I. — En Europe
Italie et Savoie. — L'Italie et la Savoie réunies comptaient, à Timporiation pour 10 millions en 1716 (avec la Suisse) et pour 58 millions en 1787-1789, à l'exporlalion pour 25 et pour 29 millions*.
La France importait de la soie du Piémont et de la Lombardie, des tissus de soie et des velours des Deux-Siciles,de la laine, du coton, des olives, de l'huile d'olive, des fruits d'Italie ; elle exportait des produits manufacturés, des matières premières, des comestibles, des vins, des denrées des colonies d'Amérique. C'était avec le Piémont, les Deux-Siciles et Gênes que les relations étaient les plus importantes.
Suisse. — La Suisse figurait dans le commerce de la France en 1787- 1789 pour 29 millions dont 7 à l'importation et 22 à l'exportation. La Suisse, oii s'étaient développé l'élevage et le tissage, importailen France des animaux de ferme, des fromages et des toiles blanches ou peintes ; elle en recevait des vins, eaux-de-vie, denrées coloniales, matières premièresetproduits manufacturés.
Espagne. — L'industrie et l'agriculture de l'Espagne avaient beaucoup décliné depuis la seconde moitié du xvi" siècle ; lAmérique avait
de Hollande, d'Angleterre, etc., le coton ^.33 millions) des colonies et de l'Empire ottoman, la soie (25 millions) de Sardaigne, l'huile d'olive (19 millions) de Naples, etc., l'indigo (18 millions;. Il paraît que Marseille expédiait pour le Levant par an, de 1779 à 1789, 10.000 ballots de draps valant 12 millions de livres et même plus (/Irc/i. .Va<., F12, 527).
1. Chaptal (Ue lindustrie française) donne, en général, des chiffres moindres que ceux d'Arnould qu'a reproduits Peuchel dans la Statistique élémentaire de la France. Il faut se résigner à n'avoir pour ce temps-là que des données approximatives, les évaluations comme nous l'avons dit, diiïérant d'un auteur à l'autre.Pour les années 1787-1789 nous adoptons, autant que possible, les chiffres d'Arnould et ceux de Chaptal qui a eu à sa disposition non seulement l'ouvrage d'Arnould, mais aussi les archives du ministère. Voir, entre autres termes de comparaison, le tableau extrait des Archives nationales que nous avons cité en note dans l'Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France avant 1789 (t. II, p. 556). Voici, pour les Etats d'Europe, la moyenne des trois années 1787-1789 telle que Chaptal l'a donnée .
Commerce extérieur de la France {moyenne rfe» années 1787-1789).
En Europe Importations Exportalioni Tolal
Italie et Savoie 58 29 87
Suisse 7 22 29
Espagne 43 66 109
Portugal 9 4 13
Angleterre 59 33.5 . 92.5
Hollande 25 40.5 65.5
Autriche et Flandre 33 32 65
Allemagne et Prusse (partie delà Pologne). 30 8i 111
Villes hanséatiques 12.8 62.2 75
Russie et Pologne septentrionale. ... 20.5 19.5 40
Etats Scandinaves. 10.3 16.4 20 7
LE COMMERCE EXTERIEUR
fait émigré sa population et les richesses des colonies avaient énervé l'activité de la métropole. Les efîorts faits par le gouvernement dans le dernier tiers du xvin^ siècle n'eurent qu'un médiocre succès. Malgré le pacte de famille, le traité de 1761, la convention de 1763 et les articles supplémentaires de 1774 qui stipulaient que les deux nations n'en feraient qu'une dans leurs relations commerciales, les Anglais étaient mieux traités que les Français dans la péninsule. Une convention du 13 mai 1769 régla les fonctions des consuls dans les deux pays ; une autre des 27 décembre 1774 et 27 décembre 1786 édicta des mesures contre la contrebande. Une ordonnance du roi d'Espagne de 1779 aggrava les droits et ferma à plusieurs produits français, mouchoirs, chapeaux, bas de soie, draps, l'accès des marchés espagnols. L'application arbitraire de règlements souvent variables et la vénalité des fonctionnaires rendaient le commerce aléatoire.
Le commerce, dont la valeur ne peut être exactement connue à cause de l'importance de la contrebande, consistait, comme parle passé, en commerce direct avec la métropole et en commerce avec les colonies par l'intermédiaire des négociants de Cadix. Comme par le passé aussi, des émigrants du Massif central de la France allaient louer leurs services aux Espagnols et rapportaient leur gain en France. De 17 millions 1/2 de livres (dont 12 millions en piastres) à la mort de Louis XlV,les importations en France avaient monté, à la veille de la Révolution, à 43 millions ; la laine, l'eau-de-vie, les vins, la soude, les chevaux et mulels, la cochenille, les peaux d'Amérique étaient les principaux articles de l'importation. Outre le chiffre de 40 millions, il y avait une cinquantaine de millions en piastres et quadruples d'or qui entraient en France, mais dont une grande partie était destinée à solder à Paris des comptes avec l'étranger *.
