LIVRE m. — CHAPITRE PREMIER
après, le roi, maître d'une armée forte et disciplinée depuis l'organisation de 1445, acheva l'expulsion des Anglais par la victoire de Formigny (1450), la prise de Bordeaux etla reprise de celte ville après la bataille de Castillon (1453). Au milieu du xv* siècle, la France était délivrée et la royauté, qui avait repris les traditions d'organisation administrative des Capétiens directs, était plus maîtresse du royaume qu'à l'avènement de Philippe VI.
Louis XI acheva l'œuvre. Il abattit la féodalité apanagée. 11 agrandit le domaine royal par des conquêtes, des confiscations, des héritages. Toujours en défiance contre la noblesse qui lui portait ombrage, il protégea les petites gens ; comme les premiers Capétiens, il s'appliqua à élever la bourgeoisie afin de fortifier la royauté. Il confirma, il étendit les privilèges des bonnes villes ; il décida que dans plusieurs grandes cités l'exercice des fonctions de maire ou d'échevin conférerait de droit un titre de noblesse ; il autorisa dans le Nord les simples bourgeois à posséder des fiefs, comme en possédaient depuis longtemps ceux du Languedoc ; il permit aux nobles de faire le commerce. A la noblesse liguée contre lui, il opposa la milice des « manans et habitans de sa bonne ville de Paris » qu'il organisa en soixante et une compagnies, dites bannières, composées principalement des corps de métier. Les officiers, en entrant en charge, juraient « qu'ils seraient bons et loyaux au roi et qu'ils le serviraient envers et contre tous ». Le roi passa en personne la première revue le 14 septembre 1467 ; il y avait, dit Jean de Troyes, « soixante à quatre-vingt mille testes bien armées dont bien trente mille tous armez de harnois blancs, jaques ou brigandines ».
Les artisans et marchands qui, dans la plupart des villes, s'étaient groupés en corps de métier privilégiés au xiii* siècle et même avant le xin® siècle, et dont la misère avait dissous les associations pendant la guerre, se groupèrent de nouveau et demandèrent à la royauté de donner sa sanction à leurs nouveaux statuts. D'autre part, le servage avait disparu de plusieurs provinces ou y devenait l'exception. Déjà au XIII» siècle, il n'existait pour ainsi dire plus dans la France septentrionale ; le bail à cens le remplaçait et le cultivateur, plus libre, pouvait vendre ses denrées : il animait davantage le commerce. La rédaction des coutumes, qui avait commencé au xiii" siècle, se poursuivait plus activement au xv* ; le droit fixé par écrit donna plus de garantie aux transactions commerciales.
Quand Charles VIII eut succédé à son père, une dernière coalition de grands seigneurs, qu'on a qualifiée de guerre folle, fut aisément dissoute par la régente. La seule grande province dont l'indépendance put encore inquiéter la royauté fut réunie à la couronne par le mariage avec Anne de Bretagne et, trois ans après ce mariage (1494), la noblesse accompagnait avec empressement son jeune roi dans la brillante armée
LES PERIODES
de 30.000 hommes, munie d'une formidable arlillerie, avec laquelle il allait gaîment et impolitiquemçnt à la conquête du royaume de Naples.
La Bourgogne et la Provence avaient été réunies au domaine royal par Louis XI. La Bretagne le fut définitivement sous François P^