‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 73 sur 175 · Le traité est rédig:é en latin · texte numérisé non relu

Le traité est rédig:é en latin

2. En 1520. Khaïreddin Barberousse avait déjà accordé a Marseille le droit d'entrer dans les ports de l'Algérie.

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des deux souverains. Ce traité donnait aux Français dans tout l'Empire ottoman les privilèges dont ils jouissaient à Alexandrie ; les Français pouvaient pratiquer leur culte et avoir des églises ;ils étaient sur le pied d'égalité avec les musulmans ; leurs difïérends civils ou commerciaux étaient jugés par leurs consuls d'après les lois françaises. Le roi de France était déclaré protecteur de tous les chrétiens de l'Orient ; les étrangers, autres que les Vénitiens et les Hongrois qui avaient conclu des traités avec la Sublime Porte, ne pouvaient naviguer et commercer en Orient que sous pavillon français et en acceptant la juridiction des consuls français.

La France, c'est-à-dire surtout Marseille, profila de cette situation privilégiée jusqu'au temps où les guerres de religion plongèrent le pays dans le désordre. Alexandrie, il est vrai, déclinait rapidement; mais le commerce avec la côte d'Afrique continuait à être assez actif.

Le premier établissement français sur la côte barbaresque date vraisemblablement de la seconde moitié du xvi* siècle. C'est en 1560 (d'après V Encyclopédie méthodique), à la suite de la paix de Cateau-Cambrésis, que deux marchands de Marseille, Thomas Lenche (Tommaso Lincio), et Carlin Didier obtinrent du sultan l'autorisation de s'établir près de l'île Tabarca pour exercer la pêche du corail. S'étant conciliés, moyennant finance, la faveur des chefs du pays, ils construisirent le Bastion de France, simple magasin non fortifié. Malgré la prétention d'une autre compagnie à obtenir du sultan le privilège de la pêche du corail, la compagnie Lenche conserva son droit et, quand, en 1604, l'ambassadeur Savary de Brèves obtint le renouvellement des capitulations, il fut stipulé que : « les Français nommés et avoués de leur prince pourraient venir pêcher du poisson et corail au golfe de Stora Courcouri et en tous autres lieux de la juridiction de nos royaumes d'Alger et de Tunis. »

A la suite des capitulations, Barberousse et ses successeurs jusqu'en 1587 permirent, sans toutefois réprimer la piraterie, aux Français de reprendre leur commerce en Algérie et d'entretenir des résidents dans quelques villes. En septembre 1564, Charles IX'nomma par lettres patentes le marseillais Bertolle consul d'Alger ; mais les Marseillais protestèrent contre cette nomination qui, suivant eux, ne pouvait que grever de frais leur commerce. Une douzaine d'années après, le pacha d'Alger écrivait aux consuls de Marseille que les marchands ne voulaient pas admettre cette nouvelle autorité. Elle fut cependant installée avec le consul Sauron depuis l'année 1588 ; mais, comme l'état de guerre fut avec Alger pendant longtemps à peu près permanent, le consul resta sans autorité. Celui que Henri III nomma à Tunis fut mieux accueilli. A Fez, dont des Français fréquentaient depuis longtemps le marché, le marseillais Bérard, consul, fut envoyé en 1577, et le poste continua à être occupé par d'autres consuls après sa mort.

L'empire du Maroc était indépendant de celui du sultan de Constantinople. La France avait intérêt à y nouer des relations amicales pour avoir sa part dans le commerce de ce pays qu'on disait riche et pour avoir des ports de refuge sur la côte de l'Atlantique où croisaient des corsaires français guettant les navires espagnols et portugais à leur retour d'Amérique et des Indes. Une première tentative fut faite en 1531 par le colonel Pierre de Piton, envoyé de François I". Les Anglais, puis les Hollandais eurent aussi des consuls vers le même temps; les souverains du Maroc, se défiant surtout des Portugais et des Espagnols, leurs ennemis, accueillaient d'autant mieux les autres étrangers.

