LES ESSAIS DE COLONISATION EN AMERIQUE
Sommaire. — Le Canada (209). — Jacques Cartier (210).— Les Français en Guinée et en Orient (212). — Les Fram-ais au Brésil (212). — Les Français en Floride (214).
Le Canada. — La découverte de l'Araérique et du passage aux Indes ont eu d'immenses effets sur la navigation et le commerce des nations de l'Europe, sur le progrès de la richesse et sur l'équilibre des Etats. La suprématie économique a passé, comme nous l'avons déjà fait remarquer, des rives de la Méditerranée aux rives de l'Océan. L'Espagne et le Portugal ont été les premiers à recueillir les fruits des nouveaux champs d'exploitation de l'Occident et de l'Orient.
Une bulle du pape Alexandre VI (1493) et le traité de Tordesillas (1494), confirmé en 1506 par la papauté, avaient partagé entre les deux pays le monde nouveau à découvrir et à convertir. En 15801e Portugal ayant été réuni à l'Espagne les deux Etats n'en firent qu'un.
Après l'Espagne et le Portugal, les Hollandais et les Anglais se sont taillé leur part dans les champs d'exploitation, d'abord par un commerce normal avec le Portugal et l'Espagne, beaucoup ensuite par la contrebande dans la seconde moitié du xvi^ siècle, enfin une guerre ouverte.
Espagnols et Portugais, jaloux de leur domaine colonial, prétendaient avoir seuls le droit de naviguer et de commercer dans les mers qui les baignaient. Au delà de l'équateur et dans la mer des Antilles, ils s'attaquaient etdélruisaient tous les navires étrangers qu'ils rencontraient. Les étrangers leur rendaient la pareille. La piraterie, qu'on fût en guerre ou en paix, s'exerçait d'ailleurs non seulement dans les mers du Sud, mais dans toutes les mers et jusque sur les côtes européennes. Sur la Méditerranée, les Barbaresques rendaient la navigation non moins dangereuse.
Des produits nouveaux, très rares auparavant, comme les épices, les bois d'ébénisterie et de teinture, le tabac, le coton, la soie, le café, alimentaient et stimulaient le trafic.
Les Français, dont les marins avaient frayé au xiv« siècle la route d'Afrique, ont été moins heureux que les Espagnols, les Portugais et
même les Anglais et les Hollandais au xvi« siècle. Ce n'est pas qu'ils manquassent de marchands et de navigateurs capables de lointaines entreprises. Mais la politique générale de la France en Europe n'a pas été alors, malgré la bonne volonté intermittente de quelques souverains, favorable à des créations solides de colonies. C'est surtout par des relations avec Lisbonne, Séville et Cadix que la marine fran çaise a, pendant la Renaissance, participé à l'accroissement du mouvement commercial dû à l'Amérique et à l'Orient.
Toutefois il ne faut pas omettre les tentatives faites pendant cette période par des Français pour prendre pied en Amérique et en Orient, ni oublier la popularité qu'ont eue alors certains récits de voyages.
Dès 1503-1505, Paulmierde Gonneville, capitaine de Honfleur, guidé par des pilotes portugais, aborda au Brésil et en ramena un indigène ; en 1506, un autre marin de Honfleur, Jean Denis, poussa sa navigation jusqu'à Terre-Neuve et dressa une carte de la côte ; en 1508, Jean Ango de Dieppe, alla jusqu'au Canada ; un autre Dieppois.Aubert, ramena un sauvage de ce pays. La réalité de quelques-uns de ces voyages est contestable. Ce qui ne l'est pas, c'est qu'en 1518 le baron de Léry partit pour fonder une colonie dans l'île de Sable, au sud de l'Acadie ; il échoua. Mais des pêcheurs de morue fréquentaient auparavant et continuèrent à fréquenter ces parages '.
En 1527, trois navires partis de Dieppe sous la direction de pilotes portugais abordèrent l'un à Madagascar, le second à Diu, le troisième à Sumatra. Cette expédition fut suivie d'une autre expédition composée de deux navires de Jean Ango, sur l'un desquels se trouvait Parmentier, l'historien du voyage.
A la cour de François P% Louise de Savoie, sa mère, et Marguerite, sa sœur, s'intéressaient aux grandes découvertes. François I" aussi ; il songea à faire reconnaître les côtes du Brésil par un italien, Verazanno, qui avait été au service de Jean Ango (1522). Les Portugais eurent vent de ce projet et en détournèrent François I*"" qui ne voulut pas indisposer un peuple dont il pouvait avoir besoin contre Charles- Quint. Cependant, en 1524, Verazzano, grâce à la protection de Louise de Savoie, obtint d'aller avec un navire reconnaître non la côte du Brésil, mais celle de l'Amérique du Nord qu'il longea du 34" au 47» degré de latitude (1526) et où il espérait trouver un passage vers la Chine. Il ne le trouva pas. Après le traité de Madrid, il proposa une nouvelle expédition ; il paraît même qu'il partit et qu'il périt assassiné par des sauvages ou par des Espagnols.
Jacques Cartier. — Après la paix de Cambrai, François 1®% sur la recommandation de l'amiral Philippe de Chabot, chargea d'une nou-
1. En 1527, un capitaine castillan signalait dans la baie de Saint-Jean une cinquantaine de bateaux de pèche anglais. Trançais, portugais.