.000 habitants et que Mahé, sur la côte de Malabar, eût été cédée par le rajah du pays.
L'Empire des Mogols se démembrait depuis la mort d'Aureng-Zeb (1707). Les Mahratteset les Sikhs l'attaquaient ; les nababs et, au-dessous d'eux, les soubabs se rendaient indépendants. Les Portugais, qui n'avaient plus que quelques comptoirs délaissés du commerce, et les Hollandais, dont l'importance était bien diminuée depuis la fin du xvii^ siècle et qui concentraient leurs efforts en Malaisie, n'étaient pas en état de profiter de cette dissolution. La Compagnie anglaise, avec ses trois villes, Bombay, Madras, Calcutta, et ses comptoirs, et la Compagnie française, avec Pondichéry, Mahé, Chandernagor, étaient dans une situation plus avantageuse.
En 1735 Lenoir fut remplacé comme gouverneur par Benoît Dumas qui comprit le premier l'intérêt qu'il y avait à se mêler au mouvement politique du pays et la possibilité de tailler à la FVance un domaine à la faveur du démembrement. Il s'assura de l'amitié du nabab du Carnatic sur le territoire duquel se trouvait Pondichéry ; il se fit céder Karikal par le roi de Tanjore (1739). Le nabab du Carnatic ayant été vaincu et tué parles Mahrattes, il soutint contre eux un siège de onze mois. Mahé se défendit aussi pendant huit mois contre les Mahrattes et fut délivré par l'arrivée d'une e.scadre commandée par La Bourdonnais, gouverneur des îles Mascareignes. Ces succès valurent à Dumas le litre de nabab que lui conféra le Cirand Mogol. Peu de temps
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après, Dumas rentrait en France avec le titre de directeur de la Compagnie.
Il fut remplacé à Pondichéry par le gouverneur de Ghandernagor, Joseph-François Dupleix ' (1740). Celui-ci s'occupa tout d'abord de fortifier Pondichéry, malgré les ordres de la Compagnie qui ne se souciait pas de faire des dépenses militaires. Quand, ensuite, au mois de mars 1744, Louis XV eut déclaré la guerre à l'Angleterre, la Compagnie prescrivit à Dupleix de négocier avec la Compagnie anglaise le maintien de la paix dans l'Inde et ne lui envoya pas les secours qu'il réclamait.
La Compagnie anglaise avait, malgré un refus hautain du gouverneur de Madras, accepté la proposition de neutralité, sans pouvoir d'ailleurs prendre d'engagement pour la flotte de Sa Majesté britannique.
La Bourdonnais, qui prévoyait depuis quelques années la guerre et auquel le roi donna l'ordre de croiser sur les côtes de l'Inde, ne reçut qu'en janvier 1746 l'escadre de cinq vaisseaux qui lui avait été promise ; puis, contrarié par la tempête, il n'arriva qu'en mai dans les parages de l'Inde. Déjà la flotte anglaise avait coulé cinq vaisseaux de la Compagnie, capturé ou détruit trois frégates et menacé Pondichéry. <( Se peut-il que depuis deux ans que la guerre est déclarée, la Compagnie n'ait pas même songé à envoyer un navire ! », écrivait Dupleix. II n'avait pour soutien que le nouveau nabab du Carnatic.
Arrivé dans le golfe de Bengale, La Bourdonnais ne put joindre la flotte anglaise pour lui livrer bataille, et il se retira promptement. Il revint, il est vrai, sur les instances de Dupleix, en septembre il attaqua Madras qui se rendit après trois jours de bombardement(21 septembre 1746). Au lieu de détruire la ville, il consentit, malgré les représentations de Dupleix, à une convention par laquelle il la rendrait aux Anglais moyennant une rançon de 1.100.000 pagodes. Cet événement brouilla complètement les deux chefs, et La Bourdonnais, fuyant devant les ouragans de la mousson, retourna à l'Ile de France*.
Sur terre, le nabab, irrité qu'on n'eût pas observé la neutralité, marcha contre Madras ; mais son armée fut mise en déroute.
