‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 134 sur 175 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES COLONIES

SoMMAiRB. — Le Canada (481). — La perle du Canada (482). — La Louisiane (484). — Les Antilles (484). — La Guyane (485). — Les Mascareignes (486). — La population (487). — Le commerce (487). — La politique coloniale (488).

Lt Canada. — A la fin du règne de Louis XIV la France avait, en vertu du traité d'Utrecht, cédé l'Acadie, Terre-Neuve et la baie d'Hudson à l'Angleterre. Les limites de l'Acadie n'avaient été délerrainées dans le traité que par ces mots vagues : « conformément aux anciennes limites » : ce qui devint matière à contestation. A Terre-Neuve, d'après le traité, les bâtiments français ne purent plus aborder depuis Bonavista jusqu'à la pointe septentrionale que pour faire sécher leur poisson durant la saison de pêche.

Sur la tin du règne de Louis XIV le produit de la ferme du castor avait beaucoup diminué et la colonie du Canada était dans une mauvaise situation financière.

Cependant, privés de l'Acadie sies Français du Canada colonisèrent deux îles qu'ils avaient jusque-là négligées, l'île du Cap Breton et l'île Saint-Jean. Louisbourg, qui possédait un excellent port naturel, fut fortifié (1720) ; le fort Dauphin fut construit. Pendant la guerre de la succession d'Autriche une armée de 6.000 Anglais et sauvages vint de la Nouvelle -Angleterre attaquer Louisbourg et s'en empara (1745). L'Angleterre dut rendre la place en vertu du traité d'Aix-la-Chapelle (1748).

La colonie avait eu avant la guerre et eut aprèsdes annéesde tranquillité pendant lesquelles le commerce et la culture prirent de l'extension ; la population augmenta. Mais en même temps elle augmentait beaucoup plus dans les colonies anglaises *. Les colons anglais commencèrent

1. L'Acadie prit dès lors le nom de Nova-Scotia. Les Anglais traitèrent d'abord avec ménagement les colons désignés sous le nom de Français neutres ; mais, pendant la guerre de Sept Ans, accusant les Français d'exciter les Indiens au pillage, ils les atti' rèrent dans un guetapens et les transportèrent dans d'autres colonies britanniques et à nie Miquelon.

2. En 1755, il y avait déjà environ un million et demi d'Anglo-Américains.

depuis 1748 à passer par delà les montagnes dans le bassin du Mississipi.Pour empêcher que ce mouvement n'interceptât, entre le Canada et la Louisiane Jes communications par TOhio et l'Illinois, cours d'eau qui servaient surtout au transport du blé, du maïs et des peaux du Canada à Saint-Louis, le gouverneur flanqua de quelques forts les rives de l'Ohio. Le gouverneur de Pennsylvanie, de son côté, autorisa la formation d'une Compagnie anglaise de l'Ohio. Français et Anglais traitèrent, chacun de son côté, avec les tribus indiennes et armèrent les uns contre les autres. En avril 1754, les Français chassèrent les soldats de Dinwiddie, poste situé au confluent des deux branches de l'Ohio et y bâtirent euxmôme le fort Duquesne. Les Anglais, commandés par P>y et Washington,qui étaient venus pour les chasser, furent enveloppés et obligés de capituler (4 juillet 1754)*. La situation était très tendue de ce côté ; elle l'était aussi du côté de l'Acadie où les Indiens organisaient fréquemment des pillages.

Les colonies anglaises cherchèrent à s'entendre pour combiner leurs efforts. Au commencement de l'année 1755 l'Angleterre envoya le major Braddoch avec deux régiments que renforcèrent des contingents coloniaux. Une guerre coloniale commençait.

Elle devint maritime en 1755 lorsque l'amiral Boscaven, qui s'était posté au sud de Terre-Neuve pour intercepter le passage à une escadre française, eut, sans déclaration de guerre, attaqué et obligé de se rendre, après une énergique résistance, deux des bâtiments de cette escadre. La mer se couvrit subitement de corsaires anglais qui surprirent et capturèrent plus de trois cents bâtiments français. L'Europe continentale fut entraînée dans le mouvement ; la guerre de Sept Ans commençait.

