‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 64 sur 175 · Malgré le rétablissement des foires en 1453 et · texte numérisé non relu

Malgré le rétablissement des foires en 1453 et

2. Les Anglais n'étaient admis qu'avec un sauf-conduit personnel et ils étaient soumis à une surveillance vexatoire. Entre autres mesures, en voici une dont se sont plaints les ambassadeurs anglais lors de la négociation de la trêve de Picquigny. « Il est ordonné dans la ville de Bordeaux que nul Anglais ne parte de son logis au matin jusqu'à ce que la cloche de la ville ait sonné, qui ne sonne communément qu'à 7 heures du matin, et, si aucun d'eux est trouvé faisant le contraire, il sera prisonnier et paiera rançon ; et pareillement sont contraints de retourner à leur dicl logis à 5 heures de vespres ; et si aucun est trouvé hors de son logis après le son de la dite cloche, il sera semblablement prisonnier et paiera rançon, nonobstant son sauf-conduit. »

Les Anglais à cette époque préférèrent aller acheter des vins de Bourgogne à Rouen où ils étaient moins mal traitée.

times de la fin du xv° siècle et du xvi* siècle ; ils fréquentaient les parages de Terre-Neuve.

L'aug-raentation du tonnage des navires au xwn^ siècle détourna de l'Adour la grande navigation.

Narbonne. — Sur la Méditerranée, le commerce n'était pas moins actif que sur l'Océan. lia même eu à presque toutes les époques plus d'éclat.

Narbonne était en pleine prospérité au xi" et au xii" siècle. Le golfe au fond duquel était la ville gauloise s'ensablant peu à peu, les Romains avaient détourné l'embouchure de l'Aude et l'avaient amenée dans ce golfe que le courant du fleuve dragua. Les Juifs, qui avaient de continuelles relations dans le Levant, y étaient établis en grand nombre; ils occupaient la ville neuve où ils s'administraient euxmêmes et où ils avaient une université alors célèbre. En 1165, Narbonne contractait une alliance avec Gênes ; en 1174 avec Pise ; elle avait un consul à Tortosa, en Espagne; en 1254, elle formait une ligue avec Montpellier; de 1225 à 1244 elle signa, comme Montpellier, des traités avec Marseille, Hyères, Nice, Vintimille, Gênes, Pise. Elle était l'entrepôt naturel du commerce de la Méditerranée avec la Guyenne et la Gascogne et du commerce du Languedoc avec l'Espagne *. Narbonne et Aigues-Mortes envoyaient officiellement tous les ans chacune dans le Levant une ou deux galères qui, au xiii* siècle, jouissaient de certains privilèges.

Deux événements du commencement du xiv* siècle lui furent funestes. Les ordonnances de proscription des Juifs que promulgua et que fit exécuter Philippe le Bel la privèrent d'une portion très commerçante de sa population ; la rupture d'une digue en 1320 ramena l'Aude dans son ancien lit. Les étangs qui faisaient communiquer Narbonne avec la mer s'ensablèrent encore peu à peu. Les travaux entrepris pour réparer la digue de Salelles et pour creuser le lit du fleuve ne réussirent pas. Les tentatives qui furent faites au xiv* siècle pour créer un port nouveau à Leucate ne réussirent pas non plus et Narbonne perdit peu à peu son importance ^.

Montpellier. — Montpellier n'était pas, non plus que Narbonne, sur le rivage de la Méditerranée. Maguelone y était. Mais Maguelone, ancienne colonie phénicienne, puis marseillaise, avait été détruite par Charles Martel (737) qui voulait empêcher les Sarrasins de s'y établir. Elle avait été rebâtie au xi^ siècle et elle faisait un certain commerce au XII''. Mais Montpellier l'avait supplantée.

Montpellier commençait à devenir une ville, et une ville commer-

1. Oq payait à Narbonne un droit de passage sur la route d'Espagne.

2. Agde n'avait qu'un petit rôle dans le commerce de la Méditerranée.

LES PORTS ET LE GKAND COMMERCE PAR TERRE ET -f AR EAU ^^^

çante, grâce au port de Lattes qui, par la rivière le Lez, la reliait aux étangs du littoral et à la mer. Dès le xii^ siècle elle avait des consuls de mer chargés de percevoir la taxe de transport de Montpellier à Lattes, pour l'entretien de la Robine, de la route et des consuls sur mer qui accompagnaient les navires dans leurs voyages et y exerçaient la justice. La ville eut aussi des consuls établis dans les pays étrangers.

En 1187, Conrad de Montferrat, en reconnaissance du secours qui lui avait été prêté contre Saladin, accorda aux bourgeois de Montpellier, de Saint-Gilles, de Marseille, de Barcelone l'autorisation d'entrer dans son royaume et d'en sortir sans payer d'impôts, d'entretenir un consul à Tyr avec droit de juridiction sur ses nationaux, Guy de Lusignan leur accorda probablement la même faveur à Saint- Jean d'Acre et dans ses Etats.

Les Génois, jaloux de Montpellier, vinrent à plusieurs reprises piller le port de Lattes*. En 1229, un traité de mutuelle harmonie fut signé entre Montpellier et Marseille, puis renouvelé en 1254 et 1257, bien que ces deux villes fussent toujours restées en rivalité. En 1231, Jacques d'Aragon, qui était né à Montpellier, concéda à la ville cent maisons pour faire le commerce à Majorque.

En 1236, Henri de Lusignan autorisa les habitants de Marseille, de Montpellier et en général les habitants du Midi, à introduire toute espèce de marchandise en payant seulement un droit de 1 p. 100 ; le pape confirma cette autorisation en 1250.

En 1243, Bohémond, prince d'Antioche et comte de Tripoli, accorda pour dix années à Montpellier la faveur de ne payer qu'un tiers de la taxe et d'occuper à Tripoli une rue dans laquelle les doyens de Montpellier auraientdroit de juridiction, à condition de conduire touslesans à Tripoli au moins un navire monté de 40 hommes et ayant 800 quintaux de marchandises. En 1254, Hugues, roi de Jérusalem et de Chypre, permit aux marchands de Montpellier de trafiquer librement dans ses Etats. De 1225 à 1245 Montpellier signa des traités avec Nice, Vintimille, Gênes, Pise, Hyères, Toulon, Antibes, Arles, Avignon, Montélimar.

La charte communale de 1204 que lui donna Pierre II d'Aragon était très libérale, particulièrement en matière commerciale : « Point de monopole », y est-il dit. « Toute personne en résidence dans le Levant et dans les Etals barbaresques, quelle qu'elle soit et d'où qu'elle soit, peut en temps de paix et en temps de guerre entrer en sûreté

1. En 1169 les Génois obtinrent du comte de Toulouse que nul navire, hors les leurs, n'entrerait au port de Saint-Gilles. En 114.3, ayant aidé le seigneur de Montpellier à réprimer une révolte de ses sujets, les Génois avaient obtenu en récompense l'exemption des droits pour le débarquement de leurs marchandises et l'interdiction aux Montpellierins de naviguer au delà de Gênes. Quoique renouvelé en 1155, cet accord fut de peu de durée.

