LES ESSAIS DE COLONISATION EN AMERIQUE
velle entreprise un marin de Saint-Malo, Jacques Cartier. Celui-ci, avec deux petits bâtiments de 60 tonneaux équipés par les soins de l'amiral de France, gagna en vingt jours Terre-Neuve que les pêcheurs malouins connaissaient depuis longtemps, pénétra au fond du golfe du Saint-Laurent jusqu'au promontoire Gaspé, reconnut la côte du Labrador et du Nouveau-Brunswick et prit possession du pays au nom du roi (1534). Il revint en septembre, ramenant deux sauvages. « Et nous ont, écrit Cartier dans la relation de son second voyage, les sauvages confié être le chemin et le commencement du grand fleuve de Hochelaga et le chemin du Canada, lequel allait toujours en décroissant jusqu'au Canada ; et puis que l'on trouve l'eau douce de ce fleuve qui va si loin que jamais homme n'avait été qu'ils eussent ouï et qu'autre passage n'y avait que par bateaux. »
N'était-ce pas par le nord la route des Indes que Christophe Colomb avait cherchée par le centre et que Magellan avait trouvé par le sud ? La perspective était séduisante. François I*'",en apprenant la mauvaise humeur qu'avaient témoignée les rois d'Espagne et de Portugal au sujet de ce voyage, dit : « Eh quoi ! Ils partagent tranquillement entre eux toute l'Amérique sans souffrir que j'y prenne part comme leur frère ! Je voudrais bien voir l'article du testament d'Adam qui leur lègue ce vaste héritage. » François P*" ordonna une seconde expédition. Jacques Cartier, guidé par les deux sauvages qu'il avait amenés en France, reconnut la côte du Labrador (1535), donna à une rivière le nom de Saint-Laurent, lequel devint ensuite celui du fleuve, remonta le fleuve lui-même jusqu'à Hochelaga (île de Montréal) et rentra après deux hivernages dans le pays auquel il donna le nom de Nouvelle- France. Les sauvages lui avaient dit que, plus loin à l'ouest, s'étendait une immense mer d'eau douce. Etait-ce enfin le passage nord-ouest ? En 1541, Jacques Cartier lit un troisième voyage et construisit pour hiverner un campement qu'il nomma Charlesbourg-Royal et où devait être plus tard Québec.
Avant son départ, le roi avait nommé lieutenant général es terres du (Canada, Hochelaga, Saguenay et autres terres circon voisines François de la Roque, sire de Roberval. Celui-ci arriva à son tour tardivement (1542) avec une escadre à laquelle, suivant une version contestée, se serait joint Jacques Cartier. Mais, suivant d'autres, Jacques Cartier, découragé par l'attente, se serait rembarqué ; il n'aurait rencontré Roberval que dans le golfe du Saint- Laurent et aurait refusé de revenir avec lui. La guerre ayant éclaté de nouveau entre François I" et Charles-Quint (1542), Roberval fut rappelé et Jacques Cartier lit un quatrième voyage pour le rapatrier avec ses colons (1545).
Sous le règle de Henri II, Roberval repartit (1549) ; mais il périt en mer avec toute son escadre et la colonisation du Canada parut oubliée pendant les guerres de religion. Toutefois des pêcheurs de morue et
des Irafiquants de pelleterie continuèrent à fréquenter ces parages.
Le& Français en Guinée et en Orient. — Dans d'autres parages des navigateurs français firent un trafic régulier et tentèrent <^ plusieurs reprises de fonder des établissements. On envoyait sur les côtes de Guinée, malgré les Portugais, acheter la poudre d'or, l'ivoire, la gomme. Des Français étaient établis dans l'île de Saint-Thomas en 1520. En 1527 des armateurs de Dieppe, avons-nous dit, allèrent à Madagascar, à Diu et jusqu'à Sumatra. Ce commerce languit sous Henri II, mais se ranima quelque peu par les encouragements de Coligny.
Les Français au Brésil. — Dans l'Amérique du Sud, les marins français trafiquaient avec les indigènes à une époque où les Portugais n'étaient pas encore en possession du pays. Après Paulmier de Gonneville, d'autres marins fréquentèrent les côtes du Brésil vers lesquelles les vents alizés poussaient les navires. Ils en rapportaient du bois de Brésil, des épices, du coton, des perroquets, des peaux qu'ils troquaient contre de grossiers tissus, des verroteries ou de la quincaillerie ; parfois ils pillaient des comptoirs portugais. Dans une église de Dieppe se trouve un témoignage des relations de ce temps avec l'Amérique du Sud : c'est un bas-relief qui représente des sauvages encadrés de plantes et d'animaux du Brésil.
Saint-Blancard, général des galères à Marseille, arma une expédition qui construisit un fort dans la baie de Pernambouc. Les Portugais détruisirent le fort, dont ils livrèrent la garnison aux sauvages, ainsi que d'autres comptoirs. Les armateurs de Provence et de Normandie demandèrent vengeance au roi ; mais celui-ci, toujours désireux de ne pas s'aliéner les Portugais pendant qu'il était en guerre avec Charles- Quint et conseillé par l'amiral Chabot qui était secrètement stipendié par les Portugais, interdit aux navires français de faire voile pour le Brésil. 11 ordonna même d'arrêter dans les ports français tous les navires à destination de la Guinée et du Brésil. Il paraît que la défense fut mal ol)servée ; car, sur les instances des Portugais, l'interdiction fut renouvelée (1537 et 1538j : « Expresses défenses aux sujets du roi, tant généralement que particulièrement, qu'ils n'aient à voyager es-dites terres de Brésil et Malaguette, ni aux terres découvertes par les rois de Portugal, sur peine de confiscation de leurs navires, denrées et marchandises et de tout et un chacun leurs biens et punition corporelles. »
Saint-Blancard, au nom des armateurs et marchands français, revendiqua dans une protestation (1538) les droits de la liberté. « Sa Majesté sérénissime n'a pas plus de droit sur ces terres que n'en a le Roi très chrétien. La mer est commune à tous ; les îles qu'elle baigne sont ouvertes à tous ceux qui peuvent y aborder et il doit être permis non seulement aux Français, mais à toutes les nations de les fréquenter et de