‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 136 sur 175 · En 1784 la France céda Saint-Barthélémy à la Suède · texte numérisé non relu

En 1784 la France céda Saint-Barthélémy à la Suède

surpris bientôt par les pluies, la plupart moururent de misère ou de maladie (1767). Les derniers arrivés, ne pouvant débarquer au Kourou encombré, furent dirigés vers les îlots du Diable et durent la vie à ce changement de direction ; ces îlots reçurent le nom d'îles du Salut.

Sous le règne de Louis XVI, un homme à projets, le baron de Bessner, parvint à séduire des esprits crédules en vantant les richesses de la Guyane. Malouet, commissaire général de la marine, essaya de dissiper ces illusions et en même temps de tirer parti des ressources réelles du pays en propageant, à l'imitation de la Guyane hollandaise, la culture de la canne à sucre. Quelques planteurs réussirent. En 1789 il y avait dans le pays 520 blancs, 12.000 esclaves noirs et un millier d'Indiens attachés aux plantations.

Les Mascareignes. — En 1712, les Hollandais avaient abandonné l'île Maurice. Les colons de Bourbon l'occupèrent en 1721. Sous le nom d'Ile de France elle fit partie du domaine de la Compagnie des Indes et commença à avoir son existence propre et à être mise en valeur sous l'administration de Mahé de la Bourdonnais (1735) qui encouragea la culture, construisit des roules et fit de Port-Louis la principale escale française dans l'Océan Indien. Les deux îles furent réunies en 1766 sous l'autorité d'un même gouverneur et elles rentrèrent dans le domaine de la royauté après la suppression de la Compagnie des Indes. En 1770, Poivre introduisit la culture de la girolle et de la muscade. Les deux îles recevaient de la France une valeur en marchandises de 4.600.000 livres et y envoyaient pour 2.700.000 livres de café.

Depuis 1787 les bâtiments étrangers étaient admis en franchise à Port-Louis.

Au xviii* siècle la royauté fit peu de tentatives pour coloniser Madagascar. Toutefois, en 1750, un agent de la Compagnie des Indes obtint la cession de la petite île Sainte-Marie dont le canal offrait une rade aux navires surpris par la tempête et qui servait d'entrepôt pour le commerce de bétail que les habitants de Bourbon faisaient avec la grande île.

Des aventuriers cherchèrent à établir leur autorité sur Madagascar. Tin officier de l'île Bourbon rétablit Fort-Dauphin (1758) ; mais, n'étant pas aidé, il Tabandonna deux ans après. Le caporal Labigorne devint le mari de la reine Bély et régna dix-sept ans (1750-1761). Le polonais Beniowsky, à la tête d'une troupe fournie par le ministère français créa, en 1774, le port Choiseul dans la baie d'Antongil, groupa sous^ son autorité des chefs indigènes et battit les Sakalaves. Mais, contrarié dans ses desseins par le gouverneur de l'Ile de France, il quitta Madagascar. Quand plus tard il y revint (1786), il fut tué dans un engagement contre une troupe française.

LES COLONIES ^°'

La population. — En 1789 on évaluait à 680.000, la population des possessions coloniales de la France : à savoir 55.000 blancs, 32.000 mulâtres ou nègres affranchis, 592.000 esclaves. Le nombre des esclaves avait beaucoup augmenté depuis un quart de siècle, surtout à Saint- Domingue où il avait passé de 249.000 en 1779 à 405.000 en 1789 '.

Le commerce. — Le commerce colonial en Amérique s'était considérablement développé au cours du xviii* siècle. Des mesures libérales, telles que la liberté du commerce de Guinée (1716), la réduction des droits sur les denrées coloniales importées en France (1717), la franchise de la réexportation, la liberté du commerce du café (1736), contribuèrent au progrès. Le développement de la consommation du café et du sucre y contribua aussi. La paix d'ailleurs fut moins souvent troublée qu'elle ne l'avait élé durant la seconde moitié du règne de Louis XIV.

