‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 44 sur 175 · LIVRE 11. — CHAI>ITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE 11. — CHAI>ITRE IV

Dans une charte confirmalive de privilèges accordée en 1170 à la hanse.Louis VII parle des coutumes qu'elle avait eue au temps de son père, visant ainsi la charte de 1121, mais sans remonter plus haut. Dans l'intervalle de ces deux dates, la hanse avait établi, en vue de faciliter son commerce, deux ports sur la rive droite de la Seine, l'un à la grève qu'elle acheta en 1141 au roi et l'autre sur un terrain qui prit le nom de port Pépin et que lui céda en 1170 l'abbesse de Haute- Bruyère moyennant une redevauce d'une mine par bateau de sel et de cent harengs par bateau de poissons salés. C'est la même année que Louis VII confirma, à la demande des marchands de l'eau, les privilèges que ceux-ci disaient tenir de Louis VI. w II n'est permis à personne d'amener ou d'emmener par eau une marchandise quelconque, depuis le pont de Mantes jusqu'aux ponts de Paris, à moins d'être soi-même marchand de l'eau de Paris ou qu'il ne soit associé à un marchand de l'eau de Paris, sous peine de confiscation. » La moitié de la marchandise confisquée revenait au roi, l'autre moitié h la corporation. Cet acte, qui avait sans doute pour objet d'empêcher les mariniers de la hanse rouennaise de venir jusqu'à Paris, établissait la légalité du monopole sur une section de la basse-Seine. Philippe-Auguste, en 1192, établit ou confirma, en faveur des habitants de Paris, le monopole du transport et du chargement de vin ', qu'il fut amené de la basse ou de la haute Seine, ajoutant que la hanse jouissait depuis longtemps de ces privilèges. Consueludines eorum sunl taies ab aniiqiio. Nous reviendrons dans le livre suivant sur la hanse parisienne comme sur les foires.

Le commerce maritime. — L'apparition de la hanse et la renaissance des foires sont des manifestations du réveil du commerce dans la seconde partie de la période féodale. Ce ne sont pas les seules.

La conquête de l'Angleterre, de la Sicile et de l'Italie méridionale par les Normands et les pèlerinages avaient ouvert des horizons au commerce. Les pèlerins se rendaient en nombre considérable, tantôt isolément, plus souvent en troupe dans les lieux renommés pour leurs miracles. Aux* siècle déjà il y en avait qui s'y rendaient par mer en Palestine, sur les vaisseaux d'Amalfi, de Venise et autres ports italiens. Mais la route de mer était dangereuse parce que les navires étaient souvent capturés par les pirates. Quand les Hongrois se furent convertis au christianisme, la route de terre fut préférée ; beaucoup de pèlerins des pays d'Occident trouvèrent môme,

1. Un acte de 1190 porte qu'aucune personne, à moins de juâtifler qu'elle est résidente à Paris, ne pouvait décharger à Paris du vin amené à Paris ; mais le propriétaire du vin pouvait lei vendre dans le bateau ou en gros dans une boutique. Si un étranger achetait le vin, il était tenu de le transporter hors de Paris sans le décharger.

MARCHES ET FOIRES

dans les premiers temps, une hospitalité fraternelle chez les nouveaux convertis. Ces pèlerins admirèrent les richesses de Constantinople et de l'Orient ; ils en rapportèrent des produits. Les trouvères en célébrèrent les merveilles. L'Eglise couvrit les pèlerins de sa protection ; aux xi^ et xii" siècles, elle avait obtenu dans mainte contrée qu'ils fussent exemptés des péages, eux et leur bagage. Il paraît même qu'il y en eût qui abusèrent de ce privilège pour exercer le commerce en franchise. 11 y avait dans les principaux ports, entre autres à Arles, à Marseille, une organisation spéciale pour le transport par mer des pèlerins. Un entrepreneur se chargeait de conduire et de nourrir les pèlerins, moyennant un prix déterminé ; à Marseille cet entrepreneur devait être agréé par la ville, il devait accompagner les pèlerins ; des inspecteurs visitaient les navires avant le départ.

