‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 42 sur 175 · La charte originale a été perdue dans un incendie · texte numérisé non relu

La charte originale a été perdue dans un incendie

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érudils en ont constaté Tapplication dans 508 localités, surtout dans des bourgades rurales.

On trouve même, à cette époque, des traces de protection industrielle. Des lettres royales de 1099 font défense au sénéchal de Carcassonne de souffrir la vente des sels provenant d'ailleurs que des salines de Carcassonne et prohibent l'importation.

CHAPITRK IV

MARCHÉS ET FOIRES

Sommaire. — Abseace de politique douanière (57). — La création de foires (57). — Les foires et les halles de Paris (58). — Les principales foires au xif siècle (.j9). — Les foires de Champagne (59). — Les foires de Flandre (GO). — Les marchands de l'eau de Paris et la hanse rouennaise (01). — Le commerce maritime (02).

Absence de politique douanière. — Sous le régime féodal, on ne saurait distinguer en France un commerce intérieur et un commerce extérieur. Il existait non un royaume limité par des frontières doua-, nières, mais autant d'Elats pour ainsi dire que de domaines seigneuriaux. Tout ce qui n'était pas du domaine était étranger.

Les rois Carlovingiens avaient pu défendre, dans une vue d'inlérôt général, l'exportation des grains, comme l'avait fait Charlemagne, en temps de mauvaise récolte, ou celle des armes à destination d'un pays ennemi.

Les seigneurs avaient d'autres soucis. Ils ne songeaient pas à protéger l'industrie naissante de leurs villes par des restrictions à l'importation ; ce qu'ils cherchaient surtout par leurs mesures relatives au commerce, c'était d'attirer sur leurs terres les marchands dont l'affluence était profitable à leurs sujets et était pour eux-mêmes un source de revenus.

La création des foires. — C'est pourquoi ils créaient des marchés et des foires. Nous avons dit que, depuis que le régime féodal était tout à fait dominant, ils les créaient de leur propre autorité sans avoir besoin de l'investiture royale ; au xi^ et au xn* siècle ils avaient le ban, les tonlieux, la justice. Plus tard dans les Etablissements de Saint-Louis on disait : « Oui a marchié et chastelerie, et paiage, et lige estage, il veut en baronie, à droistement parler. » Le marché devint un fief ordinaire, soumis aux mêmes règles d'allégeance, qui pouvait être donné ou vendu et dont la jouissance pouvait être partagée entre plusieurs bénéficiaires. Ainsi, par exemple, en 1176, les religieux de Saint-(iermain-des-Prés cédèrent à Louis VII la moitié du revenu de leur foire.

Le seigneur remettait à un de ses officiers, villicus ou centenarius.

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le soin de rendre la justice et de veiller à l'exécution des règlements. Pendant le temps de la foire, c'était d'ordinaire en foire que devait se concentrer tout le commerce ; les marchands de la localité étaient tenus de fermer boutique.

Toutefois on trouve des dispositions moins rigoureuses dans la charte par laquelle le comte d'Alsace Thierry donne en 1151, du consentement de sa femme Sibile,aux bourgeois de Saint-Omer la terre de Gildhalle pour y établir un marché qui jouira du droit d'asile ; il y est dit que les étrangers ne doivent exposer et vendre leurs marchandises que sur ce marché, mais que les bourgeois de la ville peuvent vendre, à leur gré, au marché ou dans leur propre maison.

Les sauf-conduits étaient en usage. En 1194, Philippe-Auguste assure la protection et la conduite des marchands d'Ypres sur ses domaines, à condition qu'ils acquittent les péages, leur promettant qu'ils ne seront pas arrêtés pour dettes d'autrui ; qu'en cas de différend avec leur seigneur ils auront quarante jours pour quitter,eux etjj leurs biens, les domaines du roi.

Le seigneur assurait la paix du marché, paix spéciale, garantie pa des peines plus fortes que pour les cas ordinaires.

