CHAPITRE [I
LA GAULE ROMAINE
SoMMAiHE. — Transformation de la Gaule (11). — Lyon et les voies romaines (11). — La navigation fluviale ^13). — Les collèges de naviculaires et de nautes (14). — Un marchand (iri). — Quelques grandes cités (lî)), — Objets principaux du commerce de la Gaule (17). — La vie rurale (18). — L'impôt du portorium (19). — Décadence (20). — La monnaie et les variations de prix (21). — L'intérêt de l'arpent (23).
Transformation de la Gaule. — La Gaule s'appropria avec une merveilleuse facilité les inslilulions des vainqueurs. Déjà, avant la conquête de la Gaule chevelue par César,Cicéron dans son plaidoyer pour Fonteius en parlait, mais il pensait surtout à la Province. Bientôt, pendant et après la conquête, une partie de Taristocralie gauloise reçut de César ou d'Auguste le litre de citoyen romain. Des municipes se fondèrent de toutes parts sur le modèle des municipes italiens.
La langue latine se répandit si bien que Strabon pouvait écrire que les Gaulois n'étaient plus des barbares, qu'ils s'étaient en grande partie transformés suivant le type romain par la langue, par la manière de vivre et même quelques-uns par la politesse, et qu'on ne retrouvait plus les vieilles coutumes gauloises que dans le voisinage des Germains ou dans les récits des auteurs. Dion Cassius écrivait de son côté: « Cette Gaule qui nous envoyait les Ambrons et les Cimbres est soumise maintenant et cultivée aussi bien dans toutes ses parties que l'Italie même. Les fleuves se couvrent de navires, non seulement le Rhône et la Saône, mais la Meuse, mais la Loire, mais le Rhin, mais l'Océan. »
Lyon et les voies romaines. — Lyon, l'acropole de la Gaule, comme dit Strabon, fondé en 43 avant J.-C.sur l'emplacement d'une bourgade gauloise, au cœur du pays, au débouché des Alpes et au confluent de la Saône et du Rhône, devint en peu de temps la métropole et le centre d'un grand commerce entre cette province et l'Italie. Tous les ans il s'y tenait une foire importante. L'administration impériale y établit un atelier monétaire.
Quatre grandes voies, à la fois militaires et commerciales, commencées sous l'administration d'Agrippa pendant le règne d'Aiigusle,
furent construites ; elles aboutissaient de Lyon aux quatre extrémités de la Gaule, aux rives du Rhin, au détroit de Bretagne par les capitales des Rémois, des Bellovaques, et des Ambiens, à l'Océan aquitanique (Saintes et Bordeaux), et à l'embouchure du Rhône *. Quatre chemins accessibles aux bêtes de somme, franchissant les Alpes par le Summus Penninus (Grand Saint-Bernard), par le Grains Mons (Petit Saint-Bernard), qui était la route principale, par le Mons Matrona (Mont Genèvre") et par le col de Largentière, réunissaient Lyon à l'Ilalie, La route côtière (à peu près la route de la Corniche) conduisait aussi en Italie et se continuait à l'ouest jusqu'en Espagne par Narbonne et le Perthus. Quelques chemins étaient frayés par les cols qui se trouvent à l'ouest des Pyrénées.
Ce premier réseau ne tarda pas à se ramifier ; il couvrit toute la Gaule. De Chalon-sur-Saône, centre important, partirent plusieurs voies, aboutissant une,par Vesuntio (Besançon), sur le Rhin à Augusla Rauracorum (Bâle) ; une autre suivant la Moselle jusqu'à Augusta Trevirorum (Trêves) et de là gagnant Mogunliacum (Mayence) d'une part et Colonia Agrippina (Cologne) d'autre part ; une troisième suivant la Loire jusqu'à Aurelianum (Orléans) par Augustodunum (Autun); une quatrième se détachant à Augustodunum, rejoignant au nord-ouest Lutetia, au nord Durocortorum (Reims) et de ces deux villes se ramifiant en diverses directions. A Bordeaux aboutissaient, outre la route de Lyon, celle de Belgique par Lutèce et Saintes, celle d'Espagne par Dax, celle de la Narbonnaise par Toulouse. Savamment et solidement construites d'abord pour les armées romaines au point de vue de la domination, ces routes étaient entretenues au moyen de la prestation, cura viariim *. Diodore (V, 21) nous apprend qu'on pouvait aller en trente jours de l'embouchure de la Seine au delta du Rhône, parcours d'environ 1.000 kilomètres, soit 33 kilomètres par jour ; c'est une vitesse à peu près égale à celle qu'on trouve dans quelques documents du moyen '^^e et même du xvn* siècle.