A Arles et à Marseille ce transport était réservé aux citoyens de la ville.

Les grandes villes qui se repeuplaient et où les artisans commençaient à se grouper en associations corporatives devenaient des foyers actifs de commerce en même temps que d'industries. Paris, où les rois de la troisième race avaient fixé leur résidence, avait pris beaucoup plus d'importance. Propier incremenliim ville Parisiensis et biirgensiiim nostrorum ... dit Philippe-Auguste dans une charte de 1190.

Dans la période mérovingienne on trouve Rouen parmi les localités dont les marchands fréquentaient la foire de St-Denis. Deux siècles après, Charles le Chauve réunissait dans son port une flotte de 28 navires pour une expédition contre son frère Lothaire. La ville souffrit longtemps des incursions normandes. Mais, quand Rollon y eût fixé sa résidence (912), l'administration des conquérants devint une cause de prospérité. Rouen fut mieux fortifié ; le port fut aménagé ; le lit de la Seine fut approfondi ; les relations avec l'Angleterre furent plus suivies*, surtout après la conquête de Guillaume le Conquérant.

Henri 11 donna vers l'an 1150,et .Jean sans Peur confirma en 1199 les statuts de la commune de Rouen qui conféraient aux habitants d'importants privilèges commerciaux. Nous avons dit que les habitants avaient déjà, depuis Edouard le Confesseur, un port à Londres, le port de Diunegate (Downgate). La conquête de Guillaume le Conquérant leur ouvrit môme toute l'Angleterre 2. Les Rouennais eurent longà temps le monopole de la fourniture du vin dans ce pays. Ils n'avaient payer qu'une certaine redevance en nature sur ces vins. Ils avaient

1. Un règlement de 979 exempta d'impôts ces marchands rouennais qui expédiaient à Londres des vins et du craspois (poissons dont la graisse fournissait de l'huile).

2. Cives Rothomagi, ubicunque venerint in terra nostra cum mercaturis suis, quseconque sint, paciflce et quiète vendant ad detallagium vel alio mode ad libitum suum.

seuls en Normandie le droit de commercer en Irlande '. Les Ela blissemenls de Rouen étaient au xu^ siècle une sorte de code mari time qui était observé dans un grand nombre de ports. Rouen rece vait la laine et les métaux d'Angleterre, les bois, les fourrures, les faucons des pays du Nord, les poissons secs des Pays-Bas, les métau d'Allemagne.

Au nord de Rouen, plusieurs ports étaient en relation avec l'Angl© terre et les pays du Nord, entre autres, Dieppe, St- Valéry-sur- SommeJ ville fondée vers 615 par Valérius sous le nom de Leucona, d'où par tit probablement Guillaume le Conquérant.

Lille s'enrichissait déjà par le travail de la laine, ainsi que d'autres villes de Flandre.Sur la Loire, Nantes faisait commerce de vin et de blé venus de l'Anjou et de l'Orléanais, de fruits de la Touraine, de* laine du Berry et du Poitou, de toile de Bretagne et du Maine ; Nan tes était en relation avec les Etats du Nord, l'Angleterre, le Portugal et l'Espagne, même avec des ports de la Méditerranée,

Plus au sud, La Rochelle, village au x" siècle, prenait ses premier développements ; Henri II, en 1174, lui concéda les privilèges dei Elablissemenis de Rouen et elle commençait à rivaliser avec Nantes.

