‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 150 sur 175 · II. — Hors d'Europe · texte numérisé non relu

II. — Hors d'Europe

Le Levant. — Les Echelles du Levant étaient au nombre de douze dont les principales étaient Smyrne , Constantinople , Salonique, Alexandrette (^Alep), Alexandrie.

Le commerce de la France avec le Levant et les nations barbares-

LE COMMERCE EXTERIEUR

ques était, à Timporlation en France de 3.400.000 livres en 1716 et de 37.700.000 livres à la veille dé la Révolution ; à l'exportation de France il était de 2 millions en 1716 et 25.600.000 livres en 1786-1788'.La France tirait du Levant et des Etats barbaresques des tissus, des matières telles que laine, coton, soie, poils de chèvre, cuirs, de l'huile, du café, du blé; elle vendait du café, du sucre, des liqueurs, des draps londrins, du papier, de la bonneterie, des drogues, et expédiait pour 5 millions environ de matières d'or et d'argent. Le relèvement de ce commerce qui avait beaucoup baissé pendant la dernière partie du règne de, Louis XIV, était donc considérable et certainement, comme le dit Arnould, il était plus fort qu'il n'avait jamais été dans les siècles antérieurs. Les capitulations avec la Porte avaient été renouvelées en 1740. En 1759 un règlement autorisa les négociants de toutes les parties de la France à envoyer directement leurs marchandises dans les Echelles du Levant.

Les Etais barbaresques. — En octobre 1706 avait été créée une Compagnie d'Afrique qui avait racheté les Compagnies du Bastion et du Cap Nègre. Elle avait importé en France, surtout pendant les disettes de 1708 et de 1709, beaucoup de blé ; ce qui n'avait pas empêché Chamillart de lui reprocher d'en introduire aussi en Espagne. Comme par le passé, les Marseillais se montraient hostiles à cette compagnie, quoiqu'elle ne fut pas investie d'un monopole.

En 1712 une nouvelle Compagnie succéda à la première. Elle passa avec le bey de Gonslantine une convention qui autorisa l'exportation du blé.

La Compagnie des Indes, créée par Law, racheta le privilège, mais ne fit pas de bénéfices. Après la chute du Système, elle céda le trafic du Bastion, de La Calle, de Colio et de Bône* et la pêche du corail à une nouvelle Compagnie d'Afrique (1730).

A Tunis, le règne de Hussein Ben Ali (1705-1735) ne fut pas défavorable au commerce français (lequel s'exerçait sur les mêmes articles qu'au xvii' siècle), malgré les avanies auxquelles les marchands étaient toujours exposés et les rivalités qui divisaient les nations et même parfois les Français entre eux. Le successeur d'Hussein Ben Ali ne suivit pas la tradition de son prédécesseur et, en 1741, la paix fut rompue.

En 1737 un traité de rachat des esclaves fut conclu avec le Maroc.

En somme le commerce de la Barbarie était réduit alors à peu de chose ; dans le premier tiers du xvm* siècle il resta le plus souvent au-dessous

1. Chaplal ne donne pour l'importation de France qu'une vingtaine de millions, valeur de la cargaison de deux cents à trois cents navires jaugeant en tout 25.000 à 40.000 tonneaux. Les retours valaient 30 à 40 millions.

2. Le Cap Nègre avait été saccagé en 174t. Des tentatives faites à plusieurs reprises pour occuper l'Ile de Tabarca échouèrent jusqu'au traité du 8 octobre 1787.

de 500.000 livres et il ne monta jamais à un million. Les Anglais avaient en grande partie supplanté les Français, surtout au Maroc.

La seconde moitié du xviii® siècle fut un peu plus favorisée. Le 16 janvier 1764 un nouveau traité fut signé avec le dey d'Alger; le 28 mai 1767, un traité avec l'empereur du Maroc. Une Compagnie royale d'Afrique fut créée par édit du 22 février 1741, compagnie perpétuelle au capital de 1.200.000 livres.Celle-ci.pour la première fois, fut placée sous le contrôle du gouvernement et de la chambre du commerce de Marseille ; néanmoins des rivalités, provenant principalement des actionnaires, troublèrent l'harmonie au sein de la direction, jusqu'au jour où Martin, négociant de Marseille, fut devenu directeur.

La Galle était le siège principal delà Compagnie; à Bône et à Collo il n'y avait que des comptoirs. A Tunis et à Alger résidait, outre le consul, un agent de la Compagnie qui ne participait pas à l'administration. Depuis 1753 les établissements étaient devenus la propriété de la couronne.

Le personnel inférieur laissait beaucoup à désirersous le rapport de la moralité. « La Compagnie, écrivait l'abbé Poiret vers la fin du xviii^ siècle, reçoit indistinctement tout ce qui se présente. Si elle ne voulait que des honnêtes gens, La Calle serait déserte. L'honnête homme ne s'expatrie pas pour gagner peu et risquer beaucoup. Aussi celte place n'est elle habitée que par des hommes perdus par le libertinage, la débauche, sans principes de religion ». Il est vrai que la vie n'était pas douce; il fallait se tenir continuellement en garde contre les attaques des indigènes sur lesquels le bey n'avait presque aucune autorité ; il fallait acheter par des redevances et des présents la neutralité des chefs.

