LIVRE m- — CHAPITRE PREMIER
Cette taille n'est pas la seule charge fiscale qu'ait imposée à ses sujets roturiers le besogneux Philippe le Bel ; l'impôt du sel, la traite foraine prélevée sur la sortie des marchandises, les droits de banlieue, de travers furent alors inventés ou généralisés.
Mais ce roi compensait aux yeux des bourgeois ses exigences d'argent par une bonne police. Tl défendit à plusieurs reprises, comme son aïeul, les guerres privées ', les attaques contre les paysans, môme le port d'armes. « Pour ce que nous voulons, disait-il, que nos sujets soient et vivent en paix sous nous, faisons défense aux baillixde souffrir en leur baillie que gens d'armes, de quelconque autorité ou étal, entrent en arme ou fassent assemblée de gens d'armes ; nous voulons et mandons que preniez leur corps et mettiez en prison leurs chevaux. »
Après la mort de Philippe le Bel, il y eut tout d'abord une réaction de la noblesse, qui obtient de Louis le Hutin le recouvrement d'une partie des privilèges féodaux que la royauté avait supprimés ou circonscrits. Mais cette réaction fut de courte durée et lors de l'extinction des Capétiens directs (1328), l'administration royale avait repris toute sa force. Cette force était en somme favorable au commerce.
La période de la guerre de Cent Ans. — C'est le suffrage des grands qui fit passer la couronne de France sur la tête du premier des Valois. Aussi les Valois, sans renoncer aux conquêtes administratives faites par les Capétiens, se montrèrent-ils plus favorables qu'eux à la grande féodahlé et ils s'entourèrent d'une cour brillante, que leurs prédécesseurs n'avaient pas connue. Edouard III, roi d'Angleterre, cousin de Philippe de Valois par sa mère, ayant revendiqué la couronne de France, une guerre s'engagea qui est désignée sous le nom de guerre de Cent Ans et qui, en fait, a duré cent seize ans, avec des intervalles de paix. L'Angleterre ne fut jamais envahie et la France fut pendant tout ce temps le théâtre des hostilités, ravagée par les armées quand elles étaient en campagne, ravagée par des bandes de soudards quand elles n'étaient pas enrôlées et soldées par un des belligérants. La désolation du pays fut extrême.
Les charges de la guerre, beaucoup plus lourdes que celles des guerres antérieures, nécessitèrent d'énormes dépenses et par suite la création de lourds impôts. Même sous le règne réparateur de Charles le Sage la fiscalité fut très pesante, si bien que le roi sur son lit de mort crut devoir dire à ses frères : « De ces aides du royaume de France dont les pauvres gens sont tant travaillés et grevés usez-en en votre conscience et les ôlez au plus tôt que vous pourrez ; car ce sont choses, quoique je les aie soutenues, qui moult me grèvent et