‹ Histoire du commerce de la France (volume 2)Chapitre 87 sur 175 · Nous en parlerons dans le chapitre suivant · texte numérisé non relu

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2, « Le roy d'Espagne commande et encharge expressément qu'en quelque part que Ton puisse prendre les Français, soit au deçà, soit en delà des lignes (de démarcation), on les pende et coule bas. >< Monlchrétien, p. 220.

LES TKAITES DE COMMERCE ET LE COMMERCE

11 y avait au xvii'' siècle en Espagne, comme au xvi*, beaucoup de Français, colons lemporaires ou colons fixés à demeure. Les uns exerçaient de petits métiers, « comme de vendre de l'eau, transporter des merceries et des toiles, etc. ». « D'autres, au nombre, dit Montchrétien, de plus de 200.000, remplaçaient dans la culture des terres les Maures expulsés ; d'autres étaient artisans ou marchands... Défait l'Espagne n'est quasi peuplée que de Français. »

Le commerce du Levant se faisait, comme dans le passé, par Marseille. Ce port, devenu franc en 1627, exportait beaucoup d'argent, <» 7 raillions d'écus, dit Montchrétien, un tiers en monnaie de France et deux tiers en monnaie d'Espagne ; l'écu d'or de France faisait prime à Constantinople ». La France achetait des soies, des laines, des cuirs, des perles et pierreries. Mais, pendant les guerres de religion, les Anglais, qui auparavant recevaient de Marseille une grande partie des marchandises du Levant destinées à leur consomma, lion, conclurent, comme nous l'avons dit, des traités avec les Turcs et commercèrent directement dans leur pays. Dans le Testament politique de Richelieu se trouve l'énumération des ports *, avec lesquels trafiquait principalement Marseille et celle des articles de ce trafic qui étaient, outre ceux que donne Montchrétien, à l'importation le colon, la rhubarbe, la laine, la cire et à l'exportation, l'argent, les draps, les bonnets, le papier, le vin, le miel, la cochenille.

Le développement commercial de la Hollande et de l'Angleterre. — Pendant que la France épuisait ses forces dans les discordes de religieuses et que sa population et sa richesse diminuaient, d'autres nations grandissaient et devenaient en quelque sorte les maltresses de la mer. Nous venons de dire que l'Espagne tirait de ses colonies d'Amérique des trésors d'argent et d'or qui faisaient de son principal port, Cadix, un des plus importants marchés de l'Europe ; mais,depuis le désastre de la grande Armada (1588), sa marine ne jouait plus qu'un rôle secondaire sur l'Océan. Le Portugal, conquis et annexé à l'Espagne par Philippe II (1580), avait perdu ses colonies et avait un rôle plus effacé encore. La fortune des Villes hanséatiqiies était éclipsée. Dans la première moitié du xvii^ siècle, les deux nations dominatrices des mers étaient l'Angleterre et la Hollande.

L'Angleterre avait été longtemps un pays agricole et minier qui vendait sa laine, son cuivre, son étain et son plomb aux nations industrielles du continent, la laine principalement à la Flandre. Mais au XIV* siècle, le comte de Flandre, Louis de Nevers, ayant, à la demande du roi de F'rance, fait arrêter les Anglais qui étaient sur son

1. Les principaux ports étaient Napoli de Romani, Sniyrne, Scala nova, Constantinople, Chypre, Alep, Beyrouth, Alexandrie, et, dans les Etats barbaiesques, Tunis et Alger.