Sur mer, la France laissait le champ libre. L'Angleterre envoya en novembre 1747, sous le commendement de l'amiral Boscaven, une flotte de 8 vaisseaux et de 11 transports montée par 1.400 hommes, qui apparut devant Pondichéry le 18 août 1748. Dupleix avait accru
1. Dupleix, fils d'un directeur de la Compagnie, était venu en 1721 à Pondichéry avec le titre de conseiller et de commissaire des troupes. Il était depuis 1730 gouverneur de Ghandernagor dont il avait ranimé le commerce.
2. La Bourdonnais, de retour en France, fut mis à la Bastille. Une fois libéré, il s'appliqua à dénigrer Dupleix.
autant qu'il lui avait été possible les défenses de la ville ; il résista à l'assaut et au bombardement, et Boscaven, craignant à son tour la mousson, se retira. La paix d'Aix-la-Chapelle (1748) rendit Madras à l'Angleterre.
Huit ans après commença la guerre de Sept Ans. Nous n'avons pas à raconter les événements politiques et militaires de l'Inde avant et pendant cette guerre : ils appartiennent à l'histoire générale ; il suffit d'en donner un très bref résumé.
Dupleix reprit ses projets d'intervention dans les affaires des indigènes et d'agrandissement territorial, La défaite de Méhémet-Ali le rendit maître de tout le Carnatic (1750) ; la prise de Gingi, audacieusement enlevé par son lieutenant Bussy et la déroute de Nazer-Singh, qui donna le trône du Dekhan au protégé de Dupleix, Muzaffer Singh (novembre 1750), augmentèrent le prestige du gouverneur. Muzaffer le proclama nabab de toute l'Inde méridionale et céda en toute souveraineté Mazulipatam, Yanaon et Divi à la Compagnie.
Mais Trichinopoli, où Méhémel-Ali s'était enfermé, résistait ; les Anglais le soutenaient. Law, neveu du financier, manœuvra mal et dut, ainsi que d'Aulheuil, capituler avec sa troupe dans l'île de Seringam(13juin 175?).
Les Anglais, il est vrai, furent ensuite obligés de lever le siège de Gingi ; mais ce succès resta sans effet, l'armée française, commandée par Kerjean, ayant été surprise la nuit et mise en déroute par le commandant anglais Lawrence. Dupleix ne se découragea pas ; il venait de reprendre avec avantage le siège de Trichinopoli lorsque débarqua à Pondichéry (2 août 1754) un directeur de la Compagnie, Godeheu.
A Paris la Compagnie, soucieuse seulement de son trafic, s'inquiétait de ces expéditions coûteuses. « Nul autre avantage, écrivait-elle en 1751 à Dupleix, ne pouvait tenir lieu de la paix qui seule était capable d'opérer le bien du commerce. » En 1752 elle ajoutait: « Une paix solide et durable était le seul but où vous deviez tendre, en écar- Hj tant avec soin tout ce qui serait capable de la troubler. )^ ^
Godeheu avait pour mission de faire embarquer Dupleix qu'un ordre royal révoquait de ses fonctions de gouverneur. Dupleix fut en effet ramené en France et, quoique l'opinion lui fut favorable, il ne put se faire rembourser par la Compagnie les sommes qu'il affirmait lui avoir avancées et il mourut dans la misère (novembre 1763).
Traité de Sàdvas. — Quoique la Compagnie eût après coup envoyé à Godeheu des instructions pour qu'il maintînt les alliances avec les princes indigènes et le protectorat du Dekhan, le nouveau gouverneur signa avec la Compagnie anglaise le traité de Sadras (2G décembre 1754) par lequel la Compagnie ne gardait au Carnatic que Pondichéry et Karikal, faisait de Dixi et de Mazulipatam une possession commui
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aux deux Compagnies et reconnaissait Divicotta comme possession anglaise. Ce traité, qui était le renoncement complet à la politique de Dumas et de Dupleix,ne fut pas exécuté ; car la guerre entre la France et l'Angleterre était sur le point de recommencer quand il fut signé.