Sur mer, il y avait trois jours de navigation d'Ostie en Narbonnaise ; ce qui correspond à un peu plus de 200 kilomètres en 24 heures.
Ces voies servirent au commerce et devinrent un instrument de richesse et de civilisation. On peut se faire relativement, toute proportion réservée, une idée du changement que ces moyens de com-
1. La route du Rliin passait par Vesuntio (Besan(;on) et aboutissait au lleuve près d'Augusta Rauracorum (BAIe). La roule de Bretagne passait par Cabilionum (Chalonsur-Saône), Augustodunum (Autun), Ah'sia, Sens et aboutissait à Boulogne-sur-Mer. Celle de l'Océan se détachait de la précédente à Autun et gagnait la Loire à Genabum ( Orléans). Celle du Rhône suivait le lit du fleuve.
2. Des auteurs pensent que cet impôt a été supprimé à une certaine époque, ce qui semble peu proboble. Le code Théodosien dit: A tnanim munitione ntillun haheatur imniunis.
LA GAULE ROMAINE
munication opérèrent en Gaule au i^' siècle de l'ère chrétienne par celui qu'ont produit les chemins de fer en France au xix^ siècle.
Tel fut laffluence à Lyon que, dès les premières années de l'ère chrétienne le Conseil des trois Gaules, Consilium Irium Galliarum, s'y tenait et que Tan 10 de l'ère chrétienne, les députés des soixantequatre cités de la Gaule s'y réunirent pour l'inauguration du premier autel élevé « A Rome et à Auguste ».
Marseille, qui avait eu le malheur de s'être mise du parti de Pompée, trouvait maintenant une rivale, Narbo Martius (Narbonne), devenue colonie romaine * en 118 avant Jésus-Christ et métropole de la Narbonnaise, devint un centre important de l'industrie et du commerce. Pour prévenir l'ensablement de l'étang maritime (lacus Rubrensis) qui lui servait de port, les Romains y amenèrent, par des grands travaux d'endiguement, l'embouchure de l'Aude. Narbonne communiquait avec le Rhône non seulement par la voie de terre, mais par les étangs du littoral.
La navigation fluviale. — La navigation sur les cours d'eau devint active. Strabon vantait la voie navigable du Rhône, avec les escales d'Avignon, Orange, Vienne, Lyon, continuée par la Saône (Chalon) et le Doubs (Resançon) et voisine de la Seine (Lutèce) qui portait les bateaux jusqu'à l'Océan. Des portages furent établis ou améliorés entre la Saône et la Seine, entre l'Aude et la Garonne. Le canal de Marins, qui datait de la République, facilitait l'accès du Rhône aux bâtiments de mer et contribua à la fortune d'Arles, tète de ligne de la navigation du fleuve.
Le Rhin, la Meuse, la Seine avec la Marne>et lYonne, disposés en éventail, étaient reliés à la Saône à Cabillonum. De Genabum, où aboutissait la route de l'Océan, la navigation de la Loire conduisait dans le pays des Namnetes (Nantes) et à Corbilon (peut-être dans le voisinage de Saint-Nazaire). La Garonne, que de Narbonne on gagnait à Tolosa, conduisait les marchandises à Burdigala (Bordeaux).
Bordeaux que la nature avait doté de deux importantes voies d'eau, la Garonne et la Dordogne avec leurs affluents, devint en outre le centre d'où rayonnèrent, comme à Lyon, des voies de terre sur l'Espagne, sur la Méditerranée par Narbonne, sur la Gaule septentrionale par Saintes. Strabon, parlant de Burdigala au commencement du second siècle de l'ère chrétienne, dit que c'était une ville marchande et un port renommé, commerçant avec la côte septentrionale de la Gaule, avec l'île de Bretagne et l'Hibernie, portant dans ces pays, sur ses navires plats gréés de voiles en peaux, le vin, l'huile, les fruits conservés, les jambons des Pyrénées, des objets en poterie et en métal et en rapportant du blé, des métaux, de la laine. Ce commerce continua et se déve-
1. D'abord sous les noms de Julia paterna, Colonia decumanorum.
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loppa pendant la période romaine '. Les étrangers fréquentaient la place ; on y a trouvé des tombeaux d'Espagnols, de Grecs, d'Asiatiques.