Suivant Arnould et Chaptal, le commerce des Antilles, de Cayenne et de la Louisiane était évalué en 1716 à 16.700.000 livres pour l'importation en France (calculé en livres tournois, valeur de 1785) consistant surtout en sucre, café, rocou, et de 9 millions pour l'exportation de France.

Ce commerce augmenta très rapidement après la guerre de Sept Ans. Au début du règne de Louis XVI, suivant V Encyclopédie méthodique, l'importation en France était montée à 126 millions 2. Le progrès fut plus rapide encore après la guerre d'Améri(jue. A la veille de la Révolution, les chiffres d'Arnould sont 263 miUions*, à savoir 185 pour l'importation en France et 78 pour l'exportation de France ; la plus forte part revenait à Saint-Domingue. L'importation consistait surtout en sucre et café (134 millions), en coton (26 millions), en indigo et rocou (11.6 millions), en cacao et gingembre (10 millions), etc.; l'exportation consistait en objets manufacturés, toiles et autres tissus, mercerie, quincaillerie, meubles (en tout 42 millions 1/2), en comestibles (13 millions), vins et eaux-de-vie (7 millions) *, etc.

1. Une douzaine d'années auparavant, Necker attribuait à la partie française de Saint-Domingue 32.650 blancs. 7.055 mulâtres, et alTranchis, 249.098 esclaves, total 278.803; à la Martinique 11.619 blancs,2.892 mulâtres, 71.268 esclaves; à la Guadeloupe 13.261 blancs, 1.382 mulâtres, 85.327 esclaves ; à Cayenne, 2.-397 blancs, 1.050 mulâtres ; à Sainte-Lucie, 2. 397 blancs, 1.050 mulâtres et 10.529 noirs ; à l'Ile de France et à Bourbon, 12.726 blancs, 1 .199 mulâtres, 51.329 esclaves.

2. Ces chiffres ne portent que sur les quatre colonies de Saint-Domingue, Martinique, Guadeloupe et Cayenne.

3. Arnould donne ailleurs pour les colonies françaises d'Amérique et les pêcheries nationales 270 millions (192 à l'importation en France, 78 pour l'exportation de France). Peuchet, Statistique élémentaire de la France, donne, d'après la Balance du commerce, comme moyenne de 1785-1787, 193 millions à l'importation et 93 à l'exportation. L'Inde n'est pas comprise dans ces chiffres.

4. Pour l'année 1788, (',hai)tal estimait l'importation en France du sucre à 951 mil-

Le commerce dans l'Océan indien n'avait plus en 1788 qu'une très médiocre importance; celui de la côte occidentale de l'Afrique en avait davantage, grâce surtout à l'achat des noirs.

Ce commerce maritime employait, suivant Arnould et Peuchet, 2.173 navires jaugeant en tout 133.000 tonneaux ; ce qui indique qu'il y avait dans le nombre beaucoup de petites barques. Depuis l'arrêt du Conseil du 30 août 1784 les navires étrangers étaient admis sous certaines conditions ; la majorité appartenait à l'Amérique ; le pavillon français venait au second rang ; au troisième l'Espagne et au quatrième l'Angleterre.

Les chiffres de la statistique du commerce colonial au nviii" siècle sont, comme ceux du commerce en général, imparfaitement concore dants. Ils donnent néanmoins une idée approximative du progrès, et le progrès, ainsi que nous l'avons dit, a été très remarquable dans le dernier tiers du siècle.

La politique coloniale. — Le commerce colonial était soumis, depuis l'origine pour ainsi dire, à une législation très restrictive, non seulement dans les possessions de la France, mais dans celles de tous les Etats européens, Espagne, Portugal, Hollande, Angleterre. Lord Sheffield le caractérisait en disant : « Le seul usage des colonies, c'est le monopole de leur consommation et le transport de leurs produits par la métropole. » Les Anglais interdisaient à leurs colonies tout commerce avec l'étranger ; ils exigeaient même (depuis 1662) que les bâtiments anglais qui portaient aux colonies des produits du continent européen relâchassent dans un port d'Angleterre avant de faire voile pour l'Amérique. Des croiseurs anglais surveillaient continuellement les côtes des colonies ; en 1726, un navire de la Martinique, ayant été forcé par une avarie de relâcher dans un port d'une colonie anglaise, ils le confisquèrent parce qu'un des passagers, étant descendu à terre, avait proposé à un colon une pièce de mousseline. Mais du moins les Anglais, avec leur nombreuse marine, approvisionnaient régulièrement leurs colons.