Vers la fin de l'ancien régime,les relations avec Tunis prirent quelque extension. Avec Tripoli la paix ne fut pas troublée depuis le traité de 1729 ; mais le commerce fut toujours bien restreint. Au Maroc, à peu près pacifié depuis 1750, le sultan finit par signer un traité avec la France le 28 mai 1767, traité avantageux qui maintint jusqu'à la Révolution la paix commerciale, non toutefois sans incidents désagréables.

La Compagnie créée en 1741 fit un peu plus de commerce que les précédentes : environ 2 millions de livres par an ; une seule année (1752) le chiffre atteignit 3 millions. Toutefois, à partir de 1766, avec la liberté du commerce des grains, ce commerce augmenta et la Compagnie réalisa des bénéfices.

Le produit de la pêche du corail était très variable d'une année à l'autre et était généralement fort médiocre. Les Italiens avaient plus de succès.

L'exportation du blé, très variable aussi, avait plus d'importance, quoiqu'elle n'ait atteint que très rarement le chiffre de 1.200.000 quintaux. Venaient ensuite celle des cuirs et des laines et des marchandises

LE GOMMEHCE EXTERIEUR 3^y

du Soudan que les caravanes apportaient à Tunis, à Fez, à Salé et à Mogador.

Côte occidentale d'Afrique. — Le commerce de la côte occidentale de l'Afrique, de Sierra-Leone au cap de Bonne-Espérance, dit commerce de Guinée, avait été déclaré libre en 1716 à la suite de la cession de l'Assiente à l'Angleterre. La côte au nord de Sierra-Leone était réservée à la Compagnie du Sénégal, absorbée pendant un temps dans la Compagnie des Indes. Son privilège, renouvelé pour dix ans en 1786, fut abrogé en 1791. Son principal commerce consistait dans l'achat de noirs qu'elle transportait dans les îles d'Amérique. En 1716 on évaluait le commerce de cette côte pour l'exportation d'Afrique en France à 2.000 esclaves d'une valeur moyenne de 1.000 livres par tête et à 500.000 livres en marchandises ; pour l'exportation de France en Afrique, à 650.000 livres. En 1789 l'exportation de France s'élevait par an en moyenne à 18 millions de livres, dont 10 millions en marchandises étrangères % et l'exportation d'Afrique à 1 million 1/2 en marchandises et à 30.000 esclaves d'une valeur moyenne de 1.300 livres. Avant la guerre d'Amérique, ce nombre n'était que de 15.000. « C'est une progression au delà de toute mesure », fait observer Arnould. « Ce commerce est la honte des peuples modernes, et encouragé cependant par des récompenses pécuniaires depuis son origine. » Le gouvernement en effet avait favorisé ce trafic en améliorant l'état des comptoirs d'Afrique, en encourageant les armateurs (règlement d'octobre 1784) par une gratification de 40 livres par tonneau pour les bâtiments se rendante la côte d'Afrique et par une prime de 60 à 100 livres, élevée ensuite à 160 et 200 livres, par noir introduit dans Saint-Domingue et aux îles du Vent *.

Asie. — Nous avons parlé du commerce des colonies françaises dans les chapitres précédents ; nous n'y reviendrons pas. Il ne reste à ajouter que quelques mots sur celui de la Chine. Il était libre pour tout Français. Le gouvernement avait obtenu en 1743 à Whampoa un lieu salubre pour établir un magasin.

Dans les dernières années qui précédèrent la Révolution, la France exportait pour l'Orient une valeur de 17 millions 1/2 de livres, dont 15 en piastres. Les retours étaient, d'après les comptes de la nouvelle Compagnie des Indes et des autres négociants, de plus de 34 millions. Le bénéfice était loin d'être égal à la différence des deux sommes, parce qu'il y avait à en déduire les frais de navigation et d'administration. Ce coramerce,qui consistait à l'importation en France, en toiles de coton blanches ou peintes, en mousselines, nankins, tissus de soie, poi-

1. Consistant en toiles dites guinées, en cauris, armes, poudre, etc. Nantes et Bordeaux étaient les centres de ce commerce.

2. Le gouvernement dépensa pour ces primeS 2.340.000 livres de 1785 à 1788.

vre, cannelle, thé, café, coton, soie, porcelaine, éventails, coquillages, etc., ne plaisait pas à Arnould qui l'envisageait du point de vue étroit du mercantilisme.