La guerre de Sept Ans et Lally-ToUendal. — Duval de Leyrit succéda à Godeheu. Il continua la politique de Dupleix à laquelle il avait été associé. Quand la nouvelle de la déclaration de guerre fut parvenue dans rinde (novembre 1756), il attaqua Trichinopoli, sans pouvoir s'en emparer. Le gouvernement de Versailles se décida alors à organiser, de concert avec la (^.ompagnie, une expédition dont le commandement fut confié à Lally-Tollendal.
Celui-ci comptait porter tout son effort contre les Anglais qu'il voulait chasser de l'Inde, mais sans chercher, comme Dupleix et Leyrit, à étendre son influence sur les princes indigènes. Parti en mai 1757, il n'arriva qu'en avril 1758. A peine avait-il pris terre, qu'il alla attaquer Gondehour, puis le fort Saint-David dont il s'empara (juin 1758) ; c'était un brillant début. Mais il rappela Bussy du Dekhan. Cependant, lui-même partit pour assiéger Trichinopoli et imposer un tribut au roi de Tanjore ; quelques jours après la première attaque, il leva le siège sur la fausse nouvelle d'une défaite navale de l'escadre française commandée par d'Aché.
En réalité, cette escadre était retournée à l'Ile de France.
Lally-Tollendal partit de nouveau pour assiéger Madras, centre de la puissance anglaise. Malgré de furieuses attaques, la place résistait. L'escadre anglaise venait d'apparaître ; elle avait obligé Mazulipatam à capituler (avril 1759), et le soubab du Dekhan, Salabet Singh, le protégé de la France, s'alliait aux Anglais. Lally-Tollendal s'empressa de se replier sur Pondichéry.
L'escadre de d'Aché reparut aussi ; mais après un engagement indécis, elle repartit, ne laissant que 500 hommes à Pondichéry.
Lally-Tollendal n'avait su gagner la confiance ni des habitants, ni des troupes. Son caractère hautain et son despotisme avaient tourné tout le monde contre lui ; les soldats s'étaient plusieurs fois mutinés. Il marcha cependant à la rencontre des Anglais et commença l'attaque à Vandavachy le 22 janvier 1760 ; ses troupes se débandèrent ; Bussy fut fait prisonnier et lui-même dut battre en retraite, après avoir encloué les canons qu'il ne pouvait emmener.
L'armée anglaise prit alors l'offensive ; elle s'empara d'Arcot,de Valdaour, de Karikal. La troupe de Lally fit volte-face; forte de 15.000 hommes dont 5.000 Européens, elle vint investir Pondichéry pendant que la flotte anglaise bloquait la rade. Après cinq mois de siège pendant lesquels on ne revit pas l'escadre française, la ville, à bout de vi-
vrcs, capitula (16 janvier 1761). Malgré le général anglais, le gouverneur de Madras exigea qu'elle fût entièrement rasées
Le traité de Paris (10 février 1763) rendit à la France les cinq comptoirs de Pondichéry, Chandernagor,Mahé, Karikal, Yanaon, mais avec défense de les fortifier, les sept loges de Surate, Galicut,Balasor,Dakka, Cassimbarrar, Palna, Joudjia et, en outre, une loge à Mazulipatam.
Les colonies et comptoirs de la Compagnie des Indes. — L'Inde était la principale possession de la Compagnie et son histoire, comme nous l'avons dit, est un chapitre de l'histoire générale de la France. Mais la Compagnie avait ailleurs des possessions ou des établissements commerciaux dont nous devons donner au moins l'énumération. Dans les mers de l'Orient, c'était Canton où elle avait eu d'abord un comptoir, puis où, à la suite de difficultés avec les autorités chinoises, elle dut se contenter d'envoyer des navires ; Moka où elle avait une loge, les Mascareignes, île Bourbon et Ile de France, cette dernière ainsi nommée depuis 1714, toutes deux réunies depuis 1726 sous l'autorité d'un même gouverneur général. Madagascar était abandonné ; mais, pendant une dizaine d'années (1750-1761), des colons furent établis à l'île Sainte-Marie.
