Voici encore quelques témoignages de Henri IV
Il écrit à Elisabeth du camp de Saint-Denis le 23 juillet 1590 : « Il nous a esté remontré de la part de Noël Deheu, qui est chargé du fournissement de nos greniers à sel, que, de certain nombre de navires revenans de Brouage, chargés de sel, il en ouroit esté pris quatre ou cinq par vos navires qui sont sur mer, le reste courant mesme péril s'il n'y estpourveu.» Henri IV demandait la restitution de ces navires.
27 octobre 1.592. — Au maire de Bayonne, Henri IV se plaint qu'un navire, la Mar-
LES TRAITES DE COMMERCE ET LE COMMERCE
Le traité, comme nous l'avons dit, ne rétablit pas complètement la sécurité dans l'Atlantique.
Richelieu, comme Henri IV, combattit autant qu'il le pût ce fléau. L'un et l'autre, dans leurs traités avec l'Angleterre, ont visé tout d'abord la piraterie. Dans un mémoire publié en 1627, qui reflète les idées du ministre, il est dit : « C'est le grand flux et reflux du commerce qui distribue les richesses dans un Estât comme le sang dans les veines, d'où lui vient après la force et la vigueur. Le commerce ne peut avoir ses mouvements sûrs et naturels si la mer n'est pas sûre et nettoyée de corsaires, armée contre toute sorte d'ennemis ; il convient donc d'avoir des forces de mer proportionnées... »
Quand Richelieu établit le droit de marque de 10 s. par quintal de fer importé, il ajoute (art. 20) : « que le Roi veut rétablir le commerce, ce qui ne peut se faire si nous ne pourvoyons à la sûreté des côtes de la mer, ezquelles les corsaires volent souvent les vaisseaux qui en partent et qui y abordent », et il affecte le produit de l'impôt à une flotte de guerre qui fera la police de la mer.
Les principales relations commerciales de la France. — «Tous autant de gens de bien que vous consulterez sur le vray fonds de vos flnances, dit Montchrétien, vous assureront que vous avez en ce royaume cinq sources inépuisables de richesse naturelle, sans parler des autres. Ces sources ou plutôt vrayes mines sont le bled, le vin, le sel, les laines, les toiles. » A cette énumération il ajoute dans un autre passage le fer, l'huile et le pastel qui « rendent la France plus riche que tous les Pérous du monde ». C'étaient en effet alors les principaux articles de l'exportation française.
Les clients de la France étaient à peu près les mêmes qu'au xvi'^ siècle.
L'Angleterre, comme nous l'avons dit, avait, durant la seconde moitié du xvi"^ siècle, développa son commerce dans les Echelles du Levant *.
guérite de Bordeaux, de 150 tonneaux, chargé de poissons et venant de Terre-Neuve, ait été pris par les Espagnols, que le juge l'ait déclaré de bonne prise en novembre 1590. Henri IV répond par lettres patentes de représailles en janvier 1592. « Pour faire saisir et arrêter des navires, marchandises, dettes et autres biens quelconques qu'ils découvriront appartenir aux dits Espagnols, en quelques lieux et endroits qu'ils puissent estre trouvés... et iceulx faire vendre et adjuger au plus offrant à la manière accoutumé jusqu'à somme égale. »
30 juin 1593. — « Un capitaine anglais ayant pris un navire français qui valait o. 230 tonnes, Henri IV ordonne de prélever 2 1/2 p. 100 sur les marchandises anglaises débarquant à Bayonne jusqu'à somme égale. »
22 août 1598, à la reine d'Angleterre, — Un navire français de 15.000 écus a été saisi par un gros navire anglais. L'anglais a gardé le navire et mis les 21 marins dans une barque à l'abandon, « chose que nous avons trouvée aussi eslrange comme elle est éloignée de la seureté et liberté qui doit estre en la navigation entre nos communs subjects ».
1. L'Angleterre était un desplus importants clients.» Il y a quarante ans. disait Mont-
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Elle expédiait en France surloul de l'élain,du plomb, des peaux, de Talbâlre, des draps el autres lainages ; ce sont les articles portés au tarif anglais de 1562. Les articles qu'elle recevait de France étaient plus nombreux et plus variés ou du moins étaient inscrits en plus grand nombre au tarif: toiles de Bretagne et de Normandie, fil, morues, pruneaux et autres fruits, huile d'olive, pastel, papier, vert de gris, velours, bimbeloterie, etc. Le vin, un des plus importants articles de l'importation, ne figure pas dans ce tarif.