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avec sa fortune à Montpellier, y séjourner et en sortir sans opposition ; sa fortune même en son absence doit y être en sûreté '. »

Avant la réunion de Montpellier à la couronne Philippe le Hardi essaya (1278) de détourner le commerce de Montpellier sur Nîmes qui faisait partie de son domaine. 11 offrit de grands privilèges aux Italiens qui quitteraient Montpellier pour venir se fixer à Nîmes. Les rois de Majorque, seigneurs de Montpellier, protestèrent ; cependant ils ne purent empêcher beaucoup d'Italiens d'émigrer. Mais, quand Montpellier fut entré dans le domaine royal (1349), la politique à son égard changea ; Charles V lui accorda deux foires et Louis XI confirma (1488) cette concession. Montpellier resta, comme le dit Froissart, une « ville de grande recouvrance pour le fait de la marchandise par terre et par mer ». Jacques Cœur y avait établi le centre de ses opérations maritimes. La colonie juive y était nombreuse et bien traitée : les étrangers, italiens et même asiatiques, y étaient nombreux aussi. Les banquiers y formaient la j)lus puissante corporation de la ville. L'industrie des habitants fournissait à l'exportation du vert-degris, des draps, surtout des draps teints avec la garance, des cuirs, de la coutellerie, de l'orfèvrerie, des émaux du genre de Limoges ; l'agriculture du Midi fournissait le vin, l'huile, les fruits, la laine; l'industrie du reste de la France fournissait beaucoup aussi.

Montpellier était l'entrepôt le plus important du Levant avec l'Occident pour la France, comme Barcelone l'était pour l'Espagne, comme Gênes et Pise l'étaient pour l'Italie, comme Venise pour l'Allemagne. On voit alors des Montpellierins établis à Rhodes où le grand maître leur accorde un conseil, une loge, un droit de juridiction, même sur les étrangers, à Chypre, à Saint-Jean d'Acre, à Alexandrie (peut-être), dans l'empire d'Orient où ils étaient affranchis du droit d'épave et où ils avaient consul et tribunaux de commerce. Urbain V, qui leur était très favorable, leur avait permis d'expédier chez les infidèles d'Afrique toutes marchandises, à l'exception des vivres et des armes, et ils avaient en effet des relations suivies avec les pays musulmans ^ Les marchandises étaient surtout des draps, des cuirs, des vins, de l'huile, des viandes salées, de la teinture écarlate, du froment et autres denrées, peut-être aussi parfois des esclaves sarrasins et même des armes malgré la défen.se ,

CependantMontpellierdéclinaitau[xv* siècle. L'invasion anglaise, les pilleries des gens de guerre, la lourdeur des impôts étaient des causes

1. Toutefois il est dit que, si un citoyen de Montpellier a subi un dommage ou une injure de la part d'un habitant d'une autre ville, on fera sortir de Montpellier les gens de cette ville qui pourraient s'y trouver et qu'après on pourrait user de représailles.

2. On avait même, en 1226, frappé à Montpellier de la monnaie avec légende en arabe .

LES PORTS ET LE GRAND COMMERCE FAR TERRE ET PAR EAU

de déclin, malgré certains essais de relèvement, comme ceux de Louis XI qui accorda en 1456 à la ville un dégrèvement d'impôts parce que la moitié des maisons, disait-il, était inoccupée et qui y établit, malgré la protestation de Pézenas, deux foires en 1485. Le nombre des feux, de 4.520 en 1367, tomba à 334 en 1412. On lit dans un acte de 1427 que 1# commerce qui s'était fait jadis à Montpellier se faisait maintenant à Avignon et en Provence. Ce sont les foires de Beaucaire et de Lyon qui attirèrent alors le grand commerce.

Aigues-Mortes. — Quand Saint Louis entreprit sa croisade, ni Montpellier ni Marseille ne faisaient partie du domaine royal. Il acheta près de la bouche occidentale du Rhône un terrain sur lequel il fit creuser le port d'Aigues-Mortes, destiné à remplacer celui de Saint-Gilles. II dota la ville naissante de grandes libertés et de nombreux privilèges. Ces privilèges furent maintenus et étendus par ses successeurs. Défense fut faite de creuser les graus, c'est-à-dire les ouvertures des étangs littoraux sur la mer, pour ouvrir d'autres passages que celui d'Aigues- Mortes. Tout navire dont le guetteur du phare apercevait les voiles était tenu de payer pour l'entretien du port la taxe d'un denier par livre tournois de sa cargaison, de deux deniers si le navire était étranger, En 1360, Jean le Bon déclarait qu'il n'y avait pas d'autre port qu'Aigues-Mortes en Languedoc et interdisait le creusement du port de Leucate. Malgré ces faveurs, Aigues-Mortes ne fut jamais une place de commerce importante.

Le Lez, le port de Lattes, le canal de la Robine et les graus, qui se déplaçaient et s'ensablaient, ne suffisaient plus à la navigation, d'ailleurs interdite ou gênée par les règlements. On avait creusé le canal de la Radelle qui relia Aigues-Mortes aux étangs et la navigation de Montpellier avait pris cette voie dès la seconde moitié du xiii® siècle ou la voie de mer pour gagner aussi Aigues-Mortes '. Des travaux d'aménagement furent à maintes reprises commandés et entrepris pour l'amélioration du port d'Aigues-Mortes * qui communiquait avec la mer, au grau Louis, à travers des étangs, par un canal de huit kilomètres. Mais, après la réunion de Montpellier au domaine, les rois furent moins jaloux de conserver le monopole d'Aigues-Mortes ; les navires furent autorisés à débarquer au port de Lattes.

En 1488, Louis XI publia un édit prescrivant que toutes les épiceries et autres marchandises destinées au Languedoc ne pourraient

1 . Déjà ea 1251, le seigneur du lieu s'engageait à laisser circuler librement les habitants de Montpellier parla Radelle,

2. En 1338, Philippe de Valois autorisa la réparation de la Radelle ; en 1337, l'impôt à Aigues-Mortes fut augmenté en vue de réparations ; en 1338, le roi autorisa l'entrée par les graus, à condition de payer le même droit qu'à Aiguës Mortes. Charles V s'engagea à fournir le tiers des sommes nécessaires pour les réparationSi

entrer en franchise que par le port d'Aigues-Morles, d'Àgcle etdeNarbonne, comme l'avait prescrit Saint-Louis. Le canal de Lunel à Aigues- Mortes fut alors entrepris. Mais la communication avec la mer restait toujours difficile et Aigues-Mortes cessa d'être l'objet des préoccupations de la royauté, lorsque la Provence, et avec elle Marseille, eut été réunie au domaine. •

Marseille. — En 1481, à la suite de celte réunion, Marseille entra dans le mouvement commercial de la France. Jusque-là cette anlique place de commerce en était séparée, comme Nantes et plus môme que Nantes. Elle avait eu des périodes de grande prospérité, surlout au temps des croisades.

