‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 56 sur 175 · LIVRE m- — GHAIMTRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m- — GHAIMTRE IV

changé K M. le vicomle d'Avenel a cité des contrats et des comptes rédigés de cette façon *.

A côté du cours légal prescrit par les ordonnances et sans cesse variable, il s'établit alors dans le grand commerce et parmi les changeurs un cours volontaire qui tempéra les inconvénients des mutations officielles. Le cours volontaire se déterminait surtout par la valeur à l'exportation du métal fin, surtout la valeur de l'or. Ce cours pouvait d'ailleurs varier d'une localité à une autre ; ainsi en juillet 1359, pendant que le cours légal du royal d'or était à 30 sous, le cours volontaire était à 42 sous à Paris et à 52 à Troyes. « Les désordres, dit Le Blanc dans son Traité des monnaies, qui étaient dans les monnaies, étaient cause que le peuple donnait cours à toutes sortes d'espèce et pour tel prix qu'il lui plaisait, k

Mais les rois interdisaient cette manière de compter qui était une dérogation à leurs ordonnances. Les gens rompus aux affaires étaient capables de l'employer ; le petit peuple ne l'était guère pour ses achats journaliers ou pour les paiements de son loyer et presque toujours il se trouvait, d'une façon ou d'une autre, victime des changements de monnaie qui fournissaient matière à mainte spéculation déshonnêlc.Les seigneurs de leur côté qui étaient possesseurs de cens et de rentes fixés en livres, sous et deniers n'échappaient pas à la diminution des cours résultant de la diminution presque constante de la valeur intrinsèque delà livre tournois ; ils ont beaucoup perdu. Les plaintes que ces changements faisaient naître sont la preuve qu'ils n'étaient pas sans porter atteinte aux intérêts du public.

Au xiv^ siècle, les monnaies seigneuriales qui avaient cours dans beaucoup de provinces et les monnaies étrangères qui circulaient partout, n'étaient pas atteintes par les ordonnances d'altération ; elles tempéraient peut-être dans une certaine mesure l'inconvénient des variations de la monnaie royale, tout en compHquant la circulation.

M. le Vicomle d'Avenel estime cependant, d'après les prix qu'il a recueillis dans son Histoire économique de la propriété, des salaires, des denrées, que les effets produits par les altérations de monnaies étaient beaucoup moindres qu'on ne le suppose. « Le cours des

i. Ainsi on trouve dans les comptes de l'hôpital Saint-Jacques, à Paris, qu'en 1360 cet hôpital a reçu 442 livres en forte monnaie, 55 livres en moyenne et 28 en faible monnaie. Quel pouvoir d'achat le total de ces monnaies avait-il ?

2. Sur les livres de comptes des frères Bonis, qui datent précisément du xiv siècle, on voit que ces marchands inscrivaient très souvent les sommes qui leur étaient dues en écus d'or dont le poids et le titre ont peu varié. Ils inscrivaient à côté la valeur de l'écu, valeur en sous qui a incessamment varié, débutant à 15 sous en 1343, portée pour 35 sous en décembre 1352, pour 12 sous en avril 1353, pour V^(i sous en novembre 1353, etc., et se terminant à 22 sous en 1303. A partir de l'année 1357 leurs comptes sont en florins ou en livres. Ce sont les grosses sommes qui sont cotées ainsi avec la double valeur. Les petites ventes ne le sont qu'en sous et deniers ; elles devaient subir, dans une certaine mesure, l'inconvénient des variations.

monnaies, écrit-il, n'obéissait. pas aux ordonnances royales; j'ai été très étonné moi-même, je l'avoue, de ne presque pas trouver trace des troubles que l'on suppose avoir été causés par cette manière d'agir des princes vis-à-vis de la monnaie, Les transactions ne paraissent pas en souffrir sérieusement entre particuliers. On stipule que l'on paiera en telles ou telles espèces non altérées ou en monnaie forte, mais le prix de toutes choses, exprimé en livres ou en sous, reste le même dans les années où le marc d'argent subit, par la volonté royale, une hausse superficielle que dans les années qui précèdent ou suivent. » L'observation est très importante ; mais le vicomte d'Avenel a eu en mains des textes d'actes écrits, lesquels ne donnent pas nécessairement la mesure des échanges journaliers du menu peuple. Sur ce point il convient de tenir compte des témoignages de contemporains *.

Retour de Philippe de Valois à la forte monnaie,— Les Valois firent pis que les Capétiens directs. Piiilippe de Valois, ayant trouvé la livre tournois pesant autant que 8 IV. 68 de notre monnaie actuelle ^ réunit tout d'abord une assemblée de prélats, de nobles et de gens des bonnes villes. Il releva graduellement la valeur, si bien qu'en avril 1330 (Ord. du 16 décembre 1829) la livre équivalait au poids de 17 fr. 37 ; elle se rapprochait alors beaucoup de la monnaie de Saint Louis.

Si les ordonnances prohibaient les monnaies étrangères, elles encourageaient l'apport des métaux précieux aux hôtels des monnaies en exemptant de tout droit de péage les marchands étrangers qui en importeraient et en leur donnant un droit de préférence sur les vendeurs français. Elles défendaient aux changeurs d'acheter l'or et l'argent à un prix autre que celui des hôtels des monnaies.

Tout changement dans la valeur des monnaies crée des difficultés, non seulement à cause du règlement des dettes antérieui'es, mais à cause du changement du prix des choses d'un jour à l'autre. Avec la forte monnaie, ce prix aurait dû logiquement diminuer; mais les marchands et les artisans essayaient de le maintenir. Le roi crut devoir intervenir. « Notre intention, dit-il dans l'ordonnance du 6 avril 1330, était que les denrées et les marchandises fussent mises à un prix raisonnable selon la valeur, le poids et la loy de la monnaie, et quelquesuns de nos sujets ont été si pleins de fraude et de convoitise qu'ils ont voulu vendre plus cher à la forte monnaie qui court à présent qu'ils ne le faisaient auparavant. Ce dont le peuple s'est plaint vivement. Mous en avons été et nous en sommes très mécontents. >> Et le

1. M. Landry attache moins d'importance qu'il ne convient suivant nous, à ces perturbations, parce que le peuple s'habituait, dit-il, assez promptement à la nouvelle monnaie et qu'après tout.ce que les uns, créanciers ou débiteurs, perdaient, les autres le gagnaient. Mais n'est-ce pas là justement un mal ?

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