Le traité que le roi Jacques P*" avait signé en 1606 avec Henri IV avait rendu de part et d'autre le commerce plus régulier * ; mais l'Angleterre observait mal les clauses de ce traité, même après le renouvellement qui en fut signé en 1623. Un esprit de protectionnisme étroit et tracassier gênait l'importation française. Les Français en effet ne pou valent pas importer des articles de draperie en Angleterre ; en Islande ils payaient pour cette importation un droit double de celui que payaient les Anglais. Ils étaient tenus en Angleterre de s'engager sous caution à employer en achat de marchandises anglaises, dans l'espace de trois mois, le montant des ventes qu'ils avaient faites. Ils n'avaient pas le droit de remporter leurs marchandises invendues. Ils avaient à payer au profit du lord maire une taxe dite scaivage dont celui-ci fixait lui-même le taux. Ils devaient, depuis le xvu^ siècle, débarquer leurs marchandises à un quart de lieue de Londres. Ils étaient obligés de prendre un pilote anglais pour descendre la Tamise. Les Anglais de leur côté ne devaient charger que sur bâtiment anglais leurs expéditions pour la France. Les marchands français ne pouvaient vendre leurs marchandises qu'aux bourgeois de Londres ', tandis qu'en France les
chrétien, les Anglais n'avaient encore aucun traQc ni en Turquie, ni en Barbarie ; ains hantoient seulement à Hambourg et à Stade où esloit leur estape. Les Marseliais leur apporloienl seuls alors toutes leurs espiceiies el marchandises du deslroil. Mais maintenant il en va bien autrement, car ils y ont gagné tel crédit que leurs ambassadeurs, quoy qu'ils soient au reste de basse qualité, osent bien contrecarrer les nos- Ires à Conslantinople. Les Anglais ayant découvert le commerce de Moscovie le pratiquaient. »
1. Voici un exemple des difflcullés que rencontrait le commerce avant la signature du traité. Lettre de Henri IV à M. de Beaumont, du 6 mars 1G05.
Des draps anglais ont été saisis ; « tous ne sont esgalement vicieux, les uns le sont plus que les autres ». i< Si la valleur des draps saisis n'eust esté si grande, j'eusse permis l'exécution de la confiscation ordonnée par l'arrôt des gens de mon Conseil, pour, par tel exemple, rendre les marchands plus loyaux en leur commerce et manuTacture et garantir mes subjecls du dommage qu'ils reçoivent par le débit de telles marchandises vicieuses ; desquels souvent les Anglais ne prolllentpas lanl que font les marchands français qui l'acheptent d'culx en gros ; lesquels, comme ils en connaissent la delTecluoHilé,la tirent d'eulx à moindre prix en et ne laissent de la vendre chèrement au peuple simple et ignorant. Mais puisque les draps montaient aune si grosse somme d'argent, j'ay voulu en gratifier le roy mon frère. »
2, De Maisse, ambassadeur à Londres, écrit dans son journal : « Les villes mariti-
LES TRAITES DE GOiVlMEHCE ET LE COMMEUCE
Anglais commerçaient librement ; ils ne pouvaient les faire emballer et transporter que par l'intermédiaire coûteux de facteurs anglais. Ils payaient par personne en débarquant ou en sembarquant à Douvres un double droit, 5 sous à lentrée et 30 sous à la sortie. Ils ne pouvaient exporter certaines marchandises, telles que charbon, cuir, draps qu'en payant à plusieurs particuliers un droit de licence ; l'exportation de l'étain fut réservée au commencement du xvn* siècle à la marine anglaise. Les Français étaient parfois victimes des banqueroutiers dont la loi anglaise protégeait la personne. Montchrétien énumère ces griefs et demande que les Anglais qui transportent nos marchandises, blés, vins, papiers, pruneaux, etc., en Angleterre « soient traitez en France de la mesme sorte que les Français en Angleterre ».
C'est surtout aux Hollandais que songeait le rédacteur du Code Michau lorsqu'il écrivait : Art. 428 : « Et d'autant que nous avons reconnu un asservissement insupportable auquel nos voisins, par leur vigilance et notre nonchalance, ont réduit nos sujets, apportant en notre royaume et emportant d'icelui toutes les marchandises qu'il leur plaît, sans nous en payer aucun droit, et exigeant sur nos dits sujets, tant sur les marchandises qu'ils portent vendre que sur celles qu'ils y achètent, de grandes impositions contre la raison », pour établir égalité des conditions du commerce « nous avons ordonné que les mêmes impositions soient levées sur les marchandises étrangères ».