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territoire, Edouard III d'An^^leterre avait interdit par représailles l'exportation de la laine et beaucoup de tisserands, privés de la matière première de leur travail, avaient passé alors en Angleterre où ils reçurent des privilèges. Plus lard (1381), Richard II avait interdit l'importation et l'exportation en Angleterre « fors que seulement en nefs de l'allegeance nostre Seigneur le roy i ». La mesure était prise surtout contre les Hanséates qui avaient été longtemps les maîtres du commerce maritime à Londres. Elle avait été alors, il est vrai, peu exécutée. Mais des droits divers avaient été ensuite successivement imposés aux Hanséates. Pendant la guerre des deux Roses, leur comptoir de Londres fut pillé et leurs gens furent pendus. Les Hanséates s'étaient vengés en saisissant des bâtiments anglais jusqu'au jour où un traité signé à Utrecht, grâce à l'entremise de Charles le Téméraire, avait rétabli momentanément la paix. Au xvi® siècle, les persécutions religieuses avaient amené de nouveau une immigration de tisserands flamands en Angleterre ; la fabrication des draps s'y était développée.

L'Angleterre se fit de plus en plus étroitement protectionniste. Le maire de Londres prit à l'égard des marchands étrangers des mesures de police et imposa des taxes vexatoires propres à les décourager de venir trafiquer en Angleterre. La Ligue hanséalique en décadence n'était plus redoutable ; Elisabeth put impunément faire saisir une de ses flottes dans la rade de Lisbonne. La marine anglaise était devenue forte et, sous l'impulsion d'Elisabelh, elle s'était lancée à la fin du xvi^ siècle dans les grands voyages de découverte, cherchant, avec Sébastien Cabot, Humphrey, Davis,Walter Raleigh, une route maritime par l'ouest jusqu'à la Chine. Au xvii*^ siècle, elle possédait une Compagnie des Indes dont nous parlerons dans le livre suivant. En 1630, les « Pilgrim fathers » fondèrent la communauté du Massachusetts.

La Hollande possédait aussi une compagnie de commerce dont le succès faisait l'admiration du monde . La population de ce pays, restée longtemps pauvre, n'ayant guère d'autre moyen de subsistance et d'échange que la pèche, avait commencé à occuper l'Europe lorsqu'elle s'était révoltée contre Philippe II d'Espagne pour défendre sa foi religieuse. Déjà, il est vrai, depuis qu'un Hollandais, Beuzelzoon, avait trouvé un procédé avantageux pour conserver et encaquer les harengs, son commerce s'était un peu développé. Ses navires étaient allés, au xvi" siècle, à Lisbonne, à Séville, à Cadix, charger les produits de l'Orient et de l'Amérique qu'ils distribuaient, directement ou après emmagasinement à Amsterdam, dans les ports européens de l'Océan Atlantique. Philippe II, pour les punir de leur insurrection, leur

1. La Compagnie des Merchant adventurers avait été fondée en 1406 et ses navires avaient été trallquer en Flandre, en Italie et jusque dans le Levant.

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avait interdit l'accès de la Péninsule ibérique. Il croyait les ruiner ; il fit leur fortune.

A la fin du xvi*' siècle, les Hollandais avaient 70.000 marins et possédaient un millier de navires de 200 à 700 tonneaux. On construisait alors en Hollande tous les ans plus de navires que dans le reste de TEurope. Les Hollandais avaient été chercher à leur source les produits de l'Orient au lieu de les prendre dans les entrepôts de la péninsule. Ils tentèrent d'abord, mais sans succès, de gagner la Chine par le nord-est de TEurope et de l'Asie (1594-1596). Ils furent plus heureux par le sud de l'Afrique. En 1595, Houtman (Cornélius), qui avait fait le voyage des Indes sur des navires portugais, arma une flottille de quatre navires qui doubla le cap et poussa sa navigation jusqu'au delà de Java. Une seconde flotte de huit navires rapporta en 1599 une autre cargaison de marchandises de l'Inde et de Java. D'autres armateurs suivirent l'exemple ; une compagnie des pays lointains, puis plusieurs compagnies se constituèrent. Pour éviter les inconvénients du morcellement de ces entreprises, le gouvernement créa, en 1602, une compagnie unique dotée pour vingt et un ans du privilège du commerce à l'est du cap de Bonne-Espérance. Durant la période 1606- 1630, les dividendes qu'elle distribua à ses actionnaires varièrent entre 20 et 75 p. 100.

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