L'exportation de France avait passé de 20 millions à 66 millions et consistait en produits manufacturés (26 millions 1/2), matières premières, bêtes de somme, comestibles et boissons. La balance était payée presque entièrement en métaux précieux, quoique l'exportation en fut interdite : ce qui faisait apprécier tout particulièrement ce commerce par les mercantilistes.
Portugal. — Depuis le traité de Méthuen (1703) le commerce du Portugal était entre les mains des Anglais qui étaient devenus les grands créanciers de l'Etat et des particuliers. Cependant les échanges avec la France, qui, à la fin du règne de Louis XIV, étaient tombés (importation et exportation réunies) à un million, s'étaient relevés vers 1788 à 13 miUions, dont plus des deux tiers pour l'importation en France de marchandises des Indes, de fruits secs et de vins de li-
1. Celte année là il y avait eu, en outre. 13 millions que la Compagnie des Indes prit à Cadix pour les porter en Asie.
queur '. L'exportation, qui se faisait en blé, cuirs, toiles et autres tissus, en quincaillerie, en papeteries, ne dépassait guère 4 millions.
Angleterre. — La grande industrie anglaise, dégagée de la réglementation qui gênait la manufacture en France, avait pris au xviii^ siècle un très remarquable développement par suite de l'invention de la machine à vapeur et de la filature mécanique. L'abondance du charbon de terre facilitait la fabrication, et le réseau des canaux facilitait les transports. Les étoffes de laine et de coton étaient à meilleur marché que celles de France ; l'acier, la quincaillerie, la poterie et la cristallerie jouissaient d'une réputation méritée. La marine était très nombreuse et le commerce extérieur avait beaucoup augmenté. Ce commerce, l'Angleterre était jalouse de le faire elle-même, par ses marchands et avec ses navires, et elle maintint jusqu'en 1786 son rempart de prohibitions et de taxes contre les marines étrangères et contre les marchands étrangers.
Malgré les obstacles, le commerce entre la France et l'Angleterre augmenta. En effet, à l'avènement de Louis XV, ce commerce, très réduit par les guerres, était à peine de 14 millions pour l'importation d'Angleterre en France et de 8 millions pour l'exportation de France en Angleterre. Or,en 1784 en estimait que la somme des marchandises déclarées en douane ou introduites clandestinement en France s'élevait à 26 millions de livres tournois, y compris 10 à 11 millions de contrebande,et qu'à l'exportation, contrebande comprise, elle était de 13 millions. Nous verrons dans un autre chapitre quel rapide progrès ce commerce fit après le traité de 1786.
Hollande. — En 1716 le commerce d'exportation de France en Hollande était réduit à 30.700.000 livres. 11 ne se releva jamais au niveau qu'il avait atteint au milieu du xvii'' siècle ; en 1787-1789 il était de 40 millions de livres dont la moitié provenait du sucre et du café des colonies d'Amérique : les produits manufacturés figuraient à peine pour 7 millions dans le total. L'importation de Hollande en France avait au contraire doublé : 12 millions en 1716 et 25 millions en 1787- 1789, dont moitié en grains, bois, potasse, métaux et autres matières premières. La Hollande n'avait plus alors, comme au milieu du xvii* siècle, € le monopole presque exclusif du transport maritime des pays de l'Europe septentrionale ».
Pendant que la question des neutres occupait les puissances maritimes,un traité d'amitié et de commerce,renouvelant le traité du 21 no-
1. Arnould n'approuve pas ce commerce parce qu'il consistait en objets de luxe. Il estime beaucoup au contraire le commerce avec l'Espagne parce qu'il donnait une forte balance en numéraire et il exprime la crainte qu'il ne diminue bientôt par suite de la concurrence anglaise et de.s progrès récents de l'industrie espagnole.
LE COMMERCE EXTÉRIEUR
vembre 1739, resserra les liens de la France avec les Provinces-Unies (8 octobre 1782).
Autriche. — Le commerce avec l'Autriche était assez important, surtout à cause des Flandres dont l'empereur était le souverain. La moyenne de 1787-1789, d'après Chaptal, était de 33 millions à l'importation en France et de 32 à l'exportation. L'importation consistait en toiles de lin et de chanvre et en toiles de coton, en chevaux et bestiaux, en fil, charbon de terre, laine, fers et aciers, quincaillerie, dentelles ; l'exportation en produits manufacturés divers et en denrées coloniales. Les relations commerciales entre les deux pays avaient toujours été relativement faciles.