Dans le port de Marseille quelques navires appartenaient à la ville , mais le plus grand nombre élait la propriété de parliculiers ou de sociétés commerciales ; tous devaient porter le pavillon de Marseille. La ville intervenait dans la rédaction des contrats de fret, dans les différends entre armateurs, mariniers et passagers. Elle percevait un droit d'entrée et un droit de sortie sur les navires, une taxe sur les navires appartenant à des bourgeois ou à des citoyens de villes alliées, une taxe plus forte sur les autres, un droit de quai pour le débarquement des marchandises.

Un consul nommé par le maire accompagnait chaque navire et exerçait à bord la juridiction sur l'équipage et sur les passagers en matière commerciale.

Marseille, malgré les vicissitudes de sa fortune, n'avait pas cessé d'être un port fréquenté depuis l'antiquité. Au xni" siècle, la cité publiait son statut, qui contient un code maritime. Elle armait tous les ans deux navires qui portaient des pèlerins en Terre-Sainte ; elle élait un lieu de départ pour les Templiers et les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; avec les pèlerins s'embarquaient des marchands. Elle élait en relation avec Gonstantinople, Trébizonde, la Petite Arménie, la Syrie, Alexandrie, les pays barbaresques. Elle exportait en Italie des laines du Languedoc, des toiles, des bois, du fer, des vins, de l'huile, du safran, du pastel, du savon, des draps teints de Montpellier. Elle importait des épices, des soieries, des lapis du Levant, du sucre, des cuirs, de la laine, des vins de Chypre, des draps de Florence. Les navires étaient en général de faible tonnage ; on en voyait cependant qui jaugeaient jusqu'à 600 tonneaux et qui pouvaient contenir jusqu'à un millier de passagers.

Sous le gouvernement des comtes de Provence, Marseille se trouva entraînée dans les guerres dispendieuses que la maison d'Anjou entreprit pour la possession du royaume de Naples ; les Marseillais durent armer contre Gênes et contre Pise ; c'est alors qu'une bataille navalegagnéepar les Aragonnaisen 1284anéanlitla marine provençale.

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La Provence s'appauvrit et le commerce de Marseille s'amoindrit ; ses marchands se laissèrent supplanter par les Génois et les Vénitiens. Ce commerce ne commença à refleurir qu'après la réunion de la Provence à la France (1481) ; Marseille alors supplanta Montpellier.

Grandes villes de commerce de l'intérieur. — A l'intérieur du royaume, après Paris dont la prospérité subit une éclipse totale dans la seconde moitié de la guerre de Cent ans^ surtout pendant l'occupation anglaise,on comptait parmi les villes de premier rang par l'importance de leur commerce : au nord, Lille, qui, durant cette période, comme Nantes et Marseille, était une place pour ainsi dire étrangère, Amiens en Picajdie, Troyes et Provins en Champagne dont la fortune grandit et déclina avec celle des foires •, en Normandie, Caen avec sa foire de Guibray ; dans l'Orléanais, Orléans, tête de ligne de la grande voie de communication de Paris avec le centre de la France ; à l'ouest et au centre, Tours depuis que les derniers Valois avaient fait des bords de la Loire leur résidence favorite, Poitiers, longtemps capitale du duché d'Aquitaine, Bourges, résidence de Charles VII, Limoges; au sudouest, Carcassonne et Toulouse, capitale du Languedoc, entrepôt du commerce de la province avec l'Espagne ; à l'est, Dijon, capitale du duché de Bourgogne, qui eut l'avantage de rester à peu près à l'abri des désastreux ravages de la guerre de Cent ans et qui fut au XIV* et au xv" siècle une cité brillante par les arts et par le commerce, Lyon, qui de ville impériale, appartenant partie à l'archevêque et partie au chapitre, était devenu, à la suite d'une révolte des habitants, une ville libre sous la protection royale (1292), puis une ville royale (1312) et dont le développement économique, contrarié par la guerre de Cent ans,commença à se produire plus librement depuis le règne de Louis XL

Principaux objets du grand commerce. — L'énumération des ports de mer vient de faire connaître les pays avec lesquels la France entretenait le plus de relations maritimes durant cette période trois fois séculaire et les principaux objets de leur commerce. Le commerce international par terre était moins considérable que le commerce par mer ; cependant il se faisait avec l'Espagne par les deux extrémités des Pyrénées ; il se faisait avec l'Italie par les cols des Alpes ; il se faisait avec l'Allemagne et les Flandres. Avec ces deux derniers pays les échanges, considérables au xiii« siècle, se trouvèrent, avons-nous dit, beaucoup réduits depuis que la politique militaire de Philippe le Bel eut écarté les Flamands des foires de Champagne.

Les foires attiraient les marchands étrangers comme les marchands

1. De 3.200 métiers il n'en restait plus que 30 en activité à Provins en 1399.

de France ;c'éfait en partie du commerce international, autant du moins que cette expression peut s'appliquer aux transactions de cette époque.

Les marchés n'étaient fréquentés que par les gens du voisinage, surtout par les paysans qui venaient y vendre leurs denrées, mais qui en même temps faisaient en ville leurs emplettes d'objets manufacturés.

Dans le Débat des héraiilts d'armes de France et d'Angleterre, le champion de la France fait valoir les richesses de son pays. « Nous avons de tous blez si plantureusement que tous noz voisins en viennent quérir, car la terre de France est fort fertile. .. Le vin qui est la plus belle licour que soit, qui croist par tout le royaume de France habondamment, et vin de diverses manières, de fort, de blanc, de rouge et de toutes sortes, et si largement que nos laboureurs ne boivent point de servoise et ne boivent que vins et vous-mêmes quant vous en povez recouvrer... Nous avons le sel qui se fait par la force du soleil... Nous avons les noiers et olives de quoi on fait l'uyle, les almandes, figues grasses, graine d'escarlate, guedes... et des choses susdites l'on fait grosses et riches marchandises... avons de toutes manières de fruitz délicieux tant de fruitz d'esté que de fruitz d'iver en manière que nous en sommes servis tout au long de l'an et que le vieil fruit trouve le nouvel. » Le héraut cite la laine : « Nous en avons et largement », les draps, plus fins et mieux teints que ceux d'Angleterre, soit à Rouen, à Montivillier, à Paris, à Bourges ou en autres villes ; il vante les tapisseries de haute lice d'Arras, le beau linge de Reims, de Troyes et autres lieux, la belle joaillerie, le papier, le vert de gris. C'est un plaidoyer, un peu pompeux sans doute, mais qui, reposant sur des faits réels, donne une idée des principaux articles de commerce intérieur et extérieur de la France pendant cette période.

Progrès de la navigation. — La forme et la capacité des bâtiments de commerce ne paraissent pas s'être beaucoup modifiées pendant cette période. Il y en avait de plusieurs centaines de tonneaux ; mais ceux-ci étaient rares et c'était généralement avec des navires de moins de cent tonneaux que se faisaient les transports, même les expéditions au long cours.