Dans le Midi, Bordeaux s'était relevé, sous l'administration des Plantagenets, par son commerce avec l'Angleterre d'oîi il recevait de grains, de la viande, du fromage, du poisson sec, de la laine, dea métaux et à laquelle il envoyait surtout des vins, des blés, du pastel Du temps des ducs de Normandie, c'était Rouen qui fournissait aux Anglais les vins de la Bourgogne venus par bateau ; depuis qu'Eléo-J nore de Guyenne avait apporté sa dot aux Plantagenets, Bordeaux avait en grande partie supplanté Rouen et le vin de Bordeaux se substituait au vin de Bourgogne. h

Bayonne était aussi un port fréquenté. Au xu^ siècle, ses mariniers formèrent une association qui faisait la pêche de la morue dans le golfe et le commerce avec l'Espagne et avec la Flandre. fl

Sur la Méditerranée, Narbonne était encore prospère ; elle avait au xii" siècle des comptoirs à Torlone, à Gênes, à Pise (1148-1174) ; sur son marché, on voyait des marchandises d'Espagne, d'Italie, du Le vaut ; on y vendait des olives, des raisins, des vins, des épices, des draps, des cuirs, de la laine ; mais son port s'ensablait.

Agde etMaguelonne étaient ruinées. Montpellier, qui avait succédé à Maguelonne, quoique ne communiquant avec la mer que parle Lez, était alors une place de commerce bien plus importante. Un voyageur juif. Benjamin de Tudela, la dépeignait en ces termes en 1173 ; « ^'^stdj

1. Nulle navis de tola Normannia débet escliippare ad Hiberniam nisi de Hothomago, excepta uiiu sola oui licet cscliippare de Csesarisburgo (Cherbourg, semel ia anno, ci quiecumque navis de llibernia venerit ex quo caput de Gennes traDsicrit] Kolhomagum veniat (charte de 1150).

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MARCHES ET FOIRES

un lieu très favorable au commerce, où viennent trafiquer en foule Chrétiens et Sarrazins, où affluent des Arabes du Garb. des marchands de la Lombardie, du royaume delà grande Rome, de toutes les parties de l'Egypte, de la terre d'Israël, de la Grèce, de la Gaule, de l'Espagne, de l'Angleterre, de Gênes, de Pise, et qui y parlent toutes les langues. » Cette énuméralion donne une idée de la multiplicité et de la diversité du commerce méditerranéen à cette époque. Les banquiers étaient en grand nombre ; ils formaient la plus puissante corporation de la ville.

Arles était, comme parle passé, le grand entrepôt du Rhône. Un règlement de 1150 sur la police de la navigation nous apprend que les consuls de la ville devaient faire inscrire sur un registre les usages et péages dus à Arles sur la rive du Rhône, afin que chacun pût en prendre connaissance. Sur la rive, les bateaux vides devaient céder la place aux bateaux qui étaient à décharger, sous peine d'amende. Les propriétaires de navires devaient fournir caution pour garantir le transport des voyageurs qui se confiaient à eux. Les navires appartenant à des habitants d'Arles avaient un droit de préférence sur les navires étrangers pour le transport des voyageurs.

Saint-Gilles était un des ports d'embarquement des pèlerins.

Marseille, où beaucoup de pèlerins et de croisés venaient s'embarquer pour se rendre en Terre Sainte, n'avait pas cessé d'entretenir des relations maritimes avec les grands ports de la Méditerranée ', en concurrence avec les républiques italiennes, Gênes, Pise, Venise, qui étaient alors en plein épanouissement. La ville de Marseille avait obtenu de grands privilèges dans le Levant ; en 1117, des exemptions de péages en Palestine ; en 1130, le droit d'entretenir des consuls à Beyrouth ; en 1136 et en 1152. la concession à Jérusalem d'une rue dans laquelle les Marseillais se régiraient par leurs propres lois, puis la même concession à Tyr ; en 1187, un consul dans cette ville. Les marchands de Marseille exportaient en Italie les laines, le pastel, le safran du Midi, les toiles de Bourgogne, les draps teints du Languedoc, le savon de Provence et bien d'autres marchandises.

Nous retrouverons dans la période suivante ces villes plus florissantes encore pour la plupart.

(1) Au ix° siècle, les Marseillais unis aux Lyonnais envoyaient deux fois par an des navires à Alexandrie, d'où ils rapportaient les produits, très rares alors, de l'Inde et de l'Arabie.

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