‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 76 sur 175 · H LES ESSAIS DE COLONISATION EN AMERIQUE · texte numérisé non relu

H LES ESSAIS DE COLONISATION EN AMERIQUE

trafiquer avec leurs habilanls. » « Si le roi voulait tant soit peu lâcher la bride aux négociants français, écrivait une vingtaine d'années plus tard l'auteur de la relation de Ramusio, en moins de quatre ou cinq ans ils lui auraient conquis l'amitié et assuré l'obéissance des peuples de ces nouvelles terres et cela sans autres armes que la persuasion et les bons procédés. Dans un court espace de temps, les Français auraient pénétré plus avant dans l'intérieur du pays que n'ont fait les Portugais en cinquante ans et probablement les habitants en chasseraient ces derniers comme leurs mortels ennemis. » Le prévôt des marchands et les notables bourgeois de Paris, les armateurs de Rouen remirent au roi des mémoires à ce sujet. Celui-ci, en effet, retira son ordonnance de 1538.

En 1555, Nicolas Durand de Villegaignon, chevalier de Malte, et vice-amiral de Bretagne, qui avait su se faire protéger à la fois par Coligny et par les Guises, obtint du roi des vaisseaux et de l'argent ; il recruta des colons de toute espèce et alla les débarquer dans une île de la baie de Rio-de- Janeiro (aujourd'hui île de Villegaignon). Il y fonda un petit établissement, le fort Coligny. La situation était magnifique. Henri II s'intéressa à cette colonie ; il envoya une escadre avec des vivres, des colons et des femmes, les premières qui se soient établies au nouveau monde. Calvin, de son côté, envoya des protestants. Mais des querelles religieuses troublèrent la petite colonie composée de catholiques et de calvinistes et mal gouvernée. Villegaignon étant rentré en Europe, les Portugais, qui étaient établis aussi dans le pays, purent s'emparer du fort Coligny (1560) bâti dans l'île. La lutte continua pendant sept ans entre les Français, alliés aux Indiens Tamoyers, et les Portugais de Saint-Paul et de Saint-Vincent. Ceux-ci finirent (1567) par se rendre maître des deux positions qu'avaient fortifiées les Français et à les chasser ; c'est à la suite de cette victoire qu'ils fondèrent la ville de Rio-de-Janeiro. Cependant, dans le nord du Brésil, les Français continuèrent à faire du commerce malgré les Portugais et les Espagnols sous la domination desquels le Portugal était tombé en 1580 ; plusieurs fois leurs bâtiments furent capturés. En 1580 une fortification que des Français avaient élevée de concert avec les Indiens à Parahyba fut détruite par les Portugais. Les hostilités sur les côtes du Parahyba et du Rio Grande del Norte durèrent juscju'en 1609.

En 1594, un armateur de Dieppe, Riffault, était venu commercer à l'île de Maragnon. Dans un temps postérieur à la Renaissance, en 1605, Henri IV conféra au chevalier Daniel de la Touche, seigneur de la Ravardière, le titre de « lieutenant général du roi ès-contrées de l'Amérique depuis la rivière des Amazones jusqu'à l'île de la Trinité ». La Ravardière s'établit dans l'île où il fonda l'établissement de Saint-Louis de Maragnon (1612) ; mais les Portugais envoyèrent de

Pernamboiic des troupes qui, appuyées par une escadre, s'emparèrent de Saint-Louis (1615).

Les Français en Floride. — Verazzano, sur la carte qu'il avait dressée de son voyage le long- de la Floride, avait indiqué près du cap Sable un isthme d'où l'on apercevait, par de là la terre, une mer occidentale (c'était peut-être une lagune). C'est dans cette direction qu'au début des guerres de religion Jean Ribaut, gentilhomme protestant de Dieppe, conduisit une petite expédition sous le patronage de l'amiral Coligny. Il ne trouva pas la mer occidentale, mais il établit vingt-huit de ses compagnons dans un petit fort (Gharlesfort, 1562) et revint en France pour recruter d'autres émigrants. La guerre civile l'obligea à se réfugier en Angleterre. Les colons de Gharlesfort, restés sans secours, quittèrent l'Amérique sur une pirogue ; ils furent recueillis presque mourants par un bâtiment anglais.

Après la paix d'Amboiseune seconde expédition fut organisée, sous la protection de Coligny, par un compagnon de Ribaut, René de Laudonnière (1564) qui fonda, non loin de l'emplacement de Gharlesfort, le fort de la Caroline. Jean Ribaut vint l'y rejoindre avec une escadre de sept bâtiments. A cette nouvelle l'Espagne, qui ne souffrait pas de concurrent dans ces parages, envoya une flotte montée par 2.600 hommes qui surprit et égorgea la colonie de la Caroline et massacra la troupe de Ribaut qui tenait la campagne *.

La France éprouva à cette époque, comme maintes autres fois dans les guerres postérieures, la difficulté de faire face à l'ennemi à la fois sur terre et sur mer, et ses possessions de mer furent sacrifiées.

11 ne resta rien de ces premières tentatives de colonisation du xvi' siècle, sinon la possession virtuelle du Canada.» Nous embrassons tout, mais nous n'estreignons que du vent. J'ai peur que nous ayons les yeulx plus grands que le ventre et plus de curiosité que de capacité » dit Montaigne.

1. Les Espagnols avaient pendu les Français à des arbres avec l'inscription : c Je ne fais pas ceci comme à des Français, mais comme à des luthériens. » Decourgues fit une expédition pour venger le massacre ; il tua presque toute la garnison espagnole et pendit les survivants aux mômes arbres avec l'inscription : « Je ne fais pas ceci comme à des Espagnols, mais comme à des traîtres, voleurs et meurtriers. »

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