En Afrique, la Compagnie possédait la Guinée avec l'établissement de Whyda où résidait un gouverneur général, et près d'une dizaine d'autres comptoirs dont plusieurs étaient abandonnés, le Sénégal, du cap Blanc à Sierra-Leone, dont le directeur général résidait à Saint- Louis et qui comprenait sept comptoirs et, en outre, Portendik et la baie d'Arguin, la côte de Barbarie, dont elle avait cédé, depuis 1730, le commerce à une autre compagnie. Pendant la guerre de Sept Ans, les Anglais s'emparèrent de Saint-Louis et de Corée et ils ne rendirent que Corée par le traité de Paris. La France ne recouvra Saint-Louis que par le traité de 1783.
En Amérique, la Compagnie possédait le Cap Français dans l'île de Saint-Domingue où elle n'avait exercé le monopole du commerce que jusqu'en 1722, Québec au Canada (jusqu'en 1763) où elle possédait le privilège du trafic des peaux de castor, la Louisiane divisée en huit provinces, avec la Nouvelle-Orléans, résidence du directeur général, du conseil supérieur et du commandant militaire.
Administration de la Compagnie. — Les principaux établissements, désignés sous la dénomination de gouvernements parfaits, avaient à leur tête un gouverneur ou directeur général, un conseil supérieur qui était à la fois un conseil administratif et un tribunal. Les gouvernements imparfaits et surtout les comptoirs et les loges avaient une administration moins complète.
1. Lally, conduit en Angleterre, obtint la permission de venir en France se défendre. H resta dix-neuf mois à la Bastille avant d'être jugé ; le gouvernement espérait peut-être par là lui sauver la vie. Mais il fut condamnée mort et exécuté (1766).
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L'administration centrale siégeait à Paris. Elle avait été modifiée à plusieurs reprises. Quand la Compagnie d'Occident devint la Compagnie des Indes, Lav/ porta le nombre des directeurs de 6 à 30 et donna les places aux receveurs généraux que le Système privait de leur charge. En août 1720, lorsque le Système périclitait, le nombre fut réduit à 24, partagés en deux bureaux, celui du commerce et celui de l'exploitation des revenus financiers. Tous avaient été nommés directement par Law. Pendant la liquidation, l'arrêt du 23 mars 1723, considérant qu'il n'était pas bon « de soumettre la Compagnie au gouvernement d'un seul chef ni à l'assemblée des actionnaires et aux directeurs choisis par elle », créa un conseil des Indes nommé par le roi et présidé par le contrôleur général qui exerça l'autorité par l'intermédiaire de deux chambres, celle du commerce et celle du tabac .
Les actionnaires s'élant plaints d'être mis à l'écart, un arrêt du 30 mars institua 12 directeurs, nommés encore par le roi la première fois, sans que la durée de leurs pouvoirs fût limitée, 4 inspecteurs et 8 syndics. Tous devaient être propriétaires de 50 actions au moins. Une assemblée d'actionnaires (possédant aussi 50 actions au moins) nomma les syndics ; mais elle ne fut plus convoquée dans la suite. En 1731, sous le ministère d'Orry, nouveau changement ; il y eut 6 directeurs, 2 syndics et 6 départements (4 à Paris, 1 à Lorient, 1 à Nantes). En 1739, les syndics devinrent des directeurs ; puis, en 1745-1748, pendant les difficultés de la guerre, l'administration fit appel aux actionnaires qui adjoignirent 6 syndics élus aux 8 directeurs.