Des foires nouvelles ont été créées en grand nombre pendant la pé riode féodale, pendant le xn^ siècle surtout. !M. Huvelin a donné une liste des plus importantes créations faites par les rois dans la région de Paris pendant la première moitié de ce siècle : foire d'Orléans (1067) concédée par Philippe I" à Saint-Martindes-Champs, foire de Puiseaux (1113-1137) concédée ou confirmée à l'abbaye Saint-Victor, foire de Morigny (1177), foires d'Etampes (1117, 1147 et 1170j, foire de Liancourt (1118) concédée aux moines de Saint-Père de Chartres, foire de Dreux (1122-1129), foire de Saint-Marlin de Bourges confirmée en 1142 et foire (1154) concédée à l'église Saint-Ursin de Bourges, foire de Mantes (1140j et seconde foire (1153), foire de Montlhéry (1140), première foire de Melun (1140-1142) fondée en faveur de Notre Dame de Melun, etc.

l.es foires et les halles de Paris. — Paris était doté de plusieursj foires. La foire de Saint-Denis, fondée par Dagobert et confirmée danî un jugement du roi Pépin (759), avait peut-être cessé d'exister. Char les le Chauve concéda en 876 au monastère de Saint-Denis une foire qui. devait commencer le second mercredi de juin et qui fut désignée soumI le nom de « Lendit » [indiclum). El niindinas indicti, in plalea quœ Indiclum dicilur, quolibet anno, secunda quarta feriajunii fieri "'*''"—, tait. Suger place la fondation de cette foire en 1109. A cette dalefll Tévêque de Paris, d'après une tradition, aurait rapporté de Jérusalem un morceau de la vraie croix et l'aurait exposé dans la plaine de^ Saint-Denis, afin qu'il fut facile à la foule des fidèles do venir y fairi

MARCHÉS ET FOIRES

ses dévolions ; il y aurait eu un concours immense de peuple ; des marchands se seraient établis dans le voisinage, et la foire aurait ainsi pris naissance.

S'agissait-il en 1109 d'une confirmation ou d'une restauration ? En tout cas, la foire du Lendit était importante au xn« siècle. Il y avait sur la terre de Saint-Germain-des-Prés une foire dont l'abbaye céda en 117G et 1178 les droits au roi Louis VII ; il y avait aussi une foire de Saint-Ladre (peut-être la même que celle de Saint-Lazare) créée en 1110 au profit de la léproserie de Saint-Lazare et une foire de Saint- Laurent.

A l'ouest de la rue Saint-Denis, sur un terrain dit « Champeaux » (Petits Champs) dont une partie appartenait à Louis VI et sur lequel le roi avait créé un marché où des merciers, des changeurs, des Juifs étaient venus s'établir, Philippe-Auguste transféra en 1181 la foire de SaintGermain-des-Prés et celle de Saint-Ladre qu'il venait de racheter au prieuré de Saint-Lazare. En 118311 y fit construire deux baiiments couverts pour abriter la halle des drapiers et celle des merciers et enclore de murs la partie où se faisait le commerce des blés. C'est le commencement de la halle de Paris.

Les principales foires au XI 1^ siècle. — En Normandie la foire de Saint-Simon et Saint-Jude à Rouen datait du xii" siècle ; celle du Pré (1024) et celle de Saint-Etienne (1082) remontaient au xn" siècle. A Evreux la foire de Saint-Nicolas avait été fondée par le comte Simon avant l'année 1180, celle de Saint-Taurin datait de 1195. Dans le Cotentin, où l'on comptait plus d'une dizaine de foires, la plus importante était alors celle de Montmarlin-sur-Mer. En Bretagne la foire de Vilré existait déjà en 1093 ; celle de Saint-Malo a été créée par la duchesse Constance en 1095. Dans l'Anjou, le Lendit, une des trois foires d'Angers,dalait de 1096 ; la foire de la Lande-aux-Nonais de 11 15, celle du Verger de 1152 ; celle du Marillais remontait même au x» siècle. Dans le Poitou les foires de Poitiers datent peut-êlre du roi Richard. Dans le Languedoc celles de Nîmes existaient déjà en 1145. La foire de Beaucaire existait aussi au xu* siècle, mais elle était loin d'avoir alors l'importance de celles de Nîmes. En Bourgogne, Dijon avait deux foires créées en 1109 par le duc Hugues II.

