CHAPITRE III
LE COMMERCE
Sommaire. — Extension du commerce de terre et de mer (201). — Le traité avec l'Angleterre (202), — Le traité avec Soliman le Magnifique et le commerce du Levant et des pays barbaresques (202). — Pays d'importation et exportation (204). — Exportations de métaux précieux (206). — Exportations de France (207). — Relations avec l'Espagne (208).
Extension du commerce de terre et de mer. — Les découvertes de la fin du XV" siècle, qui avaient déplacé l'axe du grand commerce maritime,avaient introduit dans ce commerce des produits nouveaux ou en avaient rendu l'approvisionnement plus facile : colon et cotonnades, soie et soieries, épices et drogueries, bois de teinture. Les nations riveraines de l'Atlantique avaient eu le bénéfice de ces nouveautés.
L'agrandissement du champ de la navigation au xvi» siècle amena peu à peu des changements dans l'outillage maritime. Les cartes marines remplacèrent les portulans. Les navires prirent des dimensions plus grandes, bien qu'en général la plupart restassent encore de faible tonnage. Les navires qui faisaient la navigation au long cours furent obligés de s'armer en guerre, à cause de l'insécurité des mers.
Grâce à la paix intérieure qui fut peu troublée pendant la première moitié du xvi« siècle, grâce à une police royale plus active et à la sécurité plus complète qu'elle procura à l'agriculture, à l'industrie et au commerce, grâce au développement du crédit, les transactions à l'intérieur devinrent plus actives et plus considérables. Le pays avait abondance et diversité de produits naturels ou manufacturés à échanger. Les ambassadeurs vénitiens en ont fait à plusieurs reprises l'énumération : céréales, vin, lin, chanvre, safran, garance, viande, laine, poissons, sel, minerai de fer, etc. ; parmi les produits des ateliers, étoffes de laine de diverses espèces, draps, camelots, serges, toiles et même des soieries de Tours et de Lyon.
Si, dans l'intérieur du pays, Paris était « le grand entrepôt de la France », si Lyon était devenu le marché international le plus important, les échanges par terre avec les Trois évéchés, la Lorraine, l'Alsace étaient actifs : ils l'étaient plus encore avec les Flandres, malgré la concurrence que faisait maintenant à la route de terre la roule de l'Océan, et avec l'Italie à travers les Alpes. Le commerce maritime
était, d'autre part, florissant dans plusieurs ports. Nous venons de les citer dans le chapitre précédent.
Le traité avec i Angleterre. — La trêve de Picquigny, négociée par Louis XI, était l'acte diplomatique qui avait rétabli la concorde et des relations commerciales régulières entre la France et l'Angleterre. A la suite du mariage de Louis XII avec la sœur de Henri VIII, un traité de paix fut signé en 1515 ; François I" était alors monté sur le trône. Par ce traité il était stipulé, en premier lieu, que les navires armés en guerre n'attaqueraient pas et ne rançonneraient pas les navires appartenant au sujet de l'autre roi ou à un de leurs alliés tant que les deux pays seraient en paix ; en second lieu, que les marchands français et anglais seraient traités dans les deux pays sur le pied d'une entière réciprocité ; en troisième lieu, que l'un et l'autre souverain n'admettraient pas dans ses ports des navires d'une nation en guerre avec l'autre souverain et qu'il les confisquerait s'ils entraient \
Mais la politique oscillante de Henri VIII ne procura pas aux deux pays une paix durable, et la piraterie, qui depuis longtemps infestait les mers, ne cessa pas.
Le traité avec Soliman le Magnifique, le commerce du Levant el des Pays barbaresques. — La conquête de l'Asie mineure, de la Macédoine, de la Grèce et enfin la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 avaient fermé à la marine italienne la mer Noire et l'Asie mineure. Les ports de la Syrie et celui d'Alexandrie, sous l'empire des Mameluks, restaient encore accessibles ; la conquête de la Syrie et de l'Egypte les ferma. En 1503, Venise obtint la réouverture des ports par un traité signé avec Bajazet II. La Hongrie traita aussi el fit accorder à la France et à l'Espagne, ses alliées, le droit de commerce comme à elle-même.
Louis Xll avait eu l'occasion de nouer directement des relations arec le sultan; il n'en avait pas profité. François P"^, qui au début de son règne, avait un moment songé à entreprendre une croisade, fut amené à des idées plus politiques après le désastre de Pavie. Charles-Quint était son ennemi comme celui de Soliman. Il reprit des négociations qu'avait entamées Louise de Savoie pendant sa captivité ; en 1528 il put, grâce à son agent Antoine Rincon, obtenir du sultan la confirmation de la liberté du commerce que les Mamelucks avaient accordée aux Français, le droit d'avoir un consul jugeant les contestations entre Français, un entrepôt, et d'étendre le commerce français sur toute la côte barbaresque ^. En 1536 (1535, vieux style), la convention de 1528 fut remplacée par un traité de commerce qui impliquait l'alliance