Les collèges de naviciilaires el de naules. — Sur les cours d'eau les mariniers formèrent des associations semblables à celles des collèges d'arlisans el de bateliers de Tltalie. Quelles étaient les règlements professionnels de ces collèges? Jouissaient-ils du monopole du transport ? Nous sommes plus renseignés sur leur organisation corporative, leurs magistrats, leurs patrons, leurs fêles, que sur le fonctionnement de leur commerce. Les inscriptions funéraires nous apprennent au moins que ces associations étaient nombreuses.
On en distinguait deux espèces, les naviculaires qui faisaient un commerce maritime et les naules qui faisaient les transports sur les cours d'eau et peut-être aussi certains transports par terre ; car sur le fragment d'une pierre portant NAUTA ARARICUS H.M.S.L.U.N.S., on voit une voiture attelée de deux chevaux dont un homme décharge les ballots.
Les naviculaires avaient pour fonction de transporter à Ostie le blé de l'annone, c'est-à-dire le blé prélevé à titre d'impôt sur les provinces el destiné à l'alimentation du peuple de Rome. Ce blé venait principalement de la Sicile, de l'Afrique et de l'Egypte ; il en venait aussi d'autres provinces, particulièrement de la Gaule. On a trouvé en Gaule huit inscriptions relatives à des naviculaires. Le Corpus inscriptioniim latinarum (t. XII) nous apprend qu'il y en avait, entre autres localités, à Narbonne.
Le service des naviculaires, qui remontait au temps de la République, avait été placé au temps d'Auguste sous l'autorité du préfet de l'annone. Les premiers renseignements que l'histoire fournil sur leurs collèges datent des règnes d'Anlonin et de Marc-Aurèle. Sous Seplime- Sévère leur service était devenu une charge, munus publicum, charge qui devint à la tin obligatoire {sinl perpelui navicularii, dit le Code Théodosien) et héréditaire. Quand un naviculaire mourait sans héritier, son bien était dévolu non au fisc, mais à la corporation. La loi les rendait responsables du blé et de l'argent (car ils apportaient à Rome les produits divers de l'impôt, en argent comme en nature) qu'ils convoyaient ; il leur était défendu de s'écarter de la route directe et de s'arrêter trop longtemps dans un port. En certains cas, les retards et les fraudes étaient punis de mort ; l'exactitude de leur service importait au salut de l'Etat. En compensation la fonction procurait privilèges et honneurs. « Il a paru juste, dit Callistrate cité dans le Digeste, de les indemniser des périls qu'ils courent et même de les
1. Ausooe cils aussi le suiT, la cire, la puix, le papyrus, les lorches.
LA Gaule romaine
encourager par des récompenses ; car il n'est pas déplacé de dire que lorsqu'ils s'occupent de l'approvisionnement de la ville, ils sont absents pour cause d'intérêt public. » Ainsi l'Etat leur fournissait des matériaux de construction et leur payait un fret déterminé. Us étaient exempts dans toute l'étendue de l'Empire des charges fiscales et des fonctions publiques. Depuis le règne de Constantin ils étaient élevés au rang de chevaliers après cinq ans d'exercice.
Les collèges de nautes, auxquels on peut rattacher les collèges des utriculaires (mariniers transportant les marchandises sur des radeaux soutenus par des outres?) n'avaient ni les mêmes obligations, ni les mêmes privilèges. Les inscriptions tombales nous font .savoir qu'il y avait des nautes sur le Rhône, la Saône, l'Isère (avec des radeaux), l'Ardèche, l'Ouvèze, la Durance, sur la Loire, sur la Seine, sur la Moselle,probablement surIeRhin.il n'est pas douteux qu'il y en eût aussi sur d'autres cours d'eau pour lesquels il n'existe pas de texte lapidaire, par exemple sur la Garonne dont la navigation était nécessairement active.
Les villes qu'habitaient les voiluriers d'eau, mentionnées par les inscriptions sont Lyon, Valence, Tournon, Arles, Nîmes, Gavaillon, Genève dans le bassin du Rhône, qui était la grande voie commerciale, puis Antibes, Nantes, Paris '.
