‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 35 sur 175 · LE COMMERCK DURANT LA PÉRIODE FRANQUE · texte numérisé non relu

LE COMMERCK DURANT LA PÉRIODE FRANQUE

sans son ordre : Quia viciai et circummanentes exinde militas depreclationes et impedimenta siistinent L'ordre évidemment ne fut pas exécuté et le pays se hérissa de châteaux que d'ailleurs les incursions des Normands rendaient souvent nécessaires.

Le commerce lointain. — Charlemagne s'intéressait au commerce lointain, comme à tout ce qui pouvait contribuer à civiliser ses peuples. Sous son règne nous savons, que dans le Midi, Marseille et Narbonne étaient encore les entrepôts de l'Orient recevant les épices, les aromates, les pierres fines, les perles, les soieries, les cotonnades et exportant du blé, du vin, de l'huile, de la laine, du pastel ; que dans le Nord, Rouen, Quintowich, Boulogne, Bruges étaient des ports fréquentés ; que Worms et Mayence étaient des entrepôts du commerce avec la Germanie. Nous savons aussi que deux fois (801 et 807) il envoya des ambassadeurs avec des présents au khalife Haroun al Baschid ' . Il écrivit au roi de Mercie que les marchands anglo-saxons, s'ils étaient victimes de quelque vexation dans ses Etats, trouveraient protection auprès de ses juges. Il donnait à des marchands italiens entière liberté de commerce dans son empire avec l'assurance de n'être en aucune façon molestés ; il fixait l'itinéraire des négociants qui allaient trafiquer sur la frontière slave et les lieux où il autorisait le trafic, en interdisant toutefois l'exportation des armes.

L'énumération de ces pays étrangers, jointe à celle des villes et des peuples qui sont cités dans le diplôme de fondation de la foire de Saint-Denis, prouve qu'il existait un commerce avec les nations étrangères. Dans un capitulaire de Charlemagne (805) il est question des marchands qui vont trafiquer dans le pays des Slaves et dans celui des Avars et de la zone de protection qu'ils ne doivent pas franchir ; il leur est défendu, sous peine de confiscation, de mettre en vente des armes.

Les ports continuaient à entretenir par mer quelques rapports avec les pays étrangers. Sur l'Océan, Gand et Boulogne, Quintowich (Etaples?); avec l'île de Bretagne, Rouen, Alet à l'embouchure de la Rance, Nantes, Bordeaux; sur la Méditerranée, Narbonne, Arles, Marseille.

Ils recevaient les métaux et les esclaves de la Bretagne, les draps d'Irlande, l'huile et le plomb, les cuirs d'Espagne, les épices, les soieries, les laines d'Orient ; ils expédiaient du vin, du blé, de la garance, du safran, des laines, du miel, des toiles et même de l'ambre veuu de la Baltique.

\. Haroun al Rascliid envoya en présent des étoffes de lin et de soie, des parfums, des candélabres de bronze, une horloge munie d'une sonnerie. D'après le moine df SaintGall, Charlemagne aurait de son côlé envoyé des chevaux, des mulets, des chiens de chasse, des draps de Frise.

Dans les ports du Midi étaient établis des Orientaux ; et il y en avait même à Paris.

Les conquêtes de (^Ihariemagne étendirent les relations par terre des marchands de la Gaule ; particulièrement dans la Saxe et dans les pays riverains du Danube où le christianisme convertissait la population et où se créaient des villes. De distance en distance, sur les grandes voies, l'empereur avait établi des caravansérails pour abriter les voyageurs.

Les Juifs se trouvaient en nombre dans certaines villes où ils exerçaient le commerce des marchandises et le prêt d'argent, surtout dans le Languedoc. Charlemagne se servit d'eux. Lorsque la conquête musulmane eut fermé aux chrétiens les marchés de l'Asie et de l'Afrique, ils devinrent les intermédiaires autorisés des relations de ces contrées avec l'Europe.

Mais quelle importance avait ce commerce avec les pays étrangers, et dans quelles conditions se faisait-il? Grégoire de Tours cite un exemple de son temps d'où l'on peut induire qu'il fallait être bien armé pour s'aventurer dans les pays lointains ; c'est celui du Franc Samo, négociant des environs de Sens, qui, pour aller trafiquer chez les Slaves avec d'autres négociants, était parti escorté d'une troupe armée, assez nombreuse pour se porter défenseur des Vénèdes révoltés contre les Huns et leur assurer la victoire ; ce qui lui valut la couronne de roi. Dans la suite, ce roi résista victorieusement à une invasion de Dagobert.

C'était à l'époque mérovingienne. Sous les premiers Carlovingiens, la royauté fut assez puissante pour rendre efficace cette protection du commerce que promettait Charlemagne. Mais pendant les invasions normandes, hongroises et sarrasines, quelle sécurité les marchands pouvaient-ils espérer de princes qui laissaient s'émietler leur autorité et leur territoire?

Les poids et les monnaies. — Le système des mesures et des monnaies romaines se trouva dans la suite des temps fort altéré par les usages qu'avaient apportés avec eux les envahisseurs germains et par des habitudes locales qui se formèrent dans l'isolement des populations. La livre romaine de 327 grammes paraît n'avoir plus été partout l'unité de poids. Au V" siècle le sou d'or {solidus ou aiireus) paraît être devenu la monnaie de compte au lieu du denier d'argent. Mais les pièces d'or devinrent très rares ; elles ne figuraient guère dans la circulation que par des triens, tiers de sou d'or, et cet or est souvent altéré. Le denier d'argent ', douzième partie du sou, et la silique, très petite monnaie, étaient beaucoup plus répandus.

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