Les Hollandais, dont la rapide fortune avait étonné le monde, étaient l'objet de l'envie des nations commerçantes ; mais, comme ils étaient alliés de la France, ils étaient traités avec faveur. Naviguant à bon marché, ils faisaient l'office de facteurs, apportant d'Allemagne l'acier et la quincaillerie en même temps que les toiles de Hollande, les serges de Leyde, le savon liquide, le beurre, le fromage, les harengs dont ils avaient accaparé la pêche et la préparation. La France leur fournissait le sel.
Lors de son premier ministère (1616) Richelieu, reçut une lettre dans laquelle !e prévôt et les échevins de Paris signalaient la richesse de la Hollande et la possibilité d'accroître par les mêmes moyens celle de la France. « Les Hollandais ont rendu ce coing de terre qu'ils habitent jadis incognu et à demy perdu dans les flots de l'Océan très cogneu et très habité et tant abondant en richesse et en commoditez qu'il passe de beaucoup les provinces les plus estimées de l'Europe ; mais, d'autant que cela les accommode, nous en sommes incommodez. Si nous n'advisons à y porter remède, il est à craindre qu'ils tiennent
times (de France) qui avaient ici maison, maire, conseillers, beaux, privilèges, sont maintenant travaillées des Anglois. Les Anglois prennent tout trafic... ils n'excluent pas les estrangers, mais les travaillent perpétuellement et les dégoûtent. » L'étranger qui a vendu ses denrées en Angleterre ne peut emporter d'argent « et fault par nécessité qu'il fasse son emplette dans le pays et rapporte d'autres marchandises... »
274 LIVUE V. — CHAPITllE lit
dans peu de temps la France comme investie... et ce qui nous doit plus vivement toucher, c'est que la France même leur administre les instruments de leur grandeur, leurs vaisseaux n'estant faicts et équipez que des matières qu'ils tirent de nous, ni conduictz que par nos hommes, ce qui nous faict embrasser avec affection les propositions qui tendent à les imiter... ».
Les Hollandais avaient en effet presque entièrement supplanté la navigation française sur les côtes occidentales de l'Afrique, et ils avaient accaparé le commerce des fourrures au Canada où il ne restait guère aux Français que la pêche de la morue. La Compagnie des Indes hollandaises était alors très florissante *.
Richelieu conclut en 1624 et en 1627 des traités d'après lesquels les Hollandais s'engagèrent à protéger avec leur marine les navires français.
Les Espagnols envoyaient en France, où ils avaient des facteurs et des commissionnaires, des vins, des raisins, des figues, de l'huile, des cuirs, de la cochenille, du gingembre, des bois de teinture, des épiceries, des aromates et aussi beaucoup de métaux précieux, quoique l'exportation en fût toujours rigoureusement prohibée. L'Espagne était alors maîtresse du Portugal (de 1580 à 1640) et elle interdisait aux Français, comme aux autres étrangers d'ailleurs, la route des Indes occidentales et orientales. « Oui n'a ouy parlé, dit Montchrétien, des inhumanitez que les Français souffrent quand seulement ils sont pris sur cette route V » «. Et cependant, ajoute-t-il, les Espagnols viennent librement en France ». L'importation en Espagne payait un droit de 10 0/0 et même plus; l'exportation payait 15 0/0, droits pins élevés, dit encore Monlchrétien, que ceux que payent en France les marchandises d'Espagne. Le roi d'Espagne s'était arrogé le droit de saisir, quand il en avait besoin, les bâtiments français, sauf indemnité.
La France de son côté importait en Espagne surtout des grains et des toiles de Normandie et de Bretagne. L'empire du roi d'Espagne était alors immense ; il comprenait les Indes orientales et les Indes occidentales. D'après Humboldt, les envois de métaux précieux d'Amérique ont eu, année moyenne, de 1492 à 1600, une valeur de 34 millions 1/2 de francs. Aux colonies, on ne tolérait aucune industrie qui pût faire concurrence à l'industrie de la métropole et, comme la métropole avait laissé dépérir son industrie, c'était l'importation qui fournissait une grande partie des produits nécessaires. Cette importation était d'ailleurs sollicitée par le haut prix. « Le prix des denrées et des objets manufacturés de la Castille augmente tous les jours », disaient dès l'année 1518 les Cortès de Valladolid.