Chaque semaine les commissaires du roi et quelquefois le contrôleur général assistaient au conseil d'administration ; ils avaient la haute main sur toutes les décisions. Il y eut même pour les affaires d'ordre politique un comité secret dont les membres étaient désignés par le roi. Quoique depuis 1748 l'assemblée générale des actionnaires eût le droit, sur quatre candidats que la Compagnie lui présentait, d'en choisir deux parmi lesquels le roi en nommait un comme syndic, le gouvernement retint toujours l'autorité ; il nommait seul les directeurs, et, en fait, l'assemblée générale ne fut presque jamais convoquée \
A la suite de la paix de Paris (1763), la Compagnie, évincée de l'Inde, reçut par édit d'août 1764 le nom de Compagnie commerçante des Indes, témoignage de son renoncement au rôle politique. Le règlement de 1768 réduisit l'administration à six directeurs, nommés à vie par l'assemblée ; ce dernier système n'eut pas le temps de fonctionner.
L'administration maritime était concentrée à Lorient où résidait un directeur faisant fonction de commandant de la marine. La ville avait
1. Necker, dans la défense de la Compagnie qu'il présenta en 1769, s'exprimait ainsi : « Rien n'a été conduit, peuvent dire les actionnaires, ni par nous, ni par nos représentants. Nous n'avons su que nous étions actionnaires que par le retranchement de nos dividendes. »
obtenu du roi en 1738 une organisation municipale; à la fin de la guerre de la succession d'Autriche, elle avait été fortifiée. Dans les chantiers de construction et dans les magasins régnait une constante activité. La flotte de la Compagnie occupait le port.
La flotte et le commerce. — Cette flotte, lit-on dans l'arrêt du 3 juin 1720. se composait, sous l'administration de Lavv, de 165 bâtiments, « non compris les frégates et les brigantins ». Mais c'étaient sans doute en général de petits bâtiments achetés à la hâte. Car plus tard elle ne possédait pas plus d'une trentaine de bâtiments ; les vaisseaux atteignaient un tonnage, quelques-uns de 1.000 à 1.600 tonneaux, la plupart de 900 à 600 tonneaux ; les frégates et les flûtes jaugeaient de 600 à 200 tonneaux ; les corvettes et les brigantins étaient de moindre capacité. Les bâtiments de fort et de moyen tonnage étaient armés de canons ; l'équipage d'un vaisseau de 600 tonneaux comprenait 1 55 personnes. La construction d'un tel vaisseau revenait à 250.000 livres environ.
La rapidité de la navigation n'avait paâ fait de grands progrès depuis la fin du règne de Louis XIV. On mettait cinq mois pour se rendre à Pondichéry. L'hygiène à bord était en général détestable ; le scorbut sévissait et la mortalité était souvent très grande.
Le commerce que faisait la Compagnie et qui n'a jamais été complètement interrompu pendant les guerres, avait une assez grande importance.
La Compagnie a expédié aux Indes chaque année 14 à 30 navires jusqu'à la guerre de Sept Ans : elle en expédia seulement une dizaine et même moins après la paix de Paris. Les retours n'étaient que de 13 à 26 navires, sans doute à cause des navires perdus ou abandonnés. Voici pour quelques années, prises parmi les bonnes ou les mauvaises, les valeurs exprimées en milliers de livres tournois et en milliers de marcs d'argent :
Exportations Importations
Prix d'achat Prix de vente
Marchandise* Numéraire aux ludcs en France
(milliers de livrei) (milliers de marcs (milliers de livres) (iNiliiers de livres) d'ai£:ent)
L'exportation en espèces avait une valeur très supérieure à l'expor-
LA COMPAGNIE DBS INDES
tation en marchandises ^ Quant à l'iraporlalion, le prix de vente était à peu près double du prix d'achat ; mais les valeurs exportées n'étaient pas employées exclusivement en achats de marchandises ; une notable partie servait à solder les frais de navigation et de gestion.
Malgré les gros chiffres de l'exercice 1768-1769, la guerre de Sept Ans avait porté un coup funeste au commerce français. Un administrateur écrivait à la Compagnie en 1768 : « Le commerce des Anglais dans le Bengale est porté à un tel point que les autres nations ne peuvent rien faire. Ils achètent au moins 30 p. 100 meilleur marché que les autres nations et ils paient avec les revenus des provinces conquises. »
Les marchandises étaient achetées surtout dans l'Inde : coton et toiles à Surate où la Compagnie n'envoyait presque jamais ses navires, laissant ses employés faire le commerce pour leur propre compte ; poivre à Mahé, toiles blanches et toiles peintes, guingans, guinéeset produits divers, bois rouge, salpêtre, caurisà Pondichéry, mousselines et mouchoirs à Mazulipatam, soie et soieries à Chandernagor. En échange la Compagnie apportait les vins, l'eau-de-vie, les draps, le corail, la verrerie, la quincaillerie et surtout les piastres espagnoles.