Depuis l'alliance de François P' avec Soliman en 1528 et 1536^ « les marchands français, disait Bodin en 1568, ont tenu boutique à Alexandrie, au Caire, à Barut, à Tripoli, aussi bien que les Vénitiens et Génois et nous n'avons pas moins crédit à Fez et au Maroc que l'Espagnol ; ce qui nous a été découvert depuis que les Juifs, chassés d'Espagne par Ferdinand, se réfugièrent au bas pays de Languedoc et nous accoutumèrent à trafiquer en Barbarie ». Le xvi' siècle est en effet l'époque où l'influence politique et commerciale de la France a été prépondérante dans les Etats musulmans.

Marseille recevait de Tripoli, de Tunis, d'Alger, du Maroc des laines, des cuirs, des huiles, du blé, du corail, des plumes d'autruche ; du Levant, il recevait les vins de Chypre, les éponges, les aromates, la gomme, les figues, les tapis, les soieries.

La grande navigation maritime était alors doublement difficile, d'une part à cause de l'inexpérience où l'on était encore sur l'Océan des routes de mer et du manque des bonnes cartes, d'autre part à cause de l'hostilité des Espagnols et des Portugais qui traitaient comme pirate tout bâtiment étranger rencontré dans les parages de l'Amérique ou de l'Océan Indien et de l'Océan Pacifique : ce qui nécessitait un fort armement militaire pour défendre la cargaison.

Pays d'importation et d'exportation. — Les expéditions d'Italie ouvrirent des horizons nouveaux aux Français émerveillés des richesses et de l'art du peuple le plus commerçant, le plus civilisé et le plus raffiné dans le luxe qu'il y eût alors en Europe. Elles firent naître en France dans la noblesse et dans la bourgeoisie des besoins jusqu'alors inconnus. Ce fut un puissant stimulant du commerce.

< Les bourgeois des villes, écrit Claude Haton, se sont voulu habil-

1. I» Les Français, écrit un ambassadeur vénitien en 1546, prétendent avoir le droit de naviguer en Guinée et au Brésil, comme il leur plaît. Les Portugais le contestent et, quand ils en rencontrent en mer et qu'ils sont les plus forts, ils les combattent et les coulent à fond. Le roi concède alors contre lesdits Portugais des lettres de représailles et on leur reprend plus qu'ils n'avaient pris, i

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1er, hommes et femmes, à la Façon des gentils hommes, les gentils hommes aussi somptueusement que les princes, les gens de village à la manière des bourgeois des villes. »

Passons en revue les principaux pays avec lesquels commerçait alors la France.

Le trafic direct avec Venise diminua lorsque la France fabriqua elle-même des soieries et que les épices lui vinrent de Lisbonne.. Des ambassadeurs vénitiens en ont fait la remarque. Néanmoins l'Italie fournissait toujours de la bonneterie, de la verrerie, des faïences, des draps cramoisis et autres objets de luxe.

La France tirait du Portugal des épices, du sucre, des confitures, des raisins et du vin ;des cuirs et des épices d'Anvers ou directement d'Espagne (quelquefois même d'Alexandrie), des chevaux,des graisses, des peaux.

Elle tirait de la quincaillerie d'Angleterre, d'Allemagne et des Pays- Bas ; des tapisseries, des serges, des passementeries, des maroquins, des toiles de Flandre, des armures et harnais. L'Allemagne et l'Angleterre à elles seules expédiaient, dit-on, plus de mille navires pour les ports de France apportant, entre autres marchandises, du cuivre, de l'étain, du plomb.

Les affaires avec l'Italie, malgré la vogue que la mode donna longtemps à ses produits de luxe, étaient moindres qu'avant la découverte du passage maritime aux Indes (jui détournait sur Lisbonne le courant commercial de l'Orient. D'autre part, la France fabriquait ellemême ses soieries. L'itahe, devenue le champ de bataille des conquérants, puis tombée sous la domination de Charles-Quint, n'avait plus la brillante expansion des siècles antérieurs. Les dissensions et les guerres firent émigrer beaucoup d'Italiens qui apportèrent en France leurs industries et leurs capitaux.

Avec les Pays-Bas les relations, très importantes jusqu'en 1521, se trouvèrent ensuite contrariées par les guerres de François I" et de Charles-Quint. La Flandre et la Hollande restèrent néanmoins de grands consommateurs de vin, d'eau-de-vie et de sel et les intermédiaires du trafic de ces denrées avec les pays du Nord. La politique amena la conclusion d'un traité d'alliance et de commerce avec le Danemark (novembre 1541) et la Suède (juillet 1543) dont les souverains redoutaient l'ambition de Charles-Quint. Les Villes hanséatiques étaient en déclin. Elles importaient particulièrement des fourrures du Nord dont le commerce se trouvait très amoindri par suite des nouvelles modes. Elles importaient, ainsi que l'Allemagne, des métaux, de la quincaillerie, qui arrivaient sur leurs vaisseaux ou par voie de terre.