Divers progrès cependant avaient été accomplis. Avant la fin du xu*^ siècle, les marins européens avaient emprunté aux Orientaux l'usage de la marinette, qui au début du xiv" siècle, grâce à l'invention de Gioja d'Amalfi, devint la boussole, le compas de mer. Le navigateur put faire sa route plus sûrement qu'avec les étoiles et ne craignit plus de perdre de vue les côtes. Alors de hardis voyages de découverte furent entrepris dans un but mercantile ; des Normands de Dieppe et de Rouen s'aventurèrent, comme nous l'avons dit, sur les côtes occidentales de l'Afrique ; les Portugais commencèrent la série de leurs mémorables découvertes.

LES PORTS ET LE GKAND COMMEllGE FAR TERRE ET PAR EAU

Les Codes marilîmes. — La navigation maritime avait ses us et coutumes qui constituaient une sorte de droit commercial international. Dans la Méditerranée ces coutumes dérivaient du droit romain, qui avait lui-même accepté la loi des Rhodiens, particulièrement en ce qui concernaitlesbiensetles personnes des naufragés'. Le code des Visigoths s'en était inspiréen édictantdes peines contre ceuxquipillaient des navires naufragés. Le concile de Latran de 1079 prononça l'anathème contre les spoliateurs des naufragés. Des constitutions impériales, particulièrement celle de 1221, placèrent les naufragés sous la protection de l'empereur. Saint Louis affranchit du droit de bris les navires qui feraient naufrage sur ses terres. Des immunités de même espèce furent concédées par ses successeurs,soit spontanément,soit par traité avec d'autres puissances.

A Montpellier, c'était le bayle (le maire) qui connaissait des constatations maritimes au xiii* siècle ; les consuls que la municipalité plaçait sur les navires à chaque voyage y avaient, avons-nous dit, juridiction sur l'équipage. Il en était de même pour les navires d'Aigues- Mortes.

Plusieurs provinces eurent des amiraux exerçant la juridiction maritime ; lorsqu'ensuite elles firent partie du domaine royal, cette juridiction fut placée sous l'autorité de l'amiral de France et des tribunaux d'amirauté furent créés ou régularisés (1373).

Sous l'influence des relations que les croisades avaient fait naître, le droit maritime se codifia. Toutefois il n'y eut pas de code proprement dit, mais des coutumes généralement acceptées.

Pour la Méditerranée, les « Tables amalfitaines », qui reproduisent en partie le droit romain, datent du xi*" siècle et ont été complétées au xiv*^'^. Les « Assises de Jérusalem « contiennent quelques prescriptions de droit maritime. Le « Statut d'Arles » est de 1150. Le « Code de Montpellier », dit « Petit Thalamus » , est du xin*^ siècle. Le « Gapitulare nauticum » de Venise a été rédigé en 1255. Le « Consulat de la mer » l'a été probablement au xni'' siècle à Barcelone *. Les « Statuts de Marseille », rédigés en 1253-1255, existaient déjà à une époque antérieure *.

Le Consulat de la mer, le plus important de ces coutumiers, qui ne contient pas moins de 207 chapitres assemblés sans ordre, a été longtemps le plus suivi. « Consulatus maris, disait encore au xvin*= siècle un

i. Il n'existe pas de code romain du droit maritime; mais il y a dans le code Jusiinien des constitutions qui se rapportent à ce droit.

2. Elles ont été retrouvées en 1844 dans la bibliothi'que impériale de Vienne.

3. On ne connaît au juste ni le lieu ni la date de la publication ; des auteurs pensent que la rédaction a été faite à Marseille ; pour la date, elle est entre le xi^ et le xv° siècle ; la plus ancienne rédaction est en catalan.

4. Les Statuts de Marseille, rédigés en latin, comprennent .30 chapitres (édition Pardessus).

légiste, in maleriis mariiimis tanquam universalis consueiudo habens vim legis, inviolabilihr aitendenda est apud omnes provincias et nalionés. »

Pour l'Océan, les « Rooles » ou « Jugements d'Oléron » sont peutêtre le plus ancien recueil du moyen âge. « L'ordonnance de Visby ))^ dans la Baltique, les « Jugements de Damme » et les « lois de Weslcapelle » en Flandre n'en sont peut-être qu'une imitation. 11 n'est pas probable, comme on l'a cru, que les Rôles d'Oléron aient été rédigés à l'instigation d'Eléonore après son retour de la croisade, mais ils sont probablement de cette époque. La Bretagne, la Normandie, l'Angleterre les adoptèrent.

Le « Guidon de la mer », rédigé à Rouen auxvi*' siècle, s'est inspiré des Rôles d'Oléron ; mais il ne traite guère que du contrat d'assurance, des prises et représailles, du contrat à la grosse : recueil méthodique d'ailleurs dont se sont inspirés les rédacteurs de l'ordonnance de la marine de 1681.

Les Rôles d'Oléron comprennent 46 articles i dont les 2.5 premiers paraissent être le texte primitif. Le patron ne peut vendre son navire pour emprunter de l'argent, il ne peut mettre à la voile sans consulter son équipage, voilà les premières prescriptions. D'autres articles traitent du sauvetage des naufragés, avec stipulations pour adoucir le droit de bris ', du droit de jeter les marchandises pour sauver le navire et d'autres accidents de mer, de l'obligation de débarquer avec soin la cargaison, des droits des matelots et de leur nourriture^ du contrat d'association, du droit de marque qui est reconnu partout, des tribunaux spéciaux de mer, de la proscription de la piraterie, etc. Des chartes et ordonnances du xiv* et du xv" siècle disent qu'il n'y avait pas d'autre droit maritime sur les côtes océaniques de France que les Rôles d'Oléron.

La piraterie. — Malgré les codes, la piraterie s'exerçait comme une sorte d'industrie coutumière. Les lettres de marque la rendaient même parfois légale ; dans ce cas les marins agissaient comme les corsaires en temps de guerre. Les rois, les seigneurs, les villes délivraient des lettres de marque sur les citoyens et les biens d'un pays, royaume, seigneurie ou cité, contre lequel ils voulaient exercer des représailles afin de venger une injure dont leurs hommes avaient été victimes et dont il n'avait pas été possible d'obtenir une réparation légale. Ces représailles s'exerçaient sur mer comme sur terre ; on capturait ou on détruisait les navires ennemis comme on emprisonnait les gens et

1. Dans la première copie que l'on possède et qui date de 1505. Le texte est de l'an 1340, mais il y a des articles qui datent de la fin du xii" siècle.

2. La proscription absolue du droit de bris ne se trouve pas dans la rédaction primitive des Rôles.

LES PORTS ET LE GRAND GOMHERGE PAR TERRE ET PAR EAU ^65

confisquait leurs biens. Aux lettres de marque l'adversaire opposait les lettres de contre-marque et il en résultait une sorte de brigandage permanent et quasi-autorisé ; car il était pratiqué sur les mers, môme quand il n'y avait pas de griefs internationaux.

Au xiii* siècle il se forma à Narbonne et à Montpellier des assurances contre les perles causées par les lettres de marque. En 1327, Charles IV conclut un traité avec l'Angleterre, la Castille et Léon, l'Aragon, la Sicile et Majorque pour assurer la libre circulation des marchands sur terre et sur mer en leur conférant une sorte de sauf-conduit général. Le conduit en effet, comme nous l'avons vu, mettait la personne et les biens de celui qui en était muni sous la protection spéciale de celui qui l'avait délivré. Mais le traité de 1327 resta lettremorte.

