GUERRES DE RELIGION ET DÉCADENCE
Sommaire. — Les guerres de religion (215U — Appauvrissement du pays (215). — Traité avec le sultan (217), — Traité avec Elisabeth d'Angleterre (217).
Les guerres de religion. — Nous avons dit que l'histoire économique de la Renaissance pouvait se diviser en deux périodes : avant les guerres de religion et pendant les guerres de religion ; la première florissante malgré la lutte contre la maison d'Autriche, la seconde attristée par les discordes intestines. Si, dans le tableau que nous venons de tracer, nous ne les avons pas séparées, c'est que la politique des rois est restée au fond à peu prés la même ; ce qui a le plus changé sous le rapport économique, c'est la richesse du pays.
La lutte des deux religions avait déjà fait couler le sang en Allemagne. En France la répression des idées nouvelles avait commencé dès le règne de François P"^ ; mais la guerre civile n'éclata qu'après la mort de Henri II, sous le faible gouvernement de ses fils. Les deux partis s'organisèrent militairement, les Huguenots sous Condé et les Ghatillon, les Catholiques sous les Guises. Le massacre de Wassy (1562) fut le signal des hostilités, et jusqu'à la paix de Vervins (1598), pendant trente-cinq ans, c'est-à-dire pendant la durée d'une génération, le pays fut non seulement le champ des combats que l'histoire a enregistrés, mais le théâtre de querelles et de violences continuelles de village à village ou dans l'intérieur de la môme ville. Des bandes de soldats étrangers, espagnols pour les cathoUques, allemands pour les protestants, infligèrent aux campagnes les maux dont la France avait souffert au temps de la guerre de Cent Ans.
La mer n'était pas plus sûre que la terre. Les corsaires de La Rochelle, ville protestante, attaquaient tout navire portant pavillon d'une puissance catholique, de l'Espagne et du Portugal par exemple. Les Bretons cathoUques agissaient de même à l'égard des Anglais.
Appauvrissement du pays. — Le plat pays fut ravagé et se dépeupla. Les routes étaient infestées de maraudeurs. Les péages arbitraires des seigneurs reparaissaient. Les foires n'avaient plus leur ancien éclat. La mer étaient devenue encore moins sûre que par le passé.
216 LIVRE IV. — GHAPITIIE V
Les villes, quoique plus à l'abri derrière leurs remparts, l'urenl durement éprouvées et beaucoup n'échappèrent pas au pillage ou aux exactions. « Oh ! le misérable temps pour n'oser sortir des villes ! » écrit dans son livre de raison un bourgeois de Tulle en 1585 '.
« En temps ordinaire et tranquille, dit Montaigne, on se prépare à des accidents modérés et communs ; mais à cette confusion où nous sommes depuis 30 ans, tout homme français, soit en particulier, soit en général, se voit à chaque heure sur le pied de l'entier renversement de sa fortune. »
Montchrétien porte le même jugement et distingue nettement la période prospère et la période néfaste du xvi" siècle. « Finalement, sous les règnes de Philippe I"" (d'Espagne) et de Henry 11 (de France), les alliances de France et d'Espagne ayant donné plus de jour au commerce et les Indes commençant à découvrir davantage et comme à dégorger leurs richesses, le commerce se rendit plus fréquent que jamais et, continuant de suite, s'ouvrit un cours ordinaire et comme retournant sur soy-même des Indes en Espagne et d'Espagne en France, de France en Espagne et d'Espagne aux Indes.
« Depuis arrivèrent les divisions de ce royaume et par conséquent sa désolation, grande, universelle et longue, les autheurs de laquelle y gagnèrent si peu qu'ils n'ont point de quoy se vanter ».
«... Jusqu'à ce que finalement sous nostre Henry le Grand, l'Espagne s'apprivoisa... »
La population de la France, qui s'était relevée depuis 1453, diminua de nouveau ; beaucoup d'artisans renoncèrent à leur métier.
Lyon fut une des grandes villes qui souffrirent le plus ; le baron des Adrets la pilla en 1562 ; en 1572 elle fut le théâtre de massacres auxquels l'histoire a donné le nom de « Vêpres lyonnaises » ; ses foires durent être pendant une année (1563) transportées à Chalon-sur-Saône et elles furent délaissées pour celles de Besançon et de Chambéry qui se tenaient dans des pays tranquilles. En 159211 ne restait plus à Lyon qu'un seul banquier de la nation florentine. La plupart des étrangers, négociants ou banquiers, avaient quitté la ville. Sous le règne réparateur de Henry IV, les notables de Lyon répondaient à une question que la reine leur avait posée en 1610: <» Autrefois il se faisait à Lyon en une semaine plus de manufactures qu'il ne s'en faict à présent en tout un an. La guerre a fait mourir une partie des ouvriers ; la faim en a chassé une autre partie qui est allée non seulement aux aultres villes du royaume chercher sa vie, mais, qui est pis, s'est retirée aux estrangiers pour y establir les manufactures qu'ils souloient venir quérir à Lyon ».
Montchrétien, dans son Traité de rëconomie politique, porte le même
1. Voir, pour la décadence de Vinduslùe, L'Histoire des classes ouvrières et de Vindusrie avant 1789, par E. Levasseur.