A Paris ce n'est pas une inscription funéraire, c'est un autel élevé dans l'ile de la Cité qui nous fait connaître l'existence d'un collège de nautes, et nous apprend que cette institution s'était déjà introduite dans la Gaule septentrionale au temps de Tibère.
Tib. Caesare Aug. Joui opium. maxsumo M. Nautse Parisiaci publiée posieriint.
Un marchand. — Les marchands, paraît-il, voyageaient souvent en caravane, afin de s'entr'aider et de se défendre. Ausone, au v° siècle, fait un portrait satirique de son intendant Philon, qu'on peut citer, mais qu'on ne peut pas prendre pour le type du marchand gaulois : « Il brocante sur tous les marchés... il troque du vieux sel contre du froment ; le voilà marchand consommé ; il court les fermes, les campagnes, les villages, les cités, négocie par terre et par mer; barques, bateaux, chaloupes, brigantins, navires, le promènent sur le Tarn et la Garonne. Il fait ses profits de nos pertes et sauve ses pertes par la fraude. »
Quelques grandes ailés. — Lyon resta pendant toute la période romaine la métropole commerciale des Gaules. Il entretenait des relations non seulement avec l'Italie, mais avec des contrées méditerranéennes beaucoup plus éloignées : une inscription nous fait savoir
1, Pour Naibonae on possède une inscription de naviculaire Navicularius marinus.
qu'un marchand, natif de Syrie et décurion à Lyon, tenait un magasin garni de produits d'Aquitaine.
Lyon n'était pas, au premier siècle, le seul marché important. Narbonne, grâce à sa situation sur l'Aude et la lagune Rubrensis qui en faisait un port méditerranéen, en face du col de Naurouse qui la mettait en relation facile avec Toulouse, était devenue la rivale de Marseille. Strabon dit même qu'au i" siècle Narbonne était le marché le plus commerçant du pays.
Au IV'' siècle, Ausone, dans Ordo urbium nobiliwn, célébrait la prospérité commerciale de cette cité ;
Te Maris Eoi merces et Hiberica ditant OEquora, te classes Libici Seculique profundi, Et quidquid vario per fluraina, per fréta cursu Advehitur, loto tibi navigat orbe calaplus.
Ausone célèbre aussi Arles, la Rome gauloise, dit-il, entrepôt du commerce du monde romain, au passage du Rhône, unissant Vienne, débouché des Alpes, et Narbonne.
Les oppida, qui avaient servi de forteresses aux Gaulois barbares, furent peu à peu abandonnés quand la campagne eut été pacifiée et quand des cités, placées dans des lieux plus propres à la pratique des arts et au commerce, les remplacèrent, bâties les unes sur remplacement d'anciennes bourgades, les autres sur des terrains inoccupés, le plus souvent sur la rive des cours d'eau. Ce furent autant de marchés neufs. C'est ainsi qu'à l'oppidum gaulois de Bibracte dans le Morvan se substitua, au croisement de plusieurs voies romaines, Augustodunum (Autun), qui devint promptemenl une capitale importante ; qu'à Gergovie se substitua Augustonemetum (Clermont). A ce nombre des cités qui se formèrent et grandirent dès les premiers siècles, il y a surtout à ajouter Neraausus (Nîmes), Apta (Api) ; sur le Rhône, A relate (Arles)^Bj (|ui ne tarda pas à devenir le grand entrepôt du fleuve, Avenio (Avi-^ gnon), Arausio (Orange), Vindebona (Vienne) ; sur la Saône, Cabillonum (Chalon) ; sur la Loire, Genabum (plus tard Aurelianum, Orléans)jjH Portus Namnetum (Nantes) ; Corbilo (près Saint-Na/aire ?) ; sur Is^' Seine, Lutetia (Paris), Rotomagus (Rouen ; sur la Moselle, Augus ta Trevirorura (Trêves) ; sur le Rhin,Colonia Agrippina (Cologne) ; su la Charente, Mediolanum qui devint Saintes au m" siècle ; sur 1 Garonne, Tolosa (Toulouse), Burdigala (Bordeaux).
