‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 62 sur 175 · LES COMFAGNIESS DES MARCHANDS DE L'EAU · texte numérisé non relu

LES COMFAGNIESS DES MARCHANDS DE L'EAU

registra les lettres patentes qu'en y mettant comme condition l'obligation de se hanser.

La Hanse parisienne continua de subsister jusqu'au milieu du xvii* siècle comme un souvenir d'un ordre de choses qui avait cessé depuis longtemps; ce fut Louis XIV qui, en 1692, supprima la Compagnie, tout en conservant les droits de hanse au profit du Trésor.

Communauté des marchands fréquentant la rivière de Loire. — Il y a eu d'autres hanses. On connaît celle de la Somme dont le privilège s'étendait de Gorbie à la mer. Dans des lettres données par Louis XII à Blois en 1499, il est dit « qu'en chacun fleuve et rivière navigables, les marchands fréquentant lesdites rivières pourraient faire bourse commune et imposer sur leurs marchandises aucunes sommes de deniers pour la tuition et défense de leurs marchandises, le tout en la forme et matière de la bourse établie par les marchands fréquentant la rivière de Loire ». Ce genre d'association ne paraît pas impliquer toutefois un monopole semblable à celui des Compagnies française et normande.

Il y avait, en effet, une « communauté des marchands fréquentant la rivière de Loire et fleuves descendant en icelle ». Quoique les premiers actes qu'on a conservés de cette association ne datent que de la seconde moitié du xiv* siècle, il n'est pas douteux qu'elle soit plus ancienne et qu'elle ne se soit formée par le groupement de plusieurs associations locales. La Loire était une des plus grandes voies commerciales du moyen âge, malgré les nombreux péages qui gênaient la circulation. Comme la navigation de ce fleuve présentait des difficultés particulières, il était naturel qu'il se soit formé une communauté chargée du curage, du balisage, de l'entretien des chemins de halage de concert avec les seigneurs de la terre. Cette association, qui se constitua probablement au xiv^ siècle, peut-être plus anciennement, protégeait ses membres contre tous ceux qui pouvaient gêner leur commerce et elle accordait quelquefois une indemnité pour les perles accidentelles; elle plaidait contre les seigneurs qui embarrassaient la rivière par des constructions ou qui levaient indûment des péages *. Elle prélevait sur les transports certains droits qu'on désignait, depuis la seconde moitié du xv" siècle, sous le nom de « boîte » et àl'aide desquels elle subvenait à ses dépenses, particulièrement à l'entretien des turcies et levées de la Loire *.

« On voit par les actes, dit M. Mantellier, historien de cette comrau-

1. Plusieurs lettres patentes l'attestent, entre autres celles du 18 juin 1439 qui abolissent tous les péages établis depuis 1370.

2. Des lettres du 23 mai 1410 confirment, entre autres droits, celui des marchands de la Loire de lever un subside sur les bateaux pour l'entretien de la navigation de la r>oire.

nauté, qu'au cours du xiv* siècle les marchands fréquentant la rivière de Loire elles fleuves descendant en icellesonttenus pourexercer de temps immémorial ce monopole de la navigation du bassin de la Loire ; eux seuls sont en possession de mener par eux, leurs gens ou autres de leur compagnie, leurs bateaux, chalands et marchandises ; qu'ils forment une Compagnie ; que cette Compagnie est pourvue d'antiques franchises et que son action embrasse tous les intérêts se rattachant à la navigation du fleuve. » Les nautonniers de la Loire ne formaient pas une corporation fermée comme la Hanse parisienne ou la Compagnie normande, mais une association ouverte destinée à protéger tous les gens faisant le commerce sur le fleuve et ses affluents, une sorte de fédération composée de corporations de marchands et de voituriers des villes riveraines, ayant des mandataires particuliers dans ces villes, tenant tous les deux, trois ou quatre ans une assemblée générale, à Orléans, qui élisait les officiers et les mandataires de la communauté et apurait les comptes; en 1504, vingt-deux villes avaient le droit d'envoyer des députés à l'assemblée d'Orléans.

A la fin du xv" siècle le roi proposait cette institution comme un modèle et il paraît qu'il se forma alors des associations du même genre sur la Garonne, sur la Dordogne, sur la Saône.

La communauté des marchands fréquentant la Loire se transforma au XVII® siècle (1682) lorsque Louis XIV eut commencé à faire directement par ses propres agents la police des cours d'eau. Puis, devenue sans objet et sans utilité, elle fut supprimée en 1773.

Il y avait des conventions de navigation existant entre Avignon et Saint-Gilles, Arles et Nîmes, Montpellier et Aigues-Mortes ; il y avait de même à la fin du xv® siècle une association des marchands de la Garonne, du Tarn, du Véron, de l'Aveyron et du Lot qui avaient institué un syndicat. Il y en eut aussi un pour la Dordogne au xvi« siècle. 11 existait d'autres associations isolées de marchands et de mariniers dans plusieurs ports du bassin du Rhône, à Chalon, à Mâcon, à Vienne, à Avignon, à Arles.

Page 1