Un recensement de 1754 avait donné 54.009 habitants
LIVHE VII- — CHAPITRE V
y avait dépensé 127 millions 1/2 : ce qui ne contribuait pas à rendre le Canada populaire dans l'administration française.
La Louisiane. — La Louisiane fut perdue aussi. Elle n'était pas populaire non plus. Ce n'est que depuis 1736 que les colons y jouissaient de la sécurité ; son commerce en France et aux Antilles n'était que de 2 raillions de livres. Pour indemniser l'Espagne des dommages que lui avait causés le Pacte de famille pendant la guerre de Sept Ans, le roi de France la céda au roi d'Espagne par le traité de Saint-Ildefonse (1726). Beaucoup de Canadiens, détestant la domination anglaise, vinrent y chercher un asile. L'un d'eux, commerçant en fourrures, s'établit en 1764, en aval du confluent du Missouri et du Mississipi ; c'est l'origine de la ville de Saint-Louis. Mais les Espagnols se rendirent odieux par des mesures vexatoires et par la suppression de la libre navigation du Mississipi .
Plus tard, sous le Consulat, l'Espagne rétrocéda la Louisiane à la France et le premier consul, craignant qu'elle ne tombât aux mains des Anglais, la vendit aux Etats-Unis moyennant une somme de 50 millions de francs (30 avril 1803).
Les AniUles. — Aux Antilles, la paix d'Utrecht avait donné Saint- Christophe à l'Angleterre. Mais, dans les années qui suivirent, des Français colonisèrent Saint-Vincent ; puis, appelés par les Caraïbes, ils s'établirent, malgré les réclamations des Anglais, à Sainte-Lucie. Le caféier fut introduit à la Martinique en 1726 : le cacaoyer l'avait été dix ans plus lot.
A Saint-Domingue le monopole de la Compagnie des Indes souleva la population. En 1722, la maison de la Compagnie fut brûlée ; le gouverneur fut obligé de faire embarquer les directeurs et resta luimême quelque temps prisonnier des habitants. La révolte ne fut apaisée que par l'arrivée d'une escadre commandée par Champmelin.Tous les privilèges commerciaux concédés à la Compagnie furent révoqués.
La guerre de Sept Ans fut désastreuse pour la France dans les Antilles, comme dans ses autres colonies. La métropole fut impuissante à défendre ses possessions ; ses escadres furent vaincues ; des convois furent capturés. En 1759 les Anglais conquirent la Guadeloupe malgré la mort de l'amiral anglais et l'énergique résistance des colons ; la Désirade, Marie-Galante, les Saintes eurent le même sort ; en 1761 ce fut le tour de la Dominique ; en 1762, celui de la Martinique qui avait repoussé une attaque en 1759 ; La Grenade, les Grenadilles, Tabago, Saint-Vincent furent occupées par l'ennemi. Aux maux de la guerre s'ajouta le désastre d'un ouragan (1766) dont la Martinique ne put se relever entièrement.
Le traité de Paris (1763) ne restitua à la France que la Guadeloupe, Marie-Galante, la Désirade, la Martinique et Sainte-Lucie.
LES COLONIES
Plus heureuse dans la guerre de Tindépendance des Elats-Unis, la France remporta des victoires navales dans les parages des Antilles, comme dans les mers de l'Inde et la paix de 1783 lui donna Tîle de Tabago '.
Saint-Domingue était de beaucoup la plus commerçante des possessions françaises. La colonie, divisée en trois provinces, celle du Nord, chef-lieu Le Cap Français, celle de l'Ouest, chef-lieu Port-au-Prince, celle du Sud, chef-lieu Gayes, était administrée par un gouverneur général et un intendant qui exerçaient un pouvoir absolu, interdisant tout commerce avec Tétranger — interdiction que la contrebande avait d'ailleurs l'art de rendre en partie vaine — , ne permettant pas l'exportation du tabac, restreignant étroitement celle du rhum. Le Cap Français était devenu une belle ville de 20.000 habitants; Port au-Prince, fondé en 1749, en comptait 10.000; l'ensemble du pays était organisé en paroisses, sans libertés municipales d'ailleurs. La population dépassait le chiffre de 400.000,dont 42.000 blancs divisés eux-mêmes en grands blancs ou planteurs et en petits blancs ; les autres habitants étaient des affranchis et des esclaves. La principale culture était celle de la canne à sucre pratiquée dans 790 plantations, celle du café introduite en 1730-1736, celle de l'indigo depuis 1750, celle du coton qui fournissait en 1788 une exportation de 18 millions de livres pesant. La culture du cacao était en diminution. Le bétail était nombreux : 250.000 bœufs, etc. La colonie prospérait. Elle se développa beaucoup en population et en richesse dans la période qui suivit la paix de Paris (1763). Les planteurs menaient grand train ; tous les habitants dépensaient beaucoup au jeu. Les impôts, surtout la capitation des nègres, qui rendaient 15 millions, avaient facilité l'exécution d'importants travaux publics, routes plantées d'arbres, ponts, édifices; il y avait des services de diligence.
La Guyane. — En Guyane, quelques missions furent fondées vers 1726 sur les bords de l'Oyapok et on commença à cultiver le café et le cacao ; en 1740 on comptait 5.310 habitants, dont 4.534 esclaves noirs. En 1763, après la cession du Canada, le duc de Ghoiseul, qui considérait la Guyane comme une position maritime importante pour surveiller les Antilles, réunit, principalement en Alsace et en Lorraine, environ 15.000 colons séduits par la perspective de trouver des mines d'or et de faire une rapide fortune. Us furent embarqués pour le Kourou. Mais la jalousie des colons de Cayenne, qui craignaient de voir naître une colonie rivale de leur étabhssement, entrava les préparatifs ; puis les colons, qui arrivèrent trop vite en plusieurs convois, ne trouvèrent pas même assez de huttes préparées pour abriter leurs provisions ;