‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 25 sur 175 · LIVHE PREMIER. — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVHE PREMIER. — CHAPITRE PREMIER

L'âge de la pierre. — On ne connaît f^uère le commerce que pouvaient faire les habilanls de la Gaule chevelue avant la venue des Romains que par les objets, armes, outils, ustensiles, ornements que Ton a retrouvés dans des couches de terrain quaternaire et dans des tombeaux. Ce sont d'abord, durant une très ancienne période qui se rattache peut-être à la période glaciaire, des haches et des marteaux de silex taillés grossièrement par éclats en forme d'amande : ceux de la vallée de la Somme (Saint-Acheul) sont célèbres. Comme on les a trouvés par amas en certains endroits, on peut supposer qu'il y avait là des centres de fabrication et que le commerce les colportait en d'autres lieux. 11 en est de môme probablement pour les armes, haches, lances, flèches, couteaux de la période de la pierre taillée qui dénotent par leur genre de fabrication et par quelques productions artistiques une civilisation plus avancée. Les coquillages et pierres de couleur employés comme ornement étaient sans doute aussi des objets de commerce, importés peut-être de loin. Durant la période de la pierre polie, la variété des matériaux, jais, serpentine, etc., atteste une provenance exotique. Il n'est pas nécessaire de supposer que le jais vînt de l'Inde, puisqu'on en a trouvé des gisements en Silésie ; mais de Silésie en Gaule, il a fallu qu'il fût l'objet de transports et d'échanges. Dans cette période aussi les accumulations de débris, comme ceux de Long^vy (Vienne) ou du Grand-Pressigny (Indre-et- Loire), donnent à penser qu'il existait des centres d'extraction, de fabrication et par conséquent de commerce. L'uniformité des types l'indique aussi. On peut en dire autant des poteries grossièrement travaillées, des anneaux, colliers, pendeloques qui ont été déposés dans des tombeaux.

On a retrouvé les traces d'un grand nombre d'oppida de l'époque néolithique qui avaient été construits sur des hauteurs et qui servaient sans doute de refuge en cas d'attaque. Quelques-uns étaient peut-être des stations commerciales : par exemple le mont de Chassay, sur la passage de la Saône à la Loire.

Dans les habitations lacustres de la Suisse, on a trouvé des poteries, des ustensiles en pierre et en os semblables à ceux des dolmens de la Gaule occidentale. Il devait donc y avoir des communications entre les habitants de ces contrées. On a trouvé aussi des produits de leur culture, blé, seigle, orge, lin et des ossements de bétail.

Les pierres énormes dont sont faits les dolmens, très nombreux dans le Morbihan et le Finistère, dans le Lot, l'Aveyron, la Lozère et l'Ardèche, attestent sinon l'existence d'un commerce, du moins le transport de poids considérables à de grandes distances : ce qui exigeait une association de forces en même temps qu'un certain art. Ne peuton point les comparer, au point de vue des moyens d'exécution, au

LA GAULE PREROMAINE '

transport des blocs de pierre dont nous voyons l'image sur des basreliefs assyriens et égyptiens ?

L'emploi des métaux. — A mesure qu'on se rapproche des temps historiques, on trouve de nouveaux témoins du commerce qui se faisait en Gaule. Les « tumuli », dont l'aire est très étendue, renfermaient, comme les habitations lacustres d'ailleurs, des épées, des faucilles, des haches, des colliers, des bracelets, des fibules, objets fabriqués avec des métaux, bronze, argent, or, fer. Les plus anciens « tumuli « appartiennent à l'époque du bronze ; d'autres, élevés postérieurement, contenaient de grandes épées en fer mêlées à des armes de bronze. On a trouvé môme des objets d'art de provenance grecque. Les épées découvertes dans les cimetières de la plaine de Champagne sont toutes en fer, plus courtes que les épées des « lumuli ». Tous ces objets devaient être des produits d'ateliers domestiques d'où les marchands les colportaient dans les tribus gauloises. Parmi les métaux l'or a pu de très bonne heure servir de parure et d'objet d'échange ; le cuivre, d'après l'hypothèse de certains érudils, aurait pu être employé plus de 3.000 ans avant l'ère chrétienne ; puis le bronze, alliage de cuivre et d'étain venus probablement des mines de la Grande-Bretagne, C'est vers 600 ou 500 ans avant Jésus-Christ que des érudits ont placé les débuts du fer en Gaule dont l'usage fut cependant bien moins répandu que celui du bronze.