Comme les Génois ne cessaient pour ainsi dire pas d'exercer la piraterie contre la marine du Languedoc, Philippe le Bel crut habile de conclure une convention (1337) avec deux puissants Génois, Grimaldi et Dorici, lesquels se chargèrent de faire la police et de courir sus aux pirates anglais et autres ; pour prix de ce service il leur donnait le monopole des transports maritimes à Aigues-Mortes. Mais Montpellier réclama contre ce monopole qui Tévinçait et la convention ne fut pas exécutée.

Dans leur cahier les Etats généraux de 1484 disent : « Semble aussy aux ditz Estatz que nulle marque ne contre-marque ne doits estre baillée sans grant advis et cognoissance de cause. » On se préoccupa de la question dans le conseil de régence ; car on lit dans le procèsverbal du 6 septembre 1484 que tout patron de navire doit, avant de quitter le port,« bailler bonne et suffisante caution entre les mains des plus proches justiciers des lieux où lesdits ports sont assis et situés, de ne courir sus, ni porter dommage, ni faire aucun outrage à quelconques personnes étant sur mer ni autre part, tant des pays amis, confédérés et alliés que d'autres quelconques de quelques pays ou nations qu'elles soient, fors seulement à ceux qui d'ancienneté et de leur chef se sont déclarés nos anciens ennemis, et de restituer tous les dommages qu'ils pourraient faire à tous ceux qui ne sont déclarés nos anciens ennemis, comme il vient d'être dit ». Nous retrouverons cependant encore la piraterie en pleine vigueur au siècle suivant.

Les merciers et le roi des merciers. — Pendant la guerre de Cent Ans la sécurité sur terre ne fut pas plus grande qu'elle l'était en tout temps sur mer. N'étant pas protégés par le pouvoir royal et étant à la merci des exactions des seigneurs et des brigandages de la soldatesque, les marchands qui voyageaient cherchèrent à s'organiser pour se protéger eux-mêmes.

L'artisan qui vendait les produits de son travail et le petit marchand

qui débitait dans sa boutique les marchandises au détail ne couraient pas les routes et avaient peu besoin d'être protégés en voyage. 1 1 n'en était pas de même des merciers grossiers, c'est-à-dire des marchands en gros, qui allaient souvent faire leurs achats au loin, qui fréquentaient les foires, qui achetaient dans les ports et souvent colportaient eux-mêmes de ville en ville leurs marchandises, quincaillerie, coutellerie, épices, drogueries, tissus de laine, de lin, de soie, tapisseries, etc.

Au xiii* siècle beaucoup d'Italiens exerçaient ce commerce ; ils formaient entre eux des sociétés particulières. Au xiv° siècle, le commerce se développant et le commerçant se distinguant davantage de l'artisan, les marchands français devinrent plus nombreux, plus riches * et commencèrent à supplanter les étrangers ou du moins à leur faire grande concurrence, tout en se rencontrant avec eux dans les foires. Ces merciers grossiers formèrent donc aussi entre eux de grandes associations d'un caractère spécial.

Chaque association de merciers comprenait d'ordinaire plusieurs provinces et était gouvernée par un magistrat appelé le « roi des merciers ». Il y eut un roi des merciers pour le nord à Paris ; un pour le midi en Languedoc ; un dans le centre pour les trois provinces de Maine, d'Anjou et de Touraine ; un dans le Berri, dans l'Auvergne, en Franche-Comté et dans d'autres provinces. Ce roi éfait-il partout élu par les merciers et institué par le seigneur, comme nous le voyons dans une ordonnance de la duchesse de Bourbon (1427)? L'existence de ces rois des merciers, dont certaine légende faisait remonter l'origine à Charlemagne, n'empêchait pas les merciers d'être comme les autres marchands et artisans groupés dans leur ville en corps de métier ayant ses gardes et ses jurés électifs ; mais leur autorité reliait en un faisceau toutes les corporations et assurait à chacun des membres une protection générale.

Il semble que l'action des rois des merciers se soit étendue au delà des limites de leur juridiction particulière et que les lettres d'un roi des merciers aient été, pour les négociants du xiv' et du xv" siècle, un passeport qui leur assurait la liberté du commerce sur les grand marchés de l'Europe *.

Le roi des merciers avait la haute main sur le commerce général de sa province. On le voit délivrer des brevets de maîtrise, assigner

1. Au milieu du xiii' siècle, un marchand de Nantes, Hervé, étant i\ Chypre, offrit d'affréter les bâtiments nécessaires pour le transport des croisés.

2. Dans une charte de 1360 citée par Ducaiige, on voit le roi des merciers du diocèse d'Uzès, lequel était un marchand de Saint-Saturnin-du-Port, conférer à un marchand du diocèse J'Auch le droit de commercer dans tous les pays et d'y jouir des privilèges des merciers ; trois marchands, l'un de Paris, les autres de Besançon et de Savoie, ont siffné l'acte comme témoins.

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sur les marchés une place à ses affiliés. Nul mercier du pays, nul marchand forain ne pouvait ouvrir et mettre en vente un ballot de « marchandise de mercerie sans qu'il eut été visité par lui ou par ses délégués ». Celui qui ne se conformait pas à ce règlement s'exposait à la confiscation de ses marchandises et payait une amende qui était partagée entre le seigneur de la province, le roi des merciers et les jurés de la corporation particulière qui avaient opéré la saisie. Le roi des merciers s'arrogeait même dans certains lieux le droit de nommer lui-même les gardes jurés des corps de métiers qui étaient dans sa juridiction.

Il avait ses prévôts et lieutenants. 11 avait sa cour de justice ; on y jugeait non seulement les procès relatifs au commerce, mais aussi des causes qui étaient du ressort de la haute justice, telles qu'injures, coups et vols. Les marchands qui, dans leurs voyages, étaient victimes de quelque violence de ce genre portaient plainte à leur roi et, que le coupable appartînt ou non à la confrérie, ils étaient presque assurés d'en obtenir prompte satisfaction. C'était d'ailleurs là le but véritable et le bénéfice de l'association.

Le roi des merciers avait ses revenus. Les confrères lui payaient certains impôts levés au nom de la confrérie, et il avait une part des messes dites <■< pour le salut des âmes de ceulx dudit meslier et fait de mercerie ». Auprès de chaque corporation locale il avait un lieutenant qui jugeait en son nom, qui recevait les redevances et partageait avec les jurés de la corporation le droit de visite chez les marchands. Les seigneurs qui voulaient établir sur leurs terres une foire ou un marché lui devaient un droit de nouvel établissement *. Seul il admettait des membres dans la confrérie et le nouveau confrère lui devait un dîner et une forte somme d'argent.