Allemagne et Prusse. — L'Allemagne, y compris la Prusse et une partie de la Pologne, faisait avec la France en 1787-1789 un commerce de 111 millions dont 30 à l'importation et 81 à l'exportation.
Si Ton remonte à Tannée 1716, on voit que l'Autriche, l'Allemagne et la Prusse n'avaient ensemble qu'un commerce de 73 millions (9 à l'importation et 64 à l'exportation). L'augmentation qui s'est produite était due en partie au luxe des seigneurs allemands qui dépensaient beaucoup en soieries et brocarts, en vins et denrées coloniales.
Des marchands français fréquentaient les foires de Francfort et de Leipzig. Des traités furent signés avec plusieurs Etats allemands, avec Hambourg (29 avril 1769 et 17 marsl789),avecleducde Mecklembourg- Schwerin (18 septembre 1779), traités qui accordaient aux habitants de ces pays les mêmes privilèges qu'aux Français et les exemptait du droit de fret de 50 sous par tonneau.
Nord de f Europe. — Le commerce du Nord se faisait par quatre Villes hanséatiques, Brème, Hambourg, Lubeck, Dantzig, et par les ports du Danemark, de la Suède et de la Russie.
Le gouvernement français avait conclu le 28 avril 1718 un traité de commerce avec les trois villes de Brème, Hambourg et Lubeck. « Les habitants des Villes hanséatiques, est-il dit dans ce traité, jouiront de la même liberté en ce qui regarde le commerce et la navigation dont ils ont joui depuis plusieurs siècles et pourront trafiquer et naviguer en toute sûreté tant en France qu'autres royaumes, Estais, païs et mers, lieux, ports, côtes, havres et rivières en dépendans situés en Europe pour y aller, venir.passer et repasser tant par mer que par terre, avec leurs navires et marchandises dont l'entrée, sortie et transport ne sont ou ne seront défendus aux sujets de Sa Majesté parles lois et ordonnances du Royaume. » Les Hanséates étaient exemptés du droit d'aubaine, du droit de 50 sous par tonneau,'» excepté quand ils feront cabotage » ; ils jouiront des droits de la nation la plus favorisée ; leurs marchandises ne seront pas confisquées quand elles seront saisies sur
un navire ennemi. Ce traité fut renouvelé pour vingt ans en 1765 avec Hambourg. La France fournissait beaucoup de sucre aux raffineries de cette ville. Des Villes hanséatiques elle recevait surtout du chanvre, du blé, de la laine, de la potasse ; elle leur envoyait, outre le sucre, du café et autres denrées coloniales. Ce commerce était considérable : 75 millions en 1787-1788, dont 13 environ à l'importation et 62 à l'exportation.
Avec la Russie, des négociations furent engagées à plusieurs reprises, notamment sous le règne d'Elisabeth, pour conclure un traité de commerce ;mais elles furent contrariées par les Anglais qui, depuis qu'ils avaient ouvert une route maritime jusqu'il Arkhangel, étaient à peu près les maîtres du commerce extérieur de la Russie. Cependant en 1787 (11 janvier), presque à la veille de la Révolution, elles aboutirent à la conclusion d'un traité de commerce et de navigation. D'ailleurs le commerce français dans la Baltique était fait presque exclusivement par les Hollandais.
Avec le Danemark il y eut en 1742 (23 août) signature d'un traité ; mais, dans la suite, les mesures prohitives prises par les Danois le rendirent à peu près vain. Avec la Suède un traité fut signé en avril 1740 et en août 1741 et confirmé en 1784 (22 avril), traité par lequel l'entrepôt de Gothenbourg était concédé à la France.
En septembre 1784 un arrêt du Conseil admit en franchise à l'entrepôt pendant six mois les marchandises du Nord introduites par bâtiments français.
Le commerce des deux Etats Scandinaves avec la France ne dépas- .sait guère en 1787-1789 20 millions, moitié à l'importation et moitié à l'exportation.
A la fin du règne de Louis XIV les importations des contrées du Nord (Etats Scandinaves et Russie) étaient estimées valoir 2.300.000 livres ; elles s'élevaient à une trentaine de millions au moment de la Révolulion. Elles consistaient surtout en bois de construction, en cuivre, plomb, fer, en chanvre et en suif. Les exportations de France avaient passé de 6.800.000 livres à une trentaine de millions ; le sucre et le café, M consommation immense et toujours progressive », dit Arnould,le vin et l'eau-de-vie étaient les principales marchandises importées. Mais presque tout ce commerce se faisait par voie indirecte, sous pavillon étranger.