Les monnaies. — La numismatique concourt à faire connaître les relations de la Gaule chevelue avec les nations civilisées de la Méditerranée. Marseille recevait par son commerce beaucoup de monnaies de la Grèce et de l'Asie Mineure dès le vi** siècle avant l'ère chrétienne. Elle en frappait elle-même et ces monnaies passaient dans la Gaule chevelue ; on en a trouvé non seulement dans la région côtière, mais jusque chez les « Pelrocorii » '. Vers le temps des invasions des Gaulois en Grèce et en Italie, ces barbares commencèrent à frapper euxmêm.es des pièces de monnaie, en imitant les types massiliotes et grecs, par exemple les stalères d'or de Philippe, puis au second siècle les types romains. Mais leur imitation était en général grossière, leurs symboles fantastiques, quelquefois grotesques ; il est à remarquer que, si le dessin a une certaine pureté chez les Arvernes, il semble s'altérer à mesure qu'on s'éloigne de la Narbonnaise et qu'il est tout à fait bizarre chez les Armoricains. Les monnaies gauloises paraissent avoir d'ailleurs dégénéré à la fois comme type et comme pureté de métal durant les derniers siècles qui ont précédé l'ère chrétienne.

Les Phéniciens et les Grecs. — L'histoire, de son côté, nous ap-

1. Les monnaies massiliotes et gauloises sont en très grand nombre dans les coileclioDS publiques.

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prend que, bien des siècles avant l'ère chrétienne, les Phéniciens possédaient des comptoirs, emporia, sur les côtes de la Méditerranée, probablement ceux de Portus Veneris (Port-Vendres), d'Arx Herculis Monœci (iMonaco), de Ruscino (Caslel-Roussillon), d'Héracléa (St-Gilles), etc. ; qu'ils achetaient aux indigènes la laine et le plomb argentifère des Cévenncs, la poudre d'or recueillie dans le limon des rivières * et qu'ils troquaient ces produits indigènes contre des armes, des étolFes, des bijoux, de la poterie 2, Peut-être, à une certaine époque, avant d'avoir poussé leur navigation jusqu'à l'île de Bretagne, les Phéniciens apportaient-ils l'étain du Cornouailles par les cours d'eau de la Gaule. Au vi" siècle, après la prise de Tyr par les Babyloniens, les comptoirs phéniciens déclinèrent.

Au iv" et au v* siècle les Etrusques, à en juger par des objets trouvés dans les tombeaux, ont lait aussi commerce avec les Gaulois.

L'histoire, mêlée de légendes, nous apprend aussi que les Phéniciens, les Carthaginois, les Etrusques, les Grecs se trouvèrent en concurrence dans la Méditerranée occidentale et s'y disputèrent le commerce et la possession des îles.

Les Grecs vinrent disputer aux Phéniciens les bénéfices du trafic en Gaule. Un Phocéen du nom d'Euxenos, marié à la fille du chef des Ligures, aurait reçu de son beau-père un territoire, muni d'un port naturel, sur lequel il aurait fondé, 600 ans avant l'ère chrétienne, la ville de Massilia. Les Phocéens, fuyant la domination des Perses après la ruine de leur patrie (542), vinrent grossir la colonie massiliote. Massilia, vaincue dans la bataille navale d'Alalia par les Etrusques, perdit la Corse. Mais quand les Perses eurent été vaincus à Salamine, quand l'Etrurie eut été conquise par les Romains, la marine de Massilia prit la première place. Ma^^silia était une république prospère au milieu du iV" siècle. Les Marseillais à leur tour couvrirent de leurs comptoirs la côte entre Nicaî (Nice) et Agatha (Agde), portèrent leur influence dans la vallée du Rhône jusque chez les Eduens, importèrent la culture de l'olivier et de la vigne dans la région côtière, y répandirent l'usage de leur alphabet et de la monnaie, devinrent les fidèles alliés de Rome qui avait les mêmes ennemis qu'elle, les Etrusques et les Carthaginois.

Vers l'an 300 avant l'ère chrétienne Marseille devait déjà étendre au loin son commerce, car elle envoya deux explorateurs à la recherche de pays nouveaux et lointains avec lesquels elle pût lier des relations. L'un, Pythéas, côtoya la Péninsule ibérique, longea la côte occidentale de l'Ile de Bretagne où se trouvent les mines d'étain, depuis long-

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