Les confrères étaient des marchands grossiers, parmi lesquels beaucoup étaient de riches personnages. Ils prenaient le titre pompeux de chevaliers. Leur brevet les déclarait « inscrits dans la milice militaire de l'Ordre de mercerie » ; il était sur parchemin, signé de la main du roi des merciers et scellé de son sceau : c'était en quelque sorte un titre de noblesse pour la bourgeoisie commerçante.

Cette institution, que l'impuissance de la royauté à assurer la sécurité du commerce avait rendue nécessaire, facilita les relations commerciales pendant le xiv* et le xv^ siècle. Les rois la consacrèrent par des ordonnances, notamment par celles de mars 1408, de janvier I4I3, d'août 1448, et la subordonnèrent au grand chancelier de France. Elle rendit des services jusqu'au jour où la royauté, redevenue assez forte

1. En .Anjou c'était le plus beau bœuf et la plus belle vache de la foire.

2. Le dîner, d'après la fixation de certains rèj^lements, ne coûtait pas moins d'un marc d'argent.

pour se passer d'elle, la supprima afin de faire disparaître les abus qu'elle avait engendrés *.

Quelques grands marchands Jes Manduels, les Bonis,Jacques Cœur et autres. — L'exemple des rois des merciers suffirait à prouver que, malgré les obstacles que la guerre et l'anarchie opposaient aux transactions commerciales et malgré la grande et inévitable diminution de ces transactions, il y avait encore un commerce étendu et de riches commerçants. Nous en citerons trois exemples, l'un du xiii" siècle, antérieur par conséquent à la guerre de Cent Ans, l'autre du milieu et le troisième de la fin de cette guerre.

M. Blancard a publié les actes commerciaux de la famille Manducl, retrouvés dans les liasses d'un procès. Ces actes ont été passés devant notaire. Le premier des Manduel vivait à Marseille en l'an 1200 ; c'était un négociant en relation de banque avec la Syrie, l'Egypte, les villes de la Barbarie, Tunis, Bougie, Oran, Tlemcen, Ceuta. Ses fils étendirent les opérations de la maison ;ils expédiaient non seulement de l'argent, des millares en Barbarie, des besanls sarrazinas en Syrie, mais aussi des marchandises, vin, corail, grains, farine, lin, coton, soieries, toiles, fil de Bourgogne, étamine d'Arras, draps, à destination de la Syrie, de la Barbarie, des îles Baléares ; ils envoyaient de Talun d'Alep et du cordouan aux foires de Provins et de Paris ; de l'alun et du sucre en Angleterre. On voit le second des fils faire, en outre, à partir de 1287, le commerce d'argent, la commandite et le prêt. 11 était riche, il possédait plusieurs immeubles à Marseille et un très vaste domaine à Majorque. Impliqué dans les querelles politiques du temps, il fut arrêté et mis à mort en 1264.

Vers le milieu du xiv^ siècle, Raymond Seraller était un négociant de Montpellier et de Narbonne qui était banquier des rois de Chypre et des chevaliers de Rhodes et qui faisait un grand commerce de draps et de toiles à Conslantinople.

Digue Raponde, bourgeois de Paris, fils d'un Lucquois, était au xV siècle un riche banquier, en relation avec la cour de France et la cour de Bourgogne. Il y vendait des joyaux, des étoffes brochées d'or et d'argent, des meubles somptueux ; il avait des établissements non seulement à Paris, mais à Bruges et à Montpellier.

Les frères Bonis étaient des marchands de Monlauban vivant dans la première moitié du xiv^ siècle. L'aîné, Barthélémy Bonis, dont la femme appartenait à une famille consulaire d'Albi et qui eut quatre enfants, était le chef de la maison. M. Forestié a publié des livres de comptes de ce marchand qui portent sur les années 1339 à 1368,

1. L'institution des rois des merciers, abolie par François I" (1544), puis rétablit!, fut supprimée de nouveau sous Henri III et définitivement en i597. Cependant, il existait encore des rois des merciers à l'époque des Etats généraux de ICI*.

LES PORTS ET LE GHAND COMMERCE PAR TERRE ET PAR EAU

comptes détaillés au moyen desquels on peut se faire une idée précise de la variété de leurs affaires. Ils étaient à la fois banquiers, marchands, commissionnaires en gros et en détail, quelque peu même fabricants. Ils occupaient une grande maison, avec boutique ouverte sur la rue, cour, vastes magasins, laboratoires, écuries sur le derrière. Au premier étage était le logement de la famille, au second celui des commis ; au-dessus était un grand grenier. Gomme banquiers, les frères prêtaient sur titres, sur gages, sur hypothèque ; ils étaient liquidateurs, percepteurs de tailles et de dîmes *. Gomme marchands, ils vendaient principalement des étoffes, des armures, des parures ; ils vendaient aussi des coiffures, des chaussures, des drogues, des épices, des médecines, diverses denrées alimentaires, des confitures, des fruits ; ils tenaient magasin d'articles pour les enterrements ; ils fabriquaient des cierges; ils louaient des chevaux.

On ne voit pas qu'ils aient eu, comme les frères Manduel,des relations suivies dans les pays d'Outre-Mer. Leur clientèle était presque tout entière à Montauban et dans les localités avoisinantes. La grande majorité de leurs ventes étaient du détail, les ventes ne dépassaient guère 20 livres et restaient souvent bien au-dessous;d'ailleurs ils n'inscrivaient pas sur ces livres leurs ventes au comptant qui étaient probablement les plus nombreuses et qui devaient porter principalement sur de petites sommes. On voit cependant figurer très fréquemment des draps d'or qui étaient d'un prix élevé ; on voit aussi des épices, des drogues qui n'étaient pas des produits de la région. Parmi les marchandises dont la provenance est indiquée, nous citerons le fil rouge de Montpellier, les carreaux d'arbalète de Toulouse, les voiles de soie d'Alais, les mailles (monnaie) de Bordeaux, les réseaux de Lyon, la toile fine d'Autun, les denrées, les escarcelles, les doublés de lin de Paris, la futaine de Givet, les bourses de Normandie, la toile fine et les voiles de soie d'Allemagne, les gants de Londres, le papier lombard, les tissus de Lucques, les draps d'or de Venise, la cannelle et les noix de Ghypre. Tenaient-ils ces marchandises de colporteurs passant par Montauban ou allaient-ils les acheter en foire ? Nous ne sommes pas renseignés à ce sujet. Leurs livres ne mentionnent qu'un très petit nombre de déplacements, à Gahors,à Avignon. L'un d'eux Barthélémy va une fois en nombreux équipage à Rome, mais c'est comme pèlerin.