De la bourgade gauloise Ratuma les Romains firent la ville de RotoJ magus (Rouen), où ils mirent garnison et qui, à la tin du ni® siècle, de vint la métropole de la deuxième Lyonnaise. Au moment des invasions, Rotomagus fut entourée d'une enceinte fortifiée ; elle était devenue l'entrepôt des provinces méridionales avec l'île de Bretagne (ainsi que Quinlowich, port situé au sud de Boulogne, avec l'Espagne et même
LA GAULli ilOMAlNE
rilalie. Boulogne, fondée 50 ans avant l'ère chrélienne par Quinlus Pedius, lieutenant de César, nommée d'abord Gesoriacum, puis Bonona, fut le principal port de communication avec l'île de Bretagne : une flotte de guerre y était en station, et Caligula y fit construire un phare très élevé qui a subsisté jusqu'en 1045.
Pline l'Ancien a résumé celte transformation de la Gaule dans une phrase souvent citée : Agrorum cultu, virorum morumque dignitate-, amplitudine opum nulii provinciarum preferenda, breviter Italia verius quam provincia.
Objets principaux du commerce de la Gaule. — La Gaule romaine faisait commerce des produits de son agriculture, de ses mines et de son industrie. L'agriculture qui, ainsi que nous l'avons dit, transforma promptement la face du sol, fournissait à l'exportation en Italie du blé, du lin et du chanvre, des bois de construction, des chevaux, des bestiaux, des fromages, des oies, des chiens, des laines, des viandes salées. Elle fournit du vin quand la culture de la vigne se fut propagée ; mais ce vin était consommé en Gaule plus qu'en Italie. L'Italie» ne suffisant pas à l'alimentation de ses habitants, était alors grande importatrice de produits agricoles. Les porcs, faciles à élever dans une région boisée, surtout ceux du pays des Senones, étaient recherchés à Rome. La farine gauloise l'était aussi comme donnant un bon pain, sans doute parce qu'elle était faite avec du blé tendre. Malgré les restrictions par lesquelles les lois de la république avaient protégé l'agriculture italienne en interdisant aux nations transalpines la culture de l'olivier et de la vigne * l'importation continuait.
Les Gaulois extrayaient de l'or des alluvions de plusieurs rivières, et même de quelques mines ; de l'argent et du plomb de plusieurs gisements de galène argentifère. Ils extrayaient le fer du minerai oolithique dans les hauteurs de la ceinture du bassin de la Seine, dans le Périgord et en divers autres lieux. Cependant l'exportation des métaux ne semble pas avoir eu une importance notable. Le fer de Livie, qui était très estimé au temps d'Auguste, était déjà devenu très rare au temps de Vespasien.
Le sel de la Gaule extrait de l'eau de mer était un objet de commerce.
Les fonderies produisaient du fer et surtout de l'airain de bonne qualité . Elles alimentaient des fabriques d'ustensiles de ménage et d'armes qui paraissentavoir été nombreuses ; l'étamage de Gaule était renommé ; la dorure, l'argenture étaient pratiquées.
L'industrie la plus importante vraisemblablement était le tissage du
1. Nos vero justissimi homines qui transalpioas gentes oleam et vitem serere non sinimus que pluris sint nostra oliveta nostrœque vinea.'. Gicéron, de Hep., 111,7. L'intérêt particulier des producteurs n'a pas attendu les temps modernes pour édicter des mesures prohibilionnisles.
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lin et delà laine. Le feutrage avait été inventé, selon Pline, par les Gaulois. Le commerce des tissus de laine, était très grand en Gaule et hors de la Gaule. Les marchands exportaient des vêtements faits avec les étofles. tels que braies, soies, cuculles, sorte de pelisse grossière surmontée d'un capuchon, ceintures, tuniques, manteaux assez solides, disait-on, pour résister au tranchant du fer. Ils exportaient aussi des toiles de lin dont plusieurs régionsavaient la spécialité. On vendait même des étoffes teintes qui avaient une certaine réputation.
De la Bretagne la Gaule recevait, comme par le passé, surtout des métaux. De l'Italie, avec laquelle ses relations étaient beaucoup plus fréquentes qu'avec aucune contrée, elle recevait des marchandises très variées, surtout des objets d'art. Dans les trésors qu'on a découverts il s'est trouvé des objets de ce genre qui ornent aujourd'hui les musées et qui semblent avoir eu pour auteurs des artistes italiens ou grecs.