Le commerce de la Lorraine et de l'Alsace se portait vers la France plus peut-être que vers les pays d'Outre-Rhin. La Suisse commençait à fournir un débouché intéressant.

Après avoir énuméré les marchandises d'importation, Bodin ajoute : « Et quand bien nous pourrions nous passer de telles marchandises — ce qui n'est pas possible du tout — mais quand ainsi seroit que nous en aurions à revendre, encore devrions-nous toujours trafiquer, vendre, acheter, eschanger, prester, voire plus tôt donner une partie de nos biens aux estrangers et même à nos voizins quand ce ne serait que pour entretenir une bonne amitié entre eux et nous ». L'intention était bonne ; la concession dernière dépassait la mesure.

Exportation de métaux précieux. — L'argent et l'or étaient importés directement ou indirectement par des Espagnols ou des Portugais, lesquels gagnaient 15 à 20 0/0 à ce commerce. Aussi les efforts des rois d'Espagne pour l'interdire à leurs sujets échouèrent-ils devant l'intérêt personnel. Les métaux précieux arrivaient en France soit directement d'Espagne par le négoce, surtout quand le traité de Cateau-Gambrésis (1558) eut rétabli des relations normales entre les deux pays, soit auparavant par l'Angleterre dont les marins trafiquaient dans les ports espagnols, et par l'Allemagne et les Pays-Bas où la politique de Charles-Ouint répandait beaucoup d'argent. On prisait surtout ce commerce parce que les retours se faisaient en espèces. « L'Anglais disait avec satisfaction à Catherine de Médicis un de ses serviteurs, pour avoir nos vins, nos pastels et notre sel, nous porte ses beaux nobles à la rose et à la nau et ses angelots. »

La défense d'exporter les métaux précieux n'était pas d'ailleurs spéciale à l'Espagne qui en était le grand réservoir. Chaque pays, chaque souverain était jaloux d'attirer et de retenir l'or et l'argent, « Gomme par les anciennes ordonnances de nos prédécesseurs, dit François I"" dans un édit du 29 novembre 1538, et les nostres faites des monnoies et duement publiées par les bonnes villes de noz royaumes, pays, terres et seigneuries, soit entre autres choses prohibé, défendu à toutes personnes, de quelque estât et condition qu'ils soient, de transporter aucunes matières d'or,argent et billon hors de nos dits royaume, pais, terres et seigneuries pour ce faire fait de marchandise ou commutation, ballier, forger ou convertir en monnoies estrangères et icelles apporter ou allouer en notre royaume. » Ces défenses furent plusieurs fois renouvelées, notamment par Henri II qui, se trouvant à Lyon où il y avait naturellement un grand mouvement d'espèces, défendit (21 avril 1548) de faire sortir du royaume or et argent monnoyé ou à monnoyer à « aucuns, de quelque condition ou qualité/ qu'ils soient et quelques permissions qui puissent avoir esté baillées et expédiées cy-devant » et cela sous peine non seulement de saisie des métaux transportés, mais d'arrestation du délinquant et de saisie de ses biens. » La défense fut impuissante en France comme en Espagne.

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Exportations de France. — En échange des produits que la France importait, elle exportait son blé quand toutefois une disette ou la crainte d'une mauvaise récolte ne faisait pas suspendre l'exportation : ce qui arriva maintes fois '. Elle exportait des vins en Espagne, en Portugal, en Angleterre, en Ecosse, en Flandre, dans le Nord, en Suisse ; ces vins se vendaient souvent, dit-on, plus cher que ceux de Chypre et rapportaient un revenu annuel d'environ un million et demi d'écus (soit en poids de monnaie actuelle environ 15 millions de francs). Ses prunes sèches étalent recherchées en Angleterre, en Ecosse et en Irlande. Ses draps l'étaient en Espagne et parfois même ses fabricants contrefaisaient les genres et les marques des Espagnols. Ses toiles l'étaient en Angleterre, en Espagne, en Italie ; leur bon marché leur assurait une clientèle et en faisait un des articles les plus importants du commerce français.