Jacques Gœur, fils d'un riche pelletier de Bourges et entrepreneur de monnaie, investi en 1435 de la charge de maître des monnaies à Bourges, puis à Paris en 1437, argentier du roi, entreprit de gran-

1. M. Foreslié remarque qu'il n'est jamais question d'intérêts dans leurs comptes. Mais, comme il est évident qu'ils ne prêtaient pas gratuitement, il y a lieu de penser qu'ils confondaient les intérêts dans le capital afin d'éviter la censure ecclésiastique.

des opérations commerciales. Il avait visité les échelles du Levant en 1432-1433 sur la galère de Narbonne. A son retour, il fit de Montpellier le centre de ses opérations, dans le dessein de rendre à cette ville sa splendeur et de rivaliser avec Gênes et Venise. En une quinzaine d'années il acquit d'immenses richesses et une grande renommée. « Il avait, dit Mathieu d'Escoucy, son contemporain, plusieurs facteurs par tous les pays et royaumes chrétiens et même dans les pays des Sarrasins. Sur la mer il avait à ses dépens plusieurs grands vaisseaux qui allaient en Barbarie et jusqu'en Babylone quérir toutes les marchandises par la licence du Soudan et des Turcs. Il avait bien trois cents facteurs sur terre et sur mer. » « Les navires, ajoute un autre historien, partaient chargés de draps, de toiles, parfois même d'argent et de cuivre monnayés ou en lingots, malgré les prohibitions royales, et rapportaient des draps d'or et de soie de Damas, des velours d'Alexandrie, des satins et des taffetas du Caire, des tapis d'Asie mineure et de Perse, des fils d'or de Chypre, des épices de l'Inde, du sucre, du baume et de l'encens d'Arabie, des fourrures de martre et d'hermine et jusqu'à des porcelaines de Chine, auparavant inconnues en Occident. »

Jacques Cœur eut pendant quelques années une grande influence auprès du Soudan d'Egypte ; il fit accepter sa médiation en faveur des Vénitiens qui avaient été expulsés d'Alexandrie (1442) après confiscation de leurs marchandises ; il ménagea (1445) un accord entre le Soudan et les chevaliers de Rhodes ; son neveu, Jean du Village, signa avec le Soudan, au nom de Charles VII, un traité de commerce qui garantissait la liberté aux marchands français et autorisait l'installation d'un consul à Alexandrie.

En Europe, ses navires remontaient le Rhône, tandis que d'autres allaient approvisionner « la Catalogne et les provinces voisines, disputant par ce moyen aux Génois et aux Catalans une branche de trafic qu'ils avaient seuls exploitée jusque-là ». « De son temps, dit un autre contemporain, il n'y avait en la mer d'Orient mût revestu sinon des fleurs de lys », pompeuse exagération, car il paraît que Jacques Cœur n'armait en réalité que sept navires. Il avait eu non seulement un établissement à MontpeUier, mais des comptoirs à Marseille, à Tours, à Bourges. Il fonda des manufactures, particulièrement une manufacturede soieries à Florence etil entreprit l'exploitation de mines. Il était devenu un des plus riches seigneurs du royaume. On estimait sa fortune à un million d'écus d'or (soit le poids de 11 millions de francs). Charles VII se servit plus d'une fois de sa bourse ; il lui laissa môme la direction des finances jusqu'au jour où la jalousie des autres seigneurs le fit, sur une fausse accusation d'empoisonnement, emprisonner, condamner et exiler. Jacques Cœur, dépouillé d'une partie de ses biens, alla mourir à Chypre.

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Charles VIII eut recours aussi au crédit d'un riche marchand de Rouen, nommé Pelletier ; lorsqu'il fut sur le point de partir pour son expédition d'Italie, c'est sous la garantie de la signature de ce marchand que des banquiers vénitiens consentirent à lui prêler la somme dont il avait besoin.

Politique commerciale de la royauté. — Au xni» siècle, l'action commerciale des rois se bornait à peu près à la création de marchés et de foires dans leurs domaines, à la délivrance de lettres de bourgeoisie et de sauf-conduits dont l'efficacité s'accroissait avec leur puissance. C'est sous Philippe le Hardi, en 1277, que nous avons rencontré pour la première fois une ordonnance inspirée par l'idée de protection douanière. Sept ans auparavant, le même roi avait signé avec l'émir de Tunis un traité qui donnait aux Français en Tunisie les mêmes libertés qu'aux Tunisiens en France. En 1327, Charles IV obtenait du pape Jean XXIIl une licence spéciale autorisant ses sujets à commercer avec les infidèles. En 1395, la République de Gênes se plaçait sous le protectorat du roi de France qui y envoyait le général Boucicaut pour le représenter. A la fin du siècle, les consuls à Alexandrie cessèrent d'être les consuls particuliers d'une ville et devinrent les consuls du roi.

Philippe V songeait à établir l'unité des poids et mesures ; il l'annonça au concile de Sens ; mais le projet n'eut pas de suite.

C'est sous Philippe le Bel que la politi(iue et la guerre commencèrent à troubler sérieusement le commerce international. Le roi interdit aux Flamands l'accès des foires de Champagne, et les foires déclinèrent. Pour combler le]vide que l'exclusion des Flamands causait, il accorda des privilèges aux marchands portugais qui vinrent s'établir à Harfleur (1309), à Rouen, au Crotoy, à Abbeville, à Boulogne, à la Rochelle ; il attira aussi des marchands de Castille et de Majorque ; il fit appel aux Hanséates qui remplacèrent en partie les Flamands. Les Rouennais et les Dieppois ne pouvant plus alors, surtout pendant la guerre de Cent Ans, tirer leur laine de Flandre, allèrent la demander à l'Espagne et au Portugal.

Pendant la guerre de Cent Ans l'accès du royaume était, sauf autorisation individuelle et spéciale, interdit aux Anglais. Par contre, des faveurs étaient faites aux marchands d'autres nations afin de les attirer. Dans une ordonnance de 1363, Charles V s'exprime ainsi : « Les marchands castillans qui viendront commercer en France sont mis, eux et leurs navires, leurs marchandises et leurs effets mobiliers, sous la sauvegarde du trône ; aucune saisie ne pourra en être faite, la guerre éclalàt-elle avec le pays de leur naissance. Le roi même voulût-il leur faire quitter le royaume, il leur accorderait une année pour emporter, vendre, échanger tout ce qui pourrait leur appartenir». Des officiers de leur nation jugeront exclusivement les débats et contesta-

tions qui s'élèveront entre eux en matière civile. L'ordonnance les exempte de certains impôts, leur assure toute facilité pour débarquer, transporter leurs marchandises ; elle les exempte du droit d'aubaine et punit, comme pour une sauvegarde enfreinte, quiconque les frapperait.

Des privilèges analogues sont accordés aux marchands espagnols (1364) et aux marchands italiens qui viendront commencer à Nîmes ; ces privilèges sont renouvelés plusieurs fois (1378, 1380, 1382).

Au xv« siècle, après la guerre de Cent Ans, des conventions sont signées (1456) avec l'Ecosse, le Danemark, TAragon, la Castille, Venise, les duchés de Saxe et de Bavière ; elles ont surtout pour objet la suppression des lettres de marque et de contre-marque.