Bien d'autres foires, connues par des textes postérieurs, existaient dès celte époque sans qu'on puisse fixer la date de leur création.

Les foires de Champagne. — Celles de Champagne étaient bien connues. C'étaient déjà les plus fréquentées de France, Elles devaient leur importance à leur situation géographique : cette vaste plaine, d'un accès facile, entre des voies d'eau qui étaient des roules commerciales, le Rhône et la Saône transportant les produits de l'Italie et de toute la Méditerranée, la Meuse conduisant dans la région du Nord,

la Seine et ses at'fluenls fournissant des débouchés vers l'ouesl. Peutêtre y a-t-il eu des rendez-vous de marchands dès le v® siècle dans cette plaine ; en tout cas on en trouve un témoignage au x*.

Les mesures de protection, prises par les comtes, ont dû compléter l'œuvre que la nature avait préparée. En 1114 on voit Hugues, comte de Troyes, donner à l'abbaye de Montier-en-Der certains revenus sur les foires de Bar et au monastère de St-Pierre-de-la-Celle le tonlieu du bétail vendu aux foires de Troyes. Dans les années qui suivent, surtout depuis 1 128,les chartes et documents relatifs à ces foires deviennent plus nombreux. Vers la fin du siècle (1188) le moine Robert parle en ces termes des foires de Troyes : Celehranlur ibi nundinœ in qiiihus diversas congesserunt opes qui de diversis parlibus con/hixerant insiilores. On comptait plus de quinze localités en Champagne où se tenaient des foires au xn* siècle.

Il y en avait six qui avaient une importance très supérieure aux autres et qui étaient dotées de privilèges spéciaux ; ce sont celles que l'on désigna au xni" siècle sous le nom de « foires de Champagne et de Brie ». Chacune durait à peu près six semaines, et, comme elles ouvraient les unes après les autres, la foire était pour ainsi dire en permanence dans le pays. Deux se tenaient à Provins, en mai la foire de St-Quiriace et en septembre celle de St-Ayoul, deux à Troyes, la foire chaude en juin et la foire froide ou de St-Remi en octobre, une à Bar-sur-Aube le mardi avant la mi-Carème, une à Lagny-sur-Marne en janvier i.

Les foires de Champagne étaient déjà très prospères au xn* siècle, mais c'est au xiu^ siècle qu'elles ont brillé de leur plus vif éclat, et c'est dans le livre suivant que nous étudierons leur organisation et leur commerce.

Les foires de Flandre. — Les foires de Flandre avaient une origine non moins ancienne que les foires do Champagne et étaient tlorissantes au xn« siècle, quoiqu'elles n'eussent pas alors une importance égale à celle des foire de Champagne. A St-Omer le droit de marché avait été concédé par Charles le Chauve en 873. A Bruges, à Courlrai, à Cassel, à Thourout des marchés avaient été créés vers 960 par le comte Baudouin lll; à Lille, à Douai, à Orchies les concessions de droit sont de la seconde moitié du même siècle. Ce n'étaient pas encore véritablement des foires. La fondation de la plus ancienne foire, la foire de Thourout est attribuée au comte Robert !«' (1078-109']) ; celle d'Ypres est antérieure à 1127 ; celle de Bruges date de 1200. Il existait aussi à la fin du xii* siècle des foires à Lille et à Gand. Celle de Lille était même alors renommée ; des marchands y venaient non seulement des contrées avoisinantes, mais môme de Portugal et d'Espagne.

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