LIVRE PREMIER. — CHAPITRE PREMIER
siècle de l'ère chrétienne et qui donne une idée exacte des avantages naturels dont cette contrée était douée pour le commerce. De tous les fleuves tributaires de la Méditerranée le Rhône, continué par la Saône, présente seul une longue ligne d'eau, presque droite, qui permettait à la navigation de remonter de la Mer intérieure, le grand champ du commerce maritime et de la civilisation dans l'antiquité, jusque dans les contrées barbares du Nord; si la remonte était pénible sur le Rhône à cause du courant, elle était facile sur la Saône. De cette rivière on passait par des portages de peu d'altitude dans les bassins delà Loire, de la Seine, de la Meuse et du Rhin où l'on trouvait d'autres voies navigables. Si entre le Rhône et l'Italie s'interpose la haute chaîne des Alpes, c'était encore du côté de la Gaule qu'étaient les cols les plus nombreux et les plus accessibles. Dans la partie occidentale de la province romaine, l'Aude n'est séparée que par un seuil presque insensible de la Garonne qui débouche dans l'Océan. Enfin la marée qui remonte à une grande distance de la côte dans les trois fleuves océaniques donne place à des ports maritimes dans l'intérieur des terres.
Cette configuration des lieux devait contribuer beaucoup à la fortune commerciale de la Gaule. Elle était appréciée et elle a servi dans l'antiquité ; ainsi, au nombre des divinités local* auxquelles les Gaulois rendaient un culte, on trouve plusieurs cours d'eau, le Rhin, la Seine, l'Yonne. Elle lui a servi au moyen âge et jusque dans les temps modernes. Un écrivain du xv» siècle s'est exprimé à cet égard exactement comme Strabon ', et, à la fin du xvn" siècle, Vauban, qui con-
1. Le débat des hérauts d'armes de France et d'Angleterre. Le héraut de France répond ainsi au tiéraut d'Angleterre ; « Item, et si ont plus, car iiz ont. IIII. fleuves si l)ien proporcionnez que tous les biens qui croissent ou royaume de France, se c'est leur plaisir, ilz les font venir à la mer : Premièrement, la rivière du Rosne ou se frappe la rivière de Saune qui départ le royaume de France et l'Empire, s'en va descendre a Beaucaire et entre en la mer ; la rivière de Loire qui descend depuys Roenne jusques en Bretaigne ; tous biens croissent environ icelle ; la rivière de Sayne qui descent en Normandie, ou plusieurs bonnes rivières se frappent ; la rivière de Somme qui passe par Picardie et s'en va a la mer, en Guienne, la trrs belle et renommée rivière de Gironde en laquelle se frappe la rivière de Garonne et celle de Dordoigne et plusieurs autres, qui apportent tant de biens que merveille/ du hault pays. Et sachez que Gironde est une des plus belles rivières du monde, et porte gros navire de mer, XXVI lieues en terre ou plus. VX si avez la rivière qui passe Bayonne ; en Xainctonge, la rivière de Cherante qui porle navire de mer bien parfoal en terre; et la rivière de Brouaige ; et en Poictou la rivière de la Soivre, le Loy, la rivière de la Vie, qui porte navire de mer. Et en effect il n'est royaume ou monde' mieulx garny ne mieulx proporcionné de fleuves et rivières que est le royaume de France. VA ainsi le royaume de France a cest avantaige sur vous, car il se aide de la mer et des diz fleuves s'il veult, et peut on aler par terre, sans passer mer, en Espaigne, en Lombardie, en Almaigne, ou la ou bon luy semble. Et vous ne le povez pas faire, car vous estez avironncz de mer, et ne povez saillir de vostre royaume que par mer ; et si ung puissant prince esloit roy de la mer et plus fort que vous, vous seriez asseigez et ne pourriez avoir secours. Hit votre richesse d'environ la terre aeroit perdue, et ainsi ce mot < environ » vous est trop préjudiciable. i
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LA GAULE PREROMAINE •»
naissait bien la géographie de la France, a vanté aussi les avantages de sa navigation fluviale.
Ces avantages sont beaucoup moindres aujourd'hui ; cependant ils sont encore très appréciables, quoique les perfectionnements des moyens de transport en aient très sensiblement réduit la valeur. Depuis le xvn* siècle et surtout durant la première moitié du xix® siècle, l'utilité des voies navigables s'était môme accrue par la construction des canaux de jonction. Depuis la seconde moitié du xix^ siècle, la construction des chemins de fer a enlevé aux voies d'eau la supériorité qu'elles avaient sur les voies de terre en permettant de tracer des lignes de transport rapide et économique partout où le besoin s'en fait sentir.
D'autre part, l'accroissement du tonnage des navires a rendu moins utilisables les ports intérieurs des trois grands fleuves océaniques.
Les Gaulois. — Les Celtes s'étaient établis en Gaule vers le vii^ siècle avant l'ère chrétienne. Ils paraissent avoir envahi le pays au sud de la Loire et avoir détruit ou refoulé les Ligures au vi" siècle et avoir formé un Etat naissant sous l'autorité d'un roi, au moins jusqu'au IV* siècle où cet Etat s'est démembré.
Posidonius, écrivain du i" siècle avant l'ère chrétienne, dont Diodore de Sicile, autre écrivain dans lequel on ne doit avoir qu'une médiocre confiance, nous a transmis les descriptions, représentait les Gaulois comme des hommes grossiers, assis par terre sur des peaux de chien ou de loup, faisant rôtir pour leurs festins des moutons et des bœufs entiers, troquant avec des marchands italiens un esclave contre un tonneau de vin, ne connaissant guère d'autre plaisir que l'ivresse, d'autre parure que les colliers d'or dont ils se chargaient les bras, ou que la tête de leur ennemi qu'ils pendaient au cou de leur cheval. Ils étaient, d'autre part, réputés pour leur bravoure et pour leur mépris de la mort.
Dans la Gaule centrale les druides, qui paraissent avoir exercé longtemps une très grande autorité comme ministres du culte, savants et juges, et les chevaliers (équités, dit César) qui les avaient en grande partie supplantés, formaient les classes dominantes. La plèbe,dit César, n'avait aucun pouvoir dans les assemblées ; elle était réduite dans la clientèle des grands à un état voisin de la servitude. Presque toute la population vivait dans les campagnes ; les oppida, au temps de César, n'étaient pour la plupart que des camps retranchés destinés à servir de refuge en cas d'invasion.
La barbarie était plus profonde chez les peuplades du Nord que chez celles du midi. Quand César, près d'envahir le territoire des Nerviens, s'informa de leurs mœurs, il apprit qu'ils interdisaient l'accès de leur territoire aux marchands, afin de ne pas laisser pénétrer chez eux les inventions d'un luxe qu'ils ne jugeaient proprequ'à amollir les courages.