LES COMPAGNIES DE COM.MEUCE £T LA COLONISATION
sans cesse des expéditions contre les navires ou contre les ports espagnols et qui vivaient de leurs prises.
Inquiet de ce voisinage, le gouverneur de Saint-Domingue fit une descente dans l'île de la Tortue et passa au fil de l'épée tous les habitants qu'il put saisir (1638). Après son départ, ceux qui avaient cherché un refuge sur la grande île revinrent sous la conduite d'un capitaine anglais. Mais celui-ci ayant ensuite attiré des Anglais en vue d'éliminer de la Tortue les Français, le chevalier de Poincy, qui commandait à Saint-Christophe, envoya une quarantaine d'hommes sous le commandement de Levasseur , lesquels, unis à des boucaniers expulsèrent les Anglais (1640). Le Vasseur gouverna ; il fortifia Tîle et repoussa une nouvelle attaque des Espagnols ; mais il se rendit bientôt insupportable par sa tyrannie et il fut assassiné. Le chevalier de Fontenay, qui fut envoyé alors par de Poincy, gouverna plus pacifiquement ; il ne put cependant pas empêcher une seconde expédition espagnole de s'emparer de la Tortue. Les colons français expulsés partirent sur deux navires dont un n'a jamais été revu. La petite île de la Tortue fut bientôt reprise par les boucaniers de la grande île. Leur chef, de Rossey, obtint du roi une commission de gouverneur de l'île de la Tortue (1659). Sous son administration plusieurs établissements se formèrent sur la grande île, d'abord au nord, en face de la Tortue, à Port Margot, à Port Saint-Louis, à Port de la Paix ; puis au sud, au Petit et au Grand Goave, à Léogane. Mais de Rossey étant rentré en France en 1663 après avoir laissé son neveu La Place pour gouverner en son absence, fut mis à la Bastille et ne recouvra sa liberté qu'après avoir cédé pour 15 000 livres son privilège à la Compagnie des Indes.
La Compagnie de Sainl-Christophe s'était réorganisée en février 1635, grâce à la protection de Richelieu sous le nom de Compagnie des îles d'Amérique. Son privilège avait été étendu du 10" au 30^ degré de latitude septentrionale ; elle obtenait l'autorisation d'introduire des esclaves noirs, l'exemption du droit d'entrée en France sur le tabac, le monopole du commerce pour vingt ans, sous condition d'étabfir aux Antilles dans ce laps de temps 4.000 colons de religion catholique. La colonisation en effet s'étendit.
A la Guadeloupe, des missionnaires français avaient été massacrés en 1623 et les Français n'étaient pas depuis ce temps retournés dans cette île. En 1635, Belin d'Esnambuc y vint ; il en prit possession au nom de la Compagnie et disputa victorieusement l'île aux Espagnols, aux Anglais et aux Caraïbes ; puis il céda ses droits aux capitaines Bernard de L'Olive et Duplessis qui amenèrent 500 colons, dont 400 laboureurs, fondèrent un premier établissement à Basse-Terre et obligèrent les Caraïbes à quitter l'île. Leur successeur Aubert rappela les indigènes parce que les colons avaient besoin de travailleurs
LIVKE V. — CHAPITRE IV
pour cultiver la terre. Ils avaient besoin aussi de femmes ; le successeur d'Aubert fit venir de France des jeunes filles.
A. la Martinique que Christophe Colomb avait découverte dans son quatrième voyage (juin 1502), mais que les Espagnols n'avaient pas occupée, d'Esnambucet Dupont débarquèrent le 25 juin 1635 avec une centaine de colons et construisirent le fort de Saint-Pierre. Dupont, puis Du Parquet gouvernèrent Fîle sous l'autorité du gouverneur général des Antilles françaises.
Les gouverneurs généraux nommés par le roi, après d'Esnambuc, furent le chevalier de Poincy que Richelieu nomma en 1638 lieutenantgénéral des îles de l'Amérique ; puis, au commencement du règne de Louis XIV, Patrocle de Thoisy (1644). De Poincy refusa de céder la place à son successeur et, allié aux Anglais, il finit par l'emporter sur son rival.
D'autres îles furent occupées antérieurement à l'année 1660 : La Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Barthélémy, la Grenade, les Grenadines, les Saintes, Marie-Galante^ la Désirade, Saint-Martin. Les Français avaient alors la prépondérance dans les Petites Antilles. Chaque île ou chaque groupe avait un gouverneur particulier nommé par la Compagnie. Les colons étaient fréquemment en rivalité avec les Anglais et les Hollandais, en lutte avec les Espagnols et avec les Caraïbes qu'ils exterminèrent ou chassèrent presque tous. Avec les Hollandais cependant ils s'entendirent en 1638 pour partager l'île de Saint-Marlin.
Richelieu, avant de mourir, avait renouvelé (mars 1642) pour vingt ans le privilège de la Compagnie des îles en lui imposant de conduire de nouveau aux Antilles 4. (XX) colons.
On évaluait, à l'époque de Mazarin, à 7.000 le nombre des habitants d'origine française dans les Antilles. Le résultat était alors meilleur qu'au Canada '. Le climat séduisait davantage les émigrants ; le tabac, le rocou, le coton étaient des cultures lucratives auxquelles des Juif^ hollandais, chassés du Brésil par les Portugais et accueillis à la Martinique, vinrent ajouter la canne à sucre.
Cependant la Compagnie n'avait pas prospéré. Les gouverneurs particuliers qu'elle instituait lui coûtaient cher. Son monopole, qui ne lui profitait que médiocrement, était préjudiciable aux colons parce que ceux-ci n'avaient le droit de vendre qu'à elle le produit de leurs cultures et qu'ils étaient souvent très mal approvisionnés en vivres par elle ; sans la contrebande hollandaise ils eussent été plus d'une fois exposés à en manquer. Aussi les Hollandais attirèrent-ils à eux une notable partie du commerce sur lequel ils surent faire des bénéfices.Quant à la Compagnie, elle fut obligée d'emprunter de l'argent à gros intérêt, puis, en 1648, de faire à ses actionnaires un appel de