II n'en était pas de même pour les colonies françaises parce que la France n'avait pas une marine suffisante pour cet approvisionnement ; aussi la rigueur du système ne pouvait-elle pas être aussi absolue. Le gouvernement avait toléré les marines étrangères jusqu'au temps oii fut créée la Compagnie des Indes occidentales (1664). Mais un arrêt du Conseil du 10 juin 1670 défendit à tout étranger d'aborder dans les colonies françaises ; le règlement de 1695 renouvela la défense et interdit

lions de quintaux ayant une valeur de plus de 86 millions délivres tournois, près des trois quarts provenant de Saint-Domingue ; celle du café ». 87 millions de livres tournois, celle du coton à 22 millions, celle des bois de teinture à 10 millions, celle de l'indigo à 10 millions, etc. ; le tout faisant 218 millions de livres tournois, somme notablement supérieure à celle qu'a donnée Aroould.

LES COLONIES

même aux colonies toute correspondance avec l'étranger; les lettres patentes de 1717 interdirent aux colons de transporter leurs produits à l'étranger, aux capitaines de navire de prendre à l'étranger des cargaisons pour les îles et désignèrent les ports français par lesquels devaient se faire les expéditions, les retours devant avoir lieu au même port i.

Les colons subissaient ainsi les conséquences du monopole des armateurs français, vendant à bas prix leurs denrées et payant cher les produits de la métropole qu'ils n'avaient même pas à leur suftisance. Ils se plaignaient souvent. Colbert, pour les calmer, avait pendant quelque temps autorisé l'établissement de raffineries aux îles; mais il avait cru plus tard (1682) devoir les supprimer sur les plaintes des raffineurs de France et même des armateurs dont le ctiargement s'était trouvé par là fort réduit.

Les gouverneurs prenaient quelquefois sur eux, surtout quand venaient à manquer les arrivages de morues et de salaisons, d'autoriser des apports par navires étrangers. Mais aussitôt les chambres de commerce formulaient uneplainte, et le gouverneur était rappelé à ses devoirs. La contrebande se jouait de ces interdictions parce qu'il y avait, vu la cherté de toutes choses, de beaux bénéfices à réaliser. Comme la fourniture des nègres était une des plus importantes, les Anglais s'appliquaient à contrarier sur les côtes de Guinée les achats des Français de façon à rendre leur propre intervention nécessaire aux Antilles. Pendant la guerre delà succession d'Autriche ce furentles Hollandais qui approvisionnèrent les Antilles françaises ; ils continuèrent après la signature delà paix: ce qui suscita de nouvelles réclamations de la part des chambres de commerce. La farine venait des colonies britanniques de l'Amérique du Nord par contrebande à bien meilleur marché que de France ; aussi la France fournissait-elle moins du cinquième de cette consommation. Avec la farine entraient bien d'autres marchandises.

Quand la paix de Paris eut été signée (1763), les ports continuèrent à dénoncer le commerce interlope des Anglais. Choiseul promit de sévir ; mais, reconnaissant lui-même la nécessité où se trouvaient les colonies, il autorisa les navires anglais à y porter la morue, en payant un droit de 8 livres par quintal, et il désigna deux ports dans lesquels seraient admises les importations étrangères de vivres. Les armateurs se récrièrent ; le ministre leur accorda des exemptions de droits sans parvenir à les calmer.

Les rigueurs du système colonial se relâchèrent un peu à la fin de l'ancienne monarchie. Ainsi l'arrêt du Conseil du 30 août 1784 donna accès aux navires étrangers dans les ports des colonies.

1. Un édit d'octobre 1727, renouvelant une ordonnance du 10 juin 1670, porte : « Les étrangers ne pourront aborder dans les îles et colonies, même les îles inhabitées, ni naviguer à une lieue autour d'icelles à peine de confiscation du vaisseau. »

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