Aucun texte ne permet de donner une notion numérique de l'importance du commerce de la Gaule ; les anciens ne l'ont certainement pas connue.D'ailleurs, de quel commerce auraient-ils fait la statistique ? Du commerce intérieur, c'est-à-dire du mouvement des échanges entre habitants de la Gaule? Mais aujourd'hui même on ne saurait chiffrer le commerce intérieur d'un Etat. Ce qu'on sait, c'est qu'il y avait eu des foires dans la Gaule barbare et qu'il y en avait dans la Gaule romaine. Eumène, dans son panégyrique de Constantin, dit d'un de ses serviteurs : « Fréquentât nundinas meas pécore venali. » S'agirailil du commerce extérieur? Mais dans l'Empire romain qui comprenait tout le monde méditerranéen civilisé, il n'y avait pas en réalité, malgré le portorium, de douanes telles qu'on les comprend dans les Etats modernes.
Tout au plus y avait-il un commerce extérieur .sur les bords du Rhin entre Gaulois et Germains. Pauvre commerce assurément, car la Germanie ne pouvait pas fournir grande matière au trafic international. Cependant on peut, d'après certains textes, conjecturer qu'il se tenait, dans les lieux oîi campaient des légions, des foires, et qu'il s'y faisait un trafic consistant surtout en exportation de vins et de vêtements et en importation de betteraves, de plumes d'oie, de savon, de teinture.
Ce qu'on peut dire aussi, c'est que dans l'intérieur de la Gaule la civilisation romaine, en augmentant la population, en créant des centres urbains, en construisant des routes, en enrichissant la contrée, en faisant naître dans l'esprit de ses habitants des besoins inconnus auparavant, a dû développer notablement le commerce.
La vie rurale. — Il ne faut pourtant rien exagérer. Même au temps de la plus grande pro.spérité, la vie rurale semble avoir eu beaucoup plus d'importance que la vie urbaine. Les campagnards devaient vivre surtout des produits de leur culture. Les grands propriétaires, même
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ceux qui avaient une résidence en ville, habitaient la plupart du temps leur villa. Or la villa, vaste exploitation agricole, que Fustel de Coulanges pense avoir eu parfois l'étendue d'une commune rurale de nos jours, comprenait non seulement l'habitation du maître, avec tout son personnel, la villa urbana, mais une ferme avec ses champs, ses animaux, ses bâtiments et souvent même ses ateliers où l'on fabriquait à peu près tout ce qui était utile à la vie des habitants, outillage agricole, tissus, vêtements, etc. La villa se suffisait ainsi à peu près par elle-même pour sa vie journalière, et son propriétaire avait sans doute, en dehors des objets de luxe, peu d'achats à faire.
L'impôt du portorium. — Toute personne qui s'occupait de commerce ou de transport, à l'exception des naviculaires, était soumise à l'impôt dit « vectigal ». Mais les propriétaires qui transportaient leurs denrées pour leur usage personnel ou pour payer le fisc n'y étaient pas assujettis.
L'impôt dit portorium, qui était classé dans la catégorie des vectigalia, consistait en droits de trois espèces : droit de douane à l'entrée ou à la sortie des frontières, péages sur des ponts et sur certaines routes, octroi à l'entrée et même à la sortie de certaines villes.
L'administration du portorium fut modifiée à plusieurs reprises. Au temps de la République la perception était alTermée à des sociétés financières de conductores portorii,que surveillèrent des agents impériaux. Plus tard l'impôt, depuis Vespasien et peut-être plus tard en Gaule, fut confié individuellement à des capitalistes, procuratores, qui eurent le caractère de fonctionnaires publics, et qui, devant rendre leurs comptes à Rome, touchaient un tant pour cent sur leurs recettes. Leur circonscription embrassait une ou plusieurs provinces. 11 semble qu'à partir de Constantin on soit revenu au système de l'affermage.
Tous les objets destinés au commerce étaient assujettis à cet impôt. En étaient exempts les moyens de transport, animaux et voitures, les objets servant à l'usage personnel des voyageurs, les objets appartenant au fisc ou destinés aux armées, probablement aussi les instruments d'agriculture. Jouissaient de la franchise la famille impériale et les officiers attachés à la personne de l'empereur, les ambassadeurs étrangers pour les objets qu'ils exportaient hors de l'Empire, les soldats quand ils ne transportaient pas de marchandises pour en faire commerce, etc.
