‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 32 sur 175 · LE COMMERCE DURANT LA PERIODE FRANOUE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE DURANT LA PERIODE FRANOUE

Sommaire. — L'organisatioo économique de la villa (33). — Le commerce dans les villes (34j. — Interdiction de la vente la nuit et le dimanche (35). — Les Juifs et le prêt H intérêt (35). — Les marchés et les foires (36). — Les routes (37). — Le commerce lointain (39). — Les mesures et monnaies (40).

L'organisation économique de la villa. — Les désastres qu'a subis la Gaule durant la période franque et la transformation sociale qui s'y est opérée n'étaient pas de nature à faciliter les transactions commerciales. Le commerce a dû être certainement beaucoup moindre qu'il avait été pendant l'administration romaine. Cependant il n'a pas cessé entièrement ; aucune société, quelque peu civilisée qu'elle soit ou de quelques troubles qu'elle soit agitée, ne peut se passer entièrement d'échanges. Si nous ne pouvons faire connaître ce commerce avec suite et en détail, c'est que les documents font défaut sur celte parlie de l'histoire économique comme sur bien d'autres.

La villa franque, comme la villa gallo-romaine, formait un groupe (|ui suftisail par son travail à ses besoins journaliers. Le documenl le plus étendu et le plus instructif sur radininislrutioii d'un grand domaine qui soit parvenu jusqu'à nous est le Polyptyque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés dressé par ordre de l'abbé Irminon dans le premier quart du ix* siècle. Nous ne possédons guère que la moitié de ce Polyptyque, laquelle comprend 24 fiscs, c'est-à-dire 24 administrations rurales composées chacune d'une ou de plusieurs villas et ayant une superficie totale d'environ 36.000 hectares. Dans chaque fisc étaient : en premier lieu, un manse seigneurial exploité directement pour l'abbaye par un villicits et, en second lieu, des manses tributaires tenus par des personnes libres (c'était de beaucoup le plus grand nombre), par des lides, par des serfs et quelques exploitations plus petites dites hospices. Le monastère vivait du produit des manses seigneuriaux, dont les terres étaient cultivées par les serfs attachés à ce manse et par les corvées des manses tributaires. Les redevances de ces tributaires étaient acquittées partie en argent et partie en nature. Elles consistaient (par ordre d'importance) en épeautre, en porcs, en planches, en vin, on bœufs, en poulets, en chevaux, en œufs.

Quelques colons tributaires payaient leur redevance en objets fabriqués : tel « faber >» devait 6 lances par an ; telle serve, une pièce d'étoffe dont Tabbaye lui fournissait la laine.

Il y avait, en outre, dans la dépendance de l'abbaye « une population nombreuse, en partie servile, qui exerçait les métiers nécessaires à la vie », dit M. Longnon. Les artisans paraissent avoir été logés pour la plupart dans les manses seigneuriaux et groupés en ateliers. Charlemagne, dans le capitulaire « de Villis », recommandait qu'il y eût dans ses fermes de bons ouvriers, des forgerons, des orfèvres, des cordonniers, des tourneurs, des charpentiers, des armuriers, des ciseleurs, des savonniers, des brasseurs, des boulangers, des fabricants de filets et, ajoutait-il, « tous les autres artisans qu'il serait trop long d'énumérer ». Dans le monastère de Corbie se trouvaient trois grands ateliers où travaillaient des cordonniers, des savetiers, un foulon, des forgerons, des taillandiers, des orfèvres, des armuriers, un parcheminier, un fourbisseur, des fondeurs, des boulangers, des cuisiniers, en tout cinquante-trois artisans faisant à peu près tous les ouvrages nécessaires à la communauté.

Dans les grands domaines on voyait souvent des gynécées, ateliers spéciaux de femmes où l'on filait, tissait la laine ou le lin et confectionnait les vêlements. La femme du seigneur présidait d'ordinaire à leurs travaux, l'atelier étant situé près de la demeure dominicale ; dans les abbayes et les grands domaines, c'était un intendant. Tel gynécée de Charlemagne renfermait vingt-quatre serves.

Le commerce dans les villes. — Dans une telle organisation du travail le commerce avait bien peu de place. Il en avait nécessairement une plus grande dans les villes, parce qu'il y avait des gens de métier, des bourgeois, parce que les vivres venaient du dehors et qu'il y avait partant une division du travail. D'un document du xi^ siècle M. Flach a extrait une liste des professions exercées au Mans : marchands, charpentiers, tisserands, ornemanistes en argent et en or, orfèvres, tailleurs, cordonniers, bouchers, boulangers, ciriers, ouvriers en métaux, drapiers, pelletiers, marchands de toile, chevriers, marchands de cordouan, vitriers.

11 y avait des boutiques et ces boutiques paraissent avoir été groutfl pées, dans quelques grandes villes au moins, sur les places et près des églises où elles se trouvaient à la fois en un lieu fréquenté et soui^ la protection du clergé. Grégoire de Tours raconte qu'à Paris, lorsqu(J| le comte Leudaste eut été chassé de Notre-Dame par les serviteurs de Chilpéric, il s'arrêta sans s'émouvoir sur la place du parvis, examina avec curiosité les marchandises étalées devant les boutiques,jfl| prit et pesa des vases d'argent, el, avisant certaines parures remarquables : « J'achèterai ceci et cela, disait-il, car j'ai encore chez moi

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