A Canton, oîi elle envoyait chaque année un ou deux navires, elle achetait de la soie et des soieries, du nankin, de la porcelaine, du thé avec des piastres, des vins et liqueurs, des draps; le commerce de Chine, suivant Morellet, procurait dans la dernière moitié du xvm^ siècle un bénéfice annuel de plus de 2 millions de livres.
A l'ouest de rinde,Moka était le grand entrepôt du café dont la vente était en France monopolisée par la Compagnie depuis 1723, monopole quelque temps supprimé, puis rétabli de 1736 à 1764. L'Ile de France et rile Bourbon, qui étaient les escales delà merdes Indes, produisaient aussi du café ; les gouverneurs, notamment La Bourdonnais, avaient encouragé cette culture.
Sur la côte occidentale de l'Afrique la Compagnie avait été investie du monopole du commerce del'équateur à Sierra-Leone; elle y truquait des nègres et de la poudre d'or contre de l'eau-de-vie, des verroteries, des étoffes rouges ou bleues, des armes, de la quincaillerie, des cauris. Elle dut renoncer au monopole de l'importation des nègres à Saint-Domingue qui exaspérait les planteurs. Mais elle le conserva au Sénégal oîi elle faisait, en outre, le trafic des cuirs, de la gomme, de la cire, de l'ivoire, de la poudre d'or, des plumes d'autruche.
Sur la côte de Barbarie elle céda en 1730 son privilège à des Marseillais qui reformèrent une nouvelle Compagnie d'Afrique.
En Amérique, la Compagnie avait été dotée du privilège exclusif de la traite du castor. Law y avait un moment substitué un régime de li-
1. De 1726 à 1770 le cours du marc darg:ent monnayé a varié de 42 livras 78 sous à 49 livres 16 sous.
berlé ; mais le monopole fut rétabli par arrêt du 30 mai 1721 et maintenu, malgré les réclamations des Canadiens. C'était une source importante de profits. La Louisiane au contraire, malgré quelque culture de tabac et de riz et l'introduction du coton, n'en donna pas et la Compagnie s'estima heureuse de rétrocéder au roi cette vaste colonie (1731).
A Saint-Domingue l'hostilité des colons força, venons-nous de dire, la Compagnie à abandonner le monopole de la fourniture des nègres et à autoriser des particuliers à en importer comme elle. Elle exportait de cette île du coton, de l'indigo, du café et surtout du sucre.
Quand les navires de la Compagnie revenaient à Lorient, leurs chargements étaient soumis à une minutieuse inspection des agents des fermes qui laissaient entrer, après acquittement des droits ', les drogues, les épices, les métaux, les bois, etc., inspectaient et marquaient d'un sceau de plomb les tissus de coton dont le commerce était autorisé, faisaient placer les marchandises prohibées, telles que les toiles peintes, dans l'entrepôt d'où elles devaient être exportées avant la fin d'un semestre.
Il entrait, en outre, en contrebande, malgré la rigueur des pénalités, beaucoup de marchandises apportées sur les navires delà Compagnie.
Finances de la Compagnie. — Si l'on se bornait à apprécier la situalion de cette Compagnie par ses importations, on trouverait qu'en général elle faisait des bénéfices. Mais ses affaires étaient plus complexes ; elle avait des vaisseaux à entretenir et à renouveler, des rentes à payer ; elle a eu des opérations mililaires dans l'Inde et des opérations de guerre maritime ; elle a dû plusieurs fois recourir à des emprunts.