Les employés des douanes avaient le droit, quand ils soupçonnaient une fraude, de fouiller les marchands et de faire ouvrir les ballots. La fraude entraînait la confiscation de la marchandise, laquelle était ensuite revendue aux enchères ou rachetée à l'amiable par le propriétaire. L'exportation de certaines marchandises était interdite, par exemple celle de l'or et des armes, par la frontière du Danube. D'au-
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Ire pari, un voyageur qui avait à se plaindre d'un publicain pouvait Je faire condamner à une forte amende.
En Gaule, l'impôt était désigné sous le nom Ouadragesima Galliarum, ce qui correspond au taux de 2 1/2 p. 100.
Les provinces du midi et du centre, jusques et y compris les Lyoni naises, formaient la principale circonscription, laquelle était désignée sous le nom de Quadragesima Galliarum. On connaît quelques bureaui de perception : Lugdunum Convenarum (S.Bertrand de Comminges),! llliberis, Arelate (Arles), Pedo, Fines Coltii (Avigliana), Ad Publicanos (Gilly-sur-lsère), Tornaœ (St-Maurice-en-Valais), Magia (Mayenfeld), Turicum (Zurich).
Les péages sur les routes et les ponts étaient levés non seulement sui les marchandises destinées au commerce, mais sur les personnes et suij les moyens de transport.
Les taxes d'octroi étaient perçues à l'entrée et même à la sortie d'ui grand nombre de villes.
Beaucoup de péages et d'octrois paraissent avoir été antérieurs à la conquête romaine. Les empereurs en confirmèrent la jouissance aux bénéficiaires. Puis, dans les derniers siècles, ils s'en approprièrent le revenu ou du moins ils en prélevèrent une part pour le fisc.
Le code Théodosien nous apprend qu'un impôt était perçu sur les voitures pour l'entretien des routes, rotarum tritura. Les transports sur les routes étaient grevés de plusieurs autres taxes ou servitudes. Une novelle de Théodose interdit la vente des marchandises en dehors des marchés, sans doute pour que ces marchandises ne pussent pas se soustraire. à l'impôt.
Décadence. — Le progrès économique de la Gaule a continué pendant plusieurs siècles, depuis César jusqu'au temps des Trente tyrans. Malgré quelques tentatives de révolte des nobles dont la dernière a été celle de Sabinus en 69, le pays a joui de la « Pax romana » ; il n'avait pas connu une telle quiétude dans les temps antérieurs. Le théâtre changea dans la seconde moitié du m® siècle. En moins de sept ans, les soldats ameutés élevèrent successivement à l'Empire une trentaine de généraux et en assassinèrent plusieurs ; des factions déchirèrent le pays ; Autun fut pris et pillé par les légions de Tétricus. Il se produisit alors un de ces terribles soulèvements populaires qui ont pour cause la misère et la haine et pour but la vengeance, et qu'on retrouve plusieurs fois aux époques sinistres de l'histoire. Les paysans abandonnèrent leurs champs et, réunis sous le nom de Bagaudes, ils ravagèrent les moissons, pillèrent les villages, attaquèrent les villes, quelquefois repoussés par les milices, quelquefois soutenus par le petit peuple qui partageait leurs jiaines comme leur esclavage. Ils s'emparèrent de Durtiacum ; après un siège de sept mois, ils entrèrent dans Autun et n'y laissèrent que
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des ruines. Maximien, avec des troupes régulières, réduisit ces hordes indisciplinées et acheva de les exterminer au bord de la Marne ; mais il ne pouvait pas réparer les désastres qu'elles avaient causés. Plus de vingt ans après, l'orateur Eumène peignait de sombres couleurs l'aspect des campagnes aux environs d'Autun. « Les champs, disait-il, dont le produit ne paie jamais les frais de cullure, sont nécessairement abandonnés, ils le sont aussi à cause de la misère des cultivateurs qui, écrasés de dettes, ne peuvent ni diriger les eaux, ni couper les bois. Aussi, tout le terrain, qui avait été autrefois habitable, est-il aujourd'hui empesté par des marais ou hérissé de broussailles... A partir du coude que fait la route de Belgique, il n'y a plus qu'un désert inculte, qu'un sombre silence ; la voie militaire est elle-même si rocailleuse, les pentes en sont si rapides que les chariots à moitié pleins ou même vides peuvent à peine y passer. »
(.onstantin pleura à la vue de cette dévastation ; il donna de l'argent à la ville et envoya pour la repeupler un grand nombre d'artisans arrachés à la Bretagne après la défaite de Carausius. Le remède fut impuissant. En 355, Julien écrivait aux Athéniens, au sujet d'une irruption des Germains en Gaule. « Le nombre des cités dont les murailles ont été détruites s'élève à 45, sans compter les chAteaux-forts et les postes moins importants. »
Outre les incursions de bandes armées, il y avait au dernier siècle une immigration nombreuse de Germains, chassés de leur pays par la guerre ou par la misère, qui venaient chercher en Gaule des moyens d'existence. En 291 par exemple, un parti de Francs, de Bataves, de Teutons et de Suèves reçut des terres abandonnées chez les Trévires et les Nerviens, sous condition de les cultiver comme lites, c'està-dire comme colons attachés à la glèbe et astreints au service militaire ; .Julien, en 358, autorisa des Francs Saliens, chassés par les Quades, à s'établir dans la Toxandrie. L'historien Vopiscus croyait pouvoir se féliciter du repeuplement des campagnes par des travailleurs germains : Barbari vobis arant, vobis serunl .