La perte du Canada. — Il n'y a pas lieu de raconter ici en détail les événements de cette guerre en Amérique. Il suffit de rappeler par quelques dates les principaux faits. En 1755, avant la déclaration de guerre, les Anglais s'emparèrent par surprise de trois forts que le Français avaient élevés sur les confins de l'Acadie ; ils s'emparèrent aussi traîtreusement des colons qu'ils déportèrent en masse dans les colonies britanniques. Du côté de l'Ohio, le major Braddock, qui avait péniblement franchi les monts Alleghanys, fut mis en déroute et tué ; du côté du lac George, le baron Dieskau essuya un double échec qui n'empêcha pas les Français de s'établir et de se fortifier à Ticonderoga.En 1756, Montcalra prit et détruisit les forts d'Ontario et d'Osvvego qui étaient pourvus d'une forte artillerie, et les Anglais durent abandonner tout le pays des Iroquois.

En 1757, Montcalm força la nombreuse garnison du fort William-

1. C'est pendant cette marche que Jumonville fut tué (et non vraisemblablementj assassiné) dans un engagement.

LES COLONIES

Henry à .se rendre et démolit le fort. L'avantage jusque-là était aux Français.

Mais en 1758, sous l'impulsion de Pitl, les colonies britanniques firent un grand effort ; elles réunirent 45.000 hommes dont 22.000 réguliers, tandis que le Canada disposait à peine de 5.000 réguliers. L'amiral Boscaven débarqua le 8 juin une armée de 16.000 hommes devant Louisbourg qui, n'ayant que 2.700 hommes de garnison, dut se rendre à merci après un mois de siège (25 juillet 1758) et livrer l'île du Gap Breton et l'île Saint-Jean. D'autre part, Abercrombie fut repoussé dans une grande attaque contre Ticonderoga, les forts de Frontenac (depuis Kingston), celui de Duquesne (depuis Pittsburg) tombèrent aux mains des Anglais et les communications entre le Canada et la Louisiane se trouvèrent coupées. En 1759, le général anglais Amherts obligea les Français à abandonner le fort Ticonderoga ; un autre général contraignit la garnison française du fort Niagara à capituler.

Une troisième attaque fut dirigée contre Québec. Le général Wolfe et les amiraux Saunders et Holmes remontèrent le Saint-Laurent avec 8.000 hommes et prirent position dans l'île d'Orléans et la pointe Levis d'où ils bombardèrent la ville ; mais Wolfe, n'ayant pas été soutenu par la flotte, fut repoussé dans un combat sur la rivière Montmorency, à l'est de la ville. Il décampa, traversa nuitamment le Saint- Laurent et s'empara par surprise des hauteurs d'Abraham, situées à l'ouest de Québec. C'est là que s'engagea la bataille dans laquelle Montcalm et Wolfe furent tués. Le 18 septembre 1759 Québec capitula.

En 1760, les Français, maîtres encore du Saint-Laurent supérieur, tentèrent, sous la conduite de Vaudreuil, de reprendre Québec ; malgré la sanglante victoire qu'ils remportèrent à Sillery, ils durent lever le siège à rapproche d'une escadre anglaise. Le général Murray les suivit dans leur retraite et obligea Vaudreuil à capituler dans Montréal (8 septembre 1760). Le Canada était définitivement perdu.

En France \eë hommes d'Etat et les publicistes ne sentirent pas la gravité de cette perte. Cependant l'immense étendue du territoire et l'accroissement de la population, qui avait passé du chiffre de 20.531 en 1716 à 60.000 environ en 1763* auraient dû faire concevoir des espérances. Cette population, il est vrai, n'était pas riche ; elle vivait de culture et de chasse. Il s'y trouvait plus de nobles que dans les autres colonies françaises ; mais la plupart de ces nobles végétaient pauvrement, dédaignant de se livrer à une industrie ou à un commerce. L'abbé Raynal dit qu'en 1715 les exportations du Canada en France avaient à peine une valeur de 300.000 livres, qu'à l'époque de la plus florissante elles ne dépassaient pas 1.300.000 livres, et que, de 1750 à 1760, le gouvernement

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