La Compagnie, ainsi que nous l'avons dit, possédait au 31 janvier 1725 un capital net de 137 millions ; elle avait, outre ses profits commerciaux, un revenu de 8 millions provenant de la ferme des tabacs et de 300.000 livres de rente sur le roi. Ce capital, malgré quelques années médiocres, avait augmenté, puisqu'il était de 162 millions en 1740. La guerre de la succession d'Autriche lui fut très onéreuse ; l'expédition de La Bourdonnais lui coûta 5 millions et elle perdit 29 navires marchands. Le capital net n'était plus que 138 millions en 1756. Après la guerre de Sept Ans, il se trouva réduit en 1769 à 54.757.000 livres, d'après le compte de la Compagnie et môme, suivant l'abbé Morillet, à 39 millions *.
Le revenu annuel, qui s'était élevé à 8 millions 1/3 en 1725, à près
1 . La Compagnie était régie depuis son origine par le tarif de 1664, sauf pour quelques articles nouveaux.
2. Ce n'est que par le mémoire de l'abbé Morellet, lequel a eu en main les dossiers du contrôle général, qu'on connaît le détail des comptes financiers de la Compagnie : or, Morellet, qui était hostile à la Compagnie, n'a pas dû les présenter sous leur jour le plus favorable.
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de 7 millions en 1743, s'est trouvé réduit à 4 1/2 en 1756 et à 3.150.000 livres en 1769. Ces chiffres ont prêté à la discussion ; mais, quelle que soit l'estimation qu'on adopte, on ne peut s'empêcher de reconnaître que la Compagnie avait beaucoup perdu pendant les vingt dernières années de son existence et que la guerre avait été la principale cause de ses pertes.
La valeur nominale de ses actions avait été Hxée en 1723-1725 à 2.000 livres. Sur le marché elles valurent beaucoup moins d'abord et, quoique le cours se fut peu à peu relevé, il n'atteignit le pair qu'en 1736 ; il se maintint un peu au-dessus jusqu'en 1743. Sous l'influence de la guerre il fléchit entre 1.173 et 1.885 livres de 1745 à 1756. La guerre de Sept Ans le fit tomber en 1762 à 725 livres, le dividende n'étant que de 40 livres ; puis la paix le releva à environ 1.300 livres, le dividende étant alors de 80 livres, au lieu de 150 livres qui avaient été distribuées jusqu'en 1744. De telles cotes n'étaient pas des signes de prospérité.
La Compagnie avait été obligée à maintes reprises de contracter des emprunts. Elle l'avait fait sous forme de loteries dans lesquelles on gagnait des rentes viagères, d'appels de fonds aux actionnaires, de constitutions de rentes perpétuelles V En 1769, elle avait une charge de 5 millions 1/2 de rentes perpétuelles et de 3 millions de rentes viagères à servir, charge balancée, il est vrai, par la rente de 9 millions que le roi lui payait pour le rachat de la ferme des tabacs.
Suppreasion de la Compagnie. — C'était le temps où les économistes battaient en brèche le Colbertisme et démontraient la supériorité de la liberté du travail et du commerce sur la réglementation. L'intendant général du commerce, Vincent de Gournay, qui, sans être un disciple de Quesnay, était un fervent champion de la liberté, fut un des premiers à attaquer le monopole de la Compagnie des Indes. Il le fit en 1755 dans une brochure intitulée : Observations sur le rapport fait à M. le contrôleur général par M. de S. le 1^ juin 1755 sur l'état de la Compagnie des Indes. Il critiquait vivement la gestion financière, les emprunts, la direction générale ; il proposait « de liquider le commerce et les dettes de la Compagnie et de déclarer le commerce de l'Inde ouvert à tous », en ne laissant à la Compagnie que le soin d'entretenir ses comptoirs.
La guerre de Sept Ans fit oublier cette brochure. Mais l'idée qui l'avait inspirée reparut plus motivée après les pertes que la guerre venait de causera la Compagnie et la ruine de l'empire colonial français. Quoique le commerce des Indes se fut un peu relevé, la Compagnie