Au milieu de ces tourmentes beaucoup d'artisans abandonnèrent les villes oîi ils étaient accablés d'impôts pour se réfugier dans les asiles les plus secrets des campagnes.
La monnaie et les variations de prix. — Le commerce a dû nécessairement subir les conséquences de cet amoindrissement de la richesse et des forces productives.
Pendant la période impériale, l'or paraît être devenu la principale monnaie régulatrice de la valeur, au moins dans le grand commerce. Auguste a probablement affaibli légèrement le poids de l'aureus en taillant 42 pièces à la livre *. Caligula en tailla 50, Néron 49. Pendant
1. L'aureus pesait ainsi 7 gr. 78, soit 7 gr. 70 de métal fin, équivalant en poids à 26 fr. 32.
plus d'un siècle, les variations pondérales continuèrent sous la plupart des règnes; mais l'aloi du métal or des pièces ne fut jamais altéré officiellement.
Les monnaies d'argent et de cuivre le furent au contraire dans leui aloi, Constantin créa, à côté du denier, la « miliarense », pièce d'argeni qui valait le douzième du solidus. Ledenier d'argent était devenu un( pièce de cuivre ; Dioclétien et Constantin y ajoutèrent le foUis, pe| tite monnaie correspondant peut-être en poids d'argent à 0 fr. 07 di notre monnaie actuelle. « 11 n'y a pas d'exagération à dire, a écril Mommsen, que dans le dernier tiers du m* siècle, il n'existait pluj dans l'Empire romain une monnaie ayant une valeur intrinsèque correspondant à sa valeur nominale. »
Waddington a émis la même opinion que Mommsen. « Pendant le demi-siècle qui précéda l'avènement de Dioclétien, la monnaie d'or et d'argent était devenue de plus en plus rare et la monnaie de billon et de cuivre était presque seule en circulation ; il fallut très longtemps pour revenir à l'état normal ; car il est souvent question des changeurs dans les ordonnances du iv*' siècle et les pièces d'or étaient un objet de commerce dont la valeur était sujette à de nombreuses fluctuations. »
C'est probablement pourquoi, avant le début du iv^ siècle, le prix des marchandises et de taux des salaires avaient considérablement augmenté : ce qui motiva l'édit de maximum de Dioclétien.
La Gaule dut souffrir, comme le reste de l'Empire, de ce désordre de la monnaie, laquelle est l'instrument indispensable des échanges et la mesure de la valeur ^.
Constantin, par un édit rendu probablement en 312, rétablit l'ordre en créant le solidus, sou d'or. Cette pièce était à la taille de 72 à h livre ', contenant par conséquent 4 gr. 50 de fin '.
Le rapport de valeur monétaire de l'argent à l'or a varié pendant cetl( période entre 9 et 12 pour 1.
L'unité monétaire du solidus se maintint jusqu'à la fin de l'Empire!!
Dans la seconde moitié du iv^ siècle, il se produisit un phénomène inverse de celui qui avait motivé l'édit de Dioclétien. 11 semble qu'alors la valeur commerciale des métaux précieux ait augmenté et que^ par suite les prix de toutes choses aient baissé, sans que cette bai.ss^Hl eilt pour cause une abondance plus grande de marchandises offerlesA la consom'mation. Les monétaires se plaignaient de travailler à perle, achetant les lingots plus cher que la monnaie qu'ils fabriquaient ave^ ces lingots.