« Existe-t-il, demandait-il, une branche de commerce moins salutaire au progrès de la fortune publique de la France considérée essentiellement comme puissance territoriale que celui qui n'exporte aucune de nos denrées, aucun de nos ouvrages manufacturés, et qui nous apporte annuellement plus de 30 millions de marchandises de luxe toutes prêtes à consommer?... « Un semblable résultat n'est-il pas aussi éloigné que possible du véritable intérêt du corps de la nation composé de tant de citoyens sans propriétés foncières qui trouveraient leur subsistance en vêtissant eux-même les riches propriétaires avec les produits des manufactures nationales? /• Arnould parlait comme Mon tch rétien.

Etats-Unis. — A l'époque où les préludes de la guerre de l'indépendance interrompaient les relations commerciales de l'Angleterre avec la nouvelle république des Etats-Unis, les négociants français s'empressèrent d'envoyer clandestinement des cargaisons; mais ils commirent la faute de les composer de marchandises de rebut, s'imaginant que tout était bon pour des coloniaux. En 1778 (6 février), un traité d'amitié et de commerce ayant été signé entre la France et les Etats- Unis et suivi le même jour d'un traité d'alliance éventuelle et défensive, ce commerce augmenta ; les exportations de France montèrent à 3.200.000 livres, les importations on France à 2.460.000 livres.

« Les soins du ministère français auprès du congrès réussirent à persuader à de bonnes maisons américaines de faire visiter nos manufactures. Les cargaisons furent bien composées et, à l'exception des quincailleries, toutes se trouvèrent en état de lutter contre les marchandises anglaises. « A la fin de la guerre les importations des Anglo-Américains atteignaient 8.233.000 livres et les exportations des Français 11 millions 1/2.

Mais la paix de 1783 rouvrit les Etats-Unis à tous les iraliquants. Les marchandises affluèrent de toutes parts jusqu'à plus de 100 millions de livres, dit-on. « Le crédit seul pouvait faire écouler cet amas ; mais son extension devait avoir des suites funestes pour les manufacturiers d'Europe. Les banqueroutes commencèrent dans les Etats-Unis d'Amérique dès les premiers mois de 1784 et se multiplièrent. Les pertes de ceux qui furent enveloppés dans les importations désastreuses de 1783 et de 1784 firent une forte impression sur nos places de commerce... Les négociants français quittèrent la partie aussi légèrement qu'ils s'y étaient engagés. »

Le gouvernement travailla à renouer des liens que la mauvaise renommée des marchandises françaises, d'une part, et du crédit américain, d'autre part, avait rompus. Par arrêt du Conseil d'août 1784, il

LE COMMEKCË EXTERIEUR

autorisa les navires étrangers de 60 tonneaux de jauge au moins à déposer ou à décharger dans les entrepôts certaines marchandises, précisément celles que les Etats-Unis étaient le mieux en étal de fournir.

Une convention du 14 décembre 1788 fixa les droits des consuls dans les deux pays.

Par règlement de décembre 1787 les produits delà pêche américaine furent admis en France avec le bénéfice de la nation la plus favorisée ; les navires de construction américaine purent être vendus en franchise en France ; les bois de construction, la potasse, etc. d'Amérique furent admis en payant un droit de 8 p. 100.

La valeur moyenne du commerce de la France avec les Etats-Unis a été en 1787-1789 de 9.600.000 livres à l'importation en France et de 11.100.000 livres à l'importation dans les Antilles françaises, de 1 .800.000 livres à l'exportation de France aux Etats- Unis et de 6.400.000 livres à l'exportation des colonies françaises aux Etats-Unis'. Le résultat a donc été alors médiocre pour la France ; l'importation anglaise est restée maîtresse du marché américain « Le plus essentiel, dit avec raison un homme bien informé, est d'établir dans les Etats-Unis des maisons de commerce, comme les Anglais. >> Le conseil pourrait être répété encore au xx* siècle, comme celui de Fourier.

Le droit d'aubaine. — Le droit d'aubaine était une coutume barbare que le moyen âge avait créée ou érigée en institution féodale régulière ; c'était un obstacle aux relations internationales de commerce. Depuis longtemps des conventions en avaient exempté certaines catégories de personnes et plusieurs nations. Le progrès des idées sur le droit des gens le condamnait au xviii' siècle ; aussi, dans la seconde moitié de ce siècle, nombre de conventions du genre de celle que nous avons citée pour les Villes hanséatiques furent-elles conclues ou renouvelées, avec l'impératrice reine de Hongrie (24 juin 1766), avec le duc des Deux- Ponts (12 mai 1766), avec la ville d'Aix-la-Chapelle (26 novembre 1766), avec le grand duc de Toscane (6 décembre 1768), avec la noblesse immédiate de l'Empire (1769), avec les Provinces-Unies des Pays-Bas (23 juillet 1773), avec le Wurtemberg (14 avril 1778), avec le landgrave de Hesse-Darmstadt (27 juillet 1779).

1. La moyenne des trois années (1787-1789), d'après Chaptal, est de 16.2 millions à l'importation en France et de 1.5 à l'exportation. Mais il ne parle pas du commerce avec les colonies.

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