Outre ces marchandises, les Etats du Nord, Danemark et Suède, avec lesquels François \" avait signé des traités de commerce (en 1541 et 1542), tiraient de France le safran, le pastel, surtout le sel, objet d'une exportation considérable, « qui est, dit un écrivain du temps, une manne que Dieu nous donne d'une grâce spéciale avec peu de labeur* ».

Le vin était, comme aux époques précédentes, un des plus importants, probablement même le plus important article de l'exportation. La ville de Bordeaux avait la plus grande part dans ce commerce. Ses bourgeois mettaient, comme par le passé, le plus d'obstacles qu'ils pouvaient à l'introduction des vins du Languedoc dont ils n'étaient pas les producteurs. En 1500intervint une transaction. Les vins du Languedoc purent être vendus à Bordeaux ; mais jusqu'à la Saint-Martin (11 novembre),ils devaient s'arrêter en amont de la ville (à 37 kilomètres) ; ils ne pouvaient être portés surle quai des Chartreux qu'après cette fête et ils ne pouvaient être exportés en Angleterre qu'après Noël. Les Bordelais prétendaient se réserver la primeur de la vente et profiter seuls de la clientèle de la fête de Noël en Angleterre.

Cependant des Bordelais, paraît-il, ne se gênaient pas pour mélanger d'eau ou de vin du haut pays leurs propres vins ; le parlement de Bordeaux eut plusieurs fois à prononcer des peines pour ce fait, quelquefois même la déchéance du droit de bourgeoisie.

1. Dans son Traité de la police, Delamare dit que l'exportation fut interdite en 1515, en 1521, de 1528 à 1534, en 1546, en 1560, en 1565, en 1573, en 1593, en 1595.

2. Un écrivain contemporain estimait le total des importations à 36 millions 1/2 de livres, soit un poids d'argent égal ;\ celui de 150 millions de francs. Voir le texte dans VHistoire des classes ouvrières el de l'industrie en France avant 1789, par E. Levasseur, t. II, p. 50, en note. Ce chiffre est peut-être le premier qui ait été donné sur la valeur totale de l'importation ; mais sur quelles données était-il établi ?

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Belalions avec l'Espagne. — Parmi les nations auxquelles la France vendait ses produits, aucune n'offrait un débouché aussi vaste et ne procurait d'aussi grands profits que l'Espagne, qui achetait à la France le blé que son sol ne lui fournissait pas en quantité suffisante et dont l'exportation montait quelquefois jusqu'à 4 millions d'écus d'or, le pastel, les toiles de Bretagne, les viandes salées, les lainages, le papier, la quincaillerie ; une partie de ces marchandises était destinée à l'Amérique. Bordeaux, Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, Toulouse étaient les principales places par lesquelles se faisait le commerce avec l'Espagne qui expédiait en retour de la laine, des oranges, des raisins secs, des amandes, de l'huile d'olive, un peu de coton, beaucoup d'or et d'argent pour former le solde, quoique l'Espagne, comme nous l'avons dit interdit l'exportation des métaux précieux.

Ce pays était alors le plus riche pays de l'Europe en or et en argent. Celte richesse, qui avait même fait peu à peu négliger le travail productif de ses anciennes industries et l'émigation en Amérique laissaient vides ses campagnes et ses ateliers. Aussi non seulement les marchandises françaises, mais les artisans et les ouvriers y affluaient, sûrs de trouver un prix très rémunérateur de leur travail comme de leur marchandise.« Or est-il que l'Espagnol, dit Bodin, qui ne tient vie que de la France, étant contraint par force inévitable de prendre les blés, les toiles, les draps, le pastel, le papier, les livres, voire la menuiserie et tous les ouvrages de main, nous va chercher au bout du monde l'or et l'argent et les épiceries.» El plus loin : « Le plus grand labeur de l'Espagne, qui d'ailleurs est déserte, vient des colonies françaises qui vont à la file en Espagne, et principalement d'Auvergne et du Limousin, si bien qu'en Navarre et Aragon presque tous les vignerons, laboureurs, maçons, menuisiers, tailleurs de pierres, tourneurs, charrons, voituriers, charretiers, cordiers,carriers,selliers, bourreliers sont Français. »

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