Avec Louis XI les mesures relatives au commerce augmentent en valeur. Les marchands de Flandre, de Hollande, de Zélande obtiennent l'abolition des droits d'aubaine, d'épave, de marque et sont autorisés à amener sur leurs navires deux marchands anglais (1462). Comme les relations de la France et de l'Angleterre n'avaient pas encore été renouées depuis la fin de la guerre de Cent Ans, mômes privilèges sont accordés aux Hanséates (1473-1483). En outre, le droit d'aubaine est supprimé dans tout le Languedoc ; des traités sont signés avec les Castillans et les Portugais ; les nobles, clercs et officiers royaux sont autorisés à faire le commerce en gros sans déroger ; les marchands ne jouissent des privilèges concédés aux Français qu'à condition de faire leurs importations par navire français ; les marchands français sont spécialement recommandés aux souverains de Tunis, de Bône, d'Egypte par lettres du roi qui essaie de compenser par l'extension du commerce dans ces régions le dommage causé par la domination des Turcs dans l'Empire de Byzance. L'importation des étoffes d'Orient et des épices n'est autorisée que sous pavillon français (1469) et l'interdiction du pavillon étranger est maintenue malgré les réclamations des Vénitiens * jusqu'en 1478, année où un traité est signé avec Venise ; enfin l'impôt de 12 deniers par livre est supprimé pour Paris et sa banlieue et réduit à 6 deniers sur les marchandises exportées dans des pays non soumis aux aides.

L'Angleterre, après la reprise de Bordeaux par l'armée de Charles VI, demeura longtemps encore à l'état de guerre avec la France. Pendant

(1) Pierre Doriola, trésorier de France, écrivait au roi à ce sujet : « Tout ceci se conduyt par les Vénitiens et estrangers qui sont des plaisants ; qu'ils ne peuvent par ce moyen tirer et gaaigner chascun sur 200.000 ou 300.000 escus de vous et de la substance de vostre royaume et donner trouble au fait de voslre navigation en manière qu'il ne se puisse entretenir. Sire, tous les marchands qui à présent se sont mis à .faire des marchandises pour voslre dicte navigation, qui sont maintenant plus que onques ne furent, l'ont fait soubs espérance de l'entretennement de la dicte deffence sans laquelle ils ne porroyent tirer profit de ce qu'ils ont commencé et fauldroit que la marchandise et le naviguage se conduysest par mains estrangères à grant diminution de vous et de vostre royaume. »

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ce temps, Louis XI donna ', avons-nous dit, aux Flamands, aux Hollandais et aux Hanséates des facilités pour venir charger des vins à Bordeaux.

L'état de guerre entre la France et l'Angleterre ne cessa qu'en 1475 par la trêve de Picquigny. La signature de celte trêve fut suivie (janvier 1476, nouveau style) d'une convention commerciale signée à Plessis-lès-Tours en vertu de laquelle les Anglais furent dispensés, pour venir à Bordeaux et autres lieux, de prendre un sauf-conduit et exemptés de certaines taxes qu'ils avaient à payer auparavant. Ils durent toutefois déposer à Blaye l'artillerie et les armes de leurs navires ; mais ils n'eurent plus à attendre, pour entrer à Bordeaux, l'obtention du congé et le résultat de l'enquête qui était destinée à constater si les marchands munis de sauf-conduit étaient réellement des marchands, enquête qui durait quelquefois un mois '. Le droit de 12 deniers par livre fut réduit de moitié pour les Anglais, mais il leur fut interdit d'aller acheter des vins hors de la ville sans être, comme nous l'avons dit, autorisés et accompagnés. Les Anglais s'engageaient, de leur côté, à n'exporter et importer de marchandises que sous pavillon anglais ou français ': clause qui était tout à l'avantage des Anglais ; car elle excluait le tiers pavillon et laissait aux Anglais presque tout le transport.

Par suite de ce traité, les Flamands, les Hollandais, les Hanséates perdirent le bénéfice du tiers pavillon, ce qui amena en 1483 un nouveau traité avec la Ligue hanséatique. Les marchands, comme cela se voit dans tous les temps, n'étaient pas ennemis des privilèges quand c'était à eux que le roi les conférait, mais ils protestaient contre les monopoles quand d'autres en étaient les bénéficiaires. Louis XI ayant concédé à une compagnie le droit exclusif d'importer des épices et au-

(1) Préambule des lettres du 8 janvier 1475 (vieux style) : « Comme naguère en prenant la trêve d'entre nous et nostre très ami cousin le roi d'Angleterre, ait esté par exprès dict et déclaré par icelle trêve, entre autres choses, que tous marchands et autres, tant d'une part que de l'aultre, pourroient durant le temps d'icelle trêve et amitiés aller et venir seurement et sauvement de l'un royaume en l'aultre, sans qu'il soit besoin d'en avoir et obtenir sur ce aucunes lettres de sauf-conduit ; au moyen de laquelle trêve plusieurs marchands et aultres gens du royaume d'Angleterre sont venus tant par mer que par terre, pour faire faict de marchandise, en celuy nostre royaume et mesmement au port et la ville de Bordeaux, lesquels ont intention d'y fréquenter et venir d'ores en avant plus souvent qu'ils n'ont faist par en devant... » Le roi d'Angleterre envoya deux ambassadeurs avec lesquels furent discutés et arrêtés les articles des lettres.

(2) « Et demeurent à l'ancre un mois et plus. »

(3) « Et a esté expressément dit et accordé par les ambassadeurs du roi d'Angleterre que, durant la dite trêve, les marchands et sujets de ce royaume ne porteront, ne rapporteront dudit royaume d'Angleterre aucunes marchandises en Angleterre sinon es navires de France ou d'Angleterre, sur les peines de confiscation de corps et de biens ; en quoi ne sont en rien compris ni entendus les navires de Bretagne, de Flandres, ni d'autres, sinon ceux qui sont duementen obéissance desdits deux rois. »

174 LIVRE m. — CHAPITRE VI

très produits du Levant par les quatres galères d'Aigues-Mortes et de Narbonne, les Etats du Languedoc réclamèrent en invoquant les droits naturels de la liberté, « La marchandise doit estre entretenue franchement et libérallement par tout le royaume et qu'il soit loisible à tous marchans de pouvoir marchander tant hors le royaume es pays non contraires au roy que dedens par terre et par mer. » La liberté fut rétablie.

La Flandre avait été, comme la Bourgogne, exempte des ravages de la guerre de Cent ans. Son industrie et son commerce prospérèrent ; pendant un temps ses draps et ses toiles ne rencontrèrent pas pour ainsi dire de concurrence. Des ouvriers français, ne trouvant plus de travail dans leur pays, allèrent s'y établir. Anvers, que les navires génois et vénitiens fréquentaient depuis le xiv* siècle, était devenu une place très importante, ainsi que Bruges dont les foires étaient alors les plus renommées dans le Nord.

La Bretagne n'avait pas été exempte des maux de la guerre et des discordes intestines. Cependant, dans la seconde moitié du xv« siècle, François Tï s'efforça de développer son commerce. Pendant l'occupation de la Normandie par les Anglais, un très grand nombre de Normands, parliculièrement des tisserands, avaient émigré en Bretagne et y avaient créé ou développé des industries. Le duc François, pour ouvrir des débouchés à leurs produits, conclut des traités de commerce avec la Hollande, le Portugal, l'Angleterre, les Villes hanséatiques, la Gastille (1479-1483) ; il obtint la liberté du commerce pour ses